Adieu Bogota de Simone et André Schwarz-Bart

Adieu Bogota de Simone et André Schwarz-Bart
Copyright : Seuil

Depuis la fin de l’année dernière, je me suis mise à lire des auteurs d’origine antillaise. Par cette activité, je découvre des écrivains qui décrivent avec émotion et justesse leur vision des Antilles et je peux m’imaginer la Caraïbe sous un regard différent, plus sage. C’est aussi une manière pour moi de faire vivre à nouveau des livres présents chez mes parents : j’ai été impressionnée par le catalogue d’ouvrages d’auteurs caribéens qui prennent de la poussière dans la bibliothèque de mon père. J’en ai donc emporté quelques-uns dans ma valise, mais je reviendrai sur ce sujet bientôt…

Quand j’ai aperçu en librairie cet ouvrage, Adieu Bogota, j’ai tout de suite été attirée par cette couverture empreinte de douce mélancolie, et j’avais vraiment hâte de découvrir ainsi la plume de Simone Schwarz-Bart et celle de son mari André Schwarz-Bart par la même occasion.

Adieu Bogota, une réflexion profonde sur la vie d’antan et les souvenirs

Marie, une sang-mêlé originaire des Antilles, vit dans une maison de retraite située à Paris dans les années 50. Ici, elle se lie d’amitié pour Jeanne, une des résidentes de cet établissement. Jeanne n’a qu’un garçon comme famille, un enfant qu’elle a eu alors qu’elle entrait dans l’adolescence. C’est ce même fils qui l’a condamnée à cette vie de réclusion loin des siens. Marie, quant à elle, ne semble n’avoir aucun entourage, personne qui lui soit intime dans son quotidien. Alors, ensemble, Marie et Jeanne tentent d’abandonner quelque peu leur solitude.

Ces deux femmes vont partager plus que des souvenirs. Elles vont se faire des confidences peu communes sur le passé qui les hante encore. Jeanne racontera à Marie toutes les transgressions de son fils et son trouble grandissant face à la mort qui approche. Elle trouve en Marie une oreille attentive, une personne qui saura écouter plus qu’elle ne semble se livrer. Alors quand Marie, plus discrète, raconte enfin sa vie à son amie lors d’une balade, celle-ci l’incite à écrire sur papier son histoire, une histoire qui mérite d’être lue. Une écriture qui pourrait lui être salvatrice.

Jeanne quitte ce monde et Marie se retrouve face à sa promesse. Écrire, se souvenir, évacuer. Elle devient alors à la fois « son propre écrivain et son propre public ».

Mais il resterait toujours ceci, qui m’empêcherait d’écrire ma vie, et qui est peut-être la véritable raison de mes échecs, c’est que si je disais certaines choses, si je racontais toute la vérité, qui n’est pas toujours belle, certains imputeraient mes criminalités à tous ceux qui m’aident à porter ma peau. Mais si ce n’est pas pour tout dire, à quoi sert de parler ?

On découvre dans la seconde partie de cet ouvrage le terrible passé de Marie. Cette jeune femme quitte la Martinique suite à la catastrophe de Saint-Pierre en 1902. Cette année-là, la Montagne Pelée connaît l’éruption la plus violente du XXème siècle avec près de 30 000 morts en l’espace de deux minutes. Cette tragédie la conduira à laisser derrière elle tout ce qu’elle a toujours connu, en quête d’une vie plus « heureuse » faite de « richesses ».

Marie nous livre alors un récit poignant de son aventure qui l’emmènera d’abord en Guyane, puis aux États-Unis et en Colombie. C’est une épopée lourde, pleine de rebondissements, mais surtout pleine de souffrances. On est bien souvent surpris de la tournure des événements, et j’ai apprécié le ton sur lequel Simone et André Schwarz-Bart nous livrent son histoire.

On est en présence d’une femme de caractère, pas toujours sûre de ce qu’elle doit faire pour vivre de la meilleure façon possible compte tenu de sa condition. Elle doit également apprendre à vivre avec sa couleur de peau, une différence encore bien trop importante aux yeux des personnes qu’elle rencontrera sur sa route.

Nous ne te voulons pas de mal, mais nous avons un sens africain de la race. Les blancs sont des blancs, mais vous autres descendants d’esclaves, vous n’êtes rien. Ce n’est pas ta faute, et ce n’est pas la nôtre : tu n’es rien. Tu es un, comme chaque poisson du fleuve.

Attention cependant, âmes sensibles veuillez s’abstenir. Si ce roman nous apporte quelques éléments de réponse quant à l’introspection de manière générale, dans sa deuxième partie, on découvre sans langue de bois une Marie dont les convictions vont souvent être réduites à néant. On est alors au début du XXème siècle, un moment dans l’Histoire où la femme noire n’a pas sa place dans la société.

Pour tout vous dire, je suis assez mitigée par cette lecture. Si j’ai beaucoup aimé la première partie de ce roman, je ne m’attendais pas à lire autant de violences dans cet ouvrage. Toutes ces brutalités que vont subir Marie m’ont touchée au plus profond de l’âme. Ce n’est pas le genre de lecture que j’affectionne le plus, et je dois dire que ma limite du supportable a largement été dépassée dans les quelques chapitres finaux de ce roman. Notre personnage féminin central en arrive même à être totalement heureuse de sa triste condition, car, le pire, elle y a survécu, et que tant qu’elle ne revit pas ce pire, tout va pour le mieux selon elle. Cette acceptation peut sembler admirable mais elle l’emmène aussi sur des chemins dans lesquels Marie se persuade que sa situation est correcte, alors qu’il n’en est rien. C’est ce comportement qui m’a semblé le plus humain, le plus vrai, celui qui m’a rappelé à quel point l’on peut se contenter de peu, juste pour ne pas revivre un passé douloureux.

Je pense que cette lecture n’est globalement pas faite pour les personnes sensibles ni pour les personnes qui, comme moi, n’aiment pas être en présence d’actes de violence trop brutaux. En revanche, si cela ne vous fait pas peur, le style de l’écriture est vraiment agréable, et j’ai largement pu apprécier certaines phrases de Simone Schwarz-Bart, à commencer par sa dédicace des plus touchantes à son mari décédé en 2006, au début du livre : « Pour toi, sans qui ce livre ne serait pas, ni ma vie ».

Mon climat intérieur est tropical aujourd’hui : il y a de la pluie, du soleil, des odeurs fortes, et un sentiment de pourriture végétale flotte dans l’air débilitant.

J’ai retrouvé récemment La mulâtresse Solitude parmi les livres de mes parents. J’espère pouvoir, en le lisant, mieux me faire une idée du style d’André Schwarz-Bart, et de cette saga antillaise.

À propos de ce livre

Titre original Adieu Bogota
Auteurs Simone Schwarz-Bart, André Schwarz-Bart
Éditeur Seuil
Collection Cadre rouge
ISBN 9782021315851
Prix 18 €
Nombre de pages 272 pages
Date de parution 4 mai 2017
Disponible sur Amazon

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