Ayo en concert au Trianon de Paris

Ayo
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Ce jeudi 12 mai 2011, Ayo est en concert dans la magnifique salle du Trianon de Paris. Elle offre ce soir-là un show exceptionnel au public parisien venu nombreux l’acclamer.

Ayo capte l’attention de son auditoire avec une simplicité des plus déconcertantes. Tantôt fragile, tantôt empreinte de force, sa voix frôle l’équilibre parfait : elle relève du surnaturel. Outre sa grande technique vocale, il y a le personnage touchant qui anime Ayo.
Quand l’artiste interprète une chanson d’ordre sérieux voire triste, son visage semble porter la misère du monde. Ayo transmet si bien ses émotions que l’on a envie de pleurer et de souffrir avec elle (c’est notamment le cas quand elle interprète Julia). À l’inverse, quand il s’agit de partager une anecdote beaucoup plus joyeuse : Ayo rit, prend du plaisir sur scène ; elle reflète la joie et la bonne humeur.
Enfin, à sa manière de remercier le public de sa présence et de l’amour qui lui est transmis, Ayo ne positionne pas seulement son auditoire en tant que spectateur de cette représentation : elle est venue personnellement à sa rencontre. La chanteuse germano-nigériane semble tellement heureuse d’être là, à vivre ce moment, que son émotion se révèle communicative.

Chronique du concert-type du Billie-Eve Tour

Les premières notes de piano résonnent dans la pièce. Ayo démarre judicieusement son concert avec How Many People, le premier titre de Billie-Eve, le dernier album de la chanteuse, celui à l’origine de cette tournée européenne. C’est une réelle ovation du public qui accueille la chanteuse sur scène, alors qu’elle chante l’introduction de ce titre en coulisses. Ayo offre quelques sourires timides, presque étonnée de voir la salle aussi remplie et impatiente, puis reprend l’interprétation de sa chanson aux allures de reggae dans un respect quasi religieux de l’auditoire. On mesure alors l’importance de chaque mot, chaque phrase, et le mélange piano/guitare basse/guitare électrique/batterie fonctionne à merveille.

Ayo enchaîne avec I Am Not Afraid, une chanson figurant sur son deuxième album, Gravity At Last. Le temps d’enfiler sa guitare et de danser quelques pas sous une pluie d’applaudissements, Ayo affirme d’une voix forte qu’elle « n’a pas peur », que cela n’en déplaise. L’orchestre qui l’accompagne fait un travail impeccable, les accords sont parfaits, cette incroyable harmonie dure toute la soirée. Avec I Am Not Afraid, le calme imposé par How Many People s’efface peu à peu pour laisser place à une ambiance des plus chaleureuses.

Toujours accompagnée de son instrument de prédilection, Ayo propose un puissant Help Is Coming. La chanteuse souhaite faire prendre conscience à travers celui-ci que l’on manque souvent d’initiatives face à notre quotidien : il s’agit d’affronter la vie comme elle vient, de ne jamais désespérer quoiqu’il puisse arriver car « l’aide est en chemin ».

How come you never try to change the situation? How come you always escape out of a serious conversation?
(Pourquoi n’as-tu jamais essayé de changer la situation ? Comment peux-tu toujours échapper à une conversation sérieuse ?)

Ayo troque ensuite sa guitare classique pour une guitare électrique afin d’interpréter I’m Gonna Dance, un titre plutôt rock, véritable hymne à la vie. L’euphorie a manifestement envahi le public, qui en délire, s’est mis à scander « Ayo ». Vient alors I Can’t, comme pour adoucir les mœurs. La version proposée ce soir-là est plus douce que celle figurant sur Billie-Eve : le piano y a une place plus importante.

Dans un registre reggae, Ayo poursuit son show (sans instrument cette fois) avec It’s Too Late. Tout comme sur son album, les premières notes qui se font entendre ici sont celles du piano, puis petit à petit, les instruments se succèdent et s’entremêlent pour former une magnifique mélodie. Ayo sait comment transmettre les émotions et cette chanson le prouve de manière assez claire. Alors qu’elle évoque ici l’incompréhension et les blessures ouvertes malgré le temps qui passe, le visage de la chanteuse semble s’obscurcir et reflète soudainement la souffrance et le désespoir. Elle est comme habitée par la musique. D’ailleurs le public est maintenu en haleine tout au long de cette chanson. L’intensité atteint son maximum quand elle prononce les paroles suivantes.

You will never know how I feel… This wounds will never heal…
(Tu ne sauras jamais ce que je ressens… Ces blessures ne guériront jamais…)

L’interprétation de Julia est sans aucun doute la partie la plus émouvante de ce concert. Ayo est alors seulement accompagnée de son pianiste. Elle explique au préalable pourquoi elle a écrit cette chanson. « La vie est très très courte. […] Le temps est précieux. » On apprend qu’elle est heureuse d’avoir eu la chance de faire une « jolie rencontre » dans sa vie : celle de Julia, une jeune fille de dix-huit ans qui possédait une grande force de caractère mais qui malheureusement est décédée. Grâce à la musique, nous dit-elle, il n’y a pas de place pour la mort : « La mort n’existe pas. C’est le corps qui part mais l’esprit reste toujours ici ».

Uniquement accompagnée de son bassiste, Ayo chante ensuite Letter By Letter, un titre plein de groove qui permet de détendre l’atmosphère après l’interprétation émouvante de Julia. La chanteuse offre alors quelques sourires et retire ses chaussures pour partager quelques pas de danse au rythme des applaudissements. Elle accueille ensuite son premier invité de la soirée pour un duo des plus impressionnants, Sly Johnson, un as du beat boxing capable de reproduire la base rythmique de n’importe quelle mélodie en ayant pour seul instrument sa bouche. Les deux artistes revisitent ainsi deux chansons phares du hip-hop américain à savoir Make It Hot de Nicole, Missy Elliott et Mocha (Ayo reprend exclusivement le couplet de Mocha) ; et Rapper’s Delight du Sugarhill Gang.

Le deuxième invité de ce concert est Matthieu Chedid aussi connu sous le pseudonyme -M-. Visiblement très attendu par le public qui l’acclame, il arrive, guitare acoustique en mains, pour accompagner Sly Johnson et Ayo sur Real Love, un titre qui comme son nom l’indique propose de l’amour. « Do you believe in real love? » questionne Ayo. « Ayez le courage de dévoiler à l’être aimé la nature de vos sentiments » est le message que souhaite faire passer l’artiste. Six minutes de pur bonheur.

Ayo appelle ensuite Mickael Desir à la batterie pour faire « danser » le public. Il propose une séquence musicale rappelant celle du carnaval ou des percussions africaines sur laquelle Ayo n’hésite pas à bouger en rythme. Elle affirme que la musique peut guérir les blessures :

I believe music can heal. So when you feel sick, don’t go to the pharmacy. When you feel sick, all you’ve got to do is listen to music.
(Je crois que la musique peut guérir. Donc si vous êtes malade, n’allez pas à la pharmacie. Si vous êtes malade, tout ce que vous devez faire c’est écouter de la musique.)

C’est un long interlude musical qui précède donc Slow Slow (Run Run). Sur le World Jam Riddim, Ayo reprend les paroles « Looking for true love ». Suite à ce morceau de reggae, la chanteuse laisse son auditoire quelques minutes avec l’orchestre, le temps pour elle de revêtir une veste noire, un pantalon et surtout le gant pailleté qui est devenue la véritable marque de fabrique du King of Pop. Ayo offre ainsi un medley en hommage à Michael Jackson reprenant les morceaux Shake Your Body (Down To The Ground), Beat It, Wanna Be Startin’ Somethin’, They Don’t Care About Us et I Want You Back, sa reprise officielle qui figure sur son dernier album.

Puis revêtue cette fois d’une robe, Ayo rend hommage à Henri Salvador en reprenant Une chanson douce accompagnée de Matthieu Chedid. Elle chante ensuite It Hurts, une chanson sur la souffrance d’une séparation. Ce concert se termine logiquement avec une version longue de Down On My Knees, le titre qui a propulsé la carrière d’Ayo en 2006. L’artiste en profite pour parcourir la salle du Trianon et vivre un réel moment de partage avec son public.

Malgré l’absence de Black Spoon et Without You dans la playlist des chansons interprétées ce soir-là, Ayo a vraiment offert un spectacle riche et diversifié, de purs moments de magie avec une simplicité exceptionnelle.

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