One Chapter A Day
ONE CHAPTER A DAY Un chapitre... presque tous les jours !
© christelle.

Chronique d’un été au soleil

Aujourd’hui, certains vous diront que je suis enfin de retour « chez moi ». Je dirais plutôt que je suis de retour à la vie active. Car prendre des vacances chez soi a une saveur particulière : il s’agit avant tout de mesurer l’importance de chaque instant au moment même où on les vit.

Le contraste entre ma vie à la Martinique et celle que je mène en France est naturellement flagrant : d’abord pour des raisons que l’on devine telles que le climat, mon entourage ou la faune et la flore. Ensuite, le rythme imposé par l’île est très différent de celui qui réside à Paris. Pour commencer, il faut savoir qu’en Martinique, le soleil se lève aux environs de 5h30 et 6h le matin. Les journées démarrent donc aux aurores et la population active s’est imprégnée de ce cycle pour organiser son quotidien. Là-bas, il est normal de se réveiller à 6h du matin (et même souvent plus tôt). Les cours démarrent de manière générale à 7h30 et commencer à 9h30 par exemple, c’est "commencer tard". En outre, le soleil se couche toute l’année vers 17h30 et 18h. Il n’y a pas de journée qui dure jusqu’à 21h comme ici. Les boutiques ferment vers 18h, les magasins 21h au plus tard. On vit au gré du soleil. :) Vous aurez d’ailleurs dû mal à trouver un taxi après 18h à Fort-de-France, la capitale, pour vous emmener où que ce soit. Le déplacement sur les routes de Martinique, en dehors de celui effectué en voiture particulière, se fait principalement grâce aux taxis collectifs. Malheureusement, le chauffeur de taxi martiniquais ne se rend pas compte que certains pays possèdent une meilleure politique en matière de transport et ne se range pas conformément au service de celui qui l’attend, contrairement à ce que l’on pourrait croire. En effet, penser que « le client est roi » quand il s’agit de traverser les communes de l’île est une ineptie sans nom. Et c’est, sans aucun doute, la raison pour laquelle il y a autant de voitures sur l’île : près de 566 033 véhicules pour une population de 403 795 habitants, soit l’équivalent d’environ 1,4 véhicule par personne (vous retrouverez ces chiffres impressionnants ici et ). Ensuite, la vie en Martinique est beaucoup moins pressante que celle que je mène à Saint-Denis. Vous avez probablement déjà entendu certains clichés tels que "le martiniquais est lent" ou "l’antillais ne pense qu’à s’amuser". Les gens ont tendance à exagérer les faits, et souvent de manière péjorative. Selon moi, cet art de vivre souvent montré du doigt est plutôt démonstratif d’une population en parfait accord avec son quotidien. Ça m’a fait un bien fou de me reposer sur mes lauriers, et d’oublier ce que c’est de se précipiter pour ne pas rater le prochain train en direction de chez soi. Biensûr, ce n’est là que mon avis personnel sur la question, et je ne suis peut-être pas totalement objective sur le sujet… Là où, en revanche, la Martinique gagnerait à faire quelques efforts, c’est en matière d’accueil. Biensûr, on trouve quelques exceptions à la règle avec les traditionnels "doudou", "chéri(e)" et autres mots enrobés de sucre que vous attribueront les marchandes ou vendeuses en magasin. Je dois même ajouter que cette familiarité que chacun a avec tout le monde m’avait profondément manqué, et que cela m’a fait sourire à de nombreuses reprises, bien malgré moi. Cependant, bien que le martiniquais ne manque pas de total savoir-vivre, de mon point de vue il ne sait pas faire preuve de tact. Et c’est l’un de ses principaux défauts : les insulaires ont la fâcheuse tendance à oublier que certaines choses qui leur semblent habituelles peuvent surprendre une personne étrangère aux mœurs et coutumes de l’île. Ils ne manqueront pas de vous le faire remarquer : les questions jugées inutiles par la personne qui se trouve face à vous donneront naissance à des réponses sur une intonation incapable de dissimuler le fait que l’on vous prenne pour un parfait ignorant — ce qui peut avoir le don de vous frustrer. Mais n’en voulez pas trop à votre interlocuteur, il est victime du fait qu’il sache parler créole. Car savoir parler créole c’est savoir user de ses mains, son corps et son visage pour transmettre les émotions. C’est également savoir utiliser des expressions plus ou moins imagées pour accentuer l’impact de son discours. La première chose importante à ne pas négliger : dire bonjour. C’est la base même du savoir-vivre en Martinique, et pour les personnes âgées, c’est presqu’un affront que d’oublier de le dire. Quelques expressions familières reviennent couramment comme le traditionnel "tchip", qui consiste à exprimer son désaccord, rejet ou dégoût pour quelque chose, et les "psssit" des passants qui vous trouveront à leur goût. Les enfants appellent leurs mamans "manman" et vous répondront "han han" en guise de non. S’ancrer dans les habitudes créoles, c’est aussi passer chez son camarade pour boire un ti-punch et lui faire sortir la boîte de dominos pour distribuer quelques cochons*. Le ti-punch est fait à base de rhum bien évidemment ! Généralement, celui-ci sera proposé blanc à cette occasion, accompagné d’une rondelle de citron, et d’un peu de sucre ou de sirop de canne pour les moins téméraires (dans le cas contraire, on parlera de boire un sec). Le tout sera servi sans glaçons biensûr ! car le vrai martiniquais ne rajoute pas de glaçons dans son verre. :) D’autres habitudes culinaires, en dehors des liqueurs et autres mets alcoolisés, n’ont cessé d’épater mes papilles gustatives durant cet été : je parle de tranches de poisson perroquet ou de vivaneau grillées, de dachines, d’ignames, de gratins, de pâtés à la banane, de grillades en tout genre, de confitures maison, de glaces (goyave, manioc, letchi, gingembre, fruit de la passion, coco) chez la Dame Sorbet sur la route de Trinité, de floups, de pommes-cannelle, de citronnades, de quénettes, de riz créole, de pains au beurre* et de snow-balls (prononcez sinobol, il s’agit de glace pillée à laquelle on ajoute du sirop de grenadine, de menthe et d’orgeat servie dans un gobelet en plastique et dégustée à la paille) achetés le long des plages… D’ailleurs, j’oubliais presque d’en parler : la mer. Cet été m’a largement donné l’occasion de me prélasser sur la plage, de profiter du moment présent pour ne rien faire, loin de toutes les préoccupations que peut avoir une jeune femme de 22 ans de nos jours. La vie devrait se résumer à ça. Pour finir, je dirais que la Martinique est une île nettement marquée par de multiples influences : un véritable métissage de cultures. On peut le percevoir par exemple à travers l’architecture des maisons ou encore la musique écoutée par la population locale.

Ces quatre derniers mois ont été pour moi une véritable remise à niveau, aussi bien d’un point de vue moral que physique. La Martinique, avec ses bons et ses moins bons côtés, m’avait terriblement manqué. J’avais promis à pas mal d’entre vous de vous faire découvrir mon pays d’origine à travers des photos, des témoignages ou autres écrits. Je n’ai pas eu le temps de rapporter mon parcours au jour le jour : c’est trop difficile de bouger la journée comme la nuit et de pouvoir se consacrer en parallèle à l’écriture d’articles complets -> il a bien fallu que je dorme un peu ! J’ai donc préféré attendre d’être revenue au calme pour avoir la tête reposée et vraiment partager ce que j’ai vu, entendu et parcouru. J’ai aussi été à Sainte-Lucie le temps d’une journée… Je reviendrai bientôt sur ces épisodes de ma vie.

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