Les mille talents d’Eurídice Gusmão, la vie des femmes de l’époque passée

Copyright : Éditions Denoël

Martha Batalha sur la condition des femmes au siècle passé

Les milles talents d’Eurídice Gusmão est une lecture cadencée dans laquelle on retrouve le Brésil du début du XXème siècle. On découvre dans ce livre un Brésil où l’assujettissement des femmes est encore bien présent. Des femmes qui pourtant ne rêvent que d’une chose : échapper à leur réalité et profiter de leur vie telle qu’elles l’entendent. Ces femmes veulent exister et se sentir importantes. Mais cette indépendance tant désirée semble impossible en marge de cette société.

Eurídice Gusmão Campelo est une femme mariée. Elle connaît sa chance, comme elle le dit si bien elle-même. Elle a un mari travailleur, Antenor, qui peut s’occuper financièrement d’elle et de leurs deux enfants Afonso et Cecília. Mais pourtant Eurídice s’ennuie. Et parce qu’elle s’ennuie, Eurídice va tour à tour tenter de prendre ses heures d’inactivité en main.

En vain.

Ton travail c’est de t’occuper des enfants.

J’ai besoin d’une épouse qui se dévoue entièrement au foyer. Ta responsabilité, c’est que j’aie la paix, afin que je puisse aller travailler, et gagner mon salaire.

Une bonne épouse, ça ne se lance pas dans des projets parallèles. Une bonne épouse, ça n’a d’yeux que pour son mari et ses enfants. J’ai besoin de tranquillité pour travailler, tu dois t’occuper des enfants.

Telles sont les phrases que lui diront Antenor lors d’une de ses tentatives. Telle est la condition des femmes de cette époque, comme l’annonce Martha Batalha en préambule à cette histoire : Les vies d’Eurídice et de Guida s’inspirent des vies de mes grand-mères, et des vôtres. Car parfois, on oublie qu’il y a quelques années, les femmes ne devaient pas travailler, mais seulement s’occuper des ménages. L’auteure brésilienne nous propose ainsi de découvrir une époque où la femme doit s’en tenir à la gestion de son foyer, et non pas mener une vie qui lui est propre.

Dans Les milles talents d’Eurídice Gusmão, on retrouve également un aperçu des vies de Guida la sœur d’Eurídice, Zélia sa voisine, dona Ana la mère d’Eurídice et de Guida, Das Dores l’employée de maison d’Eurídice, et Eulália la mère du prétendant de Guida. Et pour mieux comprendre d’où viennent ces femmes, Martha Batalha nous offre un extrait de la vie qu’elles ont eu enfant, un dessin de leurs aspirations et un aperçu de leurs désillusions et déceptions.

Ce livre est déroutant. Eurídice est le personnage central de cette histoire. Mais c’est un personnage effacé, qui bien souvent n’est pas le sujet même de la narration. On est sans cesse déconnectés de son histoire pour mieux comprendre les sentiments d’un personnage censé être secondaire. Ainsi, je comprends mieux le titre original de ce livre, A Vida Invisível de Eurídice Gusmão, que l’on pourrait traduire par La vie invisible d’Eurídice Gusmão en français. Ce titre convient sans aucun doute mieux pour ce livre, à mon sens, que celui utilisé pour la version française de cette histoire.

La découverte du Brésil à travers cette lecture rafraîchissante

J’affectionne tout particulièrement les lectures qui me permettent de voyager, j’ai donc adoré m’imaginer le Brésil à travers ces pages ! Martha Batalha a su nous transporter vers un monde exotique plein de gourmandises.

C’est donc avec plaisir que j’ai découvert de nombreuses références à la cuisine brésilienne avec par exemple les cocktails de xixi de anjo à base de cachaça ; la farofa, la farine de manioc mélangée grillée ; le bolo de fubá, un petit gâteau à base de farine de maïs et à la vanille ; les brigadeiros, des confiseries à base de chocolat et de lait concentré ; ou encore de la bacalhoada, une recette brésilienne à base de morue fraîche, et bien d’autres encore.

Puis j’ai fait un bond au début du XXème siècle avec notamment la fameuse grippe espagnole à l’origine de plus de 10 000 décès à Rio de Janeiro pendant la première guerre mondiale. Comme il était agréable aussi de découvrir des personnalités importantes de la culture lusophone avec de la musique, celle de Dorival Caymmi, de Dick Farney ou d’Otávio de Souza, et des poèmes de Guerra Junqueiro.

Les milles talents d’Eurídice Gusmão est une véritable immersion dans la vie brésilienne des années 1900 aux années 1960. Ce livre sort au format poche le 10 janvier 2018.