Petit pays de Gaël Faye, l’histoire du génocide rwandais sous un angle nouveau

Petit Pays de Gaël Faye
Copyright : Grasset

Petit Pays est le premier roman du rappeur, auteur, compositeur et écrivain Gaël Faye. Il s’agit d’un ouvrage important, de par son contenu et sa portée, relatant la violence du génocide rwandais qui a eu lieu en 1994. Ce roman paraît lors de la rentrée littéraire estivale de 2016 aux éditions Grasset. Il connaît dès lors un succès incommensurable, et est lauréat de nombreux prix dont le Prix Goncourt des lycéens, le Prix du Premier Roman, le Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama et le Prix du Roman Fnac – pour ne citer qu’eux.

Gaël Faye s’illustre ici pour la première fois à l’écriture d’un roman, mais ce chanteur n’en est pourtant pas à sa première composition textuelle. Avec sa plume, il propose depuis son adolescence[1] un regard empreint d’émotions sur l’exil, la nostalgie et l’Afrique au moyen de rimes, d’expressions singulières, de poésie et de multiples tournures d’esprit.

Gaël Faye fait ainsi partie aux côtés d’Edgar Sekloka du groupe Milk Coffee and Sugar, une formation musicale créée en 2008 proposant du hip-hop et du slam français. Ensemble, les deux hommes ont partagé plusieurs scènes dont la première partie du concert de Nneka en 2012 à l’Olympia. L’artiste a également à son actif un premier album studio paru en 2013 intitulé Pili-Pili sur un croissant au beurre.

Petit Pays confirme véritablement l’amour de Gaël Faye pour les mots et sa capacité à intelligemment en jouer pour bouleverser son public.

Le génocide rwandais vu par un enfant

Petit pays c’est avant tout l’histoire de Gabriel, un jeune garçon métis plein d’entrain au cœur léger. Son père est français, sa mère est rwandaise d’origine Tutsie. Il vit dans son petit pays, le Burundi, un joli coin de paradis situé à la frontière sud du Rwanda. Ses journées sont alors celles d’un enfant classique de son âge, rythmées par l’école, les retrouvailles familiales, les jeux avec ses copains et les espiègleries avec sa sœur Ana. Mais ce paradis se dégrade sensiblement au fil des pages alors que les relations entre ses parents se détériorent, alors que la haine et la violence humaine apparaissent comme seules réponses à la montée des tensions entre les différentes communautés ethniques du pays.

Gaby vit l’absence de communication entre ses parents de plein fouet, sans jamais véritablement mettre le doigt sur l’objet de leur discorde et sans réellement comprendre la complexité de cette relation. L’incompréhension qui règne entre ces deux êtres qu’il chérit est pourtant palpable et manifeste : elle annonce le « début de la fin du bonheur », selon les propres mots du jeune garçon.

Car en parallèle à cette désunion familiale, le pays connaît un chaos politique sans précédent. En même temps que Gaby, le lecteur découvre alors avec un regard naïf et innocent, un regard d’enfant finalement, la cruauté du génocide rwandais qui a eu lieu en 1994. Et parce que ce lecteur s’ancre dans la narration et qu’il subit les événements au même titre que Gaby, un personnage principal attachant, il apprend alors l’horreur, la peur et l’angoisse. Il ressort grandi de cette lecture, au même titre que Gaby grandit trop rapidement, mûrit avant l’heure, et perd son innocence.

Petit Pays est un livre poétique, intense et bouleversant. Il est particulièrement riche en informations sur le quotidien des Rwandais, des Burundais ; les conditions dans lesquelles ces derniers ont vécu la violence de la haine ; et les conditions politiques de leur pays dans les années 90. La plume de Gaël Faye est poignante. C’est une lecture qui ne peut pas laisser indifférent.

L’histoire d’une communauté meurtrie par un génocide

Il y a déjà quelque temps, un article intéressant du New York Times mentionnait également ce terrible fait d’Histoire, How a Nation Reconciles After Genocide Killed Nearly a Million People. On y découvre une nation réellement meurtrie par un génocide qui a été d’une violence sans pareille : près d’un million de personnes ont été tuées en moins de 100 jours entre avril et juillet 1994 au Rwanda. C’est d’ailleurs le génocide le plus « rapide » de l’Histoire pour un si grand nombre de morts par jour.

Aujourd’hui, quelle que soit son appartenance à une des communautés ethniques présentes dans le pays, chaque citoyen rwandais doit apprendre à vivre en communion avec l’homme qui se tient en face de lui, que celui-ci ait participé ou non à l’assassinat de membres de sa famille. Ces témoignages éloquents, déchirants, parlent d’un désir d’avancer vers une même paix. Un travail sans relâche qui risque de perdurer sur bien des années encore.

C’est pourtant ce message d’espoir qui demeure, cette envie de guérison de tout un peuple qui souhaite, non pas oublier l’Histoire, mais apprendre jour après jour, à mieux vivre en harmonie.

Notes    [ + ]

  1. Zisman, Marc. “Gaël Faye, rappeur tout en finesse.” Télérama.fr, 17 mai 2013, www.telerama.fr/musique/gael-faye-rappeur-tout-en-finesse,97477.php.

À propos de ce livre

Titre original Petit pays
Auteur Gaël Faye
Éditeur Grasset
ISBN 9782246857334
Prix 18 €
Nombre de pages 224 pages
Date de parution 24 août 2016
Disponible sur Amazon

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