LaRose de Louise Erdrich, ou comment pardonner l’impardonnable

LaRose de Louise Erdrich
Copyright : Albin Michel

LaRose, le nouveau roman de Louise Erdrich, nous propose une fiction historique originale dans laquelle il est question de violence armée, de deuil et de reconstruction. J’ai enfin pu lire cet ouvrage dont la quatrième de couverture a tout de suite su me séduire.

Ce livre est paru aux éditions Albin Michel au mois de janvier dernier, et l’on retrouve Isabelle Reinharez pour sa traduction française.

Le destin scellé de LaRose

Les Iron et les Ravich sont deux familles voisines de Dakota du Nord. Emmaline Iron et Nola Ravich sont demi-sœurs mais n’entretiennent pas de réelle relation. Leurs deux maris en revanche, Landreaux et Peter respectivement, sont amis et ont pour habitude de se retrouver de temps à autre pour discuter.

À l’ouverture de la saison de la chasse, Landreaux, impatient de pouvoir honorer ses coutumes ancestrales indiennes, s’arme de son fusil. Cela fait déjà quelque temps qu’il observe un cerf se balader aux alentours de chez lui. Il suit pendant de longues minutes les allées et venues de l’animal, se prépare à faire feu et tire. Alors que le gibier s’enfuit en détalant, un bruit sourd se fait entendre. Landreaux réalise soudain qu’il vient de tuer le dernier fils de Peter et Nola, Dusty.

Cet incident va conduire les deux familles dans un enchaînement infernal de réactions, va surtout conduire Landreaux à prendre une décision déchirante en ce qui concerne son dernier garçon LaRose. Pour observer la justice traditionnelle ojibwé, l’homme va donner son fils à ses voisins endeuillés, une action qui aura des répercussions terribles pour tous.

Nous sommes poursuivis par ce que nous faisons aux autres et ensuite, du coup, par ce qu’ils nous font.

Tel un caillou lancé dans une mare, cet acte symbolique profond soulève bien des questions dont les réponses semblent mener vers d’autres interrogations. Comment Peter, Nola et leur fille Maggie vont-ils réagir à cette offrande singulière ? Comment Landreaux peut-il accepter de perdre un fils de cette façon ? Comment peut-il d’ailleurs imposer ça au reste de sa famille, sa femme Emmaline et ses quatre autres enfants ? Et surtout, qu’est-ce que tout cela implique pour le petit garçon de cinq ans qu’est LaRose au moment des faits, pour lui qui a perdu en la personne de Dusty un ami ? Peut-on réellement effacer une erreur en faisant don de la chose la plus précieuse pour soi ?

LaRose représente finalement la balance qui rétablit l’équilibre entre ces deux familles qui vivent des moments affreusement tragiques. Mais c’est aussi ce petit garçon qui grandit sans aucun doute trop vite, qui tente d’endosser la misère affective d’un côté, la détresse maternelle de l’autre. Il est baigné dans ce quotidien nocif où tout le monde semble devoir reposer sur lui, sur ses petites épaules trop frêles pour un si lourd bagage.

J’ai beaucoup aimé lire cette histoire surprenante dans laquelle il est question de violence armée et d’assomption de ses actes. Landreaux est un personnage étonnant, qui vit l’une des pires choses en tant qu’être humain bienveillant, qui se résout à la pire chose pour un père. Il semble loti d’un cœur immense, mais cet acte par lequel il tue involontairement Dusty, va le condamner à jamais aux yeux de tous. Peut-il seulement espérer la rédemption ?

Si j’ai apprécié la réflexion autour du deuil que doivent faire ces familles, j’aurais cependant préféré que l’histoire soit moins entremêlée de passages relatifs aux ancêtres d’Emmaline. Certains de ces éléments m’ont quelquefois déconnectée du fil conducteur de cette lecture. Je n’ai pas su réellement apprécier le parallèle créé entre le passé tortueux de ces personnages et la réalité de leur descendance. Dès le début du livre, il nous est annoncé que certains doivent réparer la faute des anciens, et que le don de LaRose n’est que juste réparation… mais de quelle faute s’agit-il réellement, l’histoire est selon moi moins précise à ce sujet.

Parfois aussi, il n’y avait pas de réelle limite entre le réel et le surnaturel. L’omniprésence des esprits indiens ne m’a pas particulièrement touchée.
Enfin, je n’ai pas non plus accroché à certains épisodes se déroulant en arrière-plan de la trame principale. Parmi eux, on retrouve la narration autour du père Travis, l’arrivée de Waylon et ce qui en découle, ou les différents récits racontés par Mrs Peace et ses amis.

Je pensais que ce livre aurait été un de mes coups de cœur littéraires de cette année… en ce sens, peut-être suis-je légèrement déçue. Mais LaRose reste néanmoins une lecture intéressante que je recommande. Elle nous plonge dans une histoire originale où chacun tente de survivre tant bien que mal à un événement inconcevable. Je pense par ailleurs que ce livre plaira à tous ceux qui sont désireux d’en apprendre plus sur les traditions amérindiennes. Louise Erdrich fait un travail exceptionnel quant à la retranscription des us et coutumes des natifs américains. On parcourt également un pan triste de l’histoire états-unienne, les années qui ont suivi le 11 septembre 2001.

Les citations suivantes sont celles que j’ai préférées (la dernière concerne Nola, il est question de son cœur brisé de mère en détresse qui tente de faire bonne figure).

Si quelqu’un parle calmement et respire la paix, même un loup est capable d’écouter.

En réalité, il lui avait enseigné ce qu’elle devait savoir sur les hommes. Elle n’avait nul besoin d’en apprendre davantage.

Puis elle se secouait et faisait semblant, en présence des enfants, d’être vraiment là et non sous terre.

À propos de ce livre

Titre LaRose
Titre original LaRose
Auteur Louise Erdrich
Traducteur Isabelle Reinharez
Éditeur Albin Michel
Collection Terres d'Amérique
ISBN 9782226325983
Prix 24 €
Nombre de pages 528 pages
Date de parution 17 janvier 2018
Première publication 10 mai 2016
Mon appréciation ★★★☆☆
Disponible sur Amazon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.