Paperboy de NDX

NDX Paperboy
© NDX Music

Paperboy est un album du chanteur NDX, un artiste originaire de la Guadeloupe qui s’illustre dans le monde du hip-hop underground. Ce chanteur, que j’ai appris à connaître lors de sa représentation en première partie du concert d’E.sy Kennenga à la Cigale, se crée petit à petit une place sûre dans le milieu des artistes de la scène créole.

Paperboy, premier album studio de NDX, est l’aboutissement d’un travail consciencieux de l’artiste. Il s’agit d’un condensé de hip-hop mêlé à la culture caribéenne. NDX y parle crûment de la vie, et donc, sans tabou, il s’exprime sur des sujets tels que l’alcool, le sexe, les fêtes sans lendemain, et toutes ces petites choses qui font de la vie ce qu’elle est. Il nous raconte son parcours entre les lignes et nous parle surtout de son univers, dans lequel il est question de fermer les yeux sur les tracas quotidiens pour mieux apprécier les instants de joie, de rire et de bonne humeur. Paperboy est un Carpe Diem musical, un hymne à ce que représente la vie sous toutes ses formes. Cet album que je tente de vous faire découvrir en quelques lignes aujourd’hui est sorti le 1er juin 2013 et est disponible sur Amazon par exemple.

Chronique de Paperboy

Les premières notes de l’album Paperboy se font sur Wake Up, une chanson pour laquelle Natoo accompagne NDX. Ce morceau possède un rythme posé sur lequel le chanteur se réveille doucement, comme pour prendre le temps de vivre et de profiter de chaque bonne chose que nous apporte Dieu jour après jour. La vie est belle, et le simple message de Wake Up est d’apprécier à l’apprécier telle qu’elle est.

YOLO, deuxième titre de l’album, possède un tempo beaucoup plus marqué que Wake Up. YOLO est une expression américaine utilisée en tant que sigle signifiant "You Only Live Once". NDX l’utilise ici comme abréviation de l’expression créole "Yenki Ouvè Lè Ou vwè mwen", si on en croit la cover de ce single. Dans cette chanson, le jeune chanteur exprime en effet son besoin de profiter du quotidien comme il l’entend : il compte "prendre son pied", boire de l’alcool si le moment si prête et prendre des décisions impromptues sans réfléchir nécessairement aux conséquences de ces actions. YOLO est plus qu’une chanson, mais réellement un état d’esprit de l’artiste.

C’est ensuite la chanson éponyme de l’album, Paperboy, qui démarre. Un titre pleinement hip-hop. ‘PAPERboy’ est en réalité une abréviation selon les dires de l’artiste – que je remercie au passage pour avoir pris le temps de répondre à ma question – signifiant Power Art Pleasure Energy Respect. Un ‘PAPERboy’ serait donc un artiste aux multiples facettes capable d’allier pouvoir et plaisir, énergie et respect. NDX s’assimile lui-même comme étant un PAPERboy. La fin de ce morceau est remixée façon électro, une idée assez originale que j’ai personnellement beaucoup apprécié.

Pongo est un morceau hip-hop sur lequel sont réunis NDX, Shaolin et Garfil. Un des passages que je préfère dans cette chanson est le couplet chanté par Garfil, un chanteur évoluant également sur la scène créole : "É nou ni trop lyrics, Mé pa pè ké ni ba tout moun, Pa konparé mwen, An pa kon tout moun, Nivo la o é i ka pasé tou cout…".

Un des titres que j’affectionne probablement le plus sur cet album, Ray Charles, est volontairement provocateur à mon sens. Cette chanson sortie en 2012 a créé une certaine polémique sur la toile divisant les avis et les propos autour de l’artiste Ray Charles. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce chanteur auteur compositeur américain (ceux qui doivent donc absolument prendre le temps de se renseigner sur cette légende de la soul), Ray Charles est connu pour avoir révolutionné le monde de la musique dans les années 50 aux Etats-Unis. Il perd son plus jeune frère à 5 ans, puis perd complètement la capacité de voir à l’âge de 7 ans des suites d’une maladie appelée le glaucome. Ces difficultés ne l’empêchent pas d’avancer et il arrive à se faire un nom dans une Amérique encore liée aux mouvements de ségrégation raciale.
A mon sens, NDX salue le courage de Ray Charles dans cette chanson et, contrairement à ce que certaines personnes comprennent en écoutant cette chanson, ne souhaite en aucun prendre la cécité de l’artiste américain. Il refuse ainsi d’attacher de l’importance à ce que peuvent dire ses détracteurs. Il rend simplement hommage à Ray Charles en refusant de s’arrêter sur les choses qui pourraient l’handicaper quant à sa progression et sa prospérité. Le clip de cette chanson, réalisé par Cédric Richer, est une très belle production qui mériterait d’être plus reconnue qu’elle ne l’est encore.


Sur un thème beaucoup moins sérieux, NDX enchaîne avec Bitches & Alcohol. Encore une fois, j’ai apprécié le travail musical réalisé sur la toute fin de cette chanson. C’est assez impressionnant de voir à quel point NDX tient systématiquement à portée une nouvelle dimension finale à ses morceaux. L’artiste est méticuleux, presque perfectionniste, et c’est tout à son honneur.

Debrouya rejoint NDX sur la chanson Spaceship, un titre qui, de par ses paroles, rappelle en effet un voyage spatial. Dès les premières secondes, les deux chanteurs nous expliquent leur intention de vouloir profiter de la vie et de voler de leurs propres ailes.

La chanson suivante, Dènié Fwa est un morceau dont le message est simple : "Profitez de la vie telle qu’elle vient, comme si chaque jour devait être votre dernier jour sur cette Terre". Ce titre est en réalité un duo avec Kemi, aussi connue sous le pseudonyme d’Empress Kemi, une chanteuse, auteure et compositrice originaire de la Martinique, d’Espagne et de France. Le rythme de cette chanson est posé, et finalement plutôt agréable aux oreilles. L’expression de NDX "Et mwen pa pé lanmo, en just pè ke mwen pa viv !" (Et je n’ai pas peur de la mort, j’ai juste peur de ne pas avoir vécu) résume à elle seule l’ensemble des paroles de Dènié Fwa : une volonté sans pareille de jouir de la vie.

Pour continuer dans cette atmosphère musicale, c’est cette fois au tour de Lorenz d’accompagner NDX sur le titre Suiv Mwen. Lorenz, qui généralement évolue dans le monde du zouk, arrive sur cet album pour apporter une fraîcheur certaine à Paperboy. Suiv Mwen parle d’amour pour la première fois sur cet album, et décrit les sentiments d’un homme amoureux. Dans ses couplets, NDX prend conscience de son attachement à celle qu’il appelle son ange. Dans le refrain, Lorenz exprime son envie de vivre avec l’être qu’il aime et lui déclare sa flamme en lui demandant de la "suivre". Les deux chanteurs déclarent ici leur flamme à travers ce morceau.

A nouveau, NDX propose une chanson déjà présente dans son répertoire, Colors, un duo avec Marvel Zoh. En effet, Colors figure également sur la mixtape de l’artiste du nom de Hiphop Addiction, sortie en septembre 2011. Cette chanson, comme son nom l’indique, nous propose une "palette de couleurs" tout au long de ses paroles. La vie reste rose même si le ciel est gris… et Marvel Zoh propose de donner à son interlocutrice un arc-en-ciel, pour lui faire retrouver le sourire. Une avalanche de jeux de mots vient s’ajouter au charme de ce titre plutôt jazzy. Du clip de Colors, je tiens à souligner l’excellent travail de Marion Montel aka May qui a réalisé le tableau présenté ci-dessous.

Colors de Marion Montel aka May

Avec des sonorités plus acoustiques, Natoo rejoint à nouveau NDX sur la chanson Black Is Beautiful. Dans cette chanson, NDX chante son amour pour les femmes de couleur. Le noir est beau, les négresses sont donc belles. Il nous rappelle les origines africaines des insulaires car la couleur de notre peau reflète également une partie de l’Histoire que l’on ne pourra jamais effacé : l’esclavage. NDX décrit son affection pour la femme noire sans artifices : le défrisage dérive de la définition de la beauté occidentale, le maquillage est multinational. L’artiste préfère une femme au naturel, avec ses formes, sans complexes.

C’est ensuite avec Bird Lady, qu’NDX accompagné de Sizay se met dans la peau une nouvelle fois d’un homme épris. Dans ce texte, la femme ou plutôt l’amour porté à cette personne, apparaît comme une raison pour se donner les moyens d’y arriver. J’aime tout particulièrement ce couplet dans lequel NDX chante : "Fanm an mwen cool, Fanm an mwen nice, Fanm an mwen douce, Fanm an mwen fly, Lè an ni le blues, Fanm an mwen jazz…".

Les deux dernières chansons de l’album sont Phuck et Paperboy Remix. Finies les sonorités acoustiques, on revient ici aux rythmes proposés en début d’album. Pour Phuck, NDX est accompagné de Demboy, un artiste qui m’était inconnu avant la rédaction de cet article, je dois l’avouer. Demboy est un chanteur originaire de la Guadeloupe, qui s’est lancé dans le milieu underground grâce à sa chanson La vi la vin rèd sur la base instrumentale de Locked Up d’Akon. Quant à la dernière chanson de Paperboy, elle est proposée par Malus Beat et 6mik Studio.



TRACKLIST :
01 – Wake Up featuring Natoo
02 – YOLO
03 – Paperboy
04 – Pongo featuring Shaolin et Garfil
05 – Ray Charles
06 – Bitches & Alcohol
07 – Spaceship featuring Débrouya
08 – Dènié Fwa featuring Kemi
09 – Suiv Mwen featuring Lorenz
10 – Colors featuring Marvel Zoh
11 – Black Is Beautiful featuring Natoo
12 – Bird Lady featuring Sizay
13 – Phuck featuring Demboy
14 – Paperboy Dubstep Remix featuring Malus Beat & 6mik Studio

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