La Fille du train de Paula Hawkins, un thriller aux retombées internationales

La Fille du train de Paula Hawkins
Copyright : Sonatine

La Fille du train est un roman de l’écrivaine britannique Paula Hawkins paru en France aux éditions Sonatine au mois de mai 2015. Il est traduit en langue française par Corinne Daniellot.

Paula Hawkins naît et grandit au Zimbabwe. Diplômée de l’Université d’Oxford, elle travaille d’abord en tant que journaliste pendant quinze ans notamment pour The Times. Son premier ouvrage publié est un livre de non-fiction intitulé The Money Goddess. Il paraît en 2006 et offre une série de conseils d’ordre financier aux femmes.
Le premier roman de Paula Hawkins s’intitule Confessions Of A Reluctant Recessionista. Il est édité en 2009 et sort sous son nom de plume Amy Silver. Avec ce pseudonyme, elle propose plusieurs romans de fiction romantique qui ne remportent pas un franc succès dans le monde de la littérature.

I realized I do tragedy better than comedy.
(J’ai compris que j’écris la tragédie mieux que la comédie.)
Paula Hawkins

À mesure que la romancière compose des textes de fiction pour son éditeur, elle réalise qu’elle n’a pas la fibre des auteurs de romans feel good, que c’est avec beaucoup plus de facilité qu’elle injecte un brin de violence et de dramatique dans ses scénarios. Elle prend alors la décision de s’essayer au genre du thriller et le pari sera payant pour elle.
En 2015 alors qu’elle se trouve dans une situation financière des plus difficiles, Paula Hawkins propose The Girl On The Train à divers éditeurs, un thriller complexe dans lequel règnent les thématiques de la violence conjugale, l’alcoolisme, la consommation abusive de drogues et la véracité des relations maritales. Ce livre a un succès incommensurable et est adapté en film l’année suivante.

Aujourd’hui, Paula Hawkins est également l’auteure de Into The Water paru en 2017 (connu dans l’édition française sous le titre Au fond de l’eau) ; et elle serait en train de composer son troisième thriller psychologique.

Trois narratrices aux propos peu fiables

La Fille du train conte l’histoire de Rachel, une femme qui, comme tant d’autres, se retrouve tous les matins et tous les soirs dans les transports en commun. Ce rituel quotidien donne le sentiment à Rachel de tout connaître des personnes qui prennent son train à la même heure qu’elle, des personnes qu’elle a l’habitude d’observer depuis sa place assise par la fenêtre. Elle en devient, tel un microscopique parasite, une partie invisible de leurs vies, une femme préoccupée par les problèmes des autres plutôt que d’affronter les siens.

Beautiful sunshine, cloudless skies, no one to play with, nothing to do. Living like this, the way I’m living at the moment, is harder in the summer when there is so much daylight, so little cover of darkness, when everyone is out and about, being flagrantly, aggressively happy. It’s exhausting, and it makes you feel bad if you’re not joining in.[1]
(Un soleil radieux dans un ciel sans nuages, personne à voir, rien à faire. Vivre comme je le fais, c’est plus difficile l’été, avec ces journées si longues, si peu d’obscurité où se dissimuler, alors que les gens sortent se promener, leur bonheur est si évident que c’en est presque agressif. C’est épuisant, et c’est à vous culpabiliser de ne pas vous y mettre, vous aussi.)

Le matin, Rachel aime particulièrement regarder un couple qui lui semble parfait en tout point, loin de ce qu’elle a elle-même vécu étant mariée. Avec envie et délectation, la jeune femme les épie jour après jour dans leur jolie maison… jusqu’à une découverte des plus déconcertantes. Et quand l’épouse parfaite disparaît, Rachel est convaincue de devoir intervenir, de pouvoir faire resurgir la vérité. Mais jusqu’à quel point peut-on considérer ses souvenirs comme réels, elle qui semble complètement déconnectée de la réalité ?

En parallèle à ces réflexions intimes, La Fille du train expose également le quotidien de deux autres femmes Megan et Anna. Megan est une femme qui ne semble pas savoir ce qu’elle attend de sa vie. Elle est cette personne incomprise de tous, qui tente de survivre en assouvissant certaines de ses envies de manière égoïste. C’est surtout une femme blessée dans son amour propre, incapable de prendre une décision de vie et de s’y tenir. Son passé la submerge dans des eaux profondes, et rien ne semble véritablement l’aider à sortir la tête de l’eau.
Anna, quant à elle, est une femme sûre d’elle, qui sait comment obtenir presque tout ce qu’elle souhaite un tant soit peu. Mais ce qu’elle désire par dessus tout lui résiste : vivre tranquillement et se complaire dans cet état de bonheur idéal. Son quotidien est parfait, à un détail près. Rachel.

Paula Hawkins donne la voix à trois narratrices féminines singulières. Avec elles, le lecteur évolue dans un univers où le réel se confond étrangement avec l’imaginaire, où les souvenirs sont parfois seulement l’esquisse d’un rêve. Ce roman présente des éléments de suspense, une intrigue dotée de rebondissements, de surprises et de secrets. En qui peut-on réellement avoir confiance ? Comment se fier avec certitude aux racontars des autres ? Qui peut vraiment juger de la véracité d’un événement passé d’après la mémoire d’une tierce personne ?

L’auteure met ici en exergue une qualité de narration appréciable. La richesse de ses expressions (en langue originelle) et sa capacité à faire entendre le désespoir de ses personnages sont les deux véritables moteurs de la fluidité de cette lecture. On se retrouve empreint de tristesse et de compassion pour chacune de ces trois femmes aux destins tragiquement liés. La Fille du train offre en ce sens un livre dont le récit tient en haleine.

One for sorrow, two for joy, three for a girl . . . Three for a girl. I’m stuck on three, I just can’t get any further. My head is thick with sounds, my mouth thick with blood. Three for a girl. I can hear the magpies—they’re laughing, mocking me, a raucous cackling. A tiding. Bad tidings. I can see them now, black against the sun. Not the birds, something else. Someone’s coming. Someone is speaking to me. Now look. Now look what you made me do.
(Passe, passe, passera, la dernière y restera. Je suis bloquée là, je n’arrive pas à aller plus loin. J’ai la tête lourde de bruits, la bouche lourde de sang. La dernière y restera. J’entends les hirondelles, elles rient, elles se moquent de moi de leurs pépiements tapageurs. Une marée d’oiseaux de mauvais augure. Je les vois maintenant, noires devant le soleil. Mais non, ce ne sont pas des hirondelles, c’est autre chose. Quelqu’un vient. Quelqu’un qui me parle. « Tu vois ? tu vois ce que tu me fais faire ? »)

Notes    [ + ]

  1. Les citations en langue anglaise de cette chronique sont issues du texte original de Paula Hawkins, The Girl On The Train, paru au format poche chez Black Swan. La traduction en langue française est celle proposée par Corinne Daniellot pour les éditions Sonatine.

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