Maison sans fenêtres de Marc Ellison et Didier Kassaï, un exposé poignant sur la République Centrafricaine

Maison sans fenêtres de Marc Ellison et Didier Kassaï
© La Boîte à Bulles

Avant de lire cette bande dessinée proposée par Marc Ellison, photo-journaliste écossais, et Didier Kassaï, illustrateur centrafricain, je n’avais AUCUNE idée de la situation dans laquelle se trouve la République Centrafricaine.

J’ai été interpellée par ce sous-titre peu commun Enfances meurtries en Centrafrique, et ce n’est qu’en redéposant cet ouvrage que j’ai véritablement compris pourquoi il est question d’une Maison sans fenêtres, d’une bâtisse dont on ne perçoit pas l’intérieur : la République Centrafricaine est peu couverte médiatiquement, ce qui veut donc dire que peu connaissent véritablement l’étendue de la crise connue par ce pays enclavé d’Afrique centrale.

À propos de la République Centrafricaine

La République Centrafricaine est une ancienne colonie française, indépendante seulement depuis août 1960. C’est aussi en 2016 le pays le plus bas sur le classement de l’Indice de Développement Humain calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

La République Centrafricaine est une nation jugée instable, fragilisée par les nombreux coups d’État, la corruption, la mauvaise gestion des ressources déjà moindres. Marc Ellison nous l’écrit en préface à cette bande dessinée, « Le pays est confronté à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition, à une pénurie d’enseignants qualifiés et à un faible niveau d’alphabétisation, ainsi qu’à un faible accès à l’eau, aux services sanitaires et de santé. ».

La population centrafricaine tente de survivre quotidiennement, malgré la misère oppressante régnant dans l’atmosphère. Mais le sort de son pays n’est pas près de s’améliorer car le dernier conflit armé a encore aggravé la situation. Alors comment font les Centrafricains pour survivre dans leur quotidien ? Et dans quelle condition vivent les plus jeunes de ce pays ?

Didier Kassaï et Marc Ellison vont à la rencontre de ces enfants et nous offrent ce précieux condensé de témoignages. Cette bande dessinée a d’ailleurs remporté la médaille d’or du meilleur reportage remise par l’association des correspondants de l’ONU. Elle s’accompagne de vidéos immersives que vous retrouverez toutes dans cette playlist YouTube.

Des enfances complètement détruites

J’avais envie par la lecture de ce roman graphique d’apporter ma pierre à l’édifice : faire en sorte que la République Centrafricaine ne soit plus une maison sans fenêtres, et que la lumière soit faite sur la vie quotidienne des Centrafricains.

Didier Kassaï et Marc Ellison nous proposent d’abord de découvrir l’histoire des enfants de Bangui, la capitale centrafricaine. Nombreux sont ces jeunes qui vivent dans des conditions misérables et tentent tant bien que mal de trouver des solutions pour se nourrir.

Leur quotidien est constitué de petits boulots mal payés et de violences orchestrées par des adultes à leur insu, qui abusent de leur pouvoir et de leur force. Les filles sont souvent condamnées à la prostitution, la journée étant alors faite pour se « reposer » dans des endroits délabrés.

Ces mineurs sont dans les rues soit parce qu’ils ont fui la maltraitance de leurs parents ou tuteurs, soit parce qu’ils sont orphelins des suites du conflit politique majeur de leur pays. Selon un sondage de 2006, il y avait près de 6 000 enfants sans domicile fixe, exposés aux abus sexuels et/ou physiques et à la drogue.

Depuis 1994, un seul refuge existe pour ces enfants des rues au centre de Bangui : la Fondation Voix du cœur. Celui-ci leur apporte une certaine stabilité, la possibilité de manger trois fois par jour, d’aller à l’école et d’apprendre un métier. Malheureusement, ce centre ne peut recueillir tout le monde (il ne possède que 60 lits), et les ressources manquent tragiquement.

En 2013, la République Centrafricaine connaît une forte croissance de la violence notamment due aux divergences inter-communautaires entre la Séléka et les anti-balaka. C’est le début de la troisième guerre civile du pays.
La population est décimée. Et le nombre d’enfants dans les rues augmente. La pauvreté a atteint un seuil insoutenable, où 67% de la population vit avec l’équivalent de moins d’un dollar américain par jour, et 38% des enfants souffrent de malnutrition chronique. Tout le monde est confronté à la mort.

Et dans ces conditions, des aberrations sans nom sont perpétrées jour après jour, au nom d’accusations de sorcellerie : violences en tout genre, abandons de mineurs et meurtres en groupe revendiqués.

De nombreux enfants ont littéralement vu mourir leurs parents. On découvre ainsi l’histoire d’Adama, une jeune fille de 13 ans qui a assisté au meurtre de son père et au massacre de son village entier alors âgée de 10 ans. Elle a été épargnée par ce qu’elle était une enfant, mais est restée captive plus de deux mois par un groupe d’anti-balaka, vivant quotidiennement dans l’angoisse.

Adama n’a pas eu une scolarité classique, elle n’a pas pu profiter d’une éducation pédagogique durant plusieurs années. Bien qu’elle soit dans la fleur de l’adolescence, elle n’a été à l’école qu’une seule année complète. Aujourd’hui, elle a rejoint une classe remplie d’élèves bien moins âgés qu’elle. Des cas similaires au sein, il y en a partout dans tous le pays.

D’autres enfants, moins « chanceux », travaillent dans les mines dans l’espoir de trouver un jour un diamant qui leur permettra de sortir de la pauvreté. « Le stylo est noir mais le diamant est clair », à quoi bon aller à l’école s’ils peuvent s’enrichir avec un peu de chance ? Malheureusement, ces enfants gagnent souvent bien moins que l’équivalent d’un euro par jour, et ils sont en outre sujets à de l’épuisement physique, ou à des hernies. Certains finissent enterrés vivants par des éboulements de terre.

La santé représente aussi un challenge de tous les jours. La maternité de Kabo ne possède par exemple que deux médecins pour une population de 60 000 personnes. Entre paludisme et infections, la vie ne tient décidément qu’à un fil pour les Centrafricains.

Les deux auteurs nous proposent ici un reportage vibrant de ces enfants qui tentent de survivre malgré la désolation, la famine, le manque d’hygiène, le manque de toit, le paludisme et la pénurie de soins.
J’ai été absolument bouleversée par la lecture de ce roman graphique si joliment conçu. En alternant illustrations, photos et vidéos, cet exposé nous immerge complètement dans la réalité de la population centrafricaine, une réalité pleine de misère et de souffrance. Je pourrais recommander ce roman graphique à toute personne désireuse de découvrir cette partie oubliée du monde, cette maison sans fenêtres.

Un documentaire immersif

Pour finir, la vidéo suivante est un documentaire de 14 minutes réalisé par Marc Ellison dans le cadre de son aventure centrafricaine. On peut explorer chacune des scènes de ce reportage à 360 degrés.

À propos de ce livre

Titre original Maison sans fenêtres : Enfances meurtries en Centrafrique
Auteur Marc Ellison
Illustrateur Didier Kassaï
Éditeur La Boîte à Bulles
Collection Contre-cœur
ISBN 9782849532973
Prix 18 €
Nombre de pages 160 pages
Date de parution 7 février 2018
Ma note ★★★★★
Disponible sur Amazon

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