L’Année du flamant rose de l’écrivaine Anne de Kinkelin, des femmes aux métiers artisanaux

L'année du flamant rose de Anne de Kinkelin
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Lorsque j’ai repéré cet ouvrage, il n’existait encore qu’en grand format aux éditions Charleston. Aujourd’hui, L’Année du flamant rose, le premier roman de l’écrivaine et directrice du Parisien TV Anne de Kinkelin, est aussi disponible chez Pocket au format poche. Il était donc temps pour moi de parcourir son atmosphère si particulière et ses héroïnes aux métiers si originaux. J’avais hâte de découvrir ces portraits de femmes indépendantes dont la passion est un art créatif.

Trois artisanes hors du commun qui rêvent aussi de fantaisie dans leur vie personnelle

Louise, Ethel et Caroline sont amies depuis dix ans maintenant, et sont toutes trois passionnées de leur art. Leurs ateliers se font face dans un passage de rue de la ville de Paris.

Entre elles, cela avait été une immédiate passion. Elles s’étaient identifiées, reconnues et aimées dans le même temps. Elles avaient échangé de ces regards qui créent une attirance instinctive. […] Ethel, Caroline et Louise étaient dans le cœur des unes et des autres. Unies et différentes, de ces sœurs qu’on choisit et qui vous accompagne sans jugements.

Louise est une joaillière hors pair. Elle a l’art de donner vie à ses bijoux, de « faire vibrer les pierres à l’unisson des émotions ». Pour elle, son métier est plus qu’une passion, il est sa raison d’être. Tous les jours, elle est à l’affût de l’idée qui pourrait dynamiser ses créations et lui permettre de manier avec précision ses instruments préférés – ceux servant à souder, poncer et cisailler les montures destinées à recevoir ses pierres précieuses.
L’autre moitié du cœur de Louise revient à celle qui illumine son quotidien, Rose. Louise est la maman d’une petite fille pleine de vie qui, malgré son jeune âge, est capable d’une bienveillance exemplaire envers ses parents.

Ethel est une corsetière appliquée capable de sublimer les silhouettes de ses clientes grâce à ses réalisations. Pour elle, il s’agit de « redéfinir les corps », de leur apporter la touche nécessaire de beauté sensuelle pour attirer les regards. Ethel passe donc le plus clair de son temps dans les étoffes, à la recherche du tissu qui saura faire la différence. Elle crée ses propres patrons à l’aide des mesures prises et crée de véritables œuvres d’art auxquelles elle attribue un petit nom confidentiel. « Les corps féminins [n’ont] pas de secret pour elle. »

Caroline, quant à elle, est une relieuse professionnelle. Cette femme de nature réservée a pour mission de redonner vie aux livres usagés, déchirés, ou jaunis par l’usure du temps. Minutieusement, elle s’affaire à sa tâche et rattache les pages abîmées ensemble. Elle découpe, affine, mesure, coud. « Pour elle, les mots [ont] un pouvoir insoupçonné. » Le second souffle qu’elle donne aux ouvrages qu’on lui confie, c’est à chaque fois un sauvetage in extremis de l’oubli selon la jeune femme.

Le jour où Louise achète son flamant rose empaillé, elle vient de remporter une petite victoire face à celui qui désormais ne sera plus son compagnon, Hugo le père de Rose. La jeune femme l’installe dans son atelier, satisfaite de sa trouvaille, persuadée qu’elle ne sera ainsi plus seule désormais pour affronter les soucis du quotidien. Cette évidence lui permet d’aborder sa vie différemment, d’accepter sa rupture comme un point de départ positif vers un futur inconnu, d’apprendre à être plus sereine pour combler sa fille Rose.

En réalité, Louise, Ethel et Caroline savent comment entretenir, restaurer et dynamiser leurs objets de conception ; mais attendent désespérément un renouveau dans leur vie amoureuse. Si elles sont les maîtresses de leur art, il leur faut encore se perfectionner quant aux relations qu’elles entretiennent avec les autres. Chacune à sa façon rêve d’amour, mais rêve surtout d’être forte de ses choix et de ses convictions.

On va vivre à leurs côtés une année entière, une année de rétrospection et de reconstruction.

On est toujours seul quand on fait un choix. Droite/gauche. Oui/non. On est face à soi-même, à sa propre lâcheté.

Pour elle, l’écrit était un engagement de soi. […] On n’écrivait pas par absence. On écrivait par engagement. Elle demeurait persuadée qu’il n’y avait pas d’innocence, même dans les missives du quotidien. Faire le geste de prolonger une pensée sur le papier ne se faisait jamais sans innocence.

J’ai apprécié lire ce roman plein de tendresse. La plume d’Anne de Kinkelin est douce et débordante de poésie. Ses trois héroïnes principales sont des artisanes aux doigts de fée, qui réparent et créent des objets pour les autres, en espérant que quelqu’un daigne venir s’occuper d’elles. Elles tentent de se positionner dans la société en tant que femmes fortes, mais se veulent sacrément en manque d’affection.

J’ai passé un bon moment avec ce livre même si j’aurais sans aucun doute préféré en lire davantage sur les sentiments et les émotions de certains personnages. Il m’a parfois manqué un certain réalisme vis-à-vis de leurs comportements et leur manière de penser. J’ai, en outre, été quelque peu surprise de l’arrivée d’un nouveau personnage déterminant à la toute fin du roman. L’Année du flamant rose reste une bonne lecture malgré tout, notamment pour le travail de l’auteure en ce qui concerne les descriptions des métiers de joaillière, relieuse et corsetière : c’est, selon moi, le principal point fort de ce livre.

Les rendez-vous ratés, ceux désirés à la folie et qui finissent par arriver n’ont plus la même saveur.

À propos de ce livre

Titre original L'année du flamant rose
Auteur Anne de Kinkelin
Éditeur Pocket
ISBN 9782266279925
Prix 6.40 €
Nombre de pages 224 pages
Date de parution 18 janvier 2018
Première publication 6 janvier 2017
Mon appréciation ★★★☆☆
Disponible sur Amazon

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