La noce d’Anna de Nathacha Appanah, une remise en question en toute sensibilité

La noce d'Anna de Nathacha Appanah
Copyright : Gallimard

Enchantée par Tropique de la violence et Petit éloge des fantômes de Nathacha Appanah, j’ai décidé de lire une autre fiction narrative de cette écrivaine franco-mauricienne. La noce d’Anna est son troisième roman, un livre relativement court paru aux éditions Gallimard dans la collection Continents Noirs. Celui-ci relate l’histoire de Sonia et Anna, une mère et sa fille dont on explore la relation si singulière.

La noce d’Anna est lauréat de deux distinctions prestigieuses, à savoir le Prix de la passion 2006 et le Prix grand public du Salon du Livre. Ce roman existe aujourd’hui au format poche dans la collection Folio de Gallimard.

Introspection et évolution ?

Aujourd’hui, 21 avril, Anna se marie. Sonia ressasse alors tous les événements qui l’ont menée à ce jour, ce jour où elle donnera la main de sa fille à un homme. Elles ont toujours été qu’à deux, et l’idée de bouleverser ce quotidien imparfait certes, mais qui fonctionne, ne plaît pas instinctivement à Sonia. Cette mère veut malgré tout être la meilleure des hôtesses pour sa fille, que celle-ci vive un jour de bonheur sans faille, sans imprévus.

Sonia a toujours vécu dans le but de fournir la meilleure éducation possible à Anna. Son enfant a été sa source de bonheur, de réconfort. Elle était aussi son roc dans les coups durs, la personne à laquelle penser pour ne jamais être tentée de lâcher le combat, à l’heure où des idées noires se mêlaient à son esprit. Bien sûr les deux femmes ont des opinions divergentes sur tous les sujets inimaginables… Mais elles restent pourtant unies, embarquées dans la même misère affective : celle d’un père absent pour Anna, d’un amour trop tôt envolé pour Sonia.

J’ai une fille qui m’attend, un bout de moi et d’un homme que j’ai aimé du mieux que j’ai pu, tendrement, tranquillement, qui écoutait la musique de mes mots et que j’ai laissé partir parce que c’est ce qu’on fait quand on aime.

J’ai beaucoup aimé lire ce livre où il est question de regrets, d’émotions et de sentiments. L’auteure nous détaille ici un pan de la vie de Sonia afin d’insister sur sa volonté de vouloir faire mieux pour sa fille, une fille si différente de ce qu’elle est, qu’elle aime envers et contre tout. On ressent à chaque page à quel point ses différentes facettes – de femme célibataire, de mère ayant élevé seule sa fille, d’écrivaine au succès correct – lui ont dicté sa ligne de conduite durant ces dernières années, et à quel point elle aimerait se défaire de ces boulets pour vivre plus librement. Elle aimerait, oui, mais elle veut aussi plaire à sa fille avant tout.

J’aurais souhaité être sage le jour du mariage de ma fille, par là, je veux dire de ne plus avoir peur du lendemain, regarder mon passé et sourire, attendre l’avenir sans angoisse, avoir accompli ce dont j’avais envie, ne pas être envieuse de qui que ce soit, de quelque situation que ce soit, avoir un homme séduisant à mes bras, assez d’assurance pour pouvoir rire aux éclats et faire rire les autres, j’aurais voulu avoir assez de recul sur ma propre vie pour encourager ma fille, mais non, je ne suis pas tout cela, je n’ai pas tout cela.

Ce roman évoque le temps qui passe, les blessures jamais guéries, le besoin d’émancipation et les regrets inavoués. J’apprécie vraiment beaucoup la plume de Nathacha Appanah. Elle a définitivement cette facilité à nous émouvoir, à nous renvoyer à nos propres réflexions. La noce d’Anna est une lecture que je pourrais recommander à toute personne souhaitant s’interroger sur l’évolution de sa vie, sur les choix qui lui ont permis de grandir et de mûrir.

Une narratrice écrivaine d’origine mauricienne… à l’image de son auteure

Nathacha Appanah choisit dans ce roman d’attribuer le métier d’écrivaine à Sonia. On découvre alors les réflexions de ce personnage sur sa carrière professionnelle, des questions qui peut-être ont traversé un jour l’esprit de son auteure. J’ai apprécié le champ lexical et les expressions liés à l’écriture que l’on retrouve ici.

Il faut que je raconte doucement. Avec calme, sans me presser. Que j’attende que les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu’à ma gorge et sortent comme un souffle, une expiration comme une autre, quelque chose que l’on fait des milliers de fois par jour, une évidence.

Je passe ma vie à chercher les mots justes, les mots qui ne veulent pas dire quelque chose d’autre, qu’on ne pourrait remplacer par un synonyme parce que sinon tous les mots finiraient par dire la même chose, et j’ai parfois l’impression que les mots d’Anna sont les plus forts, les plus acérés, ceux qui me restent en tête, tel un clou planté dans un mur.

Je finirai seule, avec mes personnages de roman et, comme un livre, je prendrai la poussière et on m’oubliera.

Sonia est une femme touchante qui tente de s’exprimer du mieux qu’elle peut, mais n’arrive pas toujours à délivrer les messages les plus importants. L’écriture est pour elle un moyen de s’évader et de vivre sans doute les aventures qu’elle se refuse, qu’elle réfrène.

Sur la question des origines, Nathacha Appanah formule avec éloquence son idée de l’appartenance culturelle par le biais de Sonia. Comment expliquer à l’autre ce que l’on est, d’où l’on vient, et surtout, quelle est notre véritable culture ? Une « personne qui possède des origines » est-elle moins ancrée dans son pays de résidence qu’une autre ?

Parce qu’après tout, on en revient toujours à la même question. « Vous êtes de quelle origine ? » Que répondre à cette question, si banale, si indiscrète ? Que veut dire exactement cette question ? Le pays où vous êtes né, certainement, mais quand vous avez passé plus d’années en terre étrangère que dans votre patrie, de quelle origine êtes-vous vraiment ?

À propos de ce livre

Titre original Les noces d'Anna
Auteur Nathacha Appanah
Éditeur Gallimard
Collection Continents Noirs
ISBN 9782070774968
Prix 13.70 €
Nombre de pages 160 pages
Date de parution 22 août 2005
Disponible sur Amazon

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