Saturday Night d’X Man

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X Man nous propose, je pense, l’un des meilleurs albums de dancehall de cette année 2014. Son nouvel opus Saturday Night est, à mon sens, une pure merveille !

L’artiste a travaillé sur cet album, comme s’il écrivait un livre ou comme s’il se retrouvait d’un seul coup le héros d’un film. C’est un concept que l’on retrouve un peu pour l’album Because The Internet de Childish Gambino par exemple, complètement novateur pour la Martinique. Ici, tout a été pensé de façon à ce que l’on se croit réellement un « samedi soir » en Martinique. D’ailleurs c’est là qu’est planté le décor de Saturday Night, un album qui survient trois ans après Atypique, le premier album studio du chanteur qui a pourtant plus de dix années de carrière dans la musique, grâce à sa solide présence en musique undergound.

Ce nouvel album donc se découpe en trois principales parties, chacune bien introduites grâce à une interlude : le before, la « party » et l’after. Et chacune des chansons qu’X Man choisit d’y insérer sont finalement intégrées dans un contexte bien prédéfini pour ce samedi pas comme les autres. Et c’est d’ailleurs, non sans humour, que cet artiste nous conte toutes ses péripéties.

Before

Le « before » nous décrit tout ce qui se passe avant la soirée. C’est le moment propice pour se préparer et organiser réellement les retrouvailles avec ses amis. Et c’est surtout la partie de cet album que consacre X Man à l’énonciation de ses textes conscients. Avec Médias, le chanteur martiniquais nous fera une analyse des informations les plus plébiscitées par la presse aux Antilles. On constate à cette occasion que les faits divers les plus marquants relatent plutôt des actes violents, sanglants au détriment de cette jeunesse diplômée et entreprenariale : "Sa pa ka entérésé yo di sav ke mwen ka fè le tour du monde é ke mwen ka chanté kréyol non-stop, Mé si yo té tchébé mwen laéropò épi an tchilo kokain tout’ moun té ké palé di sa an trop".

Arété Palé, la première véritable chanson de Saturday Night, nous donne un aperçu originel de ce à quoi ressemble ce nouvel opus. Sur un ton presque amusant, presque moqueur, il nous invite à réaliser que l’on est entourés de menteurs invétérés. Et c’est dans ce même registre que #MrTube et An Kou Tonbé s’inscrivent. X Man a sa propre vision du quatrième art : s’il doit chanter, il doit parvenir à nous exprimer des paroles si véridiques qu’elles déclenchent automatiquement un sourire chez son auditeur.

Le titre incontournable de cette première partie de Saturday Night est incontestablement Fake Friend. Dès la première écoute de cette chanson, vous comprendrez aisément la force de monsieur l’X-traterrestre. Fake Friend, c’est un tout. D’abord musicalement, cette chanson est purement dancehall, ses sonoriétés me rappellent un peu l’époque des riddims locaux des années 2004-2005 je dirais. Ensuite, cette chanson est poignante de par son contenu textuel puisque X Man se met dans la peau d’un homme fraîchement sorti de prison qui appelle son ancien complice pour récupérer une part de leur butin. Cette scène imaginée est le reflet d’une histoire qui se serait déroulée en 1996, un double-crime pour lequel a été réincarcéré le prisonnier.

Party

Cette seconde partie de Saturday Night, c’est le moment où tout le monde fait la fête. Des chansons comme My Name Is X, Ragga Muffin et Sans Ordonnance reprennent vraiment le rythme des soirées auxquelles on peut participer aux Antilles. Avec Bouge, on se croirait presque au carnaval. Et Brennen est chantée un peu à l’image de Bruk It Down de Mr Vegas ou encore les fameux Dança Do Créu et Velocidad 6 de Mc Créu et de la Mulher Melancia respectivement.

X Man profite de cette « party » pour continuer à nous faire danser, notamment avec son titre Fout Ou Good. Une des caractéristiques de Saturday Night est la bonne humeur qui y règne tout au long des chansons. On va y entendre souvent des éclats de rire et on pourrait presque s’imaginer le chanteur en train de sourire à ses propres blagues. Là où, selon moi, la force d’X Man réside, c’est en sa capacité de délivrer un message extrêmement sérieux, mais parfois sur le ton de la plaisanterie. On pourrait penser qu’il ne se prend pas du tout au sérieux, mais à mon sens, il est surtout très intelligent, car après tout, le rire est sans aucun doute le meilleur moyen d’échapper aux frustrations de la vie.

After

L’after a un côté bien plus romantique. Mais c’est toujours avec ce côté rieur et sur un ton joyeux qu’X Man démarre le début de cette « après-soirée ». Dans Les Étoiles, est le premier single sorti de cet album. Et que dire de cette chanson ?! Le martiniquais a réussi à y mêler sensualité et désir en un seul titre. On retrouvera par la suite bien des témoignages d’amour dans cette dernière partie de soirée, comme dans Mwen Love Ou et Telle Que Tu Es, une de mes chansons préférées de cet album.

C’est dans ce contexte que la chanteuse jamaïcaine J Capri vient épauler le martiniquais pour les besoins de la chanson Thug Love. Elle est la seule artiste invitée sur Saturday Night, et je vous dirais bien que ça suffit amplement. La douce voix de J Capri, une artiste qui ne cesse de monter en puissance, confère à ce titre toute la passion qu’elle doit avoir.

Saturday Night est pour moi un album complètement abouti de la part d’un chanteur qui a su conserver sa flamme du tout début envers la musique. X Man nous donne du très bon dancehall, comme ça a toujours été le cas, en continuant d’innover dans un secteur où le copier/coller a bien souvent sa place. Vous pouvez télécharger Saturday Night d’X Man sur Amazon. Vous « devez » l’acheter, ou vous passerez sûrement à côté de ce qui se fait de meilleur en dancehall en cette année 2014 !



TRACKLIST :
01 –– BEFORE
02 – Arété Palé
03 – Médias
04 – #MrTube
05 – Fake Friend
06 – An Kou Tonbé
07 –– PARTY
08 – My Name Is X
09 – Bouge
10 – Brennen
11 – Raggamuffin
12 – Fout Ou Good
13 – Sans Ordonnance
14 –– AFTER
15 – Dans Les Étoiles
16 – Thug Love featuring J Capri
17 – Mwen Love Ou
18 – Telle Que Tu Es

Rvssian Riddim

Copyright : dancehallworld

Cela fait vraiment longtemps que je ne vous avais pas parlé de riddims, mais l’instrumental du Rvssian Riddim sorti au cours du mois dernier a attisé ma curiosité ! En réalité, cette version, dont le nom n’a réellement aucun rapport avec la communauté russe comme je l’ai presque cru au premier abord, a été imaginée par le producteur et président du label Head Concussion Records Tarik 'Rvssian' Johnston (et là, on comprend aisément le nom de ce riddim, n’est-ce-pas?!).

Rvssian est avant tout un passionné de musique. Son père, qui n’est autre que Michael 'Micron' Johnston, était également un producteur de musique, notamment connu pour sa participation en tant qu’headmaster sur l’album jazz/reggae Negril du célèbre guitariste Eric Gale. Rvssian commence donc très jeune à apprendre à jouer au clavier et à la batterie, grâce aux équipements de son père. En 2008, il prend la décision de réellement faire carrière dans la musique, et son premier projet, le Liberty Riddim lui permet de se faire une place parmi les grands grâce aux morceaux Nah Hold We Down de Vybz Kartel, Ago Kill Me de Konshens ou encore My Name de Shane O.

One day I decided to try out this producing thing and thus far it has been good. The deejays and disc jocks have been working with me, I’ve found my own artiste Chan Dizzy and have even launched my own career, so I can’t complain.

Rvssian

Son label, Head Concussion Records, a continué son ascension grâce à la production de nombreux hits internationaux comme Good Girl Gone Bad de Tarrus Riley et Konshens, This Means Money de Konshens, Evil Head d’Aidonia, ou encore Nuh Strange Face et Hello Badmind de Chan Dizzy. La première voix féminine du label est donc J Capri, qui vient complètement cette liste d’artistes reconnus. Aujourd’hui âgé de 24 ans (si mes comptes sont bons…), Rvssian vit à Miami et possède son propre studio de production à Kingston, en Jamaïque.

Pour les besoins de cette nouvelle production, Rvssian fait à nouveau appel à ses artistes de prédilection avec Konshens, J Capri et Vybz Kartel pour faire vivre ses arrangements musicaux. Sean Paul vient compléter la liste des chanteurs et nous propose un pétillant Front & Back. Pour ma part, c’est bel-et-bien la voix de J Capri que je redécouvre. Je la connaissais alors uniquement pour son tube Whine & Kotch sorti en 2012, chanson qui a connu un énorme succès aux Antilles… Le Rvssian Riddim possède des sonorités rappelant les rythmes d’Amérique latine et possède un tempo posé particulièrement appréciable. J’ai l’impression d’être au soleil et d’écouter des instruments à percussion joués au gré du vent quand j’entends les premières notes de cette instrumentale. Vous me direz ce que vous en pensez…