Happy birthday Dean Fraser

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Aujourd’hui, Dean Fraser, l’un des vétérans en matière de musique reggae, a 57 ans ! Et ses agissements dans le monde de la musique, en Jamaïque, sont indéniables ! Peut-être que son nom ne vous dit rien, comme ça, et pourtant, si vous aimez le reggae, vous l’avez forcément déjà entendu au moins une fois.

Ses débuts dans le monde de la musique

Dean Fraser commence à jouer en 1972, dans un groupe de musique appelé The Sonny Bradshaw Seven. Les membres de ce groupe étaient vivement sollicités en Jamaïque, ce qui permit très vite à Dean Fraser de se faire une idée de ce qu’est la scène locale, de jouer en live devant un auditoire. Influencé par des musiciens comme Tommy McCook, Ronald Alphonso, Cedric Brooks et Glen DaCosta, Dean Fraser s’inspire pleinement de la musique jazz et de sa culture jamaïcaine pour recréer un ensemble harmonieux.

Dean Fraser enregistre en tant que saxophoniste pour la première fois en 1975, avec Lloyd Oliver ‘Gitsy’ Willis, un autre illustre du monde du reggae, connu notamment en tant qu’auteur pour des titres comme Murder She Wrote ou Tease Me de Chaka Demus & Pliers. Très vite remarqué comme réel musicien prodige, Dean Fraser sera invité sur l’album Survival du grand Bob Marley en 1979, alors qu’il est seulement âgé de 18 ans. A l’époque, il est d’ailleurs appelé sous le pseudonyme Youth.

Bob Marley means everything. The king, the organiser and the one we should always check out.

Dean Fraser

Dean Fraser a dès lors l’occasion de jouer pour des illustres comme Sly n’ Robbie, Bobby Ellis, Vin Gordon, Dennis Brown, et bien d’autres encore, comme Peter Tosh. Il sort également quelques albums, de pures merveilles en matière de reggae. Son amour pour Bob Marley est constamment présent dans sa carrière, puisqu’il lui dédiera même un album du nom Dean Plays Bob.

Une reconnaissance internationale

Aujourd’hui Dean Fraser s’annonce comme un vétéran de la musique reggae. De nombreux riddims reprennent ses accomplissements, il est invité parfois même à proposer des créations originales le temps d’une chanson, comme ça a été le cas pour le City Life Riddim que je vous propose ci-dessous. Dean Fraser a été longuement en tournée avec Luciano, a collaboré avec Fattis Burrel – pour ne citer que lui –  et est encore à l’affiche pour une nouvelle tournée avec Tarrus Riley aux quatre coins du monde. Ils seront d’ailleurs au Trianon de Paris le 5 octobre prochain.

Alors, Happy Birthday Mister Dean Fraser !

Moment Idéal de Yaniss Odua

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Le dernier album de Yaniss Odua est sorti le 27 mai dernier chez le label Caan Dun Music. Ce nouvel opus se compose de douze titres, presque tous aussi reggae les uns que les autres. Yaniss Odua, dont la carrière a démarré il y a près de vingt ans, revient aujourd’hui avec des collaborations originales, avec Richie Spice et Tiken Jah Fakoy entre autres.

Les musiciens également présents sur cet album sont tout aussi exceptionnels  parmi eux on retrouve par exemple Lloyd 'Obeah' Denton au clavier (ce musicien a, par exemple, travaillé aux côtés de Professor pour l’album Madness), ou encore le saxophoniste Dean Fraser, dont la notoriété est incommensurable. Moment Idéal est un album que tous les amateurs de reggae et bonnes vibes apprécieront ! Je vous le recommande chaudement.

Chronique détaillée de 'Moment Idéal'

Rouge Jaune Vert ouvre ce dernier album de Yaniss Odua. Bien évidemment, ce titre rappelle avant tout le mouvement rastafari. Selon Yaniss Odua dans ce titre, cette philisophie n’a rien à voir avec les dreadlocks : le rouge rappelle le désir d’avancer dans la vie, le jaune est proposé pour la bonne humeur, le soleil qui rayonne, le vert, quant à lui, est lui symbole de positivité et de spirualité.

J’ai personnellement adoré la base instrumentale du prochain titre, Rabat-Joie. Dans cette chanson, le chanteur martiniquais explique sa vision de la société quotidienne. Il désapprouve les adultes qui entraînent la jeunesse sur la mauvaise pente. Il parle notamment de cette violence gratuite qui aujourd’hui réside partout. "On a besoin de leader, Pas d’élément perturbateur, Pour former nos frères et sœurs, On a déjà fait l’erreur, Je parle en tant que connaisseur, Il y a un temps pour chaque chose, Et pour le moment je crois que c’est l’heure, De remettre un peu de fraîcheur…"

Rumbaton est une chanson aux allures de salsa. Dans une interview de Yaniss Odua, l’artiste raconte comment s’est déroulé l’enregistrement de cette chanson. Il déclare les propos suivants : "C’est un style latino et moi, j’entends ça depuis mon enfance en Martinique. […] C’est un morceau très vivant avec une atmosphère particulière autour de la rumba." Chantée avec l’aide de Jonathan 'Racko' Contreras, Rumbaton est la plus grosse surprise à mon sens de cet album.

Dans une thématique beaucoup plus romantique, Moment Idéal, que le chanteur nous offert lors de son concert à l’Observatoire de Cergy replonge les auditeurs dans des sonorités reggae. Dans ce titre éponyme, Yaniss Odua joue le rôle d’un homme épris. Il promet fidélité et amour à la femme qui occupe ses pensées. C’est en réalité une véritable déclaration qu’il fait à celle avec laquelle il souhaite partager sa vie.

Richie Spice s’ajoute à la liste des artistes présents sur cet album. Ce illustre jamaïcain connu pour ses chansons Marijuana (I Swear), Youths Dem Cold (Truth and Rights) ou encore Brown Skin (Heavenly), accompagne Yaniss Odua sur la chanson Leading Di Youths. Ensemble, ils appellent à la conscience, notamment en matière d’éducation, d’écologie, ou de politique nucléaire. Le problème de notre société est de rarement prendre en considération la Terre que l’on laissera pour les enfants de demain si on en croite les deux chanteurs.

Laissez Rouler est un appel à la positivité. La vie est suffisamment pleine de nuisances et de déceptions, cela ne sert à rien de se lamenter. Il faut essayer de prendre le temps de vivre chaque instant comme il se doit, quoi qu’en pensent ou qu’en disent les personnes extérieures à notre quotidien. Amour et passion doivent guider nos pas, notre quotidien. Encore une fois, ce morceau est un pur titre de reggae, calme et posé, comme a le don de le proposer Yaniss Odua.

Comme nous le disait l’artiste lors de son live du mois d’octobre, C-Sharp est un groupe jamaïcain encore mal connu, mais qui pourtant possède de belles réalisations. Ensemble, Chevaughn Clayton et Yaniss Odua, accompagnés des musiciens du groupe C-Sharp, nous interprètent la chanson Music Is My Life. La musique est leur vie ! A l’image de bien d’autres chanteurs, le groupe tente de nous faire comprendre à quel point la musique est importante à leurs yeux. "Never underestimate the power of the music", pourrait résumer à elle-seule la portée de cette très jolie chanson.

Les arrangements choisis pour Proposé de Passer sont juste excellents. C’est l’essence même de cette chanson qui traite avec un peu d’humour les refus que peuvent essuyer la gente masculine lorsqu’elle tente d’inviter une femme à sortir. J’ai particulièrement été touchée par l’accordéon que joue Phil Bouvier, musicien français, sur ce morceau.

Avec Madinin’Africa, comme le titre de la chanson l’indique, c’est une union entre l’Afrique et la Martinique que nous propose Tiken Jah Fakoly et Safiata Condé. Yaniss Odua rappelle dans cette chanson, les origines du peuple martiniquais. Il considère l’Afrique comme étant notre nation, notre fondation, la Mère de toutes civilisations. Il nous demande de prendre exemple sur le courage du peuple africain, car " la vie ne leur a pas fait de cadeau, mais ils sont toujours debout, forts<".

Une des chansons les plus roots de cet album est Mes Principes. Yaniss Odua y parle de son choix d’assumer tout ce qu’il est et tout ce qu’il fait. "Il faut endosser ce qu’on fait, apprendre à assumer ce qu’on dit, Sur cette Terre personne n’est parfait même si c’est ce qu’on veut dans la vie, Savoir s’accepter comme on est et reconnaître ce qui nous nuit". Il aimeraient que les hypocrites arrêtent leur médisance, et que par dessus-tout, chacun prenne connaissance de sa vraie nature et de ses capacités afin d’être conscient, et capable d’évoluer.

Dans J’Remercie Le Ciel, le chanteur s’adresse à un être qui lui est cher, une partenaire de vie, auquel il déclare qu’il sera toujours là pour lui. Il veut pouvoir lui venir en aide quand il le peut, que cette personne soit pleinement consciente de son total dévouement pour elle. Il aimerait pouvoir alléger ses peines ou ses fardeaux. Cette chanson est presque une leçon d’amitié et d’amour. Il est reconnaissant que cette personne soit entrée dans sa vie.

Elle, la dernière chanson de son album, est un hommage à la mère du chanteur. Il lui déclare son amour inconditionnel. Et la remercie pour l’éducation qu’elle lui a donné, pour les valeurs qu’elle lui a inculqué. Yaniss Odua fera tout pour que la vie de sa maman soit plus belle jour après jour.



TRACKLIST :
01 – Rouge Jaune Vert
02 – Rabat-Joie
03 – Rumbaton featuring Jonathan 'Racko' Contreras
04 – Moment Idéal
05 – Leading Di Youths featuring Richie Spice
06 – Laissez Rouler
07 – Music Is My Life featuring C-Sharp
08 – Proposé De Passer
09 – Madinin’Africa featuring Tiken Jah Fakoly & Safiata Condé
10 – Mes Principes
11 – J’Remercie Le Ciel
12 – Elle

Paris Reggae Festival

Copyright : christelle.

Petit retour sur l’évènement reggae de ce début de vacances : le Paris Reggae Festival. Cet évènement organisé par Mediacom, Jp Music et Make It Clap Agency s’est déroulé dans la – très grande – salle du Dock Pullman de Saint-Denis, et a réuni de nombreux artistes de la scène internationale du reggae : E.sy Kennenga, Chronixx, la famille royale du reggae les Morgan Heritage et Tarrus Riley. C’est d’ailleurs près de cinq heures de show qui nous ont tenus en haleine lors de cette manifestation !

E.sy Kennenga, premier artiste à monter sur les planches

C’est d’abord avec une immense joie que nous avons retrouvé sur la scène l’artiste martiniquais E.sy Kennenga. Toujours accompagné de ses camarades de scène Rémy Rascar à la basse, Cédric Cléry à la batterie, Joël Jaccoulet au clavier, Mustaf Kennenga pour les choeurs et de sa guitare, il nous a offert un show exceptionnel comme à son habitude ! Tenant le dur rôle de chef d’orchestre, c’est avec brio cependant qu’il relève la tâche. Dès les premières notes, c’est un public plus que conquis qui entonne les quelques paroles de Décidé, titre phare de son premier album EK Trip. Puis, les fans inconditionnels de l’artiste soutiennent en harmonie les nouvelles mélodies qui figureront sur le deuxième album de l’artiste avec notamment Fout et Keep It Real. Cette dernière retient particulièrement l’attention des personnes présentes à mes côtés, qui n’ont cessé de me répéter qu’elles garderaient à l’esprit cette chanson au rythme énergique et au message positif.

Le meilleur de son show survient à mon sens au moment où E.sy Kennenga nous parle de son amour pour la musique avec Music Is Love. Après tout, nous étions tous rassemblés dans cette salle pour partager un moment de communion par amour du reggae certes, mais surtout par amour de la musique. Car que serions-nous sans musique ? Car “elle fait vibrer [notre] coeur et [notre] corps…”. Cette chanson, comme il aime la chanter en live en medley avec Love Adan Tchè Mwen, sera sans aucun doute l’une des plus grosses attentes de son prochain album. C’est assez exceptionnel de voir cet artiste de la scène antillaise évoluer au fil des années, lui que j’avais suivi pour la première fois au New Morning en janvier 2011, alors que je découvrais son premier album EK Trip. Il faut également savoir que cet artiste a un cœur énorme, puisqu’il a participé le dimanche 16 juin dernier au Drépaction, un concert caritatif pour aider l’APIPD à lutter contre cette maladie qu’est la drépanocytose. En bref, vous continuerez d’entendre parler de lui : sachez par ailleurs qu’il sera en concert à l’Olympia le 7 mai 2014.

Chronixx sur scène pour la première fois en France

C’est ensuite au tour du premier artiste jamaïcain d’entrer sur le podium du Dock Pullman : Chronixx ! Un bol d’air frais est arrivé dans le monde du reggae jamaïcain avec l’arrivée de cet esprit "bohème" sur le devant de la scène internationale ! Ce jeune chanteur, âgé seulement de 20 ans, a fourni une telle énergie et tant d’intensité dans son show, que – j’en suis certaine – les personnes qui l’entendaient pour la première fois ont tout de suite été convaincues de son âme de grand lyriciste. D’un naturel généreux, et pas du tout impressionné par la foule de plus en plus importante dans la salle, il découle son art tout en jouant, souriant, sautant et dansant. Sa spontanéité était simplement magique à observer !

Il nous interprète l’un des titres phares de son répertoire : They Don’t Know, la chanson qui lui a permis d’accéder au statut qu’il a à présent. Puis vint l’excellent Ain’t No Giving In du Tropical Escape Riddim, par lequel le chanteur appelle le public a chanté avec lui cet hymne à l’espoir et au courage, ou encore Access Granted (Don’t Take My Love For Granted), sur le Digital Love Riddim, dans lequel Chronixx arrive à imposer un rythme plus calme et pourtant tout aussi entraînant. Il nous offre également un puissant Smile Jamaica (Honey Pot Riddim) couplé d’une petite séquence entièrement dancehall histoire de ravir les amateurs de sounds systems. Soulignons d’ailleurs la présence d’excellents musiciens dans son staff pour l’accompagner. Viennent enfin Here Comes Trouble du Rootsman Riddim et une improvisation sur une variante du Ghetto Christmas Riddim avec lesquels il ne cesse de nous montrer son dynamisme en tant que toaster. C’est vraiment un show digne des plus grands que nous a volontiers donné ce soir-là Chronixx. Nul doute que cette expérience ne représente que les prémices d’une grande carrière pour cet artiste.

Le retour très attendu des Morgan Heritage

C’est ensuite aux très attendus Morgan Heritage de se présenter face au public parisien. Ils sont accueillis sous un tonnerre d’applaudissements par un public ultra réceptif ! Ils sont au grand complet : Peetah (leader vocal), Mr. Mojo (percussion/chœurs), Gramps (clavier/chœurs), Lukes (guitare basse) et Una (clavier/chœurs). Cela faisait bien longtemps que la France et même que le monde entier attendaient leur retour. Et c’est donc naturellement que s’est imposé le nom de leur nouvel album Here Come The Kings avec des morceaux qui commencent à faire doucement mais sûrement leur apparition sur le web : je parle notamment de la chanson éponyme de l’album Here Come The Kings et de Perfect Love Song par exemple.

Les Morgan Heritage entrent naturellement sur la scène avec une chanson dont le titre rappelle cette pause qu’ils viennent de prendre dans leur carrière The Return. Mais pour satisfaire chacune des personnes ayant été bercée par leur douce musique il y a quelques années, ces mélodies dont la renommée est désormais incommensurable, les Morgan Heritage ont repris de nombreuses chansons ayant contribuées à leur reconnaissance dans l’univers cosmopolite du reggae tout au long de la soirée. Ainsi, You don’t haffi dread to be Rasta [This is not a dreadlocks thing, divine conception of the heart] a largement été repris par l’ensemble du public, à l’image de Inna Dem Ting Deh sur l’excellent Superior Riddim de Gentleman. Ils ont rapidement enchaîné avec Hail Rastafari sur le Lion Paw, pour le plus grand de mes plaisirs (j’espérais secrètement qu’ils me chantent cette chanson alors que je n’avais que 15 ou 16 ans). Ils nous ont également interprété Liberation du Liberation Riddim souvent surnommé le Jah Jah City Riddim, grâce au grand Capleton, et le fameux Love Is The Only Solution sur la même instrumentale, qu’ils chantent normalement en duo avec Jah Cure. Gramps nous fit l’honneur de nous offrir un petit solo avant que Mr Mojo s’octroie sur Jah Jah City et une petite session dancehall.

C’est ensuite avec Down By The River sur le What Kind Of World Riddim que poursuit leur show pour "nous emmener avec [eux] en Jamaïque", comme nous la gentiment proposer Peetah. On aurait pu croire qu’elle en serait restée là, mais la famille royale du reggae poursuit sur des vibes de plus en plus dancehall en enchaînant avec notamment What a Bam Bam emprunté à Chaka Demus & Pliers et une chanson rappelant l’excellent Bring it Come d’Elephant Man sur le Drop Draws Riddim. Les Morgan Heritage termineront leur show avec les trois morceaux suivants : Best Friends du Drop Leaf Riddim, She’s Still Loving Me sur l’Under Attack Riddim et Tell Me How Come sur le Seasons Riddim.

Tarrus Riley accompagné de Dean Fraser pour assurer le final

Après cet élan de nostalgie, le Paris Reggae Festival laisse place à Tarrus Riley ! Et ce dernier était accompagné au saxophone par l’un des plus grands musiciens du monde du reggae : Dean Fraser. C’était d’ailleurs assez exceptionnel de voir cet illustre musicien, à l’origine de Go Away Girl ou de Moonlight pour ne citer que ces morceaux, évoluer devant nos yeux, en France, en banlieue parisienne. Dean Fraser arrive donc sur scène alors que l’instrumentale du Real Rock Return Riddim est joué par les musiciens du BLAK SOIL Band. Ce groupe de prodigieux musiciens dont le pseudonyme provient du message “Brethren Living According to King Selassie Overstanding and Iritical Livity” est actuellement en tournée avec Tarrus. Et donc, tous ensemble, ils nous ont offert un show d’une valeur inestimable ce soir-là. Tarrus Riley entre sur la scène introduit par Dean Fraser avec une version roots de Armageddon Time. Il poursuit son show avec une chanson bien connue du public puisque celle-ci figure sur l’album Contagious de l’artiste, Love’s Contagious. Le rythme est maintenu avec tout d’abord Getty Getty No Wantee du Changes Riddim, puis une version juste énorme de Start a New (Cut It Off) et de Human Nature.

Puis Dean Fraser, prit son saxophone pour nous offrir un Untold Stories tout à fait exceptionnel en hommage au grand Buju Banton, encore incarcéré à l’heure d’aujourd’hui. Tarrus et Dean s’amusent à la fin de cette chanson et nous proposent un duel saxophone vs cordes vocales. On ne saurait désigner un véritable vainqueur de cette bataille, tant les artistes sont appliqués. Ils enchaînent ensuite avec Rebel. C’est d’ailleurs à la fin de ce morceau que Glen Browne, grand bassiste depuis plus de trente ans nous a également offert son solo de guitare. J’ai d’ailleurs adoré – et je ne pense pas être la seule – l’effort fourni par Tarrus Riley afin de nous adresser quelques mots en français tels que « Chantez ! », pour encourager chacun d’entre nous à participer à l’échange musical.

Il nous interprète ensuite La La Warriors du Gorilla Riddim couplé à Original Dancehall du Freedom Shines Riddim avec son célèbre couplet “Mi tired, mi frustrated, Every day mi wake another one dead, Jah know mi tired, Mi naw take it, Too much war time wasted”. C’est ensuite une combinaison entre Back Biters, Far Away durant lequel les “I love you” se transforment en “Je t’aime”. Seulement après quelques notes sur le Love Potion Riddim, Tarrus Riley décide de nous interpréter un magnifique Superman, un véritable hymne durant lequel, charmeur, il dira aux femmes de l’auditoire “Vous êtes jolies !”. C’est ensuite Never Leave I sur l’Island Vibes Riddim. Pour ma part, le show de Tarrus s’achèvera sur Wildfire, car bien que l’envie de rester ait été immense, il était déjà plus d’1h du matin passée quand j’ai pris la direction du métro, en espérant pouvoir trouver ma correspondance. Je n’ai aucun doute concernant la fin de son show, celle-ci a dû être magnifique, et je suis persuadée qu’il a également joué She’s a Royal ou Good Girl Gone Bad, deux de ses autres titres au succès planétaire.

Le Paris Reggae Festival a, comme vous le voyez, tenu toutes ses promesses ! Il m’aura personnellement permis de quitter la France le temps de quelques heures et d’oublier toutes ces chansons commerciales pour redécouvrir la véritable nature de la musique.

Rockers Rockers Rockers Festival

Copyright : Waldemar Stoffel

Comme certains d’entre vous le savent déjà, j’ai eu la chance d’assister à la grande première du Rockers Rockers Rockers Festival ! L’évènement était organisé par MC*5 Productions, une agence de booking professionnel dont le principal objectif est de promouvoir les artistes à travers des concerts et des festivals à l’échelle de l’Europe.

Pour en revenir à la soirée, bien avant que le show ne démarre, plusieurs évènements ont mis à mal la patience du public. C’est ainsi que l’on apprend l’absence de Vybz Kartel, qui était pourtant affiché en tête d’affiche des artistes du festival. Je crois que ce qui a cruellement blessé le public en réalité (ou en tout cas les personnes qui étaient proches de moi), c’est le manque d’informations officielles face à cette nouvelle. Aussi, contre toute attente, c’est dans un Zénith à peine éclairé que l’on patiente. De tous les concerts auquels j’ai assisté, c’est la pire attente que j’ai connu. Mais cela ne m’a bien évidemment pas empêché d’apprécier l’excellente performance des artistes présents par la suite !

Découvrez le Rockers Rockers Rockers festival en vidéos ! L’ensemble des moments décrits dans cet article se retrouve dans la playlist proposée ici. UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube. Ainsi, si vous préférez voir Brown Skin de Richie Spice plutôt que Stinkin Rich de Gappy Ranks, vous êtes libre de faire ce choix !

C’est avec Gappy Ranks, un jeune artiste en provenance de Grande-Bretagne, que démarre le festival ! Il nous interprète pour commencer un puissant « Tightest Punanny », titre qui figure sur l’excellentissime Tsunami Riddim produit courant 2010. Puis, afin de fidéliser le public parisien présent dans la salle, il décide de poursuivre son show avec des chansons tout droit sorties de son dernier album Put The Stereo On. Il commence donc avec « Mountain Top », un reggae aux sonorités classiques rappelant les riddims des années 90. C’est ensuite la chanson éponyme de son album « Put The Stereo On » qu’il nous offre suivie de « Pumpkin Belly ». Ces chansons ont la particularité de posséder une version instrumentale posée permettant au chanteur un certain nombre de libertés quant à son interprétation. Pour ravir tous les romantiques — comme moi ;) — c’est avec « Heaven In Your Eyes » qu’il enchaîne avant de nous chanter également « Longtime ». Gappy Ranks termine sa représentation avec « Stinkin Rich », un titre plutôt dancehall qui lui aura permis d’acquérir la notoriété internationale qu’il possède désormais.

Alors que jusqu’à maintenant, nous avions le droit à des versions instrumentales jouées sur des platines, c’est désormais le Ruff Cutt Band qui s’installe sur la scène du Zénith. Cet orchestre composé de nombreux musiciens, tous aussi bons que les autres, s’est formé en 1980 (il a donc fêté son trentième anniversaire l’année dernière) dans des quartiers londoniens. Les membres de ce groupe ont l’habitude de jouer ensemble tant la liste des artistes qu’ils ont accompagné est grande : on retrouve parmi eux Freddy McGregor, Alton Ellis, Al Campbell, Dennis Brown, Prince Far I, Dillinger ou encore U-Roy par exemple. Et c’est donc avec une joie sans pareille qu’ils se sont joints aux artistes présents ce soir-là. La première chanson qu’ils vont chaperonner donne lieu à la première surprise de la soirée : Sherieta, une jeune femme à la voix en or ! Cette artiste, que je ne connaissais pas jusqu’alors, m’a simplement touché par son grain de voix, sa tessiture et sa joie de vivre. Elle ne restera malheureusement que le temps d’une chanson « Reggae is Life » durant laquelle elle nous dévoile son amour pour la musique « I shall sing as long as I live » et tout particulièrement sa passion pour le reggae : « Reggae music is the bread and water ». Cette compositrice, qui mériterait d’être mieux connue à mon sens, avait, d’ores-et-déjà, posé sur Strictly the Best vol.40 avec la chanson All in the Name of Love, qui lui a voulu un franc succès.

Vient ensuite Duane Stephenson, qui poursuit le show du Rockers Rockers Rockers Festival avec sa chanson « Nah Play », un reggae dans lequel il déclare son espoir en un monde meilleur en recommandant aux jeunes de son pays de ne plus utiliser les armes et répondre par la violence. Et ce n’est autre que Dean Fraser, saxophoniste hors pair, qui accompagne Duane Stephenson tout au long des chansons de son répertoire. D’ailleurs, j’ai personnellement été bouleversée par la prestation de Dean Fraser : je sais que les chances pour qu’il me lise sont infimes mais son implication faisait tout simplement plaisir à voir ! Il m’a tout simplement envoûtée ! C’est ensuite un puissant « Ghetto Pain » qui retentit dans la salle du Zénith, suivi d’un de mes coups de cœur de cette soirée, l’interprétation de « Soon As We Rise » sur le Classic Riddim. Pour ce titre, Duane Stephenson est accompagné de Sherieta, qui remonte sur les planches de la scène pour l’occasion. Ce morceau est originellement un duo de l’artiste et de et Ras Shiloh datant de l’année dernière. J’ai simplement adoré le spectacle plein d’amour que les deux artistes nous ont offert lors de la représentation de cette chanson ! Duane Stephenson interprètera ensuite « Cottage in Negril » et comme une évidence, « August Town » pour finir.

Il laisse la place au groupe mythique formé par Chaka Demus et Pliers, réunis ce soir-là à Paris pour le plus grand plaisir de tous les parisiens ! Et avec eux, pas le temps de respirer ! C’est avec un rythme effrené qu’ils nous proposent une avalanche de tubes, ceux qui les ont conduit à la renommée internationale qu’ils ont depuis quelques années. Ils arrivent avec leur méga tube « Gal Wine » avant d’enchaîner sur « Winning Machine ». Puis, ce sont avec les morceaux « Ruff This Year », « She Don’t Let Nobody » et « Tease Me » que les artistes se dévoilent un peu plus au public. J’ai alors été particulièrement frappée par le dynamisme de Chaka Demus et la magnifique voix de Pliers. En les observant attentivement, on comprend aisément l’origine de leur popularité. Dès les premiers accords de la version instrumentale du Bam Bam Riddim, l’auditoire est à son comble ! Chacune des paroles de « Bam Bam » et de « Murder She Wrote » sont chantées, dansées, fredonnées et agitées. C’était un moment assez exceptionnel : voir et mesurer l’importance de ses chansons dans le temps, tout en observant le duo les chanter comme si le temps s’était arrêté et que l’on était encore en 1992. Chaka Demus et Pliers finissent avec plus de douceur en interprétant « Twist and Shout », dont la version originale qui date de 1963 appartient aux Beatles.

C’est au tour de la chanteuse que j’attendais probablement le plus : Tanya Stephens. Tanya Stephens est une chanteuse qui m’a toujours touché de par sa voix, les paroles de ses chansons et sa capacité à communiquer son émotion au moyen de ses écrits. C’était donc un réel privilège pour moi de pouvoir l’entendre chanter « en vrai » ces morceaux qui ont traversé mon adolescence. Tanya Stephens décide d’enflammer la salle en nous proposant tout d’abord un petit medley reprenant « Handle The Ride » du Lecturer Riddim, « Can’t Touch Me No More » sur le Diwali Riddim et « Yuh Nuh Ready Fi Dis Yet » du Joy Ride. Puis, c’est avec les plus grands de ses classiques que l’artiste décide de continuer son show. Elle décide donc de nous interpréter « Boom Wuk », une chanson tirée de son album Gangsta Blues dans laquelle elle déclare à son amant les raisons pour lesquelles elle succombe à son charme. Elle poursuit avec « Good Ride » du Juicy puis « What’s The Story » du Rollin Riddim avant de chanter un magnifique « Can’t Breathe » remarquablement joué pour l’orchestre qui l’accompagnait. Les premières notes du Security Riddim m’ont complètement bouleversé. Cette chanson parle de la souffrance d’une femme suite au mal que lui a causé l’homme qu’elle aimait. Tanya y demande finalement un juste retour des choses, et les anglophones présents à mes côtés ont entonné le refrain d’une voix forte. Elle continue avec After You du Drop Leaf Riddim, un dub datant de 2005 sur lesquels se sont illustrés Morgan Heritage, Sizzla, Gentleman, et j’en passe… Tanya Stephens invite ensuite la belle Diana Rutherford à nous rejoindre le temps d’une chanson : c’était une adorable surprise à mon sens ! Cette dernière nous interprète alors la toute première chanson que j’ai connu d’elle, à savoir « Missing You » — pour la petite histoire, il s’agit d’une chanson que je chantais alors que j’étais en terminale. Puis, Tanya Stephens reprend son micro pour nous offrir « What a Day », « Little White Lie », « These Streets » et pour conclure un triomphant « It’s a Pity! » du Doctor’s Darling. Sa prestation était à son image : une grande simplicité assortie d’un rire communicatif. :)

Richie Spice est le prochain homme à entrer en piste. Il arrive sur le I Swear Riddim avec sa chanson « Marijuana ». Et Paris accueille son naturel avec une bienveillance sans pareille. Richie Spice va se montrer joueur, fêtard, ambianceur et charmeur tout au long de sa prestation. Cet homme, véritable légende en Jamaïque, est fier de ce qu’il vaut et de ce qu’il est, et est bien décidé à nous le prouver. L’artiste déclame alors un somptueux Blood Again sous les cris du public, juste avant de l’attiser avec « Earth A Run Red » du Sweet River Rock, un véritable appel à la paix. Puis, mi-amusé, mi-interpellé, Richie Spice nous déclare à quel point sa couleur de peau, qui est la sienne, il l’aime et la chérit. Il lance une pique envers ceux qui se blanchissent la peau, dans un contexte polémique que la Jamaïque connaît en ce moment, en guise d’introduction à « Black Like A Tar », « Black Woman » et enfin « Brown Skin » du Heavenly Riddim, une des chansons de son répertoire que j’affectionne tout particulièrement, car il y fait preuve de passion pour la femme de couleur. C’est ensuite « Soothing Sound » emprunté à son album Book of Job et « Gideon Boot ». Joueur, l’artiste nous lance des « When I say ‘Richie’, you say ‘Spice’. ‘Richie’?! » avant de nous lancer un magnifique « Youths Dem Cold » et de finir judicieusement son show avec « The Plane Land ».

C’est ensuite au tour de Gyptian de nous rejoindre sur les planches d’un Zénith complètement comble. Il démarre sa performance avec « Is There A Place », un titre qui revendique un peu d’amour pour le monde, une chanson directement adressée à la société actuelle dans laquelle nous vivons qui laisse place à beaucoup de violence. Il poursuit, en grand reggae lover qu’il est avec « You’ll never know ». Puis, ce sont les couplets de « Mama don’t cry » et de « My Fadah Seh » qui résonnent au Zénith de Paris. C’est d’ailleurs un show plutôt reggae que dancehall que nous offre l’artiste ce soir-là. Le public, peut-être moins connaisseur à ce niveau, le laisse chanter seul (ou presque) sur les chansons « Nobody No Cry » et « Jah Jah See Dem A Come ». En revanche, toutes les femmes du Zénith s’accordent à chanter le puissant « Butterfly », un morceau dans lequel il déclare sa flamme à l’être aimée. Gyptian s’élance ensuite dans un medley comprenant les chansons « Girl I Love You », « School Girl » et « What A Woman » avant d’être noyé par les hurlements quand « I Can Feel Your Pain » est joué par le Ruff Cutt Band. Il enchaîne avec « Sensi », puis, dès lors où Gyptian commence son « Serious Times », son show prend une nouvelle tournée, cette fois un peu plus dancehall. Il garde son entrain et continue avec trois de ses plus grands hits à l’heure actuelle à savoir « Nah Let Go », un « Beautiful Lady » d’une durée de plus de cinq minutes (un réel privilège pour nous) et bien évident « Hold Yuh », le morceau sur lequel il décide de nous quitter.

Jah Cure est le dernier chanteur à nous inviter dans son univers. Et c’est avec « Longing For » du Drop Leaf Riddim qu’il fait son entrée sur scène ! Il jouera de son romantisme pour charmer les femmes de son auditoire — il arrive d’ailleurs vêtu d’une chemise, et n’hésite pas à nous témoigner son amour en nous énonçant des I love you all sous une tonnerre de cris ! La gente féminine semble combler par cet élan de sensibilité et l’artiste ne cesse de la ravir en lui envoyant à tour de rôle des marques d’affection. Lorsqu’il reprend le premier couple de cette chanson, il prononce un « To prove to you my love » fort et c’est en chœur que lui répond le public « Is so deep within… ». Jah Cure continue avec « Jah Bless Me » du Sweet River Rock Riddim en dansant préalablement au magnifique « Sticky » du Jamdown Riddim. C’est alors qu’il fera un court à Bob Marley en reprenant quelques vers de « Is This Love, qu’il associe à une chanson figurant dans le répertoire du Seasons Riddim : « Love Is ». Il encouragera même le public à participer à cette chanson en nous adressant fièrement un « Sing ! » lors d’un des refrains de cet hymne à l’amour. Après nous avoir remercié d’être présent avec lui ce soir-là, et après nous avoir garanti qu’il nous donnera encore de la bonne musique, il entame un somptueux « To Your Arms of Love », chanson présente sur le Guardian Angel Riddim — j’étais assez émue de l’entendre interpréter ce titre en particulier — et il descend auprès de son public pour serrer la main des personnes les plus proches de la scène. Un réel ambianceur, il se déshabille et se présente en tee-shirt face à son auditoire. Viennent ensuite « Sunny Day », « Kings In The Jungle » et « Nah Build Great Man » du Sweet Sop qui nous sont offerts, avant un triomphant Journey. Jah Cure invite ensuite Phyllisia sur la scène pour qu’ils snous chantent ensemble tout d’abors « Unconditional Love », puis naturellement « Call On Me ».

Pour ma part, le Rockers Rockers Rockers Festival était un joyeux évènement mettant à l’honneur aussi bien des artistes dont la carrière n’est plus à prouver que des artistes un peu moins connus qui mériteraient à émerger. La salle était comble, et hormis le manque d’informations quant à l’absence de Vybz Kartel, le public a pu repartir après plus de trois heures de show entièrement reggae/dancehall. United Reggae vous propose de découvrir le Rockers Rockers Rockers Festival en photos.