Les filles au lion de Jessie Burton

Gallimard

Quelle lecture rafraîchissante !

Jessie Burton est une écrivaine et actrice anglaise dont la renommée ne cesse de croître. Elle est l’auteure d’un premier roman sorti courant 2015 simplement intitulé Miniaturiste dans l’édition française.

Cette année, on la retrouve sur le devant de la scène littéraire en France grâce à son second ouvrage Les filles au lion. Ce livre, traduit par Jean Esch, est un joli roman emprunt d’une douce émotion. Il se lit facilement grâce à l’écriture fluide et précise de son auteure.

Dans ce récit, Jessie Burton nous plonge au cœur de deux époques différentes, toutes deux séparées d’une trentaine d’années. On y retrouve deux personnages féminins forts, Odelle et Olive.

Odelle est une jeune femme originaire de Trinidad qui découvre la ville londonienne au début des années 60. Elle rêve d’écrire et jouer des mots, elle invente des poèmes, et compose dans son intimité en espérant qu’un jour elle puisse vivre de son art. Après cinq années à travailler en tant que vendeuse de chaussures aux côtés de son amie Cynth, Odelle décroche un travail de dactylo dans une galerie d’art prestigieuse. Elle y rencontre Marjorie Quick, une femme excentrique, énigmatique et pointilleuse au goût pourtant raffiné.

Olive est une jeune femme originaire d’Angleterre qui découvre le village d’Arazuelo en Espagne en 1936. C’est une brillante artiste dont le talent, sous-estimé par son père Harold, pourtant marchand d’art reconnu, et sa mère Sarah, ne demande qu’à être exposé. Son rapport avec la peinture s’intensifie alors qu’elle rencontre Isaac et Teresa, deux jeunes d’Andalousie venus prêter main forte à sa famille. Isaac est un artiste peintre pragmatique aux idées révolutionnaires qui recherche des fonds pour mettre à exécution son plan d’action politique.

Un tableau représentant deux femmes et un lion majestueux fait sa réapparition à Londres en 1967. C’est un tableau dit magnifique, teinté de feuilles d’or, un tableau qui selon Odelle doit avoir une grande valeur.
Par cette double narration, l’histoire de cette œuvre se dévoile peu à peu sous nos yeux. On pénètre alors dans le monde tant convoité de l’Art avec un grand A. Il est question de peinture et d’écriture, mais aussi d’appropriation et de reconnaissance. Comment juger une œuvre vis-à-vis de son auteur ? Doit-on la dissocier de ce dernier afin que celle-ci puisse mener sa propre existence, une existence juste, dépourvue d’a priori ?

Dans Les filles au lion se mélangent amour, orgueil, sentiments et attentes. La force de Jessie Burton est, selon moi, de réussir à captiver son audience peu importe le temps de la narration. J’avais tout autant envie de connaître l’histoire de ce tableau au passé mystérieux, de comprendre les ressentiments d’Odelle, de vivre la passion d’Olive, et de déchiffrer le mystère qu’est Marjorie Quick. Ces trois femmes, liées par la force des choses, sont chacune à un croisement de leur vie, à un point déterminant quant à leur avenir.

Le lecteur est également invité à vivre aux premières loges le climat de tension propre aux prémices de la guerre civile espagnole pendant les années 30. On devine le danger imminent, on ressent les frictions et l’on assiste impuissant aux violences qui immergent. Ce roman est parfaitement orchestré, de telle sorte que l’on perçoive une esquisse des événements avant de réellement en discerner l’intensité.

Aussi, je suis extrêmement sensible aux couleurs de manière générale. C’était pour moi un réel plaisir de lire toutes ces évocations sur l’art, de pouvoir m’imaginer des œuvres avec toutes les descriptions précises de l’auteure. J’avais l’impression de pouvoir me représenter physiquement certaines pièces d’art et je pouvais imaginer l’émotion qu’elles dégageaient. Je suis complètement fan de ce genre de texte descriptif dans lequel l’imagination est guidée par les notes de son auteur.

J’ai vraiment apprécié lire ce roman. Son dénouement est assez poétique, aérien. J’aurais adoré pouvoir continuer à partager les pensées d’Odelle particulièrement. Je continue parfois d’y penser, et d’imaginer… Un livre capable de libérer de telles émotions a totalement rempli sa mission.