Le Chanteur de tango de Tomás Eloy Martínez, les rues de Buenos Aires

Le Chanteur de tango
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Le Chanteur de tango est un roman de l’écrivain et journaliste argentin Tomás Eloy Martínez, un homme de lettres à l’origine de nombreuses publications décédé en 2010. Cet ouvrage propose de découvrir un monde de sonorités et de danse situé au cœur de Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, une cité sud-américaine aux allures de labyrinthe.

Une quête des origines du tango

Le Chanteur de tango relate le voyage de Bruno Cadogan, étudiant de l’Université de New York. Le jeune homme est en train d’écrire une thèse sur les origines du tango au moment où commence cette histoire. Pendant ses recherches, il tombe sur les écrits de Jorge Luis Borges, écrivain, essayiste et poète argentin reconnu comme étant l’une des plus grandes figures de la littérature hispanophone.

Selon Jorge Luis Borges, le vrai tango, c’est celui qui a été composé avant 1910, loin de l’influence européenne. Selon la légende populaire, il y aurait un homme, un chanteur à la voix incroyable qui chanterait encore les meilleurs tangos du monde à Buenos Aires ; un chanteur jugé encore meilleur que Carlos Gardel, compositeur de tango extrêmement célèbre pour avoir donné ses lettres de noblesse à ce genre musical.

C’est donc à la recherche de cet homme énigmatique que Bruno Cadogan s’envole vers la capitale argentine. Sa quête pour Julio Martel commence, et cette dernière sera d’autant plus difficile que l’homme au corps chétif adore se présenter dans des lieux insolites de manière complètement impromptue, soudaine et improvisée.

Mais sa voix était unique. Elle prenait seule son envol, déployant plus de sentiments que ne pouvait en contenir une vie entière et, bien sûr, plus que n’en laissait entrevoir, modestement, le tango de Celedonio Flores. […]
Les violons de l’accompagnement étaient désaccordés et distraits, mais ils étaient couverts par l’épaisseur du chant, qui avançait seul, telle une coulée d’or, et transformait en or tout ce qu’il rencontrait sur son passage.

Ce roman offre l’épopée déstructurée de Bruno Cadogan dans une ville totalement étrangère pour lui.

Une structure littéraire déstructurée

Dans Le Chanteur de tango, le lecteur s’évade au hasard des rues parcourues par Bruno Cadogan dans Buenos Aires. Tomás Eloy Martínez en propose une description précise, avec des phrases d’une grande beauté.

Ce soir-là, j’ai vu Buenos Aires pour la première fois. À sept heures et demie, une lumière rose d’un autre monde baignait les façades, […] je n’ai vu que des gens heureux. Nous avons marché le long d’une énorme avenue bordée de lapachos en fleurs. En levant les yeux, je découvrais des palais baroques et des dômes en forme de parapluies ou de melons, avec d’inutiles miradors qui servaient d’ornement.

La chasse à l’homme pacifiste du personnage principal permet à l’auteur d’avancer par digressions successives. Le lecteur contemple ainsi les vestiges de Buenos Aires, s’égare entre les élucubrations sans liens manifestes avec le présent et les aléas du séjour de Bruno Cadogan. Certaines des histoires contées pendant cette recherche permettent de mieux cerner la ville argentine dans sa globalité. Ces récits transverses donnent de la matière au passé vertigineux de l’Argentine.

La lecture du Chanteur de tango est difficile ; sa structure semble désorganisée mais est pourtant finement travaillée. Les chapitres de cet ouvrage sont parfois d’une bonne longueur (environ une cinquantaine de pages) évoquant divers épisodes. Il s’agit d’un texte dense en informations d’un point de vue culturel, historique et politique, avec un parallèle certain entre les écrits de Jorge Luis Borges et le chanteur de tango atypique que représente Julio Martel.

En définitive, Tomás Eloy Martínez offre ici un travail impressionnant quant à l’exposé du contexte social et historique de la capitale argentine. On sent en outre l’appréciation et le respect de l’écrivain pour l’œuvre complète de Borges. La structure littéraire de ce roman rappelle le rythme du tango, une danse dont la direction du couple ne cesse de varier.

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