I’m a Fool, le premier single de l’album très attendu d’Ayo

Ayo

Au cours du mois de juin dernier, Ayo a sorti un nouveau single intitulé I’m a Fool. Cette chanson à la mélodie très douce est annonciatrice d’une très bonne nouvelle : l’arrivée du cinquième album studio d’Ayo !

La chanteuse germano-nigériane nous prépare un nouvel opus dont la sortie est prévue dans quelques semaines. Il faut s’attendre à un album « plutôt personnel », un album qu’elle a produit entièrement dans l’intimité de sa chambre, un album dont elle a fait les arrangements et écrit les textes. Si vous avez hâte d’en entendre les premières notes, vous pouvez patienter en écoutant ce premier extrait, I’m a Fool.

Dans cette très jolie ballade, Ayo nous décrit les sentiments d’une personne folle d’amour. C’est l’histoire d’une âme pleine d’espoir qui rêve de partager des moments avec l’être qu’elle désire, un être qui la rend nerveuse et maladroite à la fois. Cette personne veut la « jouer cool », mais n’y arrive pas… elle se sent défaillir, et perdre la tête tel un fou.

I hope circumstance will give us a chance
And I’ll get to know you and we’ll become friends
Maybe one day I’ll be able to say
What I felt for you from the very first day

[…]

You’re so amazing
I just can’t stop thinking of you
You make me feel like I’m ten years old
I’m such a fool for you

Ayo sera, par ailleurs, de retour sur la scène du 24 au 28 octobre prochain dans le Théâtre Des Bouffes Du Nord de Paris.

Ticket To The World d’Ayo

Ayo Music.

Le nouvel album d’Ayo, Ticket To The World est sorti lundi dernier, le 7 octobre 2013. Ce nouvel album d’Ayo nous permet de découvrir une toute nouvelle facette de cette artiste généralement associée à l’univers de la soul music. Ayo est concernée par le monde actuel, et les problèmes que rencontrent les personnes qui vivent malheureusement dans un état possédant un régime politique strict. Les frontières qui existent dans notre société se font à l’heure actuelle bien trop présente, et souvent, nous sommes complètement inconscients de notre chance de pouvoir s’exprimer librement. Alors, Ayo revient avec un album, qui pour la première fois, porte le nom d’un de ses titres : Ticket to The World. Pour elle, il était nécessaire que cette chanson en particulier puisse toucher le cœur des gens. Dans une interview donnée en direct à 20minutes, elle déclare que cet album "est une façon pour elle de parler des gens qui n’ont pas leur « ticket to the world » donc pas de passeport et qui ne sont pas libres de voyager et de découvrir le monde comme nous. Elle leur fait un cadeau avec cet album en leur donnant la possibilité de voyager librement, d’être libre de leurs mouvements grâce à la musique".

Chronique de "Ticket To The World"

Fire est la première chanson de Ticket To The World. Ce titre, sorti en tant que premier single de l’album au mois de juin dernier, a laissé apparaître une nouvelle facette de la chanteuse. Ayo a décidé de montrer au monde entier un autre de ses talents, à savoir sa capacité à pouvoir rapper. Dans l’interview d’Ayo pour Crumb Magazine, on apprend que cet alter-ego a toujours fait partie intégrante de sa vie, et qu’elle a même commencé la musique en rappant. Elle s’était alors auto-attribuée le pseudonyme de Black Mamba, le nom du plus long serpent venimeux que l’on peut trouver en Afrique.

I’m Walking est une ballade qui démarre uniquement sur les accords d’une guitare acoustique. Ayo déclare être partie pour se sortir de ses problèmes, pour trouver à nouveau la paix. Dans cette chanson, elle marche sous la pluie, peu importe ce que disent les gens. L’artiste crée un personnage en quête de liberté et de réponses face à la vie qu’il mène. Tout en douceur, le protagoniste s’affranchit de ses peines et semble retrouver une quiétude certaine.

Un de mes premiers coups de cœur de l’album est Teach Love, une chanson influencée par des sonorités reggae/soul. Son titre Teach Love donne d’avance le contenu évident de cette œuvre musicale. Si nous apprenions à donner l’amour, la vie serait plus simple et les cœurs s’ouvriraient, "’cause love is the key".

Et voici, sans aucun doute, la chanson que je préfère sur Ticket To The World, Justice. Ce quatrième morceau est en réalité un duo entre Ayo et Citizen Cope. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Citizen Cope, et que la découverte de ce titre m’aura permis de découvrir la jolie voix masculine de ce chanteur, auteur et compositeur d’origine américaine. Citizen Cope évolue sur le devant de la scène musicale en tant qu’interprète de blues, de soul et de folk. Et c’est avec cet immense plaisir, qu’il chante auprès d’Ayo les paroles suivantes : "When it ain’t about justice, When it’s not about what was, what is, When it’s not about what’s left, When it’s not about the next step".

Puis, sur un tempo bien plus calme, c’est Fallin’, une chanson qui me touche beaucoup, qui résonne. Dans cette chanson, Ayo exprime son besoin de paix, de respirer librement. Il y a un nombre trop important de voix dans sa tête qui l’empêchent d’avoir un raisonnement cohérent. Elle appelle à l’aide, a besoin de quitter cette ville folle : seule l’évasion semblerait pouvoir lui faciliter la vie. Ce sont cette fois les paroles suivantes qui donnent la cadence, la raison même de ce titre : "I am, I’m callin’, I need a hand, I’m fallin’, Pray for me, Caress my soul, I need a friend, Please don’t go".

Complain tranche avec ces deux chansons. A nouveau, Ayo reprend sa voix en tant que Black Mamba et c’est ici le rythme de la batterie qui joue le rôle le plus important parmi ceux des instruments. A de nombreuses reprises, la batterie apparaît comme l’organe de la chanson, car c’est à sa merci que semblent se dresser les autres instruments, comme si son simple son devenait chef d’orchestre à la mesure chronométrée, tel un combat militaire.

Who possède des allures de reggae. Cette chanson me touche personnellement au moment où retentissent les premiers battements de tambour. Ayo nous chante un "My love for you won’t change" agréable et doux. Cette chanson pose la problématique suivante : à qui pouvons-nous réellement faire confiance dans la vie ? Ayo se base sur des faits simples de l’existence au quotidien pour appeler à l’amour et à la confiance, deux sentiments qui tendent à disparaître de nos jours. Who est donc en définitive un morceau plutôt entraînant.

Ayo poursuit avec un titre plutôt soul, presque jazzy. I Wonder est une reprise de la chanson originale de Sixto Rodriguez du même nom, sortie en 1970. Dans ce morceau, le chanteur de folk mexicain et américain, se préoccupe des malheurs de la société actuelle, comme s’il souhaite apaiser les mauvais esprits et guérir les conséquences nuisibles des comportements humaines. Dans cette version qu’Ayo nous propose, des violons viennent s’agrémenter à la mélodie.

Vient ensuite la chanson éponyme de l’album, Ticket To The World. Je pense que c’est la chanson sur laquelle Ayo rappe que je préfère. Cette fois, le tempo est plutôt paisible, et encore une fois, des violons semblent accompagner les guitares électriques et basses. Ce titre renvoie à la condition de nombreuses personnes dans le monde. En effet, très peu de pays ont une politique permettant à ses ressortissants de pouvoir réellement connaître le monde, que ce soit pour partager des cultures, voyager, ou simplement rêver d’ailleurs.

Hullabaloo change tranquillement l’univers recréé par la chanson précédente. Elle rappelle les rythmes africains, nation à laquelle Ayo se sent forcément rattachée, de par ses origines nigérianes. Cette chanson me plaît car elle nous permet de traverser les frontières. Hullabaloo désigne l’excitation, le bruit, la fête ou le tapage qu’il peut y avoir autour d’une histoire. C’est une jolie expression provenant du mot indien Hullabol utilisé pour décrire une manifestation publique impliquant un grand bruit.

Dans un mélange mi pop, mi soul – j’ai parfois du mal à déterminer un unique genre musical à certains titres de cet album – c’est ensuite la composition musicale Sister qui nous est offerte. Ce morceau parle des sacrifices et des combats menés par la sœur de la chanteuse. Les larmes que cette dernière a conservé en elle doivent aujourd’hui s’effacer pour laisser place à un avenir brillant. Comme Ayo s’adresse directement à "sa sœur", on est rapidement tenter de croire, qu’elle s’adresse en réalité aux femmes du monde entier qui mènent un combat quel qu’il soit, qui ressentent ce besoin d’être soutenues.

Dans Wouldn’t It Be Better, le piano revient en force en tant qu’instrument de prestige, bien que celui-ci soit accompagné d’une solide batterie (pour ne citer qu’elle). Musicalement, Wouldn’t It Be Better est une très belle chanson. Ayo y propose pourtant une image assez noire, empreinte de souffrances. La chanteuse de Down On My Knees y joue le rôle d’une femme qui se sent trahie dans une relation qu’elle entretenait avec un ami ou amant. Elle se demande si elle ne serait pas mieux si elle pouvait simplement rayer cette personne de sa vie : "Wouldn’t be better if I forget you, and you forget me ?".

Une nouvelle fois, j’apprécie l’introduction sonore choisie par les compositeurs du morceau suivant I Need You. Ce titre, que je trouve plutôt sympathique, nous permet de retrouver Ayo dans un registre qui lui est classique. Sa voix est pleine de puissante quand elle déclare à l’être qu’elle aime qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. I Need You me rappelle un peu Life Is Real. Il a cet aura semblable… J’imagine d’ores-et-déjà les arrangements musicaux aux rythmes endiablés qui seront choisis lors du concert de la chanteuse à la Cigale les 4 et 5 novembre prochain.

Milky Way, dont le titre m’a fait sourire, est une jolie ballade mêlant lune, étoiles et autres astres de l’univers cosmique à la poésie. Elle traite en réalité les tristes vérités du monde actuel.

C’est ensuite Sunny, la fameuse chanson de Bobby Hebb qu’Ayo a décidé d’ajouter à la tracklist de Ticket To The World. Cette chanson a été réalisée dans le cadre du Summer of Soul d’Arte. J’ai récemment écrit un article sur la version de Sunny d’Ayo, je vous invite à le lire à travers le lien précédent.

Enfin, le titre qui termine ce quatrième album de la chanteuse est le duo proposé par Youssoupha et Ayo, Fire. Cette chanson remixée est née d’une idée du label Motown qui rêvait qu’Ayo ait l’opportunité de collaborer avec un chanteur français. Ainsi, Youssoupha, que la jeune femme aime beaucoup nous chante les paroles suivantes : "Graine de colère, mon ghetto est sous pression, Jour de tonnerre peu d’réponses trop de questions, Nos terres parlent au pression qu’on tombe de sommeil, Comment nous faire de l’ombre, on est les enfants du soleil".


TRACKLIST :
01 – Fire
02 – I’m Walking
03 – Teach Love
04 – Justice featuring Citizen Cope
05 – Fallin’
06 – Complain
07 – Who
08 – I Wonder
09 – Ticket To The World
10 – Hullabaloo
11 – Sister
12 – Wouldn’t It Be Better
13 – I Need You
14 – Milky Way
15 – Sunny
16 – Fire featuring Youssoupha

Sunny, la reprise d’Ayo

ARTE

L’été dernier, Arte animait sur sa chaîne les soirées Summer of Soul. Ces soirées proposaient des reportages, des films et des ambiances soul pour tous les curieux et/ou passionnés de ce genre musical. La soul music est par définition un mélange de sonorités afro-américaine, jazz, gospel et rhythm and blues.

Pour ma part, j’ai eu la chance de tomber complètement par hasard sur une de ces soirées et de pouvoir ainsi découvrir Ray en version originale, film dans lequel joue notamment Jamie Foxx. J’ai ainsi pu en apprendre un peu plus sur la vie de l’illustre Ray Charles, mais je m’éloigne du sujet… Lors de cette soirée, j’ai surtout pu constater que la présentatrice de ces émissions était Ayo, un choix qui me semble tout à fait cohérent compte tenu de ce que dégage vocalement la chanteuse.

Je n’ai probablement pas été assez curieuse à cet instant, car il n’y a seulement que quelques jours que j’ai découvert un peu par hasard la chanson reprise à l’occasion par Ayo Sunny. Ce tube, devenu ainsi l’hymne officiel du Summer of Soul sur Arte, est en réalité une reprise de la chanson du même nom de Bobby Hebb. Bobby Hebb était un chanteur, auteur et compositeur d’origine américaine. Il fit ses débuts dans la musique avec Harold, son frère ainé. Ce dernier est malheureusement assassiné en 1963, ce qui dévaste totalement Bobby Hebb, qui se réfugie alors dans la musique. Et c’est ainsi qu’il écrit cette chanson Sunny en 1966 comme pour chasser le mauvais sort.

Les paroles de cette chanson donne envie de croire en des jours meilleurs : "Sunny, yesterday my life was filled with rain. Sunny, you smiled at me and really eased the pain. The dark days are gone, and the bright days are here, My Sunny one shines so sincere. Sunny one so true, I love you.". Ayo reprend donc ce titre en toute simplicité. Comparée à l’originale, ce morceau possède des arrangements complètement différents, probablement un peu plus groovy, mais tout aussi appréciables. Dans le clip de cette chanson, on aperçoit Ayo observer de l’intérieur le monde extérieur, dans lequel évoluent des jeunes à la recherche du soleil. Arte sort par la même occasion une compilation de trois CDs qui retracent l’histoire de la soul.

Ayo au Trianon de Paris

oouinouin

Jeudi soir, j’ai pu assister au show exceptionnel d’Ayo dans la (magnifique) salle du Trianon de Paris. Et je pense que c’était simplement le meilleur concert auquel j’ai été jusqu’à l’heure actuelle. Ayo a cette faculté de capter l’attention du public avec une simplicité des plus déconcertantes. Ses interprétations ne peuvent pas laisser quelqu’un indifférent…

Tout d’abord, du point de vue de sa technique vocale, il n’y a rien à revoir : tout est déjà là ! Tantôt fragile, tantôt emprunte de force, sa voix frôle l’équilibre parfait : elle relève du surnaturel. Ayo possède réellement ce que certains qualifieraient un « don de Dieu ». Ensuite, en dehors de ses compétences vocales, il y a le personnage touchant qui l’anime. Quand elle nous interprète une chanson d’ordre sérieux voire triste, son visage semble porter la misère du monde. Ayo nous transmet ses émotions si bien que, l’on a presque envie de pleurer et de souffrir avec elle. (J’ai moi-même traversé de grands moments de frissons, notamment en écoutant l’histoire de Julia.) À l’inverse, quand il s’agit de nous faire partager une anecdote beaucoup plus joyeuse : elle rit, elle prend du plaisir sur la scène, elle reflète la joie et la bonne humeur. J’ai adoré ce double univers que possède sa personnalité, car c’est après tout, la marque inconditionnelle de l’être humain.

Aussi, j’ai eu le sentiment, à sa manière de nous remercier de notre présence et de l’amour que nous lui portons, que nous n’étions pas tant que ça spectateurs de la représentation d’Ayo mais qu’au contraire, Ayo était venue à la rencontre du public parisien. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre ici mais elle semblait tellement heureuse d’être présente avec nous. Quoiqu’il en soit, hier soir, elle est devenue l’artiste que je préfère, celle que je souhaiterais rencontrer en personne, en admettant que les rêves soient permis.

Découvrez le concert d’Ayo au Trianon en vidéos ! UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube.

Les premières notes de piano résonnent dans la pièce. Ayo démarre judicieusement son concert avec How Many People, le premier titre de Billie-Eve, son dernier album. C’est d’ailleurs par une réelle ovation du public que l’artiste est accueillie sur l’estrade, après nous avoir chanté l’introduction en coulisses. Elle nous offre alors quelques sourires, presqu’étonnée de voir la salle aussi remplie et impatiente, puis reprend l’interprétation de cette chanson aux allures de reggae dans un respect quasi religieux de l’auditoire. On mesure alors l’importance de chaque mot, chaque phrase, et le mélange piano / guitare basse / guitare électrique / batterie est juste ÉNORME.

On enchaîne avec I Am Not Afraid, une chanson appartenant au deuxième album d’Ayo : Gravity At Last. Le temps d’enfiler sa guitare et de nous danser quelques pas sous une pluie d’applaudissements, Ayo nous affirme d’une voix forte qu’elle « n’a pas peur », que cela n’en déplaise. Je tiens par ailleurs à souligner l’impeccable travail de l’orchestre qui l’entoure car les accords étaient parfaits, et ce durant toute la soirée ! Avec I Am Not Afraid, le calme et ces questionnements autour de la vie imposé par How Many People s’effacent peu à peu pour laisser place à une ambiance des plus chaleureuses.

Toujours accompagnée de son instrument de prédilection, un puissant Help Is Coming nous est offert. Ce titre est certes, emprunt d’espoir mais Ayo souhaite également nous faire prendre conscience à travers celui-ci que l’on manque souvent d’initiatives face à notre quotidien : « How come you never try to change the situation ? How come you always escape out of a serious conversation ? » (Pourquoi ne jamais avoir essayé de changer la situation ? Comment peux-tu toujours échapper à une conversation sérieuse ?) Il s’agit d’affronter la vie comme elle vient, et de ne jamais désespérer quoiqu’il puisse nous arriver car « l’aide est en chemin ».

I’m Gonna Dance arrive pour mon plus grand plaisir ! Ayo troque sa guitare classique pour une guitare électrique afin de nous interpréter cette chanson, qui est juste, comme je l’ai déjà dit lors de l’écriture de ma chronique de Billie-Eve, l’un de mes véritables coups de cœur de cette année 2011 ! Je ne vais pas me paraphraser — pour reprendre l’expression de mon prof d’ « Internet : publics et usage » — mais ce titre plutôt rock est un hymne à la vie ! L’euphorie a manifestement envahi le public, qui en délire, s’est mis à entonner « AYO »… Vient alors I Can’t, comme adoucir les mœurs :) La version que l’on nous propose ce soir-là est bien plus douce que celle figurant sur Billie-Eve, ce que j’ai personnellement préféré — mais ça c’est probablement car le piano y avait une place plus importante du coup…

Dans un registre reggae, Ayo poursuit son show (sans instrument cette fois) avec It’s Too Late. Tout comme sur son album, les premières notes qui se font entendre sont celles du piano, puis petit à petit, les instruments se succèdent et s’entremêlent pour cette magnifique mélodie. Je le disais au début de cet article : Ayo sait comment transmettre les émotions et cette chanson le prouve de manière assez claire. Alors qu’elle évoque ici l’incompréhension et les blessures ouvertes malgré le temps qui passe, le visage de la chanteuse semble s’obscurcir et reflète soudainement la souffrance et le désespoir. Elle est comme habitée par la musique. D’ailleurs le public est maintenu en haleine tout au long de cette chanson. L’intensité atteint son maximum quand elle prononce ces paroles : « You will never know how I feel… This wounds will never heal… » (Tu ne sauras jamais ce que je ressens… Ces blessures ne guériront jamais…).

L’interprétation de Julia est sans aucun doute la partie la plus émouvante de ce concert. Ayo est alors seulement accompagnée de son pianiste. Elle nous explique pourquoi elle a écrit cette chanson. « La vie est très très courte. […] Le temps est précieux. » On apprend qu’elle est heureuse d’avoir eu la chance de faire une « jolie rencontre » dans sa vie : celle de Julia. C’était une jeune fille de 18 ans, qui possèdait une grande force de caractère mais qui malheureusement est décédée. Grâce à la musique, nous dit-elle, il n’y a pas de place pour la mort : « La mort n’existe pas. C’est le corps qui part mais l’esprit reste toujours ici ».

Puis, uniquement accompagnée de son bassiste, Ayo nous chante Letter By Letter, un titre plein de groove qui nous replonge dans une atmosphère plus sereine. La chanteuse nous offre quelques sourires et finira même par retirer ses chaussures pour partager avec nous quelques pas de danse au rythme des applaudissements. Elle accueille ensuite son premier « guest » pour un featuring des plus impressionnants. Il s’agit de Sly Johnson, un as du beat boxing capable de reproduire la base rythmique de n’importe quelle mélodie en ayant pour seul instrument sa bouche. Et à eux deux, ils revisitent deux tubes phares du hip hop américain à savoir « Make It Hot » de Nicole, Missy Elliot feat. Mocha (Ayo reprend exclusivement le couplet de Mocha) puis « Rapper’s Delight » des The Sugarhill Gang. Le tout était orchestré par une mise en scène plutôt sympathique.

Un deuxième « guest » est appelé sur le podium : il s’agit bien évidemment de Matthieu Chedid aussi connu sous le pseudonyme -M-. Visiblement très attendu par le public qui l’acclame, il arrive, guitare acoustique en mains, pour accompagner Sly Johnson et Ayo sur Real Love, qui comme son nom l’indique est un titre rempli d’amour. « Do you believe in real love ? » nous questionne Ayo. « Ayez le courage de dévoiler à l’être aimé la nature de vos sentiments. » est le message que souhaite faire passer l’artiste. 6 minutes de pur bonheur.

Puis la chanteuse appelle Mickael Desir à la batterie pour faire « danser » le public. Il nous joue alors une trame rappelant celle du carnaval ou des percussions africaines, sur laquelle Ayo n’hésite pas à bouger en rythme. Elle nous affirme que la musique peut guérir nos blessures : « I believe music can heal. So when you feel sick, don’t go to the pharmacy. When you feel sick, all you’ve got to do is listen to music. » (Je crois que la musique peut guérir. Aussi, si vous êtes malade, n’allez pas à la pharmacie. Si vous êtes malade, tout ce que vous devez faire c’est écouter de la musique.) C’est une longue interlude musicale animée qui précède donc Slow Slow (Run Run). Et ce que j’ai particulièrement adoré dans cette version proposée ce soir-là par les musiciens, c’est la rythmique qui démarre à la 16 minute de ma vidéo.

Sur le World Jam Riddim, Ayo reprend les paroles Looking for true love. Je ne connais pas du tout le titre de cette chanson, je dois l’avouer, et donc je serais super reconnaissante si par hasard un de mes lecteurs m’en informait. :) Suite à ce petit reggae, Ayo nous laisse quelques minutes avec son orchestre, le temps pour elle de revêtir une veste noire, un pantalon et surtout le gant pailleté qui est devenue la véritable marque de fabrique du King of Pop. Vous l’aurez compris, Ayo nous offre un medley en hommage à Michael Jackson reprenant ainsi les morceaux Shake Your Body (Down To The Ground), Beat It, Wanna Be Startin’ Somethin’, They Don’t Care About Us et I Want You Back, sa reprise officielle qui figure sur son dernier album.

Puis revêtue cette fois d’une robe, Ayo rend hommage à Henri Salvador en reprenant Une Chanson Douce accompagnée de Matthieu Chedid. Elle chante ensuite « It Hurts », une chanson sur la souffrance d’une séparation. « Can you fix my broken heart ? » C’est un peu contradictoire ce que je vais dire, mais cette chanson pleine de douceur a eu le mérite de révéler à nouveau l’intensité de la voix de cette artiste aux multiples talents.

Ce concert se termine logiquement avec une version longue de Down On My Knees, le titre qui aura propulsé la carrière d’Ayo en 2006. L’artiste en profite pour parcourir la salle du Trianon et vivre un réel moment de partage avec son public. Que dire de plus, si ce n’est qu’il m’a juste manqué (personnellement) « Black Spoon » et « Without You » ce soir-là… Mais c’est totalement satisfaite que j’ai regagné mon lit ce jeudi soir. Ayo nous aura vraiment offert de pures moments de magie avec une simplicité juste exceptionnelle. Le mot de la fin : j’encourage tout le monde à aller la voir en live.

Billie-Eve d’Ayo

AYOmusic

Ayo, la célèbre interprète de Down On My Knees, Without You ou encore And It’s Supposed To Be Love, nous offre cette année un nouvel album juste MAGNIFIQUE. Un album plein de vie et de couleurs qui reprend parfois des thèmes difficiles, dont notamment celui de la drogue avec « Black Spoon », mais dont le principal message serait « Live what you dream » (Faites de votre vie un rêve). Cet album s’intitule Billie-Eve, un jeu de mot avec le verbe « believe » qui signifie « croire » [source]. C’est aussi et surtout le prénom de sa fille née en juillet dernier. Comment imaginer une plus belle déclaration d’amour… Ayo nous présente ici l’espoir et la joie de vivre comme étant ses principales armes pour affronter la vie quotidienne. Pour ma part, ce troisième album est tout simplement révélateur de son évolution musicale. Elle y mélange des sonorités soul, reggae et rock en réunissant des intruments comme le piano, la guitare (électrique, acoustique, basse), le violon, la batterie… Elle a su y mettre ses émotions avec un naturel sans pareil. C’est, selon moi, l’album le plus accompli de sa discographie, et c’est tout simplement celui que je préfère !

How Many People, le premier morceau de Billie-Eve démarre par une introduction piano/voix, avant de nous gratifier — avec l’arrivée de la guitare basse, de la guitare électrique et de la batterie — d’un rythme beaucoup plus reggae. Ayo s’y interroge sur la capacité qu’à l’être humain à dissimuler parfois sa véritable nature pour rentrer dans une norme, celle que nous véhicule la société d’aujourd’hui. « How many people really speak their minds ? » Souvent, on refoule nos pensées par peur de déplaire à autrui, on base nos décisions sur des préjugés, on achète des choses dont on n’a pas vraiment besoin… De manière consciente ou non. Et le regrettons-nous vraiment ? Cette chanson nous amène à nous rendre compte de notre comportement actuel.

Le deuxième morceau est un titre plutôt rock et plein de bonnes vibrations : I’m Gonna Dance. Il s’agit d’un hymne à la vie, puissant aussi bien d’un point de vue musical que textuel. L’artiste décrit ici son besoin de donner, aimer, sourire, crier… « I am tired ! Of holding my breath. I wanna live, I wanna give, I wanna have sex. I wanna feel good. I am alive ! Don’t wanna be dead. I wanna feel, I wanna smile, I wanna love, I wanna cry. I wanna be as happy as I should. » Elle décrit un réel besoin de sentir vivante, de rire et danser sans trop se soucier de ce que la vie peut apporter de pire. Une manière de conjurer le mauvais sort… I’m Gonna Dance est le premier single extrait de de Billie Eve, son clip date de décembre dernier.

Vient alors mon véritable coup de cœur du moment, la chanson qui m’a le plus touché en écoutant l’album, celle que j’écoute en boucle depuis quelques jours maintenant : Black Spoon. C’est dans un décor sombre qu’Ayo nous dresse le portrait d’une personne détruite par des injections d’héroïne. D’ailleurs, le titre de cette chanson, Black spoon — « cuillère noire » en français — fait référence à celle utilisée par les toxicomanes pour dissolver l’héroïne brune et se l’administrer. « Some of that white sugar will stop the blues. » Ces personnes dépendantes sont persuadées du bien que leur procure la drogue, et feraient malheureusement n’importe quoi pour que cette sensation dure toujours. Ayo énonce les conséquences de ces pratiques : des amis perdus à force de trahisons, des pleurs, des douleurs osseuses, des rêves envolés, des cœurs brisés. Elle traite de ce sujet délicat avec une voix douce et un discours emprunt d’émotions.

Le quatrième titre de cet opus, I Can’t, nous replonge dans une ambiance plus légère, comme pour détendre l’atmosphère créée par Black spoon. Ayo y chante le caractère indécis que l’on a face aux relations sentimentales. L’amour est censé être donné sans rien attendre en retour. « If love is so nice what does it hurt so bad ? » Et pourtant, l’être humain aime en égoïste car, sans se l’avouer, il espère pouvoir contrôler l’intensité des sentiments de sa moitié. Ainsi, il se retrouve pris au piège. « I can’t say yes and I can’t say no. I can’t sleep, I can’t wake up. I can’t move, I am stuck. I’m stuck. »

Flowers est une jolie dédicace à toutes les femmes mal dans leur peau. Il existe des fleurs de toutes les couleurs, de toutes les formes… Il en va de même pour les femmes, nous déclare Ayo. Et chacune d’entre elles, indépendamment de ses origines, de sa corpulence, de son teint, possède sa propre élégance. « How come you cannot see your glory? You’re a flower, you’ve got to love yourself. » Ayo s’adresse aux femmes complexées en leur apportant beaucoup d’amour à travers cette ballade. Son message est le suivant : « Ne cherchez pas à faire de comparaison, votre unicité crée votre beauté ». La guitare donne à ce morceau beaucoup de tendresse et de poésie. Et la voix d’Ayo se fait très douce, comme pour montrer son immense compassion. Un pur régal pour les oreilles.

Toujours avec une tonne d’amour à distribuer, Ayo nous gratifie d’un sublime Real Love. Sur des sonorités reggae, elle remercie Dieu de lui en avoir autant donné et lui déclare son amour inconditionnel. Elle Le remercie également de lui avoir offert la plus belle des bénédictions entre ses mains : ses enfants. « This must be real love » (Ce doit être de l’amour sincère). Puis elle s’adresse à son bébé qui pleure, avec des mots pour l’apaiser et la rassurer : « My baby love, don’t you cry. Mama is here to sing you a lullaby. »

Julia est probablement la chanson la plus triste de Billie-Eve. Ayo y reprend l’incompréhension que peuvent ressentir les malades et leurs familles. Cette chanson est tirée d’une histoire vraie, celle de Julia, une petite fille atteinte d’un cancer incurable [source]. Ce morceau est profond et Ayo l’interprète avec une sincérité juste émouvante. « I know You have reasons but this seems unfair. » Comment accepter la situation ? Comment affronter le désarroi des parents ? C’est si dur d’admettre que nous sommes impuissants face à l’immensité de la vie. « What would her father give for his Julia to live ? Sure he’d do everything to keep her from it… »

Dans un registre plus rock, Ayo revient avec My Man. Elle s’y confesse un peu à cœur ouvert. Mon meilleur passage : « You’re good and you’re bad. You’re the best thing I ever had. I am good and I am bad. Probably the worst thing you ever had. » (Tu es bon et tu es mauvais. Tu es la meilleure chose que j’aie jamais eu. Je suis bonne et je suis mauvaise. Probablement la pire que tu aies jamais eu.) C’est surprenant de savoir que ce titre n’était à l’origine qu’une demo qu’Ayo a décidé d’inclure à son album tant celui-ci semble accompli et réfléchi [source]. Comme quoi la spontanéité est source de fraîcheur :)

It’s Too Late est un mélange de soul et de reggae. Ce morceau est d’ailleurs remarquablement joué par les musiciens qui accompagnent l’artiste. On mesure toute l’importance du piano dès les premières notes du refrain, alors que l’intensité avec laquelle Ayo et ses chœurs chantent est crescendo. Ici, elle évoque l’incompréhension, la souffrance et la mesure du temps face aux blessures. « I never felt so hated when I was so in need of love. » (Je ne me suis jamais sentie aussi détestée alors que j’étais en manque d’amour.)

Puis, un violon vient accompagner la guitare pour Who are they ?. Ce morceau, très acoustique, dénonce les personnes qui pensent pouvoir contrôler le monde et indiquer à chacun le rôle qu’il doit jouer dans sa vie. Il met également l’accent sur les personnes qui pensent qu’il n’est pas nécessaire de travailler dur pour atteindre les objectifs qu’elles se fixent. Un peu à l’image d’une partisante du travail et de la liberté d’autrui, Ayo nous questionne : « Who are they to separate what God gave ? » (Qui sont-ils pour séparer ce que Dieu a donné ?)

We’ve got to est une chanson très dynamique! Son rythme s’oppose totalement à celui proposé dans Who are they ?. Les accords de la guitare électrique y sont juste excellents! Par ailleurs, un changement de tempo de l’instrumental apparaît au milieu de la chanson pour laisser place à un « dialogue » entre Ayo et ses chœurs. Le message de cette piste est simple : « La vie est faite d’échanges, alors partageons nos joies, nos pleurs, nos espoirs! Soyons présents les uns pour les autres. ». « We’ve got to be there for each other! » Le morceau se termine sans l’aide d’instruments, seulement à la force de claquements de doigts. La valeur ajoutée ? Un peu plus d’humanisme et de naturel ! Classique mais efficace.

L’album continue avec Before (After), un morceau que je qualifierais d’ultrapuissant. Je vais me répéter (désolée) mais j’ai adoré cette chanson! Ayo y parle de souffrance et de blessures difficiles à guérir. Et bien qu’il ne s’agisse pas de thèmes faciles à aborder, son interprétation rend le discours à la fois déchirant et agréable. On est vraiment en équilibre à la frontière de ces deux sentiments contradictoires. Ayo a cette immense faculté de tenir son auditeur en haleine jusqu’à la fin de la mélodie qu’elle interprète. Celle-ci s’achève sur un solo de guitare époustouflant, tout à fait en axe avec la noirceur de cette chanson.

Accompagné de Matthieu Chedid à la guitare, aussi connu sous le pseudonyme -M-, Ayo explore une nouvelle fois le thème de la souffrance avec It Hurts : « ‘Cause when it hurts, oh it hurts… And there ain’t no words. ». Et c’est tout en douceur qu’évolue cette chanson, un vrai plaisir pour les romantiques et les personnes en manque d’amour.

Believe est un slam écrit et chanté par Saul Williams, un poète, auteur/compositeur d’origine américaine, notamment connu pour son film Slam, sorti en 1998. Ici, sa voix grave crée une certaine intimité entre le narrateur et son auditoire. On se reconnaît en tant que réel spectateur et l’on comprend qu’il s’agit presque d’une confession personnelle qui nous est livrée. « I have learned the sing before I learned the cry ». Ayo l’accompagne à la guitare et en tant que chœur sur ce morceau.

Deux morceaux supplémentaires sont ajoutés en « bonus » à Billie-Eve. Tout d’abord, Ayo décide de faire un hommage à Michael Jackson en reprenant I want you back des Jackson 5. Une reprise simple mais non sur-jouée et donc appréciable à juste titre. Enfin, I’m Sorry, le dernier titre de cet opus. Celui-ci nous confronte au pardon. « Everybody breaks a heart and everybody’s heart gets broken […] Please believe me when I say I’m sorry. »

Album à multiples facettes, Billie-Eve est actuel, tendre, émouvant, puissant, doux, reggae, soul/rock, triste et joyeux à la fois. Ayo y chante l’amour, l’espoir, le désespoir, la joie, la maladie, la compassion, l’indifférence… Je termine cet article en espérant avoir su vous convaincre d’écouter cet album.


TRACKLIST :
01 – How Many People
02 – I’m Gonna Dance
03 – Black Spoon
04 – I Can’t
05 – Flowers
06 – Real Love
07 – Julia
08 – My Man
09 – It’s Too Late
10 – Who Are They
11 – We’ve Got To
12 – Before (After)
13 – It Hurts featuring Matthieu Chedid
14 – Believe featuring Saul Williams
15 – I Want You Back (Bonus)
16 – I’m Sorry (Bonus)