Emile-Joseph Bizet

Copyright : Seth Doyle

Cela faisait un moment que je n’avais pas écrit, ou plutôt que je n’avais rien partagé ici, sur ce blog. J’ai quelques articles en cours de préparation, plus ou moins, voire complètement rédigés, qui se meurent à l’idée d’être lus ! Mais je voulais prendre le temps de préparer mon retour, et surtout, je voulais prendre le temps de m’arrêter un instant sur ce qu’a été la vie de cet homme, Emile-Joseph Bizet, plus connu sous le pseudonyme de Badian, dans le bourg du Marigot en Martinique.

Le Marigot n’est pas une très grande commune, et c’est presque un euphémisme de dire, que ce grand monsieur, natif de la ville, était connu de tous. Emile-Joseph Bizet, Badian pour les intimes, a commencé à travailler dès son plus jeune âge, en tant qu’ouvrier agricole. A l’époque, dans la Martinique d’antan, les hommes, ou plutôt les jeunes garçons, abandonnaient vite l’école pour pouvoir soutenir leur famille sur le plan financier. Badian a ensuite exercé dans le BTP. Puis, son parcours professionnel s’est terminé au sein de la SIMAR, la Société Immobilière de la Martinique.

Fervent admirateur de la gastronomie locale

Badian était avant tout un passionné des valeurs traditionnelles créoles. Aux côtés de sa fille Guylène, il observait de près la préparation des punchs coco maison. Guylène confectionnait ainsi, sous son regard, son propre lait de coco à partir de noix de coco fraîchement cueillies et coupées. Elle préparait ensuite le punch en deux temps, en ajoutant en même temps que le rhum du lait concentré, du sucre de canne, de la vanille, de la cannelle et parfois même de la muscade.

Badian a de son côté, au fil des années, perfectionné sa cuisine autour du boudin créole. (Il faut savoir qu’en Martinique, le boudin est considéré comme un mets très important de la gastronomie locale.) Badian avait sa propre technique de préparation et de cuisson, le petit plus qui ravissait les palais, et a remporté de nombreux concours de cuisine antillaise grâce à ses recettes de boudin blanc et de boudin noir.

Pêcheur chevronné en matière de crabes

Badian était aussi un féru de la pêche à la ligne et de la pêche aux crabes. Son attachement à ces petits passe-temps l’a conduit à imaginer et confectionner tout un attirail spécifique pour attraper des crabes. Ainsi, ses pièges à crabes, ratiè en bon créole, possèdent une forme caractéristique, bien connue et reconnaissable sur les plages sur lesquelles il déposait ses équipements.

Cette pratique, qui finalement est devenue son art, lui a permis d’être reconnu, et d’être interviewé par la voix off de l’émission Moun Péyi courant 2006. Moun Péyi est une émission assez concise présentant chaque jour sur les antennes de la télévision aux Antilles, en Martinique, en Guadeloupe ou en Réunion, des personnalités inconnues du grand public qui présentent leurs savoir-faire, dans la tradition de leur île. Ainsi, Badian sera questionné autour de ses ratières multicolores sur sa manière de pêcher le crabe, tout en créole.

Chanteur à ses heures perdues

Badian a rencontré Eugène Mona à ses débuts, un illustre chanteur et flûtiste martiniquais connu pour sa musique traditionnelle. Durant les années 70, Badian, accompagné de son beau-frère Étienne, participe même à certaines représentations de ce grand chanteur. Eugène Mona est souvent parti pêcher aux côtés de Badian, et ensemble, ils ont passé plus d’une soirée à manger l’objet de leurs prises : du poisson !

Badian était ce que l’on pourrait appeler un sacré numéro. Il adorait la fête ! Il n’avait pas la langue dans sa poche, et il s’amusait souvent à chanter des boutades à ses amis de dominos lorsqu’il était vainqueur d’une partie ! Dans un cadre plus restreint, au sein de sa famille, il prenait parfois la voix, comme lors de cette soirée de Noël, où il a servi de chef d’orchestre à tous ses proches venus réveillonner chez lui. Comme la tradition le veut, le temps des cantiques (cf. Chantè Nwèl) est arrivé, et alors que ses enfants/beaux-enfants reprenaient la ritournelle "Renvoyez la lumière!" et que la pluie battait son plein dehors, Badian a animé pour la dernière fois son assemblée.

"Après la mort, vive la tombe !"

Il s’en est allé, sourire aux lèvres, le mardi 11 février dernier à l’âge de 80 ans, en laissant derrière lui ses sept enfants, ses seize petits-enfants et son premier arrière petit-enfant, inconsolables.

 

Parution de Badian sur le France Antilles

Collège Eugène Mona

Copyright : christelle.

Depuis quelques mois déjà, la commune du Marigot en Martinique rend hommage au chanteur Eugène Mona grâce à un de ses édifices scolaires : le collège de la ville porte désormais le nom du chanteur reconnu ! Le vendredi 7 juin 2013, le Collège Eugène Mona naît officiellement aux yeux de tous, et une grande manifestation est alors organisée au sein de l’établissement. Et c’est la Présidente du Conseil Général de la Martinique, Josette Marin, qui sera chargée ce jour de dévoiler la nouvelle plaque du collège.

Le 21 septembre dernier, on commémorait le 22ème anniversaire de la mort d’Eugène Mona. A l’occasion, la commune du Marigot a organisé de nombreuses manifestations, ainsi qu’une messe à son effigie. L’artiste s’était toujours considéré comme un enfant de cette ville du nord de la Martinique. il avait déclaré les mots suivants : " Je suis un enfant du Marigot, qui veut toucher à l’universel… C’est possible, non ?".

Cette même phrase a été reprise sur la fresque située à l’une des entrées du collège. Cette peinture, trsè attrayante est très colorée, et représente le chanteur Eugène Mona en train de jouer à la la flûte, son instrument de prédilection. On aperçoit en face de l’artiste, un paysage représentant des mornes et la mer, comme pour dépeindre l’Anse Charpentier. Les surnoms d’Eugène Mona sont également inscrits sur ce portrait bariolé. Ainsi on retrouve les expressions suivantes : Poto Mitan, Le Nègre debout, L’Homme aux pieds nus. Cette peinture a été réalisée par Jimmy Sabas, en compagnie des élèves de 3ème du collège. Jimmy Sabas, est un street-artiste originaire de Baie-Mahault en Guadeloupe. Il travaille sur différents projets autour de l’art et ses œuvres sont de plus en plus reconnues aux Antilles. Parmi l’ensemble des travaux de Jimmy Sabas que j’ai eu l’occasion de visionner, j’ai une préférence pour Concert de couleurs.

En bref, j’ai profité du fait que je sois en Martinique, au Marigot, pour réaliser ces quelques photos de la fresque créée à l’occasion pour Eugène Mona. Bon, je reconnais que les photos ne sont pas tout à fait excellentes, mais la voiture garée auprès du mur m’a empêchée de faire ce que je voulais au préalable.

 

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Fresque du collège Eugène Mona

Eugène Mona et la musique traditionnelle

Copyright : flickr

Aujourd’hui, on commémore le 19ème anniversaire de la mort de Georges Nilécam dit Eugène Mona. Retour sur la vie de ce grand artiste martiniquais. Eugène Mona est né au Vauclin (commune du sud de la Martinique), le 13 septembre 1943. Il est baigné dès son plus jeune âge dans la musique grâce à son père, accordéoniste.

Eugène Mona s’initie alors au chant et à la danse. Il se fait connaître grâce à un concours de chanson créole en 1968. Dès le début de sa carrière, il s’engage sur le chemin de la musique traditionnelle, transmise des campagnes martiniquaises.

Pourquoi « Mona » ? Il ne voulait pas d’un nom qui lui soit imposé. Pendant son apprentissage en tant qu’ébéniste, il fit la connaissance d’une femme qui était « chez le béké » . Cette dernière avait des enfants avec un monsieur Mona du quartier Plate-Forme au Marigot. Dans la commune, cette aventure se sut et des amis pour l’embêter l’appelaient Mona. Un nom qu’il mit à profit pour la postérité. [source]

Il découvre la flûte des mornes aux côtés de Max Cilla, et en fait rapidement son instrument de prédilection. Sa musique tire son originalité d’une association créative entre le chœur polyrythmique des percussions traditionnelles (tanbou bèlè, tanboudibas, tibwa, chacha, triangle), et les instruments mélodiques modernes tels que la basse, la guitare ou le clavier.

Son premier album « Bwa Brilé » rencontre un énorme succès auprès des médias et du public. Celui-ci sort en 1973. Cette notoriété grandira au fil des années, et ce auprès d’un public provenant de toutes les générations. Il est considéré comme le successeur des piliers de la musique traditionnelle martiniquaise : Ti-Emile, Vava, Didi.

Eugène Mona avait un contact direct avec la nature. Ainsi, il marchait pieds nus et puisait son inspiration en elle pour écrire des textes tels que « Mango vè-a ». Il fut comédien dans La rue Cases-nègres d’Euzhan Palcy en 1983. Puis, il s’improvisa compositeur. 7 années plus tard, Eugène Mona revient sur la scène musicale avec son 10ème album « Blan manjé ». On y retrouve cette même pulsation des percussions, mais aussi au-delà des mots, le blues de l’homme qui a traversé des expériences de vie difficiles.

Le samedi 21 septembre 1991, à l’âge de 48 ans, Eugène Mona meurt terrassé par une congestion cérébrale. Ses obsèques bloquent la Martinique du Marigot au Vauclin en passant par Fort-de-France pendant plusieurs heures. Dans des veillées mortuaires, le pays entier pleure son nègre authentique disparu, avec son dernier refrain en tête….

Lé moniman yo ké ritapé yo,
Lé èstati yo ké déplasé yo,
An tjè félé pa fasil pou djéri,
Mé sa ki sav sav, sa ki pa sav pa sav…

Lè yo baw kou ou pé pwan ben la bou,
Lè ou ni mal kou ou pé fwotéy sendou,
An tchè félé pa fasil pou djéri,
Mè sa ki sav sav, sa ki pa sav pas sav…

Eugène Mona