Ticket To The World d’Ayo

Ticket To The World by Ayo
Copyright : Ayo Music.

Le nouvel album d’Ayo, Ticket To The World est sorti lundi dernier, le 7 octobre 2013. Ce nouvel album d’Ayo nous permet de découvrir une toute nouvelle facette de cette artiste généralement associée à l’univers de la soul music. Ayo est concernée par le monde actuel, et les problèmes que rencontrent les personnes qui vivent malheureusement dans un état possédant un régime politique strict. Les frontières qui existent dans notre société se font à l’heure actuelle bien trop présente, et souvent, nous sommes complètement inconscients de notre chance de pouvoir s’exprimer librement. Alors, Ayo revient avec un album, qui pour la première fois, porte le nom d’un de ses titres : Ticket to The World. Pour elle, il était nécessaire que cette chanson en particulier puisse toucher le cœur des gens. Dans une interview donnée en direct à 20minutes, elle déclare que cet album "est une façon pour elle de parler des gens qui n’ont pas leur « ticket to the world » donc pas de passeport et qui ne sont pas libres de voyager et de découvrir le monde comme nous. Elle leur fait un cadeau avec cet album en leur donnant la possibilité de voyager librement, d’être libre de leurs mouvements grâce à la musique".

Chronique de "Ticket To The World"

Fire est la première chanson de Ticket To The World. Ce titre, sorti en tant que premier single de l’album au mois de juin dernier, a laissé apparaître une nouvelle facette de la chanteuse. Ayo a décidé de montrer au monde entier un autre de ses talents, à savoir sa capacité à pouvoir rapper. Dans l’interview d’Ayo pour Crumb Magazine, on apprend que cet alter-ego a toujours fait partie intégrante de sa vie, et qu’elle a même commencé la musique en rappant. Elle s’était alors auto-attribuée le pseudonyme de Black Mamba, le nom du plus long serpent venimeux que l’on peut trouver en Afrique.

I’m Walking est une ballade qui démarre uniquement sur les accords d’une guitare acoustique. Ayo déclare être partie pour se sortir de ses problèmes, pour trouver à nouveau la paix. Dans cette chanson, elle marche sous la pluie, peu importe ce que disent les gens. L’artiste crée un personnage en quête de liberté et de réponses face à la vie qu’il mène. Tout en douceur, le protagoniste s’affranchit de ses peines et semble retrouver une quiétude certaine.

Un de mes premiers coups de cœur de l’album est Teach Love, une chanson influencée par des sonorités reggae/soul. Son titre Teach Love donne d’avance le contenu évident de cette œuvre musicale. Si nous apprenions à donner l’amour, la vie serait plus simple et les cœurs s’ouvriraient, "’cause love is the key".

Et voici, sans aucun doute, la chanson que je préfère sur Ticket To The World, Justice. Ce quatrième morceau est en réalité un duo entre Ayo et Citizen Cope. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Citizen Cope, et que la découverte de ce titre m’aura permis de découvrir la jolie voix masculine de ce chanteur, auteur et compositeur d’origine américaine. Citizen Cope évolue sur le devant de la scène musicale en tant qu’interprète de blues, de soul et de folk. Et c’est avec cet immense plaisir, qu’il chante auprès d’Ayo les paroles suivantes : "When it ain’t about justice, When it’s not about what was, what is, When it’s not about what’s left, When it’s not about the next step".

Puis, sur un tempo bien plus calme, c’est Fallin’, une chanson qui me touche beaucoup, qui résonne. Dans cette chanson, Ayo exprime son besoin de paix, de respirer librement. Il y a un nombre trop important de voix dans sa tête qui l’empêchent d’avoir un raisonnement cohérent. Elle appelle à l’aide, a besoin de quitter cette ville folle : seule l’évasion semblerait pouvoir lui faciliter la vie. Ce sont cette fois les paroles suivantes qui donnent la cadence, la raison même de ce titre : "I am, I’m callin’, I need a hand, I’m fallin’, Pray for me, Caress my soul, I need a friend, Please don’t go".

Complain tranche avec ces deux chansons. A nouveau, Ayo reprend sa voix en tant que Black Mamba et c’est ici le rythme de la batterie qui joue le rôle le plus important parmi ceux des instruments. A de nombreuses reprises, la batterie apparaît comme l’organe de la chanson, car c’est à sa merci que semblent se dresser les autres instruments, comme si son simple son devenait chef d’orchestre à la mesure chronométrée, tel un combat militaire.

Who possède des allures de reggae. Cette chanson me touche personnellement au moment où retentissent les premiers battements de tambour. Ayo nous chante un "My love for you won’t change" agréable et doux. Cette chanson pose la problématique suivante : à qui pouvons-nous réellement faire confiance dans la vie ? Ayo se base sur des faits simples de l’existence au quotidien pour appeler à l’amour et à la confiance, deux sentiments qui tendent à disparaître de nos jours. Who est donc en définitive un morceau plutôt entraînant.

Ayo poursuit avec un titre plutôt soul, presque jazzy. I Wonder est une reprise de la chanson originale de Sixto Rodriguez du même nom, sortie en 1970. Dans ce morceau, le chanteur de folk mexicain et américain, se préoccupe des malheurs de la société actuelle, comme s’il souhaite apaiser les mauvais esprits et guérir les conséquences nuisibles des comportements humaines. Dans cette version qu’Ayo nous propose, des violons viennent s’agrémenter à la mélodie.

Vient ensuite la chanson éponyme de l’album, Ticket To The World. Je pense que c’est la chanson sur laquelle Ayo rappe que je préfère. Cette fois, le tempo est plutôt paisible, et encore une fois, des violons semblent accompagner les guitares électriques et basses. Ce titre renvoie à la condition de nombreuses personnes dans le monde. En effet, très peu de pays ont une politique permettant à ses ressortissants de pouvoir réellement connaître le monde, que ce soit pour partager des cultures, voyager, ou simplement rêver d’ailleurs.

Hullabaloo change tranquillement l’univers recréé par la chanson précédente. Elle rappelle les rythmes africains, nation à laquelle Ayo se sent forcément rattachée, de par ses origines nigérianes. Cette chanson me plaît car elle nous permet de traverser les frontières. Hullabaloo désigne l’excitation, le bruit, la fête ou le tapage qu’il peut y avoir autour d’une histoire. C’est une jolie expression provenant du mot indien Hullabol utilisé pour décrire une manifestation publique impliquant un grand bruit.

Dans un mélange mi pop, mi soul – j’ai parfois du mal à déterminer un unique genre musical à certains titres de cet album – c’est ensuite la composition musicale Sister qui nous est offerte. Ce morceau parle des sacrifices et des combats menés par la sœur de la chanteuse. Les larmes que cette dernière a conservé en elle doivent aujourd’hui s’effacer pour laisser place à un avenir brillant. Comme Ayo s’adresse directement à "sa sœur", on est rapidement tenter de croire, qu’elle s’adresse en réalité aux femmes du monde entier qui mènent un combat quel qu’il soit, qui ressentent ce besoin d’être soutenues.

Dans Wouldn’t It Be Better, le piano revient en force en tant qu’instrument de prestige, bien que celui-ci soit accompagné d’une solide batterie (pour ne citer qu’elle). Musicalement, Wouldn’t It Be Better est une très belle chanson. Ayo y propose pourtant une image assez noire, empreinte de souffrances. La chanteuse de Down On My Knees y joue le rôle d’une femme qui se sent trahie dans une relation qu’elle entretenait avec un ami ou amant. Elle se demande si elle ne serait pas mieux si elle pouvait simplement rayer cette personne de sa vie : "Wouldn’t be better if I forget you, and you forget me ?".

Une nouvelle fois, j’apprécie l’introduction sonore choisie par les compositeurs du morceau suivant I Need You. Ce titre, que je trouve plutôt sympathique, nous permet de retrouver Ayo dans un registre qui lui est classique. Sa voix est pleine de puissante quand elle déclare à l’être qu’elle aime qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. I Need You me rappelle un peu Life Is Real. Il a cet aura semblable… J’imagine d’ores-et-déjà les arrangements musicaux aux rythmes endiablés qui seront choisis lors du concert de la chanteuse à la Cigale les 4 et 5 novembre prochain.

Milky Way, dont le titre m’a fait sourire, est une jolie ballade mêlant lune, étoiles et autres astres de l’univers cosmique à la poésie. Elle traite en réalité les tristes vérités du monde actuel.

C’est ensuite Sunny, la fameuse chanson de Bobby Hebb qu’Ayo a décidé d’ajouter à la tracklist de Ticket To The World. Cette chanson a été réalisée dans le cadre du Summer of Soul d’Arte. J’ai récemment écrit un article sur la version de Sunny d’Ayo, je vous invite à le lire à travers le lien précédent.

Enfin, le titre qui termine ce quatrième album de la chanteuse est le duo proposé par Youssoupha et Ayo, Fire. Cette chanson remixée est née d’une idée du label Motown qui rêvait qu’Ayo ait l’opportunité de collaborer avec un chanteur français. Ainsi, Youssoupha, que la jeune femme aime beaucoup nous chante les paroles suivantes : "Graine de colère, mon ghetto est sous pression, Jour de tonnerre peu d’réponses trop de questions, Nos terres parlent au pression qu’on tombe de sommeil, Comment nous faire de l’ombre, on est les enfants du soleil".


TRACKLIST :
01 – Fire
02 – I’m Walking
03 – Teach Love
04 – Justice featuring Citizen Cope
05 – Fallin’
06 – Complain
07 – Who
08 – I Wonder
09 – Ticket To The World
10 – Hullabaloo
11 – Sister
12 – Wouldn’t It Be Better
13 – I Need You
14 – Milky Way
15 – Sunny
16 – Fire featuring Youssoupha

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