Into the water de Paula Hawkins, un panel de narrateurs pour un livre plein de noirceur

Into the water de Paula Hawkins
Copyright : Riverhead Books

Après la lecture de ce roman, je peux l’affirmer sans crainte : je suis complètement sous le charme de l’écriture de Paula Hawkins. J’avais déjà adoré lire The Girl on the train, mais Into the water est un véritable coup de cœur littéraire pour moi. Cette écrivaine britannique possède définitivement un style unique qui peut immerger son lecteur pendant des heures et des heures de lecture.

Into the water existe dans l’édition française sous le titre Au fond de l’eau paru aux éditions Sonatine en juin 2017 et plus récemment paru dans un format poche aux éditions Pocket le mois dernier. Pour ma part, j’ai préféré lire ce roman en anglais, sa langue originelle.

L’analyse fine d’un même scénario présenté sous différents angles de vue

Into the water démarre en août 2015 à Beckford, un petit village rural d’Angleterre. C’est ici qu’une mère célibataire, Danielle Abbott, que l’on surnomme simplement Nel, est retrouvée morte au fond d’une rivière.

Beware a calm surface—you never know what lies beneath.

Cette nouvelle est un choc pour ses proches, mais pas aussi franc et attristant que l’on pourrait le croire. Julia n’a pas parlé avec sa sœur depuis bien quelques années, même si pourtant, ce n’était pas l’occasion qui manquait. Quelques jours avant sa mort, Nel a téléphoné Jules dans la nuit. Mais cette dernière a complètement ignoré cet appel et n’a pas daigné recontacter sa sœur, comme celle-ci le lui demandait. Ce n’est donc qu’après la mort de Nel que Jules réalise que dans son dernier message vocal, sa sœur semblait apeurée et anxieuse.

Quant à Lena, la fille de Nel, si rien ne semble la perturber au premier abord, c’est parce qu’elle croit purement et simplement que sa mère aurait pu se jeter de la falaise. Rien ne laisse pourtant présager un tel dénouement dramatique si ce n’est que Lena est persuadée que la culpabilité pourrait être l’explication de tout, une culpabilité qui lui coupe le souffle.

Aujourd’hui Jules est de retour dans son village d’enfance, un lieu qu’elle pensait ne jamais revoir, et est obligée de prendre en charge Lena, une jeune femme qui sait se montrer rebelle, une jeune femme qui lui est finalement étrangère.

En parallèle à ces considérations, on apprend très vite que deux mois plus tôt cette même année, une adolescente émotionnelle, Katie Whittaker, se serait noyée dans cette même rivière. Coïncidence ou non ? Pourrait-il y avoir une connexion entre ces deux morts suspectes ?

Beckford is not a suicide spot.
Beckford is a place to get rid of troublesome women.

En réalité, au fil des siècles, de nombreuses femmes ont perdu la vie dans l’eau de la rivière de Beckford surnommée par les résidents locaux The Drowning Pool, en français Le Bassin aux noyées (la traduction proposée est celle de Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner pour l’édition française Au fond de l’eau). Certaines de ces femmes auraient été assassinées, d’autres se seraient suicidées… On ne peut donc qu’imaginer ce qui s’est passé la nuit où Nel Abbott est morte.

Into the Water n’a absolument rien avoir avec The Girl on the train ; ce roman est d’ailleurs bien plus addictif à mon sens. C’est un livre intelligent et captivant dans lequel on peut étudier les différences de perception, comment une même situation peut être interprétée différemment selon la sensibilité d’un personnage. Dans ce thriller, Paula Hawkins donne la voix à dix narrateurs singuliers : cela nous donne l’opportunité d’observer à quel point une assertion peut être subtilement divergente selon la personne qui l’émet. Et c’est ainsi que petit à petit, le lecteur est capable de se représenter un scénario probable qui a conduit ces deux femmes à la mort.

Into the Water est un véritable thriller psychologique. J’ai adoré mettre bout à bout tous les éléments qui constituent ce roman, comme l’araignée tisserait sa toile. Pour moi, la beauté de cette histoire réside dans la multiplicité des émotions que l’on peut y lire, dans la capacité de l’auteure à nous proposer des caractères différents pour chacun de ses personnages que j’ai trouvé tout à fait crédibles. Paula Hawkins réalise cet exercice avec tant de savoir-faire et de maîtrise, que l’on pourrait croire que cette entreprise est facile en la lisant, mais n’oublions pas qu’il n’en rien !

Enfin, ce livre aborde la question du deuil de manière franche et sans langue de bois. La perte de quelqu’un n’est jamais un sujet simple à aborder en écriture, mais je trouve qu’ici Paula Hawkins nous propose avec justesse des personnages qui sont encore bien troublés par la disparition anti-naturelle de leurs proches. L’écrivaine prend le temps de nous décrire leurs sentiments. Et l’on retrouve également une diversité quant à la façon dont certains réagissent à ces décès.

Je vous le disais en introduction, j’ai tout simplement adoré lire ce roman ! Je peux recommander Into the water à toutes les personnes qui aiment juxtaposer les ressentiments de différents narrateurs pour comprendre l’essentiel, qui aiment prendre le temps de démêler une intrigue comme s’il s’agissait d’une bobine de fil. Pour terminer cette chronique, je vous propose de lire ces quelques citations tout à fait somptueuses que nous invite à découvrir Paula Hawkins.

The things I want to remember I can’t, and the things I try so hard to forget just keep coming.

But the thing people don’t seem to realize is that I don’t want to not feel like this. How can I not feel like this? My sadness feels right. It … weighs the right amount, crushes me just enough. My anger is clean, it bolsters me.

She had never realized before her life was torn apart how awkward grief was, how inconvenient for everyone with whom the mourner came into contact. At first it was acknowledged and respected and deferred to. But after a while it got in the way—of conversation, of laughter, of normal life. Everyone wanted to put it behind them, to get on with things, and there you were, in the way, blocking the path, dragging the body of your dead child behind you.

À propos de ce livre

Titre original Into the water
Auteur Paula Hawkins
Éditeur Riverhead Books
ISBN 9780735211209
Prix 20.99 €
Nombre de pages 398 pages
Date de parution 2 mai 2017
Mon appréciation ★★★★★
Disponible sur Amazon

6 réflexions sur « Into the water de Paula Hawkins, un panel de narrateurs pour un livre plein de noirceur »

  1. Salut! Ça va?
    Tu as dis suffisamment d’informations intéressantes pour que je projette de l’acheter en anglais et en espagnol . J’aime bien non seulement les romans polyphoniques mais aussi les thriller et les lire en langues étrangères rend l’histoire plus intense.
    À bientôt

    1. Hello Anouck !
      Ça va bien merci et toi ?
      C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir tes commentaires très pertinents. ;)
      Je suis également assez fan des romans à plusieurs voix car quand ils sont bien exécutés, je pense que c’est un excellent moyen de considérer les sentiments d’autrui et d’éprouver de l’empathie. L’auteure a su parfaitement retranscrire ici les émotions de chacun des protagonistes de son histoire.
      J’essaie de lire en langue originelle aussi souvent que possible, quand je ne succombe pas à un livre en librairie. Ce qui est certain, pour avoir feuilleté l’édition française de Into the Water, c’est que je trouve que la richesse d’expression n’est pas la même que celle employée par Paula Hawkins, l’intensité non plus. En outre, cela m’a permis d’enrichir mon vocabulaire en anglais. Lis-tu souvent en espagnol ? Si oui, quels auteurs conseillerais-tu pour commencer ?
      Bises.

      1. Hello! Lire en anglais me permet aussi d’enrichir mon vocabulaire.
        Pour ce qui est de l’espagnol, c’est mon dada. Je suis professeur d’espagnol et quand je voyage je ramène toujours des livres en espagnol car on n’en trouve pas en Guadeloupe.
        La littérature hispanique est très riche.J’affectionne la littérature hispano-américaine,car je la trouve plus originale que la littérature espagnole.
        En général lesauteurs latino traitent de sujets graves qui reflètent la réalité de leurs pays . Mais ils passent par différentes tonalités pour pouvoir captiver le lecteur .
        Une histoire peut être tantôt triste , tantôt drôle .
        Ce que j’aime ce sont ces histoires empreint de realisme-magique .
        Oops mon phone va s’éteindre. J’en dis plus tout à l’heure

        1. Hello :)
          Je ne me souvenais plus, même si je crois que nous en avions discuté il y a longtemps, que tu es professeur d’espagnol. Tu enseignes depuis longtemps ? J’imagine du coup que tu as eu l’occasion de découvrir de talentueux auteurs latino-américains. En tout cas, quand tu mentionnes le genre du réalisme magique, ça me fait instinctivement penser aux romans de Miguel Bonnefoy, qui est un jeune auteur franco-vénézuélien. Son premier roman, Le Voyage d’Octavio, nous propose des allégories fortes pour nous parler de l’histoire de son peuple ; et j’ai adoré Sucre noir si tu as l’occasion d’y jeter un œil.
          Si tu as des conseils d’auteurs pour commencer à lire en espagnol, je suis preneuse. J’essaie de m’y remettre, ça fait très longtemps que je n’ai pas pratiqué cette langue que j’adore, vu que professionnellement, j’utilisais beaucoup l’anglais. Et la dernière fois que j’ai eu l’occasion de m’exprimer (très peu en plus) en espagnol, c’était déjà l’année dernière à Gérone.

  2. Pour ma part, j’ai adoré ce livre. L’intrigue est très bien construite. L’on a envie de savoir ce qu’il arrive à chaque personnage, d’où ils viennent. Je le conseille vraiment aux addicts de thriller. Merci de nous en faire part.

    1. Merci Cindy pour ce commentaire. J’ai également adoré cette lecture, notamment pour ses personnages que l’on découvre petit à petit, dont l’histoire se dévoile à chaque page.

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