L’Année du flamant rose de l’écrivaine Anne de Kinkelin, des femmes aux métiers artisanaux

L'année du flamant rose de Anne de Kinkelin
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L’Année du flamant rose est le premier roman de l’écrivaine et directrice du Parisien TV Anne de Kinkelin. Il est paru en édition princeps chez Charleston, et est disponible chez Pocket au format poche depuis le mois de janvier 2018. Cette lecture propose de découvrir une atmosphère singulière et des héroïnes aux métiers originaux : trois femmes indépendantes dont la passion est un véritable art créatif.

Trois artisanes hors du commun

Louise, Ethel et Caroline sont amies depuis dix ans maintenant et sont toutes trois passionnées de leur art. Leurs ateliers se font face dans un passage de rue parisien.

Entre elles, cela avait été une immédiate passion. Elles s’étaient identifiées, reconnues et aimées dans le même temps. Elles avaient échangé de ces regards qui créent une attirance instinctive. […] Ethel, Caroline et Louise étaient dans le cœur des unes et des autres. Unies et différentes, de ces sœurs qu’on choisit et qui vous accompagne sans jugements.

Louise est une joaillière hors pair. Elle a l’art de donner vie à ses bijoux, de « faire vibrer les pierres à l’unisson des émotions ». Pour elle, son métier est plus qu’une passion, il est sa raison d’être. Tous les jours, elle est à l’affût de l’idée qui pourrait dynamiser ses créations et lui permettre de manier avec précision ses instruments préférés – ceux servant à souder, poncer et cisailler les montures destinées à recevoir ses pierres précieuses.
L’autre moitié du cœur de Louise revient à celle qui illumine son quotidien, Rose. Louise est la maman d’une petite fille pleine de vie qui, malgré son jeune âge, est capable d’une bienveillance exemplaire envers ses parents.

Ethel est une corsetière appliquée capable de sublimer les silhouettes de ses clientes grâce à ses réalisations. Pour elle, il s’agit de « redéfinir les corps », de leur apporter la touche nécessaire de beauté sensuelle pour attirer les regards. Ethel passe donc le plus clair de son temps dans les étoffes, à la recherche du tissu qui saura faire la différence. Elle crée ses propres patrons à l’aide des mesures prises et crée de véritables œuvres d’art auxquelles elle attribue un petit nom confidentiel. « Les corps féminins [n’ont] pas de secret pour elle. »

Caroline, quant à elle, est une relieuse professionnelle. Cette femme de nature réservée a pour mission de redonner vie aux livres usagés, déchirés, ou jaunis par l’usure du temps. Minutieusement, elle s’affaire à sa tâche et rattache les pages abîmées ensemble. Elle découpe, affine, mesure, coud. « Pour elle, les mots [ont] un pouvoir insoupçonné. » Le second souffle qu’elle donne aux ouvrages qu’on lui confie, c’est à chaque fois un sauvetage in extremis de l’oubli selon la jeune femme.

Ces trois femmes savent comment entretenir, restaurer et dynamiser leurs objets de conception ; mais attendent désespérément un renouveau dans leur vie amoureuse. Si elles sont les maîtresses de leur art, il leur faut encore se perfectionner quant aux relations qu’elles entretiennent avec les autres. Chacune à sa façon rêve d’amour, mais rêve surtout d’être forte de ses choix et de ses convictions. On va vivre à leurs côtés une année entière, une année de rétrospection et de reconstruction.

Pour elle, l’écrit était un engagement de soi. Une projection tracée au stylo-bille (son côté rétro). On n’écrivait pas par absence. On écrivait par engagement. Elle demeurait persuadée qu’il n’y avait pas d’innocence, même dans les missives du quotidien. Faire le geste de prolonger une pensée sur le papier ne se faisait jamais sans innocence.

Un flamant rose bienveillant

Le jour où Louise achète son flamant rose empaillé, elle vient de remporter une petite victoire face à celui qui désormais ne sera plus son compagnon, Hugo le père de Rose. La jeune femme l’installe dans son atelier, satisfaite de sa trouvaille, persuadée qu’elle ne sera ainsi plus seule désormais pour affronter les soucis du quotidien. Cette évidence lui permettra d’aborder sa vie différemment, d’accepter sa rupture comme un point de départ positif vers un futur inconnu, d’apprendre à être plus sereine pour combler sa fille Rose.

Dès son apparition, ce flamant rose prend une place importante dans la vie de Louise. À la fois objet banal du quotidien et personnage emblématique, l’auteure choisit de faire de cet oiseau un « miroir » des sentiments de Louise. Cela se traduit par sa personnification et par l’usage de comparaisons : il est par exemple dit que ce flamant rose est « aussi malheureux [que Louise] ». Il est un être vivant dans l’impossibilité de communiquer, mais en mesure de transmettre des émotions, de donner du réconfort.

Immédiatement le flamant rose lui apparut et elle se sentit moins seule. […] elle n’était pas seule, malgré la douleur, malgré les doutes, elle n’était pas seule. L’oiseau fragile debout sur une patte, c’était elle. L’échassier maladroit élégamment perdu dans le débordement de ses sentiments. Mais, désormais, elle était accompagnée d’une béquille à plumes, quelque chose qui l’aidait à redevenir la fille fantasque et unique qu’elle oubliait d’être depuis tant d’années.

Il y a un jeu constant de transpositions des sentiments de Louise à ce flamant rose. Et finalement ce dernier, malgré son immobilité, apportera bien plus à cette femme qu’elle ne l’aurait jamais imaginé. De surcroît, il offre parfois un regard attendri sur sa propriétaire.

Tout à son statut d’animal empaillé, le flamant se surprit à avoir une empathie folle pour Louise.

Une volonté de changer de vie

L’Année du flamant rose est un roman plein de tendresse sur le désir de donner un nouveau sens à sa vie. La plume d’Anne de Kinkelin est douce et débordante de poésie. Ses trois héroïnes principales sont des artisanes aux doigts de fée, qui réparent et créent des objets pour les autres, en espérant que quelqu’un daigne venir s’occuper d’elles. Elles tentent de se positionner dans la société en tant que femmes fortes, mais se veulent sacrément en manque d’affection.

L’auteure choisit de juxtaposer ces femmes à des personnages masculins dont le traitement est hétérogène. Les émotions et sentiments de ces derniers ne sont pas explicitement décrits. Leurs agissements et leur manière de penser échappe au lecteur : le point de vue narratif pourtant omniscient ne permet pas toujours de saisir la portée des actions. Cette impression est d’autant plus forte qu’un nouveau personnage déterminant arrive en fin d’ouvrage et crée une certaine dysharmonie. Quoi qu’il en soit, ces personnages arrivent avec un objectif : dynamiser leur quotidien.

Les rendez-vous ratés, ceux désirés à la folie et qui finissent par arriver n’ont plus la même saveur.

À propos de ce livre

Titre original L'année du flamant rose
Auteur Anne de Kinkelin
Éditeur Pocket
ISBN 9782266279925
Prix 6.40 €
Nombre de pages 224 pages
Date de parution 18 janvier 2018
Première publication 6 janvier 2017
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