La Maison du guet de Mary Higgins Clark, le frisson à l’état pur

La Maison du guet de Mary Higgins Clark
Copyright : Albin Michel

La Maison du guet est le premier roman à suspense de l’écrivaine états-unienne Mary Higgins Clark. Il paraît en France en avril 1984 dans la collection « Spécial Suspense » des éditions Albin Michel grâce à la traduction vers la langue française d’Anne Damour.

Mary Higgins Clark est une romancière prolifique née en 1927. Ses nombreuses parutions littéraires sont reconnues dans le monde entier pour leur écriture fluide et obsédante provoquant des sentiments d’anticipation et d’excitation chez ses lecteurs. Les ouvrages de cette auteure se vendent généralement à des millions d’exemplaires.

La Maison du guet conte l’histoire d’une disparition inquiétante en parallèle aux pensées lugubres d’un personnage cynique. Ce roman possède une ambiance particulière, insoutenable, parfois bouleversante. C’est celui-ci qui permet à Mary Higgins Clark de devenir l’une des écrivaines les plus vendues aux États-Unis, puis dans le monde entier. Seulement deux années après la parution en 1975 de l’édition originale de cet écrit Where Are The Children?, la romancière négocie la publication de son deuxième thriller à 1,5 million de dollars américains.

Minute après minute, un scénario de plus en plus noir, de plus en plus inquiétant

La Maison du guet démarre avec un prologue cinglant. On y découvre les élucubrations d’un individu qui semble avoir beaucoup à faire, beaucoup à cacher. Cet homme hait Cape Cod, la région péninsulaire dans laquelle il vit. Il déteste tout de son environnement mais pourtant, il trouve un certain plaisir malsain à se trouver ici plutôt qu’ailleurs, à proximité de la demeure de Nancy. Il a d’ailleurs mijoté un plan dont la seule motivation est de détruire cette femme. Cet être pervers est prêt à risquer l’impossible pour la voir souffrir. Nancy est à des années-lumière de s’imaginer ce qui l’attend…

Demain ! Il imaginait l’expression de son visage demain à cette même heure. Exposée à la vue de tous, paralysée par l’angoisse et la terreur, s’efforçant de répondre à la question… la même question dont l’avait harcelée la police sept années auparavant.

Raynor et Nancy Eldredge sont un jeune couple marié, trentenaire, parents de deux enfants Michael et Missy. Ray est un agent immobilier dont la société est bien implantée dans le secteur ; Nancy est une mère au foyer aimante, attentionnée avec ses enfants. De l’extérieur, cette famille semble parfaite et sans histoires ; mais personne, sinon Ray et sa secrétaire Dorothy, ne connaît réellement l’histoire de Nancy.

Nancy Eldredge est en réalité plus connue sous le nom de Harmon, un patronyme qui suggère un passé des plus tortueux. Il y a sept ans, Nancy était une toute autre personne. Elle habitait en Californie et était alors mariée à un certain Carl. Les deux jeunes gens avaient deux enfants en bas-âge prénommés Peter et Lisa. La vie de cette famille paraissait débordante de bonheur jusqu’au jour où Peter et Lisa disparaissent. Ces enfants seront retrouvés assassinés, et Nancy est présumée coupable de ces meurtres sur les dires d’un proche du couple. Quand ce seul témoin oculaire ne se présente pas à sa comparution en justice, le procès est écourté et le jugement est cassé. Cependant, aux yeux de tous, Nancy reste la coupable idéale d’autant plus que son époux se suicide, trop éploré de la mort de ses enfants.

Pour oublier ce traumatisme, chasser sa douleur et fuir toute cette période brouillée, Nancy décide de changer d’apparence et de quitter la côte Ouest pour la côte Est. Elle choisit alors de s’installer au Cape, un endroit rêvé pour le calme et la solitude, la marche en bordure de plage. Les habitants de cette région sont réputés pour être des personnes discrètes et réservées, loin de s’intéresser aux commérages. C’est ici que Nancy rencontrera Ray.

Mais son passé la rattrape… Alors que la jeune maman commence enfin à apprécier la vie et tente de ne plus se soucier à chaque instant de son apparence, un article paraît dans un hebdomadaire local l’identifiant formellement et dévoilant son incroyable histoire, son procès et sa fuite à la communauté du Cape. « L’article commençait par ces lignes : “Quelque part, Nancy Harmon fête aujourd’hui son trente-deuxième anniversaire et le septième anniversaire de la mort de ses enfants qu’elle a été accusée d’avoir assassinés.” »

« Tout le monde au Cape lisait ce journal. Ils sauraient… ils sauraient tous. »
Pire que tout, c’est malencontreusement ce même jour que Michael et Missy disparaissent à leur tour.

Le brouillard se referma complètement sur elle. Les bruits moururent au loin : le cri lugubre de la mouette… le clapotis de l’eau… le silence.

Mary Higgins Clark offre dans ce thriller le ressenti de plusieurs de ses personnages, dont celui du fameux « coupable ». Cette immersion plonge le lecteur dans une atmosphère assez malsaine mais brillamment exécutée. Il suit alors les pensées les plus sombres de ce personnage détraqué et s’imagine rapidement le pire, à mesure que son cruel dessein s’exécute à la perfection.

Ce roman est remarquablement bien ficelé et possède tous les ingrédients d’un thriller percutant. La prouesse de Mary Higgins Clark est d’offrir ici une histoire tellement noire, tellement macabre que l’on en tourne les pages presque avec effroi. Les émotions de la mère désabusée qui revit son pire cauchemar sont palpables, terribles. Cette impression est d’autant plus forte que l’on est en présence d’enfants dont le sort est complètement incertain : une intrigue terrifiante.

La Maison du guet permet de ressentir le frisson à l’état pur. On a l’envie de continuer cette lecture, la peur de vivre certains événements, la volonté d’accompagner les personnages dans leurs épreuves… La magie de cet ouvrage ne réside pas dans la recherche du coupable, mais sur le fond et le comment parvenir à neutraliser cet imposteur. Tout semble mener vers une fin des plus dramatiques et rien ne suggère que l’individu en question arrivera à être neutralisé.

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