Interview de G’ny

G'ny
Officiel G'ny

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir G’ny, une artiste d’origine guadeloupéenne que j’ai eu l’immense chance d’interviewer il y a quelques jours. Elle sera en show acoustique ce mercredi 16 mai, au Deterw Bar à 20h30. Elle travaille actuellement sur la réalisation de son premier album solo prévu pour l’automne 2012. Et c’est avec une gentillesse sans pareille qu’elle a répondu à toutes mes questions.

La carrière de G’ny

G’ny commence très tôt à chanter. Mais ce n’est pas le premier métier artistique auquel elle se prédestinait étant petite : elle voulait devenir danseuse. En fait, à la base, je voulais être danseuse, chorégraphe. Mais j’ai eu un problème physique, un problème au genou qui s’est déclaré vers l’âge de 14 ou 15 ans, au moment où je devais partir en sports-études. Ce problème m’a empêché de suivre mes cours de danse du moment et donc de progresser. J’ai donc dû remettre en question mon cursus en sports-études. Du coup, étant finalement une artiste forte dans l’âme, j’ai eu le besoin d’exprimer les choses différemment et dans quelque chose d’autre. C’est là que je me suis penchée vers la musique. Ne pouvant pas danser, je me suis retranchée vers cet art et c’est comme ça que la musique est entrée dans ma vie. En 1995, G’ny participe au concours de chant La Pwent aux étoiles organisé par Freddy Marshall. Freddy Marshall est un grand professionnel de la musique caribéenne. Il est connu pour l’amour qu’il porte à la musique antillaise : il sera l’un des précurseurs, l’un des pionners du zouk et participera activement à l’histoire et la reconnaissance internationale de Kassav’. De ce concours, elle gardera à l’esprit que le talent ne suffit pas toujours : il faut se battre et se motiver pour parvenir à ses fins. Son parcours s’arrête ici en demi-finale mais elle sera ensuite recontactée par Freddy Marshall pour la sortir d’un single, qui malheureusement ne verra jamais le jour pour raison de logistique.

En 1998, alors âgée de seulement 16 ans, G’ny fera sa première scène lors du concert de Passi en Guadeloupe, en compagnie du groupe de hip-hop guadeloupéen La Horde Noire, qui se compose des chanteurs Daly, Darkman et Edinyo. Ma première scène, c’était vraiment une très belle expérience. J’étais un peu impressionnée mais bien entourée par les copains donc ça a été. C’est un très bon souvenir pour moi donc un baptême réussi ! Dès lors, elle est de plus en plus sollicitée pour des collaborations musicales en tout genre avec des artistes qui revendiquent les îles et la culture créole dans leurs textes. Ainsi, on la retrouve sur les titres Taspé en compagnie de N’O Clan et Une Pensée en combinaison avec Tiwony et Typical Féfé. Puis, elle travaille avec Darkman et Riko Rekords pour produire la chanson Mr DJ en 2001, un titre qui se révèlera être un tremplin majeur dans sa carrière. Il faut savoir que ce label indépendant a largement contribué à la renommée de la musique créole avec des personnalités comme Fuckly, Riddla, Def B.Y et j’en passe… C’était de la découverte pour moi en fait. Je suis arrivée de façon insouciante, juste pour l’amour de la musique sans vraiment considérer ce qui arriverait derrière. J’avais pas particulièrement l’idée de carrière à cette période là. J’en rêvais comme toutes les petites filles mais j’avais tout simplement envie de chanter. Donc j’ai été bien récompensé je pense, parce que derrière les gens m’ont soutenu. C’était ma découverte du milieu, ma découverte de l’interview, ma découverte de mon talent aussi. Une découverte à tous les niveaux.

G'ny

Deux ans plus tard, elle travaille en collaboration avec Admiral T : G’ny figure sur le premier album de l’artiste Mozaik Kreyol où ensemble, ils interprètent Doum doum. Ce duo est un condensé de paroles conscientes, une chanson qui dénonce les difficultés de la vie quotidienne d’un esclave : "Lévé nonm ! Pa pè pa vansé ! / Sé douvan libèté yé / Réfléchi pou ou sonjé / Vou tou sèl ké pé gangné". Ce titre est né du montage d’un spectacle, que j’ai monté moi-même avec deux autres collaborateurs. Ce spectacle, qui s’appelait Fèy fè pach, était pour la commémoration du rétablissement de l’esclavage. On a décidé de monter une pièce avec tout une trame et de créer des titres inédits. Plusieurs artistes ont participé à la production de ces titres inédits, y’avait le Gwada Nostra, tous les groupes de l’époque, KSS, Admiral T etc. Et on a tous fait des titres en croisé, des titres ensemble, avec toute l’histoire de l’esclave partant d’Afrique. Doum doum est né de là, au départ il n’y avait que nous, on était trois. Et puis, c’est un titre qu’Admiral T avait aimé, et du coup, il m’a proposé de le faire sur Mozaik Kreyol, son premier album. [ Ndlr, en mai 1802, Napoléon de Bonaparte légalise à nouveau l’esclavage après une courte trève de huit années. En 2002, on commémorait donc les deux centenaires de cette loi. ] Ce morceau leur permettront de faire de nombreuses scènes ensemble notamment en France, mais aussi de partir en Afrique, où ce titre a été très apprécié.

En 2004, la carrière de G’ny prend un nouveau tournant. Elle est à l’affiche d’une comédie musicale antillaise La rue Zabym en tant que rôle principal. Cette comédie, créée par Pascal Vallot, est l’histoire d’une jeune marchande qui croit en sa destinée et qui souhaite rencontrer un homme en mesure de respecter ses convictions. L’histoire se passe en 1902 et malheureusement, à cette période historique, les sentiments c’est avant une histoire de couleur de peau. Cette pièce porte réflexion à la condition des femmes, au racisme et au rôle joué par le contexte politique. Elle deviendra un succès considérable au fil des années, si bien que G’ny tiendra ce rôle jusqu’en 2008. Pour moi, l’expérience la plus marquante, même si « Mr DJ » ce sont mes débuts et que c’est le coeur qui parle, c’est vraiment la Rue Zabym. Parce qu’elle m’a permis d’utiliser de toutes les compétences que j’avais déjà, artistiquement parlant. J’ai pu revenir à la danse. Et j’ai envie de dire que c’est le plus grand succès que j’ai pu connaître parce qu’on a tourné pendant quatre années et que ça a été très fort. Ça m’a permis d’avoir confiance en moi et d’oser penser la musique comme un métier. J’ai commencé à avoir des bonnes connaissances de la législation du spectacle. J’ai pu me professionnaliser aussi donc c’est vraiment le début pour moi d’une vraie démarche professionnelle. Elle participera également aux comédies Autant en emporte le vent et Le Roi Lion.

Son véritable retour sur la scène musicale a lieu avec Péyi Mwen, une chanson sortie en 2009. G’ny a été plus que plébiscitée par un public heureux de la retrouver. Les sonorités qu’elle apporte à ce titre se veulent beaucoup proches de ce que l’on a l’habitude d’entendre aux Antilles : tambour, guitare acoustique… C’est d’ailleurs une sorte d’hymne à la tradition, un véritable culte à la Guadeloupe, qu’elle nous offre. La musique de G’ny possède plusieurs couleurs, elle chante au gré de ce qu’elle écoute et souhaite délivrer un message d’amour à tous. Je pense que le propre de ce que je fais justement, c’est un vrai mélange et c’est vraiment à l’image de toutes les influences que j’ai pu avoir. Au tout départ, en tant qu’adolescente, j’ai été fan de Mariah Carey, de Mary J. Blige, du hip-hop français. Puis, j’ai eu envie de retrouver notre essence ethnique : j’écoutais beaucoup de Kassav, du Mario Canonge, du Kali, des choses de ce genre. Avec le temps j’ai appris à diversifier ma culture musicale : je suis une grande fan de la chanteuse de jazz Anita Baker, je l’aime énormément. A la mesure du temps, je me suis ouverte et j’ai commencé à décider plus précisément ce que j’aurais aimé faire par rapport aux chanteuses antillaises que j’ai aimé comme Tanya Saint-Val ou Jocelyne Béroard. Et c’est finalement grâce à toutes ces influences que je suis celle que je suis aujourd’hui.

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Un album en préparation

Aujourd’hui, G’ny revient avec Fanm isi, une chanson aux rythmiques caribéennes. Ce mélange audacieux de sonorités entre gwo ka, percussions et beat électronique dégage une nouvelle fraîcheur. Elle décrit la femme dans toute sa splendeur à travers ce titre : sa douceur, son assurance, sa timidité et son énergie. Véritable hymne aux combats quotidiens de la femme, Fanm isi rappelle à tous que les femmes se cachent souvent derrière une apparence solide pour dissimuler sa fragilité, mais que c’est cette même sensibilité qui est sa force. Un remix de ce morceau existe, et c’est avec Admiral T que G’ny choisit d’être accompagnée sur ce titre. Un choix qui s’est révélé naturel pour la jeune artiste : Il fallait quelqu’un de disponible pour camper l’homme, l’homme le vrai (rires). Et, pour moi c’était évident que c’était lui, parce qu’on avait déjà collaboré, parce qu’on se connaît vraiment. En plus, il aimait beaucoup le titre. Ça été assez systématique, ça s’est passé assez rapidement. Il a répondu « oui » direct.

Comme je vous en parlais précédemment, G’ny travaille actuellement sur la réalisation de son premier album, prévu courant septembre. Elle tient à ce que celui-ci fasse l’effet d’une surprise. Globalement, il sera à l’image de ce qu’elle est. Cet album sera acoustique, mais aussi beaucoup plus authentique, écclectique et urbain : un mélange de saveurs. Les thématiques abordées y seront surtout la femme et l’amour. De belles combinaisons sont prévues, mais là encore, la surprise reste entière quant à l’identité des protagonistes. Elle souhaite surtout pouvoir toucher le monde créole dans un premier temps, et pense que sa musique a la capacité d’être suffisamment ouverte pour voyager : la musique est universelle. En attendant de pouvoir découvrir ses nouveaux titres, je vous propose d’écouter Fanm Isi grâce au clip tourné à Paris, situé ci-dessous.

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