Instinct Admiral d’Admiral T, un album éclectique aux sonorités caribéennes

Instinct Admiral d'Admiral T
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Instinct Admiral est le troisième album studio d’Admiral T, un chanteur originaire de la Guadeloupe dont la renommée n’est plus à faire. Il s’agit d’un opus très complet dans lequel on retrouve de nombreuses collaborations, notamment avec les artistes suivants : La Fouine, Medine, Busy Signal, Patrick Saint-Eloi, Machel Montano, Awa Imani, Fanny J, Young Chang MC et Lieutenant.

L’ensemble de cet album a été conçu d’une façon très spontanée. J’ai avant tout voulu faire ce que j’aimais et donner du plaisir aux gens. L’instinct animal que j’ai au fond de moi m’a permis de donner le meilleur de moi-même. Et comme je suis quelqu’un de très éclectique, il est normal que l’on retrouve autant de genres musicaux différents.[1]

Titre après titre, Instinct Admiral

Instinct Admiral démarre avec la chanson éponyme de l’album. Ici l’artiste ne chante pas à proprement parler mais propose le rythme d’une guitare électrique parfaitement synchronisée. Seuls les mots « Instinct Admiral » sont réellement perceptibles dans cet interlude.

L’album démarre donc véritablement avec Phénoménal où d’entrée de jeu, Admiral T décide de jouer de son art à savoir sa capacité à pouvoir débiter un maximum de paroles en un minimum de secondes. C’est ce premier titre qui m’aura convaincu d’écouter le reste de son album. Dans cette chanson, Admiral T s’autoproclame comme étant lui-même phénoménal et se déclare être toujours présent pour la jeunesse, avec son « flow original ».

C’est ensuite Viser la victoire qui est choisi pour transmettre un message d’espoir et de lutte. Ce titre est une collaboration entre Admiral T, La Fouine et Medine, trois chanteurs aux genres très différents qui ont décidé de s’allier ici pour un même objectif. Cette chanson s’annonce alors comme un hymne au courage, celui que chacun doit avoir pour réussir à y arriver dans la vie. Ainsi, de nombreux modèles sont cités dans les paroles de cette chanson, notamment Jay-Z (un chanteur et producteur américain qui s’est bâti une carrière de ses propres mains), Barack Obama (le premier président noir des États-Unis) ou encore Usain Bolt (l’homme le plus rapide du monde), Tommie Smith et John Carlos (deux athlètes afro-américains qui avaient protesté contre la ségrégation raciale lors des Jeux Olympiques de 1968). Chacune de ces personnalités a réussi à marquer l’Histoire, et il ne tient qu’à tous de pouvoir en faire autant.

Enfants du pays est une chanson assez engagée dans laquelle Admiral T se montre fier de ses origines créoles. Il défend cette culture de la plus belle manière qu’il soit. Encore une fois, il s’appuie sur des exemples de fierté des îles caribéennes, comme Teddy Riner, judoka français multiple champion du monde originaire de la Guadeloupe. Il propose également de lever la tête et de ne jamais reculer devant les difficultés de la vie.

Admiral T se retrouve accompagné du Jamaïcain Busy Signal sur Hands Up. Busy Signal est aussi un adepte de toats en tout genre. Leur duo donne ainsi naissance à un magnifique morceau de dancehall dans lequel ces deux artistes évoluent dans leur domaine de prédilection. Cette chanson possède une thématique bien moins sérieuse que les précédentes car elle prend place dans un contexte festif de sound system durant lequel tout le monde est invité à montrer ses plus beaux pas et à « lever les mains ».

Vient ensuite Pitit an ba soley. Admiral T démarre ici avec les paroles suivantes « Sa ké nou tout bizwen sé lanmou, solidarité épi liyannaj entré nou » (Ce dont nous avons tous besoin c’est de l’amour, de la solidarité et de l’union entre nous). Cette chanson revient sur la thématique de l’espoir et de l’optimisme, et possède un rythme plus traditionnel des Antilles avec en chœurs des « chuchotements » rappelant un peu les tak pitak pitak tak des tambours antillais.

Misiésédam, man ba zot an slam
Pou di zot ke nou ka vansé anba soley cho
Kon kannot san ram, ram,
Fout fo’w fò, fout fo’w fè’y fò,
Fout fo’w fòsé pou’w pé sa fè
Sa ou vé fè adan ti péyi fwansé,
Sé pwop frè a’w, bo frè a’w
Ka di’w ki jan a’w,
Ka ou fè, ka ou vè’w flé
Apré ki ka fè’w soufè,
Ti frè fo’w fò, fo’w fiè
Rèd kon mòso fè
Pa janmen lésé’w fè, non !
É si janmen ou trébiché rilévé,
Ké ou tonbé rilévé, solid kon rok toujou rilévé,
Trasé ou ka trasé, sa paka sèvi ayen mèt baton an rou a TGV,
Yo pé di sa yo vlè, yo pé fè sa yo vlé,
A pa yo ka’y anpéché’w rivé la ou vé rivé,
Fè sa ké ou anvi, dan la vi akonpli sa ké ou révé

Awa Imani s’ajoute à la liste des chanteurs venus accompagner Admiral T pour ce nouvel album. Ce duo proposé par les deux chanteurs s’intitule J’ai besoin d’y croire. La trame de ce morceau concerne les relations qu’il peut exister entre un détenu de justice et les membres de sa famille. Admiral T joue le rôle d’un homme enfermé entre les quatre murs d’une prison. De son passé, on comprend qu’il a commis beaucoup de fautes mais qu’il souhaite devenir meilleur pour sa fille. Awa Imani joue alors le rôle de sa femme, la mère de son enfant. Elle lui déclare que la vie n’est pas simple sans lui, mais qu’elle espère qu’il pourra bientôt sortir avec une remise de peine. Elle l’aime de manière inconditionnelle malgré toute la souffrance que lui apporte la situation. On comprend qu’il y a plus de deux ans qu’il vit dans en réclusion totale de la société.

La chanson suivante, Pi yo mèt bayé, est représentative de ce qu’est Admiral T musicalement. Il est, selon les paroles, un homme fort qui n’a peur de personne et croit en sa bonne étoile ; et qu’importe le mal que peuvent lui vouloir les autres, il reste un battant solid as a rock. L’interlude arrivant après un peu plus de deux minutes de musique est tout autant remarquable. Le tempo de la chanson ralentit quelque peu, comme pour créer l’illusion d’une pause, et la cadence est proche des sonorités caribéennes comme le zouk. Dans cette chanson, Admiral T exprime aussi sa rage vis-à-vis de la discrimination qu’il peut y avoir envers l’homme de couleur.

Pété chenn la accroit cette dernière pensée. Le chanteur s’engage ici avec le LKP, Liyannaj Kont Pwofitasyon, un collectif d’organisations syndicales qui avait fait parler de lui l’an dernier, lors de la grève contre la vie chère de février dans les Antilles françaises. Admiral T identifie les paroles de cette chanson comme étant des lyrics kont pwofitasyon (des paroles contre le profit, sous-entendu des plus puissants). Elle contient en effet de nombreuses revendications, et fait l’état des lieux en ce qui concerne l’exploitation, la colonisation et les libertés bafouées des Antilles françaises. Le titre Pété chenn la, qui signifie en français Casser la chaîne, fait référence à la chaîne que portaient les esclaves. C’est une image symbolique forte de la liberté : lorsque l’on cassait la chaîne d’un esclave, cela signifiait que celui-ci était affranchi. Élie Domota, qui est à la tête du LKP, est aussi cité par le chanteur ici.

C’est ensuite au tour de Lieutenant et Young Chang MC d’accompagner Admiral T sur Gladiator. Les trois hommes représentant la Guadeloupe et la Martinique s’affirment être des gladiateurs prêts au combat. Young Chang MC commence, Admiral T poursuit, puis Lieutenant finit cette chanson sur un puissant « Nou ka taklé à la Makélélé, Eugène Mona té ja di ké mizè sé pa mò, sé pou sa ke nou akséléré ».

Admiral T reprend ensuite seul les commandes le temps d’une chanson, Want You, durant laquelle il délivre un message d’amour à sa compagne. Ce morceau est un parfait exemple des multiples influences de l’artiste d’un point de vue musical. Admiral T y chante en français, en créole, en anglais, sur un rythme tantôt calme, tantôt endiablé. Ce titre, à l’instar des morceaux caribéens, est représentatif d’une culture métisse.

Par ailleurs, pour poursuivre dans cette lancée, Admiral T invite Machel Montano pour un titre carnavalier Like It’s Carnival. Ensemble, ils appellent les îles de la Caraïbe à se manifester, bouger, danser et s’amuser dans une ambiance carnavalesque. Ainsi, on entend Admiral T s’adresser directement à Sainte-Lucie, Trinidad & Tobago, la Guadeloupe, la Martinique, la Dominique, Haïti et la Guyane. Un solo de tambour excellent clôture cette chanson.

C’est ensuite avec Fanny J, deuxième artiste féminine de l’album, qu’Admiral T propose Bay love. Le message de cette chanson est simple : « Donnez de l’amour aux gens que vous aimez tant que vous le pouvez ». En effet, la vie est éphémère et pleine de surprises, et donc il faut pas attendre pour exprimer ces sentiments et ce, tous les jours, quels que soient les soucis du quotidien. Sur cette chanson, il y a un véritable travail instrumental autour de la batterie.

Pour le dernier duo d’Instinct Admiral, c’est cette fois l’illustre Patrick Saint-Eloi qui s’invite sur la chanson Nou. Ils reprennent ensemble pour trame la violence qui commence à s’installer en Guadeloupe et la souffrance des personnes qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Un peu comme Pété chenn la, ce titre vient dénoncer les situations difficiles que peuvent connaître les personnes vivant en Guadeloupe. Ce duo si particulier est agréable à entendre tant les deux artistes, dont on a plutôt pour habitude de les entendre dans d’autres registres, arrivent à s’allier parfaitement sur ce titre. Patrick Saint-Eloi possède cette versatilité qui lui permet de pouvoir s’intégrer dans plusieurs registres vocaux : en 2005, c’est Daly qu’il accompagnait sur la chanson Twop

Admiral T se veut ensuite touchant sur le titre Mwen tini asé. Le deuxième couplet, dans lequel une femme découvre que son fils a été assassiné me donne des frissons à chaque écoute. La violence sur l’île semble inquiéter le chanteur et invite à réfléchir à l’avenir des jeunes dans ces conditions. Admiral T en a assez, c’est également le ressenti des insulaires quant à la tournure que prennent les évènements là-bas. Le saxophone est, lui aussi, magnifique. Cette chanson termine sur la voix d’un enfant récitant ces paroles : « Mon Dieu, c’est moi. S’il-vous-plaît, aidez-moi, aidez ma famille. Faites qu’il n’y ait plus autant de violence autour de nous les enfants. J’ai peur pour demain. Mon Dieu, merci de m’avoir écouté. À demain. »

Dans Dézolé, l’artiste met en garde contre les maladies sexuellement transmissibles. Cette chanson se veut donc préventive – notamment vis-à-vis du SIDA – et préconise l’usage de préservatifs.

Enfin dans Mon idole, la dernière chanson de cet album, Admiral T se dit fan de celle qu’il aime. Cette chanson aborde son attirance pour celle qui occupe ses pensées. Ainsi, Instinct Admiral se termine après un peu plus d’une heure de musique. Un must have !

Notes    [ + ]

  1. Universal Music. “Biographie de Admiral T.” Universalmusic.fr, avril 2010, http://www.universalmusic.fr/admiral-t/biographie

2 réflexions sur « Instinct Admiral d’Admiral T, un album éclectique aux sonorités caribéennes »

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