La Page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu, une bande dessinée sur la quête d’identité

La page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu
Copyright : Delcourt

La Page blanche est un roman graphique possédant une histoire des plus mystérieuses, dont le scénario nous est proposé par Boulet, les illustrations et les couleurs par Pénélope Bagieu.

Boulet est un scénariste et illustrateur français de bandes dessinées notablement connu pour la série Notes publiée chez Delcourt depuis 2004.
Pénélope Bagieu est également une scénariste et illustratrice française de bandes dessinées, particulièrement connue pour la série Les Culottées parue chez Gallimard Bande dessinée.

J’avais très envie de découvrir l’univers de ces deux auteurs ; mon choix s’est rapidement porté sur cette bande dessinée car dès la lecture de la quatrième de couverture de La Page blanche, j’ai été intriguée.

À la recherche de sa véritable identité

Dès la première page, on retrouve une jeune fille, seule, assise sur un banc, alors que tombent des feuilles d’automne en ronde monotone… Rien ne lui semble familier. Elle n’a aucune idée d’où elle se trouve, ni de ce qu’elle peut bien faire là, assise, seule, à la nuit tombante.

Des traces de larmes sont encore fraîches sur ses deux joues. Elle est habillée simplement. Dans ces conditions, difficile de trouver des indices dévoilant d’où elle vient. Une chose est sûre, la nuit approche à grands pas, les lampadaires parisiens s’allument, et le vent se manifeste de plus en plus fort. Elle ne peut pas rester ici. Elle doit s’en aller… et « rentrer »… mais où ?

Ce n’est qu’alors qu’elle aperçoit un sac de taille moyenne posé tout près d’elle. Ce dernier pourrait lui être d’un grand secours… En examinant de près ce bagage à main, Éloïse, parce qu’elle s’appelle Éloïse, trouve son nom et son adresse sur une des nombreuses cartes qui sembleraient lui appartenir. Mais décidément, elle ne se souvient toujours rien, pas même de ce prénom qui ne lui est aucunement familier. C’est l’angoisse totale.

Éloïse trouve également des tickets de métro et un plan de Paris dans ce sac, mais son amnésie l’inquiète profondément. Elle tente de reprendre ses esprits : « D’ici une minute, tout va me revenir. ».

Mais non… Rien ne revient.

Finalement, la magie de Paris, c’est qu’importe le chemin que l’on emprunte, on finit toujours par trouver une bouche de métro. C’est ainsi que la jeune femme arrive à Montgallet sur la ligne 8. D’après ses effets, elle doit se rendre à la Rue de Nancy dans le Xe arrondissement. C’est là que se trouverait son appartement.

Les minutes passent. Toujours rien… Aucun souvenir… Éloïse se retrouve devant son immeuble, stoppée dans sa quête par un digicode. Par chance, quelqu’un finit par ouvrir la porte, mais c’est maintenant le numéro de l’appartement qui lui semble incertain. Et sur quoi la jeune femme va-t-elle tomber en rentrant ? Un homme inconnu, une fête surprise, un avis d’expulsion ou encore une famille qu’elle ne reconnaît plus ?

La Page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu

La Page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu

Mais qui peut bien être Éloïse ?

De chapitres en chapitres, la jeune femme, comme dans un dédoublement de personnalité, va commencer à identifier la « Éloïse du passé » avec le pronom féminin de la troisième personne du singulier : elle. Elle cherche ce que elle a été, ce que elle aime ; et se rend souvent que elle est différente d’elle-même. Doit-elle vivre dans la continuité de ce que elle a toujours été ? Ou est-il l’heure de vraiment s’écouter ? Impossible d’arriver à déchiffrer ce qui lui arrive : la page blanche.

[…] Je sais où sont les stations de métro, je suis qui est Britney Spears, je sais qu’un icosaèdre est un volume à vingt faces…
C’est comme si je n’avais oublié QUE ce qui me concerne MOI : mes études, ma famille, mon adresse…

C’est avec beaucoup de poésie et de finesse que Boulet et Pénélope Bagieu nous invitent à réfléchir sur ce qui fait d’une personne ce qu’elle est, et sur l’emprise qu’a la société de consommation sur elle. La question de l’identité est au cœur du débat. Qui sommes-nous si nous sommes comme tout le monde ? Qu’advient-il de ce dont on a profondément envie si on ne prend pas la peine de s’écouter ?

Cette bande dessinée est un coup de cœur inattendu pour moi. Je n’irai pas par quatre chemins : il y a des gens qui vont adorer cette fin, d’autres qui ne vont pas l’apprécier du tout, voire la détester. Pour ma part, cette chute – qui n’en est presque pas une – me satisfait pleinement. C’est même ici que se révèle la brillance de ce scénario à mon sens. Je suis certaine en revanche, qu’elle ne plairait pas à de nombreux de mes proches, c’est une histoire à l’appréciation binaire, c’est un tout ou rien.

Enfin, j’ai apprécié le petit clin d’œil de Pénélope Bagieu à Ellen Cohen, une chanteuse et actrice américaine née en 1941, décédée à l’âge de 32 ans en 1974. L’illustratrice a d’ailleurs écrit toute une bande dessinée sur le destin inspirant mais tragique de cette dernière. Ce roman graphique s’intitule California Dreamin’, un titre qui reprend l’une des chansons qui ont fait le succès du groupe de Cass Elliot The Mamas & The Papas.

À propos de ce livre

Titre original La page blanche
Auteur Boulet
Illustrateur Pénélope Bagieu
Éditeur Delcourt
Collection Mirages
ISBN 9782756026725
Prix 24.95 €
Nombre de pages 208 pages
Date de parution 18 janvier 2012
Mon appréciation ★★★★★
Disponible sur Amazon

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