Le Festival des mots libres 2018

Festival des mots libres de Courbevoie
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En ce mois de juin 2018 a eu lieu la neuvième édition du Festival des mots libres de la ville de Courbevoie, sous le parrainage de Daniel Pennac. Cette manifestation littéraire était l’occasion d’échanger autour de la littérature, de rencontrer des auteurs et illustrateurs connus, et de partager son amour des mots avec d’autres passionnés.

Première représentation de ces trois journées littéraires : Agnès Debord et Daniel Glet

Cette année, le Festival des mots libres a été inauguré le vendredi 1er juin dans l’illustre salle du Magic Mirror montée pour l’événement dans le Parc des Pléiades de Courbevoie. M. Jacques Kossowski, maire de la ville, y a présenté quelques mots notamment sur l’origine du festival et a chaleureusement remercié ses élus chargés d’organiser cet événement culturel.

Pour cette première soirée, on retrouve sur scène la comédienne et chanteuse Agnès Debord accompagnée du pianiste et chef d’orchestre Daniel Glet. Les deux artistes nous proposent un spectacle drôlement intelligent dans lequel il est question de jeux de mots, de rimes et de bonne humeur ; d’un brin d’amour, de tendresse et d’humour coquin. La reprise de Mon cœur est un violon par Agnès Debord était particulièrement touchante : sa voix et son expression tragique étaient simplement d’une élégance incomparable.

Sur une note plus joyeuse, le public a pu s’extasier de l’interprétation de La femme est faite pour l’homme d’Arletty, ou encore de Fais-moi mal Johnny de Boris Vian. Dans le répertoire de Daniel Glet et Agnès Debord, il y avait aussi Barbara, notamment avec les titres Quand reviendras-tu ? et À chaque fois. C’était une belle entrée en matière à ce festival axé sur l’amour des mots.

Rencontres autour de la poésie et du slam avec Clotilde de Brito

Un atelier d’écriture était organisé le samedi 2 juin avec Clotilde de Brito, championne de la Coupe du monde de slam 2015. Au cours de cet atelier, les participants disposaient de nombreuses consignes pour rédiger librement un énoncé et avaient près d’une heure pour composer.
Puis, place à la lecture des créations, et là, quelle richesse dans l’expression ! Tous les participants avaient une histoire à raconter. Il y avait une telle pluralité dans les sujets abordés, par l’unicité de chaque personne. Cet atelier était un excellent moyen pour retrouver l’envie d’écrire.

Clotilde de Brito a également eu l’occasion de présenter pendant ce festival son spectacle Histoire(s) Singulière(s) dans lequel elle conte, tout en poésie, une parcelle de sa vie et son regard sur des sujets divers de la société d’aujourd’hui. C’est ainsi que l’on découvre que ses parents sont originaires du Portugal et qu’elle est très attachée à sa ville de Brest, probablement pas la plus belle des villes de France selon elle, mais une ville pleine de caractère. Un de ses refrains reprend l’idée que chacun a son « chez soi », un endroit dans lequel il existe véritablement, pour lequel « vivre ailleurs ce n’est pas vivre, c’est attendre de rentrer ».

Clotilde de Brito est une artiste aux talents multiples qui propose une représentation allant de l’humour à l’évocation de sujets plus sérieux, avec de temps à autre un brin de féminisme ; le tout avec beaucoup d’humilité et une singularité sans pareille. Son blog se compose de ses billets d’humeur et ses poèmes plein de bon sens.

Parce que moi je suis rien
Ou disons pas grand-chose
La moitié d’un pépin
Une épine de rose
Une aiguille de sapin
La virgule d’une prose
L’anneau d’un calepin
Une fumée sans cause

Clotilde de Brito, Sur l’équité des femmes dans le dictionnaire

Échanges littéraires avec Daniel Pennac et Laurent Natrella

Daniel Pennac, écrivain émérite et lauréat du prix Renaudot 2007 pour Chagrin d’école, et Laurent Natrella, comédien de la Comédie-Française, ont offert aux festivaliers plusieurs moments d’échange autour des mots dont une table ronde avec questions-réponses du public et la lecture à deux voix du dernier ouvrage de Daniel Pennac paru en avril 2018 Mon Frère.

Lors de la table ronde, Daniel Pennac et Laurent Natrella ont évoqué ce que représente la lecture pour eux. Selon Daniel Pennac, c’est la « première émotion » qui donne envie de lire ; le fait de comprendre que l’association de différents signes donne un mot, donne du sens. Lorsqu’un enfant dit qu’il n’aime pas la lecture, il ne faut pas entendre littéralement qu’il n’aime pas lire, il faut être présent et comprendre ce qui ne lui convient pas quand il s’agit de lecture. Bien souvent, c’est la perspective scolaire autour de la lecture qui est contraignante pour cet enfant : peut-être n’aime-t-il pas l’idée d’être forcé à lire entièrement un livre qui ne lui convient pas.

Daniel Pennac parle de son frère disparu comme d’un « être poétique ». La poésie existait de façons différentes dans le quotidien de sa famille. C’est ainsi qu’il conte non sans humour quelques anecdotes qui semblent lui tenir à cœur. L’auteur donne ici l’exemple de son père qui, alors qu’il traversait une période de chagrin d’amour d’adolescent (d’un amour qu’on pense insurmontable), lui aurait dit d’un air sérieux : « Le suicide est une imprudence. »

Sur l’invention des mots, Laurent Natrella et Daniel Pennac nous relatent à quel point il est parfois difficile de trouver le mot juste. C’est l’une des raisons pour lesquelles Daniel Pennac travaille toujours avec son dictionnaire posé sur son lutrin. Cette assertion est d’autant plus vraie selon eux lorsqu’il s’agit de traduire une émotion ou une expression d’une langue à une autre.

Sur sa manière d’écrire, Daniel Pennac explique également comment certains de ses personnages naissent. Ainsi, parfois il s’inspire de ses connaissances humaines réelles. Il y a aussi ce qu’il nomme des « personnages-fonction ». Un « personnage-fonction » est un personnage dont le rôle est de faire bifurquer la narration. Il était extrêmement enrichissant de pouvoir discuter du rapport à la lecture et à l’écriture avec ses deux hommes dont le métier se rapporte à ces disciplines. Aussi, selon Daniel Pennac, le rapport à l’écriture et celui à la lecture ne peuvent être constants toute la vie : il y a des moments où on lit sans cesse, comme des périodes où l’on mange par gourmandise. Il y a aussi des moments de creux, de manque d’envie. Il est important de donner par envie, par amour des mots.

La lecture de Mon frère a également été un moment privilégié pendant lequel les deux acteurs ont délivré une représentation intime, presque théâtrale de ce texte. L’écrivain offre à travers cet écrit un regard à la fois attendrissant et déchirant sur la vie qu’a menée son frère, tragiquement disparu il y a près de onze ans aujourd’hui ; tout en nous confiant en parallèle les aventures anecdotiques du personnage Bartleby de Melville.

Des ateliers enrichissants

Au cours de ces trois jours d’événements autour des mots, de nombreux ateliers ont eu lieu en même temps que les représentations.
Ainsi, les enfants étaient à l’honneur avec des activités diversifiées. Ils avaient la possibilité de dessiner en plein air et d’apporter leur contribution à l’Arbre à mots, une sorte de sapin dont les feuilles étaient littéralement des feuilles de papier colorées de la main des enfants. Ils ont également pu jouer à de nombreux jeux XXL autour des mots comme le pendu, et ils pouvaient se rendre dans la bibliothèque éphémère pour partager un moment de lecture avec leurs parents.

Un spot de « troc poétique » a été mis en place en haut des marches menant à la salle Marius Guerre. Il était possible d’y échanger quelques vers de poésie : deux personnes qui ne se connaissaient pas pouvaient ainsi entrer en contact par la poésie. Ci-dessous les rimes de Jacques Prévert dans son poème Chanson, des vers déclamés au hasard aux passants.

Quel jour sommes-nous
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour

Jacques Prévert

Les bibliothécaires de la ville organisaient de nombreuses séances favorisant l’échange autour des coups de cœur culturels des participants. C’était l’occasion de prendre la parole et d’énoncer ses découvertes préférées de l’année d’un point de vue littéraire, musical et cinématographique. Grâce à ces conférences originales, j’ai appris l’existence de romans atypiques, d’univers différents de ce que j’ai l’habitude de lire, et pour autant, tout aussi intéressants.

Enfin de nombreux auteurs, scénaristes et illustrateurs de bandes dessinées ont été présents à Courbevoie pendant de ce week-end littéraire. Il était ainsi possible de rencontrer Geneviève Brisac, auteure entre autres du Chagrin d’aimer ; Gaëtan Nocq, auteur de Capitaine Tikhomiroff ; Karina, auteure de Ma belle endormie ; Renaud Farace, auteur de Duel ; Thierry Gaudin et Romain Ronzeau, auteurs de la série Espions de famille. Cela montre la grande variété de la programmation de ce festival.

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