CAMP de Childish Gambino

CAMP de Childish Gambino
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CAMP est le premier album studio de Childish Gambino, de son vrai nom Donald Glover. Ce rappeur originaire des Etats-Unis est notamment connu pour le rôle de Troy Barnes dans la série Community.

Je vous ai récemment parlé de lui lors de son passage à Paris pour son premier concert en France à La Maroquinerie, un concert qui était juste magique à mon sens. Et si j’ai décidé de revenir sur cet album que j’écoute en boucle depuis quelques mois déjà, c’est tout simplement car celui-ci sort aujourd’hui en France de manière physique, bien qu’il soit d’ores-et-déjà disponible sur Amazon depuis un certain temps.

L’album démarre sur la chanson Outside. Childish Gambino annonce la trame de CAMP à travers ce titre. Il y dénonce les stéréotypes raciaux auxquels on ne peut échapper dans la société d’aujourd’hui. A l’instar de L’Allégorie de la caverne de Platon, les gens considèrent ici comme vérité uniquement ce qu’ils voient, et sont incapables de concevoir que la réalité est bien différente. Le seul moyen d’éviter d’avoir à faire face à ces préjugés serait de visiter un nouveau monde "outside". Dans cet album, Childish Gambino revient constamment sur les discriminations dues au physique. Il en fait un thème récurrent comme pour démontrer l’importance qu’a l’apparence au sein de nos mœurs, comme dans Hold You Down. Aussi, dans Backpackers, une chanson qu’il adresse tout particulièrement à ses "haters", il essaie de décrypter pourquoi ces personnes qui le détestent le décrivent comme étant "blanc" bien qu’il soit un rappeur et acteur américain de couleur.

Mais c’est dans Bonfire que l’artiste nous décrit son art. Ce titre, sorti en tant que single en juillet 2011 aux Etats-Unis, est un condensé de faits actuels qu’il compare à sa vie. Childish Gambino est un expert dans les jeux de mots et les phrases à double-sens. Ainsi il fait référence implicitement à ACME "Cause all I did was act me like a Looney Tune", ou encore aux "mixed tapes" : "Black and white music? Now, nigga, that’s a mixtape". Il écrit pour relater ses expériences sans fioritures : "I don’t talk soft, that’s that other guy". Ça ne l’intéresse pas de vendre du rêve à ses fans, il nous livre ce qu’il ressent, que ça déplaise ou non. Dans le morceau précédant Bonfire, Fire Fly, il reprend également l’idée d’une transition avec son ancien quotidien : avant sa notoriété, il n’était personne, on le prenait pour une blague. Aujourd’hui, on l’arrête pour prendre des photos avec lui. Il travaille ses rimes de manière intelligente et c’est en premier lieu ce qui me touche le plus dans ses chansons.

J’en profite ici pour vous parler du violon qui fait son apparition dans cet album. Car, j’oubliais de vous le préciser : bien que CAMP soit le premier album studio de cet artiste, il a auparavant travaillé sur des albums tels que CULDESAC ou I DO NOT TALK et des mixtapes disponibles gratuitement telles que I AM JUST A RAPPER et son dernier EP par exemple. CAMP est selon moi l’album le plus abouti en terme de sonorités musicales. All the Shine et Letter Home en sont l’illustration parfaite. Ces deux chansons sont probablement les plus touchantes de cet album. Dans cette dernière, il adresse quelques mots à la femme qui occupe ses pensées : "You’re the only girl that I have ever wanted / Every other girl is trying to be you / My mama says that I should write you letters / But I think you’re with other dudes"Heartbeat parle également des relations hommes/femmes, mais de manière beaucoup plus crue. Il parle des situations sentimentales compliquées dans lesquelles deux personnes peuvent se retrouver quand elles n’ont pas défini ce qu’elles sont l’une pour l’autre. CAMP traite largement ce sujet avec également Kids et L.E.S. qui fait référence à Lower East Side, un quartier de Manhattan à New York.

Sur des tempos plus ambiancés, on retrouve You See Me ou encore Sunrise, un morceau qu’il nous propose en tant qu’alternative au rap d’aujourd’hui. Il tente de briser les normes classiques du rap. Auparavant, un rappeur devait être un gangster pour être célèbre, il ne l’est pas. C’est un nerd qui aime porter des jeans, il est le premier à en rire, sans honte. Je pense que ce qui fait vraiment de lui un rappeur différent c’est sa capacité à pouvoir manipuler à sa guise les mots et à nous fournir une approche différente de ce genre musical. That Power clôture cet album en force. Cette chanson qui dure près de 8 minutes prend des allures de confession. Childish Gambino nous relate sa première mauvaise expérience sentimentale dans le but de nous faire comprendre pourquoi ses actes sont ceux qu’ils sont, et pourquoi il lui arrive de dresser une barrière entre lui et les femmes avec lesquelles il entretient une relation. Pour ma part, CAMP est, à l’image de cette chanson, un album assez personnel par lequel Childsih Gambino extériorise toutes ces pensées qui l’occupent. C’est un album universel qui mérite largement sa première place en tant qu’album indépendant et sa deuxième place dans les catégories rap US et R&B du fameux classement du Billboard.


TRACKLIST :
01 – Outside
02 – Fire Fly
03 – Bonfire
04 – All the Shine
05 – Letter Home
06 – Heartbeat
07 – Backpackers
08 – L.E.S.
09 – Hold You Down
10 – Kids (Keep Up)
11 – You See Me
12 – Sunrise
13 – That Power

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