Joyeux anniversaire Madame Béroard !

Zouk sarl

Parce qu’on oublie souvent de célébrer nos artistes tant qu’on en a encore la chance, aujourd’hui je vous propose de découvrir (ou redécouvrir) la carrière de notre chanteuse de zouk la plus connue : Jocelyne Béroard.

Jocelyne Béroard est une auteure, compositrice et chanteuse née en Martinique. Elle est connue internationalement pour sa contribution dans le groupe Kassav’, un groupe fondé en 1979 en Guadeloupe.

Les débuts de Jocelyne Béroard

Jocelyne Béroard arrive en France métropolitaine alors qu’elle n’a pas encore vingt ans. Elle choisit d’abord d’y faire des études pharmaceutiques dans la ville de Caen, avant de se réorienter et intégrer l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. C’est finalement dans le domaine de la musique, le quatrième art par excellence, qu’elle fera ses preuves. Fraîchement arrivée dans la région parisienne, Jocelyne Béroard entre dans l’industrie de la musique antillaise grâce à son frère musicien, qui lui est déjà bien installé dans le milieu. Elle commence alors une carrière de choriste professionnelle.

Ainsi, en 1980, on retrouve Jocelyne Béroard dans les chœurs de Lee Perry, un producteur, musicien et chanteur jamaïcain. De cette rencontre à Kingston naîtra la chanson Bed Jammin, une douce invitation reggae aux connotations évocatrices.

Au cours de cette même année, Jocelyne Béroard enregistre en compagnie du groupe jamaïcain Third World la version reggae de Many Rains Ago de Letta Mbulu, une chanteuse de jazz sud-africaine. Cette chanson, Many Rains Ago, est à l’origine créée pour les besoins de la série de Quincy Jones, Roots (Racines en français), une série qui retrace la chronologie de l’histoire afro-américaine, depuis l’Afrique jusqu’à la Guerre civile qui dénoncera entre autres les violences faites aux esclaves. On retrouve dans cette mini-série le personnage emblématique de Kunta Kinte.

Toujours au cours de l’année 1980, Jocelyne rencontre Jacob Desvarieux. Kassav’ vit alors ses premiers jours grâce à Pierre-Edouard Décimus et Freddy Marshall, rejoints par le frère de Pierre-Edouard, Georges Décimus, et Jacob Desvarieux. Ensemble, ils entonnent Soleil, une chanson que l’on retrouve sur le deuxième album de Kassav’, Lagué Mwen. Cette première collaboration de Kassav’ avec Jocelyne Béroard donnera naissance à beaucoup d’autres par la suite.

En 1981, Jocelyne Béroard travaille avec des artistes comme Bernard Lavilliers, Dave, Manu Dibango et Zachary Richard. Elle chante dans des pianos-bars parisiens, reprenant des standards de jazz ou classiques de la musique antillaise.

L’année suivante, elle participe au Concours de la Chanson d’Outre Mer. Elle y interprète Concerto pour l’Oiseau et la Fleur de Marius Cultier, un brillant artiste pianiste originaire de la Martinique qui décédera trois ans plus tard. Cette chanson permet à Jocelyne Béroard de devenir la lauréate de ce concours.

Jocelyne Béroard, sa carrière solo et Kassav’

En 1983, Jocelyne Béroard intègre officiellement Kassav’. Jean-Claude Naimro, Jean-Philippe Marthély et Patrick Saint-Éloi font également partie de l’aventure, alors que Freddy Marshall décide de laisser sa place. Consécutivement, Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni propulse le groupe sur la scène internationale, et le zouk commence en 1984 à entrevoir ses heures de gloire.

En 1985, l’album An ba chen’n la, avec notamment la chanson Mwen Malad Aw, connaît un franc succès. Il recevra d’ailleurs la jolie distinction de double disque d’or.

En parallèle, Jocelyne Béroard mènera sa carrière solo d’une main de maître. En 1986, l’album Siwo sort, et c’est alors une floraison de hits que nous propose la chanteuse martiniquaise à la voix d’or. On y retrouve par exemple Kaye Manman, Kolé Séré, Mi Tchè Mwen, et évidemment Siwo. (Ces chansons ont donc plus de 20 ans aujourd’hui ! Et non, ça ne nous rajeunit pas !)

Cet album recevra également un double disque d’or, une distinction qui permet à Jocelyne Béroard d’être la première chanteuse caribéenne à obtenir un disque d’or en France. En 1987, Kassav’ est bien lancé ! Le groupe sort son neuvième album Vini Pou, avec notamment la chanson Syé Bwa.

La chanson Kolé Séré, d’abord interprétée avec Jean-Claude Naimro sur l’album Siwo, se transforme ensuite en duo avec Philippe Lavil en 1988. Elle sera vendue plus de 500 000 exemplaires, et atteindra la top 5 du classement des hits en France. La même année, Kassav est sacré Meilleur groupe de l’année aux Victoires de la Musique.

En 1989, Kassav’ fête ses dix ans et chante pour l’occasion au Zénith de Paris, une consécration pour le groupe antillais pour lequel tout semble réussir. Ils obtiennent le Prix de la Francophonie au Québec.

En 1991, Jocelyne Béroard sort Milans, son deuxième album solo. Elle remporte pour celui-ci le Prix de l’Interprète féminine de la SACEM en Martinique. On la retrouve en 1992 dans Siméon, le troisième film d’Euzhan Palcy, une cinéaste martiniquaise principalement connue pour son film Rue Cases-Nègres (dans lequel a joué Eugène Mona).

Jocelyne Béroard reçoit la distinction de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1999.

Les années 2000

En 2000, Jocelyne Béroard enregistre Nou La avec Kassav’. Elle organise également la première cérémonie Lanmèkannfènèg avec le Comité Marche du 23 mai 98 dont elle est la vice-présidente. Cette cérémonie a pour but de rendre hommage à la mémoire des fils et filles d’esclaves. En fin d’année, Kassav’ est de nouveau au Zénith de Paris pour deux concerts à salle comble suivis d’une tournée.

En 2003, Jocelyne Béroard sort son troisième album solo Madousinay avec notamment les chansons Pawol Granmoun et Vini Séré. Elle chante également sur Héritage de Noël, une compilation de chansons traditionnelles de Noël aux Antilles : on la retrouve sur le titre Minuit Chrétiens.

En 2004, Kassav’ sort son quatorzième album Ktoz, et Jocelyne Béroard chante avec Michèle Henderon Fanm. L’année suivante, Jocelyne Béroard interprète un duo avec Véronique Sanson lors du concert Ni putes, ni soumises organisé par l’association du même nom qui lutte contre les violences faites aux femmes. Jocelyne Béroard donne également des concerts à l’Atrium de Fort-de-France.

En 2006, c’est aux côtés d’Admiral T que Jocelyne Béroard et Jacob Desvarieux chantent Fos A Péyi La. Trois ans plus tard, Kassav’ fête ses 30 ans au Stade de France : un anniversaire célébré en communion avec un peu plus de 65 000 spectateurs.

Aujourd’hui, Jocelyne Béroard vit en Martinique. Elle représente à mes yeux la femme créole dans toute sa splendeur. C’est une artiste respectée et admirée de tous. Je tenais donc à lui rendre hommage en ce jour : joyeux anniversaire Madame Béroard ! Je n’ai, bien évidemment, pas été exhaustive sur la liste de ses grandes chansons, libre à vous de continuer à l’écouter avec amour. ;-)

Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni par Bob Sinclar

Depuis le 17 juillet dernier, le groupe Kassav nous propose via son compte Youtube officiel un remix de sa très célébre chanson Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni. Il s’agit d’un tube signé Bob Sinclar.

Best Ways

Depuis le 17 juillet dernier, le groupe Kassav nous propose via son compte Youtube officiel un remix de sa très célèbre chanson Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni. Cette nouvelle version du grand classique zouk nous est offert par le DJ et producteur de musique français Bob Sinclar.

Ce remix ne laisse visiblement pas les internautes indifférents ! Il y a quelques fans inconditionnels du groupe qui sont plutôt ravis de voir l’ouverture musicale que possèdent les membres de Kassav… Et il y a cette communauté de personnes qui ne comprend pas comment un classique de la musique antillaise ait pu être à ce point modifié.

Quoi qu’il en soit, Kassav s’apprête à célébrer son 35ème anniversaire et fait son Grand Méchant Zouk au Zénith de Paris le 4 octobre prochain, aux côtés de Fred Deshayes, Daly, Princess Lover, Riddla, et bien d’autres encore ! Et c’est à l’occasion de cet anniversaire de rubis, que de nombreuses propositions de remix leur sont proposées, en hommage à leur grande contribution dans le monde du zouk.

Et vous, que pensez-vous de ce titre ? Vous pouvez télécharger ce remix de Bob Sinclar sur Amazon.

Libèté de G’ny

G'ny

Hier, lundi 14 octobre 2013, le premier album de l’artiste originaire de la Guadeloupe G’ny est sorti de manière numérique. Ce premier opus de la chanteuse est un mélange de saveurs créoles à mon sens. On y retrouve, de l’amour, beaucoup d’amour, des messages d’espoir et de liberté, comme l’indique le titre de cet album Libèté. G’ny apporte aujourd’hui une nouvelle dimension à sa musique, tant elle partage tout ce qui font d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Ce nouvel album se veut parfois détonnant, comme lorsque G’ny nous chante Fanm Isi, un titre dans lequel elle exprime les duretés de la vie d’une femme dans notre société. Mais parfois, la chanteuse se contente de nous rappeler ses origines caribéennes grâce à des percussions propres aux îles antillaises, ou tout simplement par ses textes dans lesquels elle avoue sa tendre affection pour la Guadeloupe, comme dans Péyi Mwen, et pour la musique de son pays, comme dans Mizik An Nou. Cet album, entièrement féminin vocalement parlant puisque G’ny choisit Valérie Louri et Jocelyne Béroard pour l’y accompagner, est en somme un très bon moyen de voyager et de découvrir l’univers de cette artiste, qui je l’espère, n’a pas fini de nous étonner. Libèté sortira le 28 octobre en magasin, mais est, en attendant disponible sur Amazon.

Chronique de Libèté

La première chanson de Libèté est Prèmyé Jou. Cette chanson, semi-acoustique, est un doux mélange d’instruments. G’ny démontre complètement ses origines à travers ce morceau aux sonorités créoles : tambours et guitares se mêlent au groove de cette artiste que je redécouvre aujourd’hui en toute simplicité. Dans Prèmyé Jou, il est question d’amour, plus précisément du sentiment de coup de foudre. La mélodie démarre sur les paroles suivantes : "Mwen sav sa pa fasil a crwè, Prèmyé fwa mwen vwè vou, Mwen té sav sé té vou" (Je sais que ce n’est pas facile à croire, La première fois que je t’ai vu, J’ai su que c’était toi).

L’album se poursuit avec Zozyo É Lapli, un titre plus dynamique dont le rythme est assez original. J’ai apprécié l’univers créé par cette chanson qui nous délivre un message de paix. G’ny nous ordonne de profiter de la vie telle qu’elle est, d’écoutez les oiseaux chanter, d’appréciez la pluie qui tombe, ces petites choses qui font que la vie est belle. Ce deuxième morceau se veut plus audacieux.

Pour poursuivre dans cette ambiance, G’ny nous offre Zyé Ki Lach. Sur cette chanson, elle est accompagnée de Valérie Louri, une artiste originaire de la Martinique connue notablement pour sa chanson Bay Lanmen. Ensemble, elles souhaitent réaliser leurs rêves, et se donnent les moyens pour y arriver. Elles essaient d’avancer à la force de leur courage, en y mettant tout leurs cœurs.

Le premier single tiré de cet album est Fanm Isi, un mélange entre gwo ka, percussions et d’électronique. Je vous en parlais en détail dans un article décrivant le portrait de G’ny l’année dernière. G’ny rend au hommage au courage de la femme à travers cette chanson, car la femme est un poto mitan, un pilier dans notre société.

Un autre des singles apparaît d’ores-et-déjà sur les ondes antillaises. Il s’agit de An Mitan Kè, que j’ai découvert lors de mon retour en Martinique il y a quelques semaines. Cette chanson simplement appelle à l’amour. Ce que j’ai adoré sur ce titre, c’est la nature acoustique de celui-ci, on y entend par moment une flûte qui vient parfaire la portée de la guitare acoustique. Je vous propose d’ailleurs de découvrir cette chanson en fin d’article.

Toujours au son de la guitare, Péyi Mwen Akoustik s’ajoute à mes coups de cœur musicaux. G’ny chante la beauté de son île natale, la Guadeloupe. Je pense que c’est l’une des chansons que musicalement je préfère sur cet album. Dans Péyi Mwen Akoustik, comme dans Péyi Mwen, G’ny revisite la chaleur de la Guadeloupe, cette dernière s’exprimant à la fois par le soleil présent toute l’année sur l’île, et par la gentillesse des insulaires, qui d’un regard ou d’une attention savent comment toucher le cœur d’autrui.

Afrikafé s’impose comme un rappel vers nos origines africaines. G’ny s’imagine vivre en Afrique une enfance heureuse, malgré les conditions dures de la vie en société sur ce continent. Elle y exprime l’insouciance des plus petits face aux difficultés du quotidien.

Dans un autre genre, Mizik An Nou, le titre suivant, contraste avec Afrikafè. Dans celui-ci, la jeune femme souhaite rappeler quelles sont ces sonorités qui sont proches de la Caraïbe avec des percussions franches. Et c’est Jocelyne Béroard qui apporte sa pierre à l’édifice en accompagnant G’ny sur cette chanson ! Celle-ci s’ancre parfaitement dans le monde du zouk, tel que l’ont popularisé le groupe Kassav dans les années 80.

G’ny fait le choix d’inclure Péyi Mwen à cet album. Cette chanson, sortie au courant de l’année 2009, lui avait permis de se positionner sur les devants de la scène musicale antillaise. Ce titre est un véritable hymne à la Guadeloupe, une version où le tambour semble avoir le rôle prédominant tant il apporte en termes de culture et d’authencité.

C’est enfin le titre éponyme de l’album, Libèté qui nous est révélé. La mélodie démarre sur des accords piano et tambour qui apportent un univers une nouvelle fois différent de ce que dégageait la chanson précédente. G’ny joue avec nos émotions habilement dans cet album, et nous permet de voyager à travers des atmosphères inhabituelles et orginales. Dans Libèté, cette artiste guadeloupéenne nous chante : "Entre sa ou vlé é sa ou pé, Ou ka chèché ki moun ou yé, Chak mo ou pa di ka kaché Sa ki an fon kè aw, Sa ou anvi…".

Le Temps d’Aimer est un morceau reggae nous rappelant que l’amour existe, même si souvent il est empreint de souffrances. J’ai adoré cette chanson qui nous dit de garder espoir en l’amour quels que soient nos problèmes. L’amour n’est pas uniquement source de douleur, et peu importe le temps qu’il met à arriver, il vient sans cesse nous combler et nous apporte le bonheur que l’on mérite.

Dans Rouvini, l’artiste exprime son envie de revoir un être qui lui est proche. "Anvi ou santi sa mwen pa ka diw" (Envie que tu sentes ce que je ne te dis pas) sont les mots qui se répètent dans cette chanson, un sentiment l’on éprouve parfois face à quelqu’un que l’on aime. On se retrouve dans cette position où l’on aimerait que l’autre comprenne ce que l’on ressent, sans que les mots viennent tout gâcher. Un joli titre en définitive, qui termine cet album qui mérite largement qu’on lui porte attention.


TRACKLIST :
01 – Prèmyé Jou
02 – Zozyo É Lapli
03 – Zyé Ki Lach featuring Valérie Louri
04 – Fanm Isi
05 – An Mitan Kè
06 – Péyi Mwen Akoustik
07 – Afrikafé
08 – Mizik An Nou featuring Jocelyne Béroard
09 – Péyi Mwen
10 – Libèté
11 – Le Temps D’Aimer
12 – Rouvini