Ma fille de Jane Shemilt, ou ce que l’on sait vraiment des personnes qui nous entourent

Ma fille de Jane Shemilt
Copyright : Cherche Midi

Ma fille est le premier roman de l’écrivaine britannique Jane Shemilt, un ouvrage paru en France au mois de mai 2016 dans la collection « Thrillers » du Cherche Midi. Ce roman est traduit en langue française par Karine Lalechère.

Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, Jane Shemilt exerce en tant que médecin généraliste à Bristol en Angleterre, où elle vit avec son mari et leurs cinq enfants. Elle obtient, alors qu’elle continue en parallèle de travailler dans son cabinet, un diplôme d’études supérieures en création littéraire à l’université de Bristol, puis une maîtrise en écriture créative à Bath Spa University.

Daughter paraît en août 2014 chez Penguin Books. En France, ce livre paraît d’abord aux éditions du Cherche Midi avant de sortir en septembre 2017 au format poche aux éditions Pocket.

Que connaissons-nous réellement de la vie de nos proches ?

Ma fille conte l’histoire de Naomi Malcolm, une adolescente de quinze ans. Naomi semble avoir tout pour elle, des amis à revendre, des activités extra-scolaires qu’elle affectionne, une famille prête à tout pour lui faire plaisir. Seulement un soir, Naomi ne rentre pas chez elle. Qu’a-t-il pu se passer pour que la jeune fille ne donne plus aucun signe de vie ? C’est ce que tentent d’élucider ses parents.

Un an plus tard, Naomi est toujours portée disparue. Sa mère Jenny tente l’impossible pour comprendre. Ne pas savoir ce qui s’est passé, c’est pire que tout : la peine, l’incertitude, la colère, les insomnies, l’angoisse, la panique… Commence alors la reconstitution du puzzle qu’est la vie de Naomi. Que connaissent finalement ses proches de la vie que menait cette jeune fille ? À quel point connaît-on réellement la vie de son enfant ? Naomi est-elle encore en vie ? Toutes ces questions sont soulevées et les réponses sont loin d’être celles auxquelles on pense.

Avec ce thriller psychologique, Jane Shemilt place son lecteur en constant doute. Pour les parents, comment réussir à donner une éducation correcte ? Quelle action définit de façon durable le comportement des enfants ? Comment être présent pour eux sans être surprotecteurs ? Jusqu’à quel point leur donner de l’espace n’est pas un synonyme de les abandonner ? Et surtout, comment leur garantir un avenir sans failles ?

Jane Shemilt propose de plonger dans le quotidien de cette famille composée de cinq personnes : Jenny et Ted, un couple marié, tous deux médecins ; et leurs trois enfants, Theo et Ed, des jumeaux de dix-sept ans, et Naomi. L’écrivaine alterne ici des chapitres qui se passent au moment de la disparition de Naomi, d’autres ayant lieu un an après, alors que les recherches n’ont rien donné. Cette structure littéraire permet de mieux appréhender ce qu’a pu ressentir chacun des membres de la famille à chaque moment de l’enquête.

Si on m’avait posé la question, j’aurais affirmé qu’elle était heureuse, que Ted et moi étions heureux ensemble. Que nous étions tous on ne peut plus heureux.

Ma fille offre une lecture divertissante dans laquelle derrière chaque vérité se cache un mensonge. Jenny Malcolm est le personnage central de l’énonciation de ce roman. Elle est celle qui, du point de vue des siens, possède tous les défauts du monde alors qu’elle n’a jamais souhaité que le bien-être de ses proches. Elle est humaine, avec ses qualités et ses défauts, mais n’est jamais traitée en tant que telle. Son angoisse, sa peine, son besoin « insupportable » de savoir, sont perceptibles.

Pour un parent, rien ne doit être pire que cela, n’avoir aucune idée de ce qu’advient de sa chair et de son sang.

Alors que je les regardais marcher sur les trottoirs, vivants et indifférents, je songeai que cela ne faisait pas une semaine que je l’avais perdue. Je l’avais perdue bien avant sa disparition et je n’avais aucun moyen de savoir qui elle était devenue.

Dans la vraie vie, ça commence bien et ça se termine mal. Mais, en même temps, il n’y a jamais vraiment de fin.

Jane Shemilt crée un premier roman plein de suspense, un roman que l’on ne peut déposer sans continuer à penser aux personnages. La fin de ce livre est particulièrement marquante. Le scénario dramatique et déchirant mis en œuvre par l’écrivaine est inconcevable quand commence Ma fille. Il est ici intéressant que l’auteure choisisse de confronter son lectorat à cette réalité. Cette conclusion invite à reconsidérer ce roman dans son intégralité suite à une révélation cruciale.

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