Dix-neuf secondes de Pierre Charras, le bouleversement d’une vie

Dix-neuf secondes de Pierre Charras
Copyright : Gallimard

J’ai été complètement intriguée par la quatrième de couverture de ce roman intitulé Dix-neuf secondes. Sur celle-ci il est question d’un couple qui doit faire face à l’usure du temps. Afin de réveiller leurs sens et dynamiser leur passion, les deux amants décident de s’offrir une dernière chance et imaginent un jeu hors du commun qui devrait être source d’excitation ; seulement celui-ci va avoir des répercussions irréversibles sur leur destin.

Pierre Charras était un acteur et écrivain français. Il a enseigné l’anglais durant de nombreuses années avant de devenir traducteur littéraire. Cet amoureux des scènes a également joué de nombreuses pièces à Paris notamment au Théâtre Mouffetard, au Théâtre du Marais et au Théâtre de la Potinière ; et a joué quelques seconds rôles dans des films réalisés en France.

Pierre Charras est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Son premier roman s’intitule Deux ou trois rendez-vous et est paru aux Éditions Slatkine en 1982. En 1995, il est lauréat du Prix des Deux Magots pour Monsieur Henri. En 2003, il remporte le Prix du roman Fnac avec Dix-neuf secondes.

Une fraction de seconde…
Une éternité envolée.

À quoi tient réellement le bouleversement d’une vie ? La réponse à cette question pourrait bien être dix-neuf petites secondes car tous les protagonistes de cette histoire vont voir leur vie bouleversée au bout de ce temps qui peut nous paraître infime. C’est ainsi qu’on lit les premiers chapitres de ce roman avec l’angoisse bien réelle de vivre ce qui va advenir au bout de ce laps de temps trois fois intérieur à une minute.

Sandrine et Gabriel sont ensemble depuis vingt-cinq ans maintenant. À l’image de bien des couples d’une telle longévité, ils ne savent plus où ils en sont dans leur relation. Ils s’aiment encore (Gabriel en est sûr), mais ils sont aussi las, en proie aux habitudes, aux impatiences et aux désillusions. Il faut que quelque chose change, qu’une décision forte soit prise. Ce sera alors à Sandrine que reviendra cette tâche corsée ; et pour ce faire, Gabriel lui propose un matin un scénario qu’il a longuement échafaudé. L’idée peut paraître simple : ils vont se fixer un rendez-vous quelque part dans Paris et Sandrine aura la liberté de venir ou pas, de raviver ou d’éteindre leur flamme.

Parce que moi, je vais toujours aux rendez-vous. De toute ma vie, je n’en ai pas raté un seul. J’aime découvrir la personne qui m’attend ou que j’attends. Sa légère inquiétude qui s’évapore à la seconde où je parais. Pour rien au monde je ne manquerais l’évaporation d’une inquiétude.

Gabriel opte pour un lieu de rencontre peu banal, le RER. Plusieurs raisons motivent son choix. Selon lui, le RER conviendrait à merveille dans le cas où Sandrine ne s’y présenterait pas : « le quai semblerait moins exigu, la voûte moins proche, l’échec moins patent » ; cet endroit serait aussi moins désinvolte qu’un café par exemple.

Il choisit également le nom de code de la rame qui viendra délivrer la réponse qu’il attend, celui-ci sera ZEUS. Gabriel sera sur le quai de Nation, à attendre le train de 17 h 43 en provenance de Vincennes. Sandrine, quant à elle, doit se tenir dans la troisième voiture de ce train en partant de la tête, à sa porte arrière… du moins si elle a envie d’offrir à son couple une nouvelle chance. Si elle fait le choix de ne pas se présenter, alors il en sera fini de leur histoire.

Le jour J arrive, l’heure H aussi. Ledit train ne devrait plus tarder. Gabriel l’attend sur le quai, plein d’espoir. Et en dix-neuf secondes, sa vie va en être à jamais bouleversée.

Pour lui, c’est le destin qui entre en gare. Il est seul au monde, fasciné par le train qui fonce sur lui, qui va quitter les rails, dévorer le quai, l’écraser contre le mur.

Comme nous saurions les déjouer, cette fois, les pièges qu’essaierait de nous tendre l’habitude ! Quelle vie sans faute nous aurions, si seulement Sandrine voulait bien apparaître, par magie !

J’ai adoré découvrir ce roman qui possède une narration originale, dans laquelle chaque instant compte, et pourtant, tout est éphémère. Pierre Charras nous propose alors de vivre chacune de ces dix-neuf secondes de manière décryptée, avec un compte à rebours stressant qui laisse supposer que quelque chose d’important va arriver. L’auteur nous confronte ainsi au mystère de la vie, aux terribles hasards et aux rencontres inattendues.

Le point fort de ce roman est la très belle écriture de Pierre Charras. J’ai vraiment eu le sentiment que chacune de ses phrases était travaillée pour éveiller chez son lecteur une émotion toute particulière. J’ai apprécié le fait que cet écrivain joue autant avec les mots, et son scénario se prêtait totalement à ce genre d’effet littéraire. Aussi, je suis assez fan des textes dans lesquels il règne une ambiance des plus inquiétantes et je dois dire qu’avec Dix-neuf secondes, j’ai été servie ! C’était donc pour moi un réel plaisir que de parcourir ces soupçons d’émotions volées. Ça m’a donné envie d’en lire plus à propos de cet auteur.

Quant à la direction prise par ce roman en deuxième partie de l’ouvrage, j’avoue que je ne m’y attendais pas du tout. Cette surprise m’a glacée. J’avais envie d’une fin différente, et en même temps, celle-ci me semble des plus logiques. Difficile d’en dire plus sans révéler l’intrigue principale de ce roman… Quoi qu’il en soit, j’ai vraiment beaucoup aimé lire Dix-neuf secondes pour sa singularité : j’ai eu un immense coup de cœur pour la première partie de cet écrit au rythme régulier des battements de cœur de nos personnages.

À propos de ce livre

Titre original Dix-neuf secondes
Auteur Pierre Charras
Éditeur Gallimard
Collection Folio
ISBN 9782070314980
Prix 6.60 €
Nombre de pages 160 pages
Date de parution 13 mai 2005
Première publication 25 août 2003
Disponible sur Amazon

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