Because The Internet de Childish Gambino

Because The Internet by Childish Gambino
Copyright : Childish Gambino

Le 6 décembre dernier sortait le deuxième album studio de Childish Gambino chez Glassnote Records. Quatre jours plus tard, le monde entier pouvait enfin accéder à Because The Internet, un nouvel opus réunissant également Chance the Rapper, Jhené Aiko et Azealia Banks. Childish Gambino décide d’intituler ce nouvel album Because The Internet car pour lui, c’est grâce à Internet qu’il a la carrière qu’il a. Internet l’a construit, et sans Internet, il n’en serait pas où il en est aujourd’hui. Dans notre société actuelle, Internet représente tout, et tout le monde peut exister grâce à Internet.

Mais Because The Internet est avant toute chose une histoire que nous raconte Donald Glover. Et pour réellement comprendre le contexte des chansons écrites par l’artiste, celui-ci nous propose de lire le script écrit pour cet album, via son compte Twitter, à l’adresse suivante : becausetheinter.net. Cet album est une sorte d’expérience littéraire, qui donne une portée d’autant plus importante aux chansons présentes dessus. Ça a été assez difficile pour moi d’écrire sur BTI d’ailleurs, mais j’espère que vous aurez un rapide aperçu du contexte de chacun des titres grâce à cet article.

Chapitre I

Because The Internet se déroule en plusieurs actes. Dans un premier temps, Childish Gambino nous décrit le personnage principal de cette histoire en nous ramenant dans un épisode de son enfance. Le jeune garçon, le "héros" de Because The Internet, apparaît comme un être assez solitaire, presque replié sur lui-même, puisqu’il n’a apparemment aucun ami de son âge. Il ne semble pas aussi joyeux et turbulent que les autres enfants. Sa mère est sans doute morte, d’elle, on n’a que l’image de cette photo assez vieille berçant un bébé dans ses bras. Son père – qui n’est autre que Rick Ross – gagne très bien sa vie (Rick Ross, quoi!), mais est complètement incapable d’avoir un véritable lien avec son fils. Ils habitent dans une résidence qui possède une piscine et de grandes pièces apparemment confortables. Du mobilier, on connaît l’existence d’une statue Buddha. Le garçon a pour habitude de se réfugier sur Internet, il y passe son temps à regarder des vidéos sans intérêt et a commenté les dernières actualités musicales : ce qui semble être son seul plaisir. Tous ces petits détails nous dressent un premier portrait du jeune homme, qui dans les chapitres suivants, est adulte.

I. Crawl

C’est donc dans ce contexte que commence la première chanson de cet album. Crawl, se déroule quinze ans après The Library. On découvre à nouveau la chambre du garçon, dans un désordre ordonné : celui de quelqu’un qui passe la plupart de son temps sur son ordinateur. Accompagné de son ami Fam, le garçon passe chercher leurs potes Swank, Steve, Marcus et AJ. Ensemble, ils se dirigent vers Dockweiler Beach, une grande plage située dans l’état de Californie aux Etats-Unis, pour y surfer. Ils y rencontrent une fille du nom de Sasha, et l’invitent à une fête qu’ils organisent le soir même chez le garçon.

Ce premier titre, Crawl, nous propose un refrain chanté par Kai, une artiste originaire de Toronto au Canada : "Where we were, Kinda thing, Betcha crawl, All alone". En termes de sonorités, cette chanson possède une bonne basse, avec un refrain qui semble tourner en boucle sur un rythme qui varie quelque peu, mais dans lequel on distingue plusieurs voix et instruments, de la guitare et parfois même du violon – j’adore. Childish Gambino commence son premier couplet avec cette question très simple à première vue, Who am I ?, mais qui finalement se révèle plus ou moins existentielle si on prend réellement la peine d’écouter entièrement l’album. Sur Internet, on peut être n’importe qui, se cacher derrière des pseudonymes en tout genre, s’inventer une popularité… Mais le chanteur tient à nous préciser ici qu’il reste vrai en toute situation, qu’il tente sans cesse de nous décrire ce qu’il ressent : "And I said what I felt, no re-write".

II. WORLDSTAR

L’histoire se poursuit à l’intérieur de la voiture du garçon. Fam doit passer au club de la ville. Lui et le garçon passent saluer une de leurs connaissances à la boîte, et juste avant de partir, alors que garçon croise pour la première fois l’expression roscoe’s wetsuit, il assiste en direct et aux premières loges à une dispute qui finit mal. Un premier homme est tué par balles, avant que les policiers ne se chargent à leur tour d’abattre le meurtrier. Le garçon a enregistré la scène sur son portable sans vraiment le vouloir et se repasse continuellement cette vidéo. Fam et lui passent ensuite dans un club de jazz avant de rentrer à la résidence avec des gobelets bleus, de l’alcool, des gummy bears et quelques autres accompagnements.

Dans la deuxième chanson de l’album, WORLDSTAR, on entend ces bruits de tirs, rappelant la fusillade dans laquelle se trouve le garçon. Childish Gambino déclare ici : "Let me flash on’ em, We all Big Brother". L’avancée des technologies a complètement modifié nos habitudes et nos comportements. Désormais, le gouvernement n’a presque plus besoin de nous surveiller : nous le faisons nous-mêmes. Nous prenons des vidéos et des photos de notre vie quotidienne que nous mettons en ligne instantanément via des réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et YouTube pour ne citer qu’eux. Nous avons tous envie d’être quelque part des stars, et nous rions parfois même des peines et malheurs des autres, comme nous le prouve cette phrase récitée par Steve en riant, qui décrit pourtant le mal qu’a subit un jeune garçon : "This shit’s hilarious, man. It’s like this kid, man, he got like, he got like hit on the side of the head…". WORLDSTAR fait aussi référence au site worldstarhiphop.com. La chanson se termine sur un presque solo de saxophone.

Chapitre II

En guise d’introduction, Dial Up est un court interlude, rappelant un peu le bruit que faisaient les modems pour se connecter à un Internet, une version améliorée, bien plus agréable à entendre cela dit. Le garçon apparaît couché sur son lit, et des araignées glissent sur de l’étoffe située non loin de lui.

I. The Worst Guys

Plus tard dans la soirée, la fête a bien lieu dans la résidence du garçon. Les gens boivent, fument, rient, discutent. La maison semble envahie, tout le monde se détend. Certains s’embrassent, d’autres jouent au billard, la musique bat son plein. Le garçon tombe sur Sasha, la fille de la plage, et son amie. Elles ont l’air d’avoir pris de la drogue, ou d’être complètement soûles : elles passent leur temps à rire, euphoriques. Elles entraînent le garçon dans une chambre, lui posent des questions, avant que Sasha et le garçon commence à flirter ensemble. Alors qu’ils étaient sur le point de concrétiser les choses, le garçon se sent pris par des sentiments mixtes. Ils ne continuent pas leurs ébats. Le garçon entre dans la salle de bain et ferme la porte à clé.

C’est avec la collaboration de Chance the Rapper que Childish Gambino a travaillé sur la chanson The Worst Guys. Ce jeune chanteur originaire de la ville de Chicago sera surtout présent pendant le refrain de cette chanson : "All she needed was some…". La femme dont il parle a clairement besoin de quelque chose, mais impossible pour le chanteur de savoir exactement de quoi il s’agit. Le simple fait que cette demi phrase soit répétée sans jamais trouver une réelle conclusion prouvent que nos deux chanteurs n’auront jamais réussi à trouver de quoi avaient besoin leurs partenaires. C’est en ça, qu’ils sont probablement the worst guys. Aussi, dans le dernier couplet de ce titre, Childish Gambino fait référence à l’histoire du garçon avec Sasha et son amie : "Cause I’m nervous as fuck and could not get it up, I-I-I-I-I need a minute, cold water to the face, I-I-I couldn’t finish".

II. Shadows

Dans la scène suivante, on retrouve le garçon assis sur le sol, la tête entre ses mains, dans sa salle de bain. Une de ses ex, Vanessa, arrive à ce moment là. Elle essaie d’encourager le garçon à sortir de cette pièce. Après de nombreuses contestations, elle réussit à le traîner dehors. Des personnes partagent leurs avis sur différentes choses, il semble y avoir une atmosphère agréable au-dehors. Vanessa et le garçon marchent ensemble, main dans la main. Elle tente de lui parler de leur relation, qui semble connaître son lot de hauts et de bas. Le garçon ne semble pas réceptif à son approche, et lui dit honnêtement (trop durement?) qu’il pense que toute cette histoire est une perte de temps. Il pense qu’elle ne l’aime pas pour ce qu’il est, ce qu’elle trouve injuste et qui est faux à son sens. Vanessa laisse le garçon seul, l’histoire nous dit qu’ils ne se reverront jamais. Des loups, parlant de musique urbaine, arrivent. Ils mettent en lambeaux le garçon, le sang coule à flot… Puis on retrouve le garçon dans la salle de bain. Etait-ce un épisode entièrement rêvé ? Qu’est-ce-qui s’est réellement passé ? Quand il ouvre la porte de la salle de bain, Sasha et son amie sont parties. La maison est dans un sale état, les gens sont tous partis, mais pas ses amis. Le garçon leur propose alors une sortie en voiture.

Dans un genre soul presque jazzy, Shadows est joué tout au long de cet épisode. De cette chanson, j’aime le moment où le tempo se fait plus lent, durant lequel Childish Gambino déclare : "I hope you understand, We were never friends, And I hope you understand now, But I miss them". Lui et la fille dont il parle n’ont jamais été réellement amis. Ils ont été ensemble, ont été plus que des amis, sans avoir réellement partagé une solide amitié. La relation qu’ils avaient quand ils étaient ensemble manque au chanteur, mais il n’a aucunement besoin que son amante d’un temps ne fasse partie de sa vie en tant qu’amie, puisqu’ils n’ont jamais véritablement eu ce genre de relation avant qu’ils ne commencent à se voir.

III. Telegraph Ave. ("Oackland" by Lloyd)

Swank, Steve et Fam sont endormis dans la voiture. Le garçon envoie un message à une certaine Nyla, lui disant qu’il arrive. Malgré le fait que cette dernière lui demande de ne pas venir, il se dirige chez elle. Dans la voiture, la chanson Oackland de Lloyd passe à la radio. Le garçon roule à grande vitesse. Ils traversent une autoroute vide, des champs, des collines, des prés remplis de vaches… Sur un panneau d’affichage blanc, le garçon aperçoit à nouveau l’expression roscoe’s wetsuit, écrite en grands caractères. La petite troupe s’arrête manger dans un fast-food avant que le garçon ne se rende chez Nyla. Mais celle-ci ne l’accueille pas bras ouverts. De leur discussion, on comprend qu’elle est arrivée à un stade de non-retour avec le garçon. Ils ont probablement eu une relation tumultueuse, bien qu’ils aient été heureux un moment puisqu’ils avaient prévu d’avoir un enfant ensemble. Ce soir-là, le garçon avait envie d’être avec quelqu’un qui le connaît vraiment. Malheureusement pour lui, ce quelqu’un ne sera pas Nyla.

Telegraph Ave. fait clairement référence à la rue Telegraph Avenue à Oackland en Californie. Cette chanson est probablement une de mes préférées sur BTI. Dans ce titre Childish Gambino essaie de dire à sa manière les choses qu’il ressent pour la fille qu’il aime. Si on fait un parallèle avec le script écrit pour l’album, le garçon arrive chez Nyla, complètement désemparé et voudrait qu’elle l’accepte encore dans sa vie. Childish Gambino considère cette personne dont il parle comme la seule faisant encore battre son cœur. Il ne sait pas ce qu’il doit faire, surtout si elle ne partage plus ses sentiments, et donc agit souvent de manière stupide. Elle seule a la réponse à ses questions. La chanson se termine sans que l’on sache ce que décide cette femme pour laquelle il a des sentiments. La chanson, hors-contexte, nous laisse espérer que l’artiste aura su reconquérir celle qu’il aime. Le script, en revanche, nous donne clairement un not so happy ending.

IV. Sweatpants

Plus tard dans la nuit, les gars s’arrêtent à nouveau pour manger. Le garçon réalise que cette nuit est semblable à toutes les nuits qu’ils passent ensemble. Il a l’impression de ne pas avancer dans sa vie, un sentiment pas partagé par ses amis. Le garçon aperçoit un enfant écrire sur le mur qui leur fait face roscoe’s wetsuit. Il tente de savoir ce que cela signifie, en vain. Les quatre amis reprennent la route et se dirigent devant un hôtel. En face d’eux se déroule un mariage, où plusieurs personnes d’origine indienne semblent gaies et fêtardes. Ils décident de s’y incruster. Les mariés partagent une danse langoureuse, alors que les jeunes hommes se questionnent à propos du mariage. Fam considère le concept du mariage comme ridicule. Personne ne peut aimer « pour toujours » à ses yeux. Il pense qu’il s’agit juste d’un objectif à atteindre, et que tout le monde est content d’atteindre ses objectifs. Le garçon s’entretient alors avec un homme indien âgé. Il lui explique qu’il ne croit pas aux mariages, l’homme lui donne alors sa version d’un mariage satisfaisant : malgré ses instants de doute, il ne regrette pas de s’être marié, d’être devenu responsable et d’avoir une relation mature et stable avec sa femme. Un homme habillé en costard prononce un discours à l’intention des mariés.

Dans une interview, Childish Gambino déclare que le titre de cette chanson, Sweatpants, signifie que les personnes riches peuvent porter absolument tout ce qu’elles veulent, sans crainte d’être jugées. L’apparence vestimentaire des gens fortunés a peu d’importance aux yeux du monde entier, si on en croit le chanteur. Tout au long des paroles de Sweatpants, il est question d’argent et de réussite. Childish Gambino apparaît comme conscient de sa popularité et de son influence.

V. 3005

Des petites créatures mesurant à peine un mètre parcourent ensuite la salle de mariage avec des banderoles "HAPPY MARRIAGE". Elles dansent, certaines tiennent un cierge allumé. Tout cela semble magique pendant un court instant, puis quelque chose gêne le garçon très rapidement. Les créatures ont un sourire forcé sur leurs visages. Tout le monde sourit et applaudit, presque sous la contrainte, de peur de contrarier les créatures. La musique s’arrête et les créatures retournent dans la cuisine.

3005 est sorti en tant que premier single officiel de Because The Internet le 22 octobre 2013. Cette chanson possède des sonorités propre au hip-hop sous diverses mesures. J’ai tout simplement adoré ce premier morceau de cet album. L’artiste nous chante "No matter what you say or what you do, When I’m alone, I’d rather be with you, Fuck these other niggas, I’ll be right by your side ’til 3005, Hol’up !" dans son refrain. Quoi que fasse la fille dont il parle, il se préfère à ses côtés que sans elle. Il sera à ses côtés jusqu’en 3005, jusqu’à sa mort donc. Dans une interview de Childish Gambino, le chanteur américain nous explique que la portée de ce refrain est finalement assez existentielle : dans notre vie, nous avons tous envie de quelque chose. Pour l’artiste, 3005 reflète son désir de ne pas être seul, son envie d’avoir toujours quelqu’un pour partager avec lui des instants de sa vie. A la fin de cette chanson, comme à la fin de cette scène du script, on entend la voix d’une des créatures disant "We did it!".

Chapitre III

Playing Around Before The Party Starts annonce le début d’un nouveau chapitre de Because The Internet. Le garçon, de retour chez lui, s’assoit près de son piano, et joue un morceau pendant un instant. Steve et Swank parlent à leurs prétendantes dans la cuisine, on les entend au loin. Cet interlude possède naturellement le son d’un piano.

I. The Party

Les minutes passent, le garçon continue de jouer alors que les gens s’entassent autour de lui, par curiosité. Les gens ont l’air de passer un bon moment. Quand soudainement, le garçon, se sentant oppressé, demande à tout le monde de le laisser seul. Comme fou, il arrête la musique, pour qu’enfin on l’entende, balance des choses à terre, entre dans une colère noire… Une fille du nom de Naomi le regarde, presque interloquée, récupère son téléphone, et part. Il lance à nouveau un "Sortez de chez moi !" sonore et tout le monde s’exécute. Il prend une bouteille de Sriracha – ndlr, sauce tomate épicée américaine – et inscrit sur le billard roscoe’s wetsuit.

La chanson accompagnant cette scène, The Party, commence lentement, avec une voix assez aigüe et douce de l’artiste, avant que celui-ci se mette réellement à rapper. Cette chanson, qui dure près d’une minute et trente secondes, nous décrit des pensées profondes de l’artiste telles que son sentiment de ne pas connaître les personnes qui finissent chez lui lors d’une fête. The Party se termine sur ces mots "Get the fuck out of my house !", à l’image de ce que souhaite le garçon présent dans le script.

II. No Exit

Le garçon se pose un court instant sur son lit, contemple les araignées. En silence. Puis, il se lève, prend sa voiture, et conduit sans trop savoir où il va. Il se gare au beau milieu d’une zone industrielle de Los Angeles. Assis sur le capot de sa voiture, ils regardent les voitures défiler. Il retrouve la fameuse expression roscoe’s wetsuit sur le toit d’un immeuble. Le garçon n’a toujours aucune idée de ce que cela signifie, mais il a la conviction qu’il s’agit de plus qu’un phénomène. Qu’il est en présence de quelque chose de sérieux, dont la dimension est incommensurable. Après avoir mangé un hamburger, le garçon rentre chez lui. Il ferme les portes une à une, et éteint les lumières. Il s’assoit en face de la statue Buddha, puis se verse un verre de Pellegrino dans lequel il ajoute de l’herbe pré-moulinée. Couché, il commence à se poser des questions existentielles, quand soudain le rythme de ses pensées ralentit…

No Exit possède un rythme assez original. La portée de ce titre, produit par Ludwig Göransson et Childish Gambino, s’amplifie à travers la guitare métallique, et ces sonorités spécifiques données par le clavier synthétiseur. La chanson apporte une vue déformée de la réalité, tout comme celle que le garçon a de sa propre vie à ce moment de l’histoire.

Chapitre IV

Death By Numbers apparaît comme le seul interlude sans réelle explication ici. On y entend les seules paroles suivantes chantées par Childish Gambino : "Slide baby, I’m gonna let it go, No one has to know so let it…".

I. Flight Of The Navigator

Le garçon se réveille, les yeux endoloris, habillé d’une robe de chambre. A la télé, la sitcom « Golden Girls » – la série Les Craquantes en français – joue. Le garçon se rend compte d’à quel point les rires "fantômes" présents dans les sitcoms lui ont toujours donné un sentiment de malaise. Une infirmière entre dans sa chambre. Elle tente de lui expliquer ce qu’il s’est passé avant son arrivée à l’hôpital : "Vos amis vous ont emmené…". Le garçon l’interrompt immédiatement. Ce ne sont pas ses amis, juste des gars qui préfèrent qu’il reste en vie car leurs vies sont plus simples s’il en fait partie. L’infirmière lui suggère alors de consulter un spécialiste à qui il pourrait se confier. Un peu plus tard dans la journée, alors que le garçon traverse la salle d’attente, il tombe sur Steve, Swank et Fam. Swank annonce au garçon la mort de son père.

Parmi mon top 3 personnel de cet album, il y a cette chanson, Flight Of The Navigator. On comprend avec les paroles de celle-ci que Childish Gambino, Donald Glover lui-même, rêve qu’une des relations sentimentales qu’il a vécu dans le passé ne se soit pas terminée. Il fait le rêve qu’il est toujours avec la personne qu’il aime, aussi heureux que possible, sans que jamais rien ne vienne perturber ce moment. Que cette vie-là puisse continuer toujours. On retrouve souvent le champ lexical de la mort dans cette chanson, comme si l’artiste fait le deuil de cette relation sentimentale et amoureuse. Encore une fois, il nous indique ici qu’il aimerait ne pas être seul, qu’il voudrait se sentir aimé : "Just hold me close my darling…".

II. Zealots Of Stockholm [Free Information]

La scène suivante a lieu dans un avion. Le garçon à la tête posée sur un hublot, laissant avec ses cheveux de la graisse sur la vitre. Son père est mort à Stockholm. Un membre de la famille devait être présent, une chose qui semble assez ironique au garçon, puisqu’il n’avait pas l’impression de faire partie de la famille de son père. Ils n’avaient pas beaucoup de contact. Dans le but de ne pas être complètement seul à Stockholm, le garçon cherche quelqu’un originaire de Suède parmi ses followers sur Twitter. Il trouve une fille, pas trop moche, et l’aborde prétextant l’avoir rencontré à une soirée à laquelle elle a participé (il apprendra plus tard que son prénom est Alyssa). Arrivé à Stockholm, il a rendez-vous dans un bureau. Un homme lui remet alors "son père" dans une urne, celui-ci s’est fait incinéré. Plus tard dans la journée, il retrouvera Alyssa dans les rues de la capitale suédoise. Ils parlent du décès du père du garçon entre autres, évoquent les relations qu’ils ont eu, et se rendent à l’hôtel du garçon.

Dans un genre assez différent, Zealots Of Stockholm traite de la vie et de la mort. Cette phrase présente dans l’introduction de cette chanson, "We used to be unspoken, Now everything is broken", nous rappelle à quel point la mort peut surgir n’importe quand. Souvent, ce n’est qu’après la mort d’une personne qu’on se rend compte que les gens avec lesquels on entretient des relations conflictuelles peuvent partir d’un instant à l’autre. De nos jours, la vie elle-même n’a presque plus de valeur tant elle peut être ôtée rapidement, à cause de la violence gratuite dans notre société. La mort peut parfois surgir même en raison de choses banales : un vol qui a mal tourné, un regard de travers, un écart de conduite sur la route… Un excès de violence apparaît dans notre vie quotidienne. Il y a réellement deux décors musicaux bien distincts dans cette chanson, Kilo Kish y apporte un peu de fraîcheur nous questionnant sur la véracité de ce que l’on peut trouver sur Internet.

III. Urn

Le garçon, qui avait laissé Alyssa seule dans la pièce principale, se rend compte qu’elle s’est levée avec l’urne de son père à la main. Elle lui conseille de se débarrasser des cendres. Là, le garçon s’énerve : il ne comprend pas à quel point elle peut être aussi permissive sur quelque chose qui ne lui appartient pas. Alyssa lui raconte alors la mort de sa sœur jumelle, comme pour le convaincre qu’il s’agit de la meilleure chose à faire. Et ça marche. Le garçon s’adresse un instant à l’urne, puis verse les cendres de son père, le laissant partir pour toujours. De retour à Los Angeles, Fam, le garçon ainsi qu’une femme se retrouvent dans un restaurant végétalien. Celle-ci indique au garçon que son amie ne devrait plus tarder, c’est un double-date. Son amie n’est autre que Naomi, la fille de la fête. Après un début plutôt chancelant, Naomi et le garçon commencent à s’apprécier mutuellement.

Urn est une courte chanson où Childish Gambino est un chanteur à la voix douce presque berçante. L’artiste déclare lui même qu’il s’agit de sa chanson préférée de l’album. Il tient à faire passer un message à tout ceux qui écoute sa musique : il n’est pas effrayé par les sentiments qu’il ressent, il n’a pas peur d’extérioriser ce à quoi il pense, d’où sûrement les messages qu’il a posté sur Instagram. Et malgré tout, c’est dur de devoir laisser partir une partie de soi. Je pense que Donald Glover fait ici un parallèle avec sa vie d’acteur qu’il décide de mettre en standby pour les besoins de ses projets musicaux. Pour le garçon, c’est bien évidemment difficile de jeter les cendres de son père.

Chapitre V

Ici, Naomi et le garçon tombent un peu amoureux. Ce n’est pas un amour parfait, ni même un amour romantique. Ils sont juste deux personnes qui se comprennent, ils sont quelque chose d’indescriptible tant les mots ne rendent pas justice à la nature de leur relation. C’est une réelle connexion, ce que tout le monde recherche dans une vie. Naomi et le garçon sortent souvent ensemble. Ils passent leurs nuits ensemble, font même le petit-déjeûner ensemble certains matins. Ils partagent leurs vies, ce qu’ils aiment, se montrent intéressés par l’autre. C’est le meilleur des sentiments que l’on puisse connaître nous explique l’écrivain. Le temps poursuit son cours…
Depuis la mort de son père, le garçon, ne sachant pas combien d’argent il lui reste, commence à vendre de l’herbe. Il construit une pépinière à l’intérieur de sa résidence principale. Il commence même à louer un autre appartement pour y dormir et y vivre, afin de garder le business et sa vie personnelle séparés. Le garçon n’était pas ce que l’on peut appeler un bon dealer, comme Naomi le lui avait prédit. Ses interactions sociales étaient hésitantes, mais il arrivait plus ou moins à s’en sortir. Seulement voilà… Un jour, alors que le garçon est avec Naomi dans la maison qu’il loue, il reçoit un message. Il doit s’occuper d’une affaire importante, une dont il préfère s’occuper seul, malgré les recommandations de Naomi. Arrivé à la résidence, il se rend rapidement compte que quelque chose est anormal : quatre gars armés sont debout à l’attendre devant la maison.

Jhené Aiko rejoint Childish Gambino pour interpréter Pink Toes, une chanson possédant un ton plus gai que la précédente. Ici, on entend parfois des oiseaux qui viennent s’ajouter aux arcs-en-ciel et au soleil présents dans les paroles de ce titre. Cette chanson, dont le contenu est le plus coloré et positif de tout Because The Internet, est le reflet de l’amour qu’il y a entre Naomi et le garçon dont le script. Il accompagne l’illusion d’un sentiment sans faille, que rien ne viendra jamais perturbé, un peu comme le rêve de Childish Gambino décrit dans Flight Of The Navigator. Pour ma part, j’aime assez ce deuxième duo des deux chanteurs, même si je préfère toujours leur chanson sortie au cours du mois de septembre dernier le remix de Bed Peace.

Chapitre VI

Le garçon entre dans sa propre résidence accompagné des hommes armés. Celui-ci s’assoit dans le salon, presque sous la menace. On lui prend son téléphone. Le garçon ressent alors une sensation étrange : aujourd’hui ne ressemblait pas au jour de sa mort. Bien sûr, il ne se fait aucune illusion sur ce qui va lui arriver avant la fin de la journée, il est plutôt sûr qu’il va y passer, mais, aujourd’hui ne ressemblait pas à sa vision de son dernier jour sur Terre. Mais il est vrai que si nous connaissions le jour de notre mort, alors nous ne vivrions pas de la même manière… Quitte à devoir mourir, le garçon a une dernière requête qu’il formule à l’un de ses interlocuteurs : peut-il se noyer ? S’il avait le choix de sa mort, le garçon préférerait finir sa vie dans sa piscine. L’homme semble abasourdi par sa question. Il lui explique que cela fait longtemps qu’il observe le garçon : c’est là que le garçon comprend que cet homme en question est un policier. Ce dernier pense que son équipe est bien informée de ce qu’il se passe dans la résidence, et que le garçon fera donc de la prison. Le garçon jette un œil à la piscine. Il y voit son corps sans vie, des feuilles flottant autour de lui, et Naomi et Steve situés non loin de la piscine. Telle est la mort qu’il s’était imaginé. Un bruit strident le sort de sa rêverie. Les choses s’emballent, le policier est assassiné. Puis, un homme se tourne vers le garçon et tire sur lui. Silence.

La chanson qui accompagne la dernière partie de la vie du garçon, Earth : the Oldest Computer, est chantée en duo par Azealia Banks et Childish Gambino. Donald Glover exprime ici son envie de vivre aussi longtemps que possible, aussi intensément que possible, car après tout, notre dernière nuit, ne ressemble en rien en notre dernière nuit. C’est un peu comme un Carpe Diem musical.

Fin de l’histoire

La morale que l’on pourrait tirer de Because The Internet est la suivante : "Your last day never feels like your last day." (Votre dernier jour ne ressemble pas à votre dernier jour). Une dimension qui intensifie le message d’Earth : the Oldest Computer dans laquelle le chanteur nous déclare déjà que la vie, bien que l’on voudrait qu’elle dure pour toujours, est éphémère. Life : the Biggest Troll accentue l’idée que la vie est un cycle infini. Internet a changé la façon dont nous interagissons avec les autres. On aura jamais autant fait partie de la vie d’autrui, en étant pourtant seul devant son écran.



TRACKLIST :
01 – The Library
02 – I. Crawl
03 – II. WORLDSTAR
04 – Dial Up
05 – I. The Worst Guys featuring Chance the Rapper
06 – II. Shadows
07 – III. Telegraph Ave. ("Oakland" by Lloyd)
08 – IV. Sweatpants
09 – V. 3005
10 – Playing Around Before the Party Starts
11 – I. The Party
12 – II. No Exit
13 – Death By Numbers
14 – I. Flight Of The Navigator
15 – II. Zealots Of Stockholm [Free Information]
16 – III. Urn
17 – Pink Toes featuring Jhené Aiko
18 – Earth : the Oldest Computer (The Last Night) featuring Azealia Banks
19 – Life : the Biggest Troll

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