Girl in translation de Jean Kwok, l’aspiration des migrants à une vie meilleure

Girl in Translation de Jean Kwok
Copyright : Riverhead Books

Jean Kwok est une romancière de nationalités chinoise et américaine. Elle est née à Hong Kong, et avec sa famille, a émigré vers les États-Unis alors qu’elle n’avait que cinq ans. Ses parents n’ayant pas les moyens de parfaitement subvenir aux besoins financiers de leur foyer, elle a passé une partie de son enfance à travailler dans une usine de fabrication de vêtements située dans le quartier de Chinatown, à New York.

Forte de cette expérience singulière, Jean Kwok a travaillé d’arrache-pied pour parvenir à s’inscrire à l’université. À un stade de son parcours scolaire, elle a dû jongler avec quatre jobs différents pour arriver à financer ses études. Aujourd’hui diplômée de Harvard avec les honneurs et d’une maîtrise en fiction de l’Université de Columbia, Jean Kwok vit au Pays-Bas avec son mari et leurs deux garçons.

J’ai choisi de lire son premier roman, Girl In Translation, car j’ai été impressionnée par son brillant parcours et par sa force de caractère. Avec cet ouvrage, l’écrivaine s’inspire directement de sa vie personnelle et nous invite à découvrir le quotidien des immigrés sino-américains.

Survivre malgré la pauvreté, le combat d’une immigrée

Comme Jean Kwok, l’héroïne principale de ce roman, Kimberly Chang, émigre accompagnée de sa mère de Hong Kong vers New York. Pour elles, les États-Unis représentent alors le rêve américain, la vie en grand, les lumières folles de la nuit, une joie intense… Mais quelques jours après leur arrivée, c’est la désillusion totale.

Elles doivent lutter quotidiennement pour manger à leur faim, elles découvrent la pauvreté, le froid d’un appartement miteux (alors qu’elles vivaient dans des conditions tout à fait honorables à Hong Kong), le travail ardu pour un salaire de misère, et surtout de grandes difficultés à se faire comprendre du reste du monde, car les deux ne parlent pas un mot d’anglais. Avec la barrière de la langue, elles se retrouvent abandonnées à elles-même, seules, mal comprises, et recluses.

Pour survivre dans ces conditions, la mère de Kimberly, qui travaille dans une usine de fabrication de vêtements, finit par demander à sa fille de lui prêter main forte après les cours. Dès lors, la jeune femme doit faire preuve d’une organisation sans faille, lui permettant d’être une étudiante assidue le jour, une travailleuse efficace la nuit.

Prête à tous les efforts pour améliorer leur quotidien, Kim décide de prendre un main son avenir, en se forgeant la meilleure éducation possible, en choisissant de réussir pour ne pas répéter cette souffrance.

There’s a Chinese saying that the fates are winds that blow through our lives from every angle, urging us along the paths of time. Those who are strong-willed may fight the storm and possibly choose their own road, while the weak must go where they are blown. I say I have not been so much pushed by winds as pulled forward by the force of my decisions.

On découvre ainsi dans Girl in Translation, les conditions misérables dans lesquelles évoluent les migrants sino-américains à leur arrivée en « terre promise ».

Une expérience littéraire finalement assez mitigée…

J’ai lu ce livre il y a déjà un bout de temps, mais j’avoue avoir eu beaucoup de mal à me décider d’écrire sur cette lecture… Je suis tout simplement perplexe.

Aujourd’hui encore, j’ai des sentiments très partagés sur Girl in Translation. Si je devais apprécier jour après jour ce livre, je changerais probablement ma notation tout le temps. Je vais essayer de vous en dire les raisons ici, sans trop en dévoiler sur l’intrigue principale.

Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé les premiers chapitres de ce livre. Jean Kwok a fait un travail exceptionnel quant au récit de l’immigration de ces deux personnes d’origine chinoise. Souvent, il y a une tendance à sous-estimer le clash des cultures pour les familles qui émigrent d’un pays vers un autre. J’ai vraiment apprécié la manière dont est racontée cette histoire, et la manière dont Jean Kwok nous explique le travail dans les usines de fabrication de vêtements qui emploient des personnes pour moins de deux dollars de l’heure.

The factory took up the entire floor of a massive industrial building on Canal Street. It was a cavernous hall bulging with exposed beams and rusting bolts covered in ever-thickening layers of filth. There were mountains of fabric on the floor next to the workers, enormous carts piled high with half finished clothes.

J’ai trouvé ça intéressant d’utiliser ainsi son parcours personnel dans cette fiction. Je me souviens en effet ô combien il est difficile d’entrer dans une culture différente de celle qu’on a toujours connue, d’être véritablement accepté au sein d’une nouvelle communauté, et de vivre chaque jour en se comparant aux autres. Ces émotions m’ont semblé authentiques, réellement proches de ce que j’ai vécu enfant, bien que mon expérience ait été bien moins douloureuse que celle de Kim.

J’ai aussi beaucoup aimé toutes ces notes proposées sur la culture chinoise. La romancière prend ici le temps de nous expliquer, par exemple, ce qu’est le feng shui, et comment faire pour que notre maison possède une énergie environnementale positive. J’adore quand il est aussi question de spécialités culinaires différentes de ce que j’ai l’habitude d’expérimenter. En ça, cette lecture était largement divertissante.

Mon premier problème avec ce récit a été concernant la psychologie des personnages. J’ai le sentiment que certains d’entre eux étaient juste vraiment bons, intelligents, excellents, gentils, adorables ; et d’autres, simplement méchants, stupides, inhumains, mauvais, intraitables. C’était comme si, dans la vie, personne n’est à la fois gentil et méchant, chacun ne peut être que l’un ou l’autre. Il m’a manqué ce côté humain, le sentiment que chaque personne peut avoir un bon et un mauvais côté. Or je pense que personne ne peut être si facilement analysable. Je suis peut-être naïve, mais j’ai envie de croire à l’évolution des gens, à la part de bonté en chacun d’entre nous.

Aussi, j’ai été quelque peu distraite d’un point de vue rythmique, par la façon dont certains paragraphes étaient sectionnés. Certains débuts de chapitre étaient le résultat direct d’un événement du précédent. Et parfois, au sein d’un même chapitre, plusieurs semaines et mois s’étaient écoulés. Ce n’était pas grave en soi, mais cela m’a fait douter à plusieurs reprises de ce que j’avais dû rater.

Enfin (et surtout), j’ai détesté la fin de ce livre. Cette fin a véritablement tout gâché pour moi. Sans trop rentrer dans les détails, histoire que vous conserviez un peu de suspense si vous décidiez de vous lancer dans cette lecture, je ne comprends simplement pas pourquoi un tel scénario dramatique a été mis en place. Je pense que certains personnages méritaient qu’on leur accorde plus de crédit, qu’il aurait été plus judicieux qu’il n’y ait pas autant de machinations pour en arriver là. Je crois comprendre qu’il était important ici de souligner l’envie d’évolution, l’amélioration souhaitée. Mais je ne partage pas la résolution adoptée.

Si je suis vraiment, vraiment, vraiment honnête, je ne peux pas dire que j’ai aimé cette histoire, ni que celle-ci, dans sa globalité, était malgré tout acceptable pour moi. Je désapprouve complètement les choix faits par certains personnages, même si je crois comprendre/entendre leur point de vue, l’idée de choisir une vie meilleure (mais pour qui au juste ?).

C’est difficile pour moi d’écrire cette chronique en ces termes aujourd’hui : cette histoire avait selon moi tellement de potentiel. J’ai eu l’impression de pouvoir me confronter à de nombreuses idées différentes tout au long de ce récit, ce que j’apprécie toujours. Mais ce n’était probablement pas un roman pour moi. Si le sujet principal avait vraiment été l’immigration et comment les gens s’habituent à leur nouvelle vie, j’aurais peut-être adoré ce livre. Peut être.

À propos de ce livre

Titre original Girl in translation
Auteur Jean Kwok
Éditeur Riverhead Books
ISBN 9781594485152
Prix 10.99 €
Nombre de pages 322 pages
Date de parution 3 mai 2011
Première publication 29 avril 2010
Mon appréciation ★★☆☆☆
Disponible sur Amazon

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