Ayo au Trianon de Paris

Ayo
© oouinouin

Jeudi soir, j’ai pu assister au show exceptionnel d’Ayo dans la (magnifique) salle du Trianon de Paris. Et je pense que c’était simplement le meilleur concert auquel j’ai été jusqu’à l’heure actuelle. Ayo a cette faculté de capter l’attention du public avec une simplicité des plus déconcertantes. Ses interprétations ne peuvent pas laisser quelqu’un indifférent…

Tout d’abord, du point de vue de sa technique vocale, il n’y a rien à revoir : tout est déjà là ! Tantôt fragile, tantôt emprunte de force, sa voix frôle l’équilibre parfait : elle relève du surnaturel. Ayo possède réellement ce que certains qualifieraient un « don de Dieu ». Ensuite, en dehors de ses compétences vocales, il y a le personnage touchant qui l’anime. Quand elle nous interprète une chanson d’ordre sérieux voire triste, son visage semble porter la misère du monde. Ayo nous transmet ses émotions si bien que, l’on a presque envie de pleurer et de souffrir avec elle. (J’ai moi-même traversé de grands moments de frissons, notamment en écoutant l’histoire de Julia.) À l’inverse, quand il s’agit de nous faire partager une anecdote beaucoup plus joyeuse : elle rit, elle prend du plaisir sur la scène, elle reflète la joie et la bonne humeur. J’ai adoré ce double univers que possède sa personnalité, car c’est après tout, la marque inconditionnelle de l’être humain.

Aussi, j’ai eu le sentiment, à sa manière de nous remercier de notre présence et de l’amour que nous lui portons, que nous n’étions pas tant que ça spectateurs de la représentation d’Ayo mais qu’au contraire, Ayo était venue à la rencontre du public parisien. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre ici mais elle semblait tellement heureuse d’être présente avec nous. Quoiqu’il en soit, hier soir, elle est devenue l’artiste que je préfère, celle que je souhaiterais rencontrer en personne, en admettant que les rêves soient permis.


Les premières notes de piano résonnent dans la pièce. Ayo démarre judicieusement son concert avec How Many People, le premier titre de Billie-Eve, son dernier album. C’est d’ailleurs par une réelle ovation du public que l’artiste est accueillie sur l’estrade, après nous avoir chanté l’introduction en coulisses. Elle nous offre alors quelques sourires, presqu’étonnée de voir la salle aussi remplie et impatiente, puis reprend l’interprétation de cette chanson aux allures de reggae dans un respect quasi religieux de l’auditoire. On mesure alors l’importance de chaque mot, chaque phrase, et le mélange piano / guitare basse / guitare électrique / batterie est juste ÉNORME.

On enchaîne avec I Am Not Afraid, une chanson appartenant au deuxième album d’Ayo : Gravity At Last. Le temps d’enfiler sa guitare et de nous danser quelques pas sous une pluie d’applaudissements, Ayo nous affirme d’une voix forte qu’elle « n’a pas peur », que cela n’en déplaise. Je tiens par ailleurs à souligner l’impeccable travail de l’orchestre qui l’entoure car les accords étaient parfaits, et ce durant toute la soirée ! Avec I Am Not Afraid, le calme et ces questionnements autour de la vie imposé par How Many People s’effacent peu à peu pour laisser place à une ambiance des plus chaleureuses.

Toujours accompagnée de son instrument de prédilection, un puissant Help Is Coming nous est offert. Ce titre est certes, emprunt d’espoir mais Ayo souhaite également nous faire prendre conscience à travers celui-ci que l’on manque souvent d’initiatives face à notre quotidien : « How come you never try to change the situation ? How come you always escape out of a serious conversation ? » (Pourquoi ne jamais avoir essayé de changer la situation ? Comment peux-tu toujours échapper à une conversation sérieuse ?) Il s’agit d’affronter la vie comme elle vient, et de ne jamais désespérer quoiqu’il puisse nous arriver car « l’aide est en chemin ».

I’m Gonna Dance arrive pour mon plus grand plaisir ! Ayo troque sa guitare classique pour une guitare électrique afin de nous interpréter cette chanson, qui est juste, comme je l’ai déjà dit lors de l’écriture de ma chronique de Billie-Eve, l’un de mes véritables coups de cœur de cette année 2011 ! Je ne vais pas me paraphraser — pour reprendre l’expression de mon prof d’ « Internet : publics et usage » — mais ce titre plutôt rock est un hymne à la vie ! L’euphorie a manifestement envahi le public, qui en délire, s’est mis à entonner « AYO »… Vient alors I Can’t, comme adoucir les mœurs :) La version que l’on nous propose ce soir-là est bien plus douce que celle figurant sur Billie-Eve, ce que j’ai personnellement préféré — mais ça c’est probablement car le piano y avait une place plus importante du coup…

Dans un registre reggae, Ayo poursuit son show (sans instrument cette fois) avec It’s Too Late. Tout comme sur son album, les premières notes qui se font entendre sont celles du piano, puis petit à petit, les instruments se succèdent et s’entremêlent pour cette magnifique mélodie. Je le disais au début de cet article : Ayo sait comment transmettre les émotions et cette chanson le prouve de manière assez claire. Alors qu’elle évoque ici l’incompréhension et les blessures ouvertes malgré le temps qui passe, le visage de la chanteuse semble s’obscurcir et reflète soudainement la souffrance et le désespoir. Elle est comme habitée par la musique. D’ailleurs le public est maintenu en haleine tout au long de cette chanson. L’intensité atteint son maximum quand elle prononce ces paroles : « You will never know how I feel… This wounds will never heal… » (Tu ne sauras jamais ce que je ressens… Ces blessures ne guériront jamais…).

L’interprétation de Julia est sans aucun doute la partie la plus émouvante de ce concert. Ayo est alors seulement accompagnée de son pianiste. Elle nous explique pourquoi elle a écrit cette chanson. « La vie est très très courte. […] Le temps est précieux. » On apprend qu’elle est heureuse d’avoir eu la chance de faire une « jolie rencontre » dans sa vie : celle de Julia. C’était une jeune fille de 18 ans, qui possèdait une grande force de caractère mais qui malheureusement est décédée. Grâce à la musique, nous dit-elle, il n’y a pas de place pour la mort : « La mort n’existe pas. C’est le corps qui part mais l’esprit reste toujours ici ».

Puis, uniquement accompagnée de son bassiste, Ayo nous chante Letter By Letter, un titre plein de groove qui nous replonge dans une atmosphère plus sereine. La chanteuse nous offre quelques sourires et finira même par retirer ses chaussures pour partager avec nous quelques pas de danse au rythme des applaudissements. Elle accueille ensuite son premier « guest » pour un featuring des plus impressionnants. Il s’agit de Sly Johnson, un as du beat boxing capable de reproduire la base rythmique de n’importe quelle mélodie en ayant pour seul instrument sa bouche. Et à eux deux, ils revisitent deux tubes phares du hip hop américain à savoir « Make It Hot » de Nicole, Missy Elliot feat. Mocha (Ayo reprend exclusivement le couplet de Mocha) puis « Rapper’s Delight » des The Sugarhill Gang. Le tout était orchestré par une mise en scène plutôt sympathique.

Un deuxième « guest » est appelé sur le podium : il s’agit bien évidemment de Matthieu Chedid aussi connu sous le pseudonyme -M-. Visiblement très attendu par le public qui l’acclame, il arrive, guitare acoustique en mains, pour accompagner Sly Johnson et Ayo sur Real Love, qui comme son nom l’indique est un titre rempli d’amour. « Do you believe in real love ? » nous questionne Ayo. « Ayez le courage de dévoiler à l’être aimé la nature de vos sentiments. » est le message que souhaite faire passer l’artiste. 6 minutes de pur bonheur.

Puis la chanteuse appelle Mickael Desir à la batterie pour faire « danser » le public. Il nous joue alors une trame rappelant celle du carnaval ou des percussions africaines, sur laquelle Ayo n’hésite pas à bouger en rythme. Elle nous affirme que la musique peut guérir nos blessures : « I believe music can heal. So when you feel sick, don’t go to the pharmacy. When you feel sick, all you’ve got to do is listen to music. » (Je crois que la musique peut guérir. Aussi, si vous êtes malade, n’allez pas à la pharmacie. Si vous êtes malade, tout ce que vous devez faire c’est écouter de la musique.) C’est une longue interlude musicale animée qui précède donc Slow Slow (Run Run). Et ce que j’ai particulièrement adoré dans cette version proposée ce soir-là par les musiciens, c’est la rythmique qui démarre à la 16 minute de ma vidéo.

Sur le World Jam Riddim, Ayo reprend les paroles Looking for true love. Je ne connais pas du tout le titre de cette chanson, je dois l’avouer, et donc je serais super reconnaissante si par hasard un de mes lecteurs m’en informait. :) Suite à ce petit reggae, Ayo nous laisse quelques minutes avec son orchestre, le temps pour elle de revêtir une veste noire, un pantalon et surtout le gant pailleté qui est devenue la véritable marque de fabrique du King of Pop. Vous l’aurez compris, Ayo nous offre un medley en hommage à Michael Jackson reprenant ainsi les morceaux Shake Your Body (Down To The Ground), Beat It, Wanna Be Startin’ Somethin’, They Don’t Care About Us et I Want You Back, sa reprise officielle qui figure sur son dernier album.

Puis revêtue cette fois d’une robe, Ayo rend hommage à Henri Salvador en reprenant Une Chanson Douce accompagnée de Matthieu Chedid. Elle chante ensuite « It Hurts », une chanson sur la souffrance d’une séparation. « Can you fix my broken heart ? » C’est un peu contradictoire ce que je vais dire, mais cette chanson pleine de douceur a eu le mérite de révéler à nouveau l’intensité de la voix de cette artiste aux multiples talents.

Ce concert se termine logiquement avec une version longue de Down On My Knees, le titre qui aura propulsé la carrière d’Ayo en 2006. L’artiste en profite pour parcourir la salle du Trianon et vivre un réel moment de partage avec son public. Que dire de plus, si ce n’est qu’il m’a juste manqué (personnellement) « Black Spoon » et « Without You » ce soir-là… Mais c’est totalement satisfaite que j’ai regagné mon lit ce jeudi soir. Ayo nous aura vraiment offert de pures moments de magie avec une simplicité juste exceptionnelle. Le mot de la fin : j’encourage tout le monde à aller la voir en live.

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