Amy Winehouse

Amy Winehouse at Coachella
Copyright : Redfishingboat (Mick O)

Le samedi 23 juillet dernier, on apprenait le décès d’Amy Winehouse. Alors aujourd’hui, je me décide enfin à écrire à son sujet, sans pour autant revenir sur son parcours que tous les médias, wikis et autres blogs reprennent largement depuis cette tragique nouvelle. Je préfère de loin insister sur les chansons qui, selon moi, font d’elle une véritable légende de la soul.

Je démarre naturellement cette liste en vous parlant de la chanson qui m’aura permis de découvrir cette célèbre artiste, You know I’m no good. Car non, je n’ai pas connu Amy Winehouse à l’époque de son premier album Frank, alors qu’elle faisait déjà sensation en Grande-Bretagne et partout ailleurs dans le monde. C’est venu bien plus tard, courant 2007 je dirais. En même temps, je n’avais que 14 ans en 2003 et je passais mon temps à écouter du pur reggae tout en rêvant d’indépendance… mais il s’agit là d’une tout autre histoire. Back to Black s’était déjà vendu à près d’1,85 millions d’exemplaires* quand j’ai entendu pour la première fois Amy Winehouse. Son personnage m’a tout de suite plu : sa voix d’abord, puis ses tatouages et son train de vie particulier. Elle avait selon moi un univers en parfait décalage avec l’air du temps. Son style n’avait rien de conventionnel, elle avait tout d’une rebelle. Et les paroles de You know I’m no good ont renforcé cette impression. Dans ce titre, elle apparaît comme une personne parfaitement consciente de ses défauts. Elle assume ses actes mais semble les subir à la fois, comme si elle n’en était pas complètement responsable. Et donc, elle se défend des éventuels reproches que pourrait lui faire son amant en lui adressant le message suivant : « Je t’avais prévenu de mes carences et de mes travers. Tu savais à quoi tu t’exposais. »

Love is a losing game est un de mes véritables coups de cœur dans ce répertoire. Une chanson d’amour plutôt triste, probablement celle qui me convient le mieux d’ailleurs. Love is losing game identifie clairement le sentiment amoureux comme étant avant tout un jeu dans lequel se confrontent deux personnes dans la perspective d’avoir un avenir ensemble. Mais cette chanson aux rimes poignantes décrit également de manière subtile les sentiments éprouvés par la personne qui se retrouve perdante à la fin de cette histoire. Car chaque histoire d’amour poursuit son cours de manière hasardeuse… Mais si l’on en croit le texte de ce morceau, on ne peut pas sortir "vainqueur" d’une romance. Il s’agirait là d’une règle ne possédant pas d’exceptions. Une règle à laquelle la chanson semble s’être confrontée : Amy Winehouse est clairement ici une personne qui regrette d’avoir tenter sa chance en pariant sur les émotions et son ressenti. "Why do I wish I never played / Oh, what a mess we made / And now the final frame / Love is a losing game". Cette chanson met en relief un rythme et un texte bien travaillés, un peu à l’instar d’une poésie lyrique. Et c’est d’ailleurs le champ lexical récurrent du jeu qui confère à l’amour un caractère aléatoire quant à son évolution.

Je continue ma sélection avec Back to Black, qui porte le même nom que le deuxième et (malheureusement) dernier album d’Amy Winehouse. Encore une fois, il est question d’amour. Encore une fois, Amy Winehouse y relate une histoire dans laquelle le principal acteur souffre. Le refrain de cette chanson suffit à saisir toute l’immensité de la peine éprouvée : "We only said goodbye with words / I died a hundred times / You go back to her / And I go back to black". Mais cette fois, il n’est plus question d’associer l’amour au jeu. On est directement plongé dans l’univers obscur de la mort. Et le clip proposé par l’artiste, qui se décline sur des tons monochromes, ne fait qu’amplifier cette portée dramatique déjà présente dans le texte. Dans celui-ci, on y aperçoit Amy Winehouse se préparer à un enterrement. Dans un premier temps, elle est tranquillement assise sur un fauteuil à attendre, semble-t-il, l’heure à laquelle doit démarrer la marche funèbre. Mais quand vient le moment, c’est d’un pas incertain qu’elle descend les marches de son appartement pour rejoindre les personnes présentes pour accompagner le défunt (dont l’identité reste jusque là inconnue). Alors qu’Amy entonne le premier refrain, elle se dirige vers le corbillard afin de s’y installer et l’ensemble du cortège se met en route vers le cimetière. Arrivé au lieu-dit, une petite boîte est déposée dans le trou creusé. Amy y dépose une fleur blanche, puis comme le rituel dans certaines religions le veut, chaque personne vient y jeter de la terre pour rendre hommage une dernière fois au mort. Ce n’est qu’à la fin du clip que l’on comprend qu’il s’agissait de l’enterrement du cœur d’Amy Winehouse.

Pour revenir à une des chansons figurant sur son premier album Frank, je vais poursuivre avec Stronger Than Me, un morceau qui s’inscrit aussi bien dans le genre du jazz que celui de la soul. Son intro nous offre d’ailleurs quelques vocalises sur une guitare : un classique en matière de jazz. Note pour les incultes : la vocalise est un exercice de style courant consistant à reprendre une succession de voyelles, souvent utilisée dans le jazz et la soul. Dans cette chanson, la trame narrative du texte nous emmène sur un sujet bien plus léger que les trois précédentes chansons que je vous ai énoncé. Amy Winehouse se retrouve dans une relation où elle serait plus "forte" que son compagnon d’un point de vue moral. Elle lui demande pourquoi il refuse de jouer le rôle de "l’homme" dans leur couple. Il serait trop compatissant et souhaiterait parler avec beaucoup trop souvent. Elle en a marre de sans cesse devoir le réconforter et préfèrerait de loin qu’ils partagent de longues étreintes. Toute la folie de l’amour qu’ils possédaient au début de leur histoire s’est envolée, et la jeune femme ne perçoit plus que l’émotivité de son homme. Les paroles ne nous disent pas s’ils arrivent enfin à un compromis, mais le problème est énoncé donc rien n’est impossible. Je souligne ici un magnifique solo de saxophone présent à la fin des quatre minutes de cette morceau.

Je vais maintenant vous présenter Cupid, un reggae présent uniquement sur la version Deluxe de l’album Back to Black d’Amy Winehouse. Cette chanson est en fait une reprise du single du même titre de Sam Cooke sorti en 1961. Elle a inspiré de nombreux talents comme Johnny Rivers, Otis Redding ou plus récemment Melanie Fiona. Mais la version d’Amy est de loin celle que je préfère. Elle a le mérite de nous emporter dans une atmosphère complètement différente grâce à une instru "roots". Il faut d’ailleurs que je souligne ici le très bon travail des musiciens qui accompagne l’artiste sur ce morceau. Pour ce qui est de la trame de cette chanson, elle consiste en une requête finalement très simple : « Cupid, draw back your bow and let your arrow flow straight to my lover’s heart. » (Cupidon, redresse ton arc et laisse ta flèche se diriger droit dans le coeur de celui que j’aime). Car les choses seraient probablement plus simples si l’on pouvait avoir ce genre de coup de pouce dans la vie.

To know him is to love him est une ballade douce décrivant l’impossibilité de s’abstenir d’éprouver des sentiments pour une personne qui semble correspondre trait pour trait à ce que l’on recherche. Cette très belle chanson a été écrite en 1958 par Phil Spector, qui s’était inspiré des mots présents sur la pierre tombale de son père "To have known him is to have loved him" (L’avoir connu, c’est l’avoir aimé). Car parfois, prendre le temps de mesurer pourquoi on apprécie une personne c’est se rendre compte de l’amour qu’on lui porte. Et apprendre à réellement connaître quelqu’un c’est finalement trouver un véritable repère. Car « voir son sourire rend [notre] vie digne d’intérêt ». Amy Winehouse interprète ce titre sur le seul son d’une guitare — ce qui confère à cette chanson une dimension plutôt intime, un peu comme s’il s’agissait d’une confession à son auditoire. C’est un de mes coups de cœurs de son répertoire.

Enfin, bien que d’autres chansons telles que Me & Mr Jones, You wondering now, Valerie ou encore Monkey Man me plaisent tout autant, je vais achever cet article avec Rehab. Parler d’Amy Winehouse sans évoquer Rehab serait sans aucun doute un sacrilège… Cette chanson autobiographique est LA chanson que tout le monde a déjà entendu au moins une fois, car elle est devenue la signature, la chanson emblématique d’Amy Winehouse. Dans celle-ci, la chanteuse relate son refus catégorique quant à la demande de son père, et de son entourage familial de manière générale, de se rendre en cure de désintoxication. Et donc, bien que ce morceau ait souvent été repris de manière critique par les journalistes relayant la vie et les mésaventures de la jeune femme, celui-ci a su toucher une large population et a gagné de nombreux prix au niveau international. Plusieurs artistes ont même proposé leur propre version de ce tube dans des concerts en live, pour des albums et compilations, ou simplement pour le plaisir. Amy Winehouse avait un style bien à elle et une voix juste magnifique qui continuera de me bercer ces soirs de grande mélancolie.

* : source

6 réflexions sur « Amy Winehouse »

    1. Oui, malheureusement. Sa voix reste l’une des plus grandes voix jazzy/soul que j’ai entendue. Et d’ailleurs, Amy Winehouse continue de faire partie de la playlist de mon iPod.

  1. merveilleuse Amy, ta disparition si brutale a laisse un grand vide dans mon coeur.Aucune chanteuse ne possedait ta voix ton talent ta sensibilite. Tu es dans mon coeur pour toujours.

    1. Sa voix était l’une des plus belles. Et c’était vraiment une artiste versatile, capable de jouer de la soul, du reggae ou n’importe quel genre de musique finalement. Je continue de l’écouter, elle n’a pas quitté ma playlist.

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