Dancehall Is Back de Krys

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Krys est enfin de retour, pour tous les amoureux de dancehall ! Il revient avec ce nouvel album Dancehall Is Back, quatre ans après Step Out.

Dancehall Is Back, c’est avant tout le moyen que Krys a trouvé pour nous rappeler son énorme travail dans le monde du dancehall. Cette année donne déjà 10 ans d’existence à Limé Mic’La, le premier album studio du chanteur, celui grâce auquel il a pu se construire la carrière qu’il possède actuellement. En 2004, Krys émergeait d’abord sur la scène locale, puis sur la scène nationale, avec des chansons comme An Vlé An Gal, Garde Cocotte ou encore Programme De La Semaine. Dancehall Is Back, c’est aussi le moyen que Krys a trouvé pour nous montrer son évolution musicale.

#DIB, le premier titre de cet album, est un morceau qui s’annonce plutôt précurseur de ce qui va suivre dans les autres chansons de l’album. Avec Dancehall Addict, le chanteur d’origine guadeloupéenne nous affirme ne vivre « que pour la dancehall music ». Et avec Pa Ni Pwoblem, on retrouve des couplets rappelant la plume du chanteur qui amusait beaucoup son auditoire il y a quelques années. Musicalement, cette chanson possède cependant des arrangements bien plus « électro » que ce à quoi je m’attendais.

On retrouve sur un rythme bien plus posé le chanteur jamaïcain Konshens, pour une collaboration sur Toulao. Cette chanson, sortie il y a déjà un peu plus d’un an, a malgré tout bien sa place sur ce nouvel album. La voix de Konshens mélangé à ces sonorités caribéennes nous invite sur la piste, à danser.

Je vous parlais un peu plus tôt du fameux Programme De La Semaine de Krys. Il est peut-être important que je vous rafraîchisse la mémoire ici ! Il y a un peu plus de dix ans, Krys nous proposait un « programme de la semaine » bien élaboré durant lequel il était capable de jongler avec plusieurs femmes en même temps. Aujourd’hui, le chanteur nous propose C Vou, une version évoluée de cette chanson, durant laquelle il n’est plus l’homme qui « butine de fleur en fleur ». Il y chante : "Dimanche an ké kriyé vou, Lundi mwen ké jéré vou, Mardi mwen ké enmé vou, Mercredi sé siné resto yen ki pou vou doudou, Jédi nou ké fè lanmou, Vendredi tou sa ké mwen anvi sé rété épi vou". Là encore, Krys tient à montrer l’évolution qu’il y a eu dans son parcours, sans pour autant négliger ce qu’il a été. Il a gagné en maturité, sa voix aussi…

De l’amour, on en retrouve également avec Malad’Aw, une chanson sur laquelle participe vocalement Misié Sadik. Malad’Aw est une vraie déclaration qu’offre les deux chanteurs guadeloupéens à celles qu’ils aiment. Avec Limbé, une chanson qui naît de la collaboration de Lylah et Krys, on sent toute l’émotion qui emplit le chanteur lors de son interprétation. Ce titre est d’ailleurs pour moi celui dans lequel on peut le mieux appréhender la capacité vocale de Krys. Ici, il se veut plus sérieux, et dans ce contexte nostalgique, sa voix est bien plus puissante et profonde que dans les précédentes. Lylah, ancienne leadeuse vocale du groupe Les Déesses, apporte une nouvelle dimension à cet album grâce à sa douce voix. Elle n’est pourtant pas la seule artiste féminine que l’on a la possibilité d’entendre sur Dancehall Is Back.

T-Shaa participe également à cet album grâce à cette chanson, Méné Mwen Dansé, un titre écrit sur les rythmes du carnaval. Cette chanson est d’ailleurs sortie au mois de février 2014, peu de temps avant la période carnavalesque. Je suis convaincue qu’elle a bien été utilisée sur les ondes antillaises. Il y a quelques années, c’était avec son Big Tune Du Carnaval que Krys avait su faire sauter des foules entières !

Enfin, on peut entendre une toute nouvelle version Bootyshake sur Dancehall Is Back, un titre sur lequel on retrouve Big Ali. Mais c’est surtout Le Lendemain, la dernière chanson de cet album, que j’ai envie de souligner. Là encore, la voix de Krys est profonde et chaleureuse, et musicalement, c’est l’une des plus abouties de cet album. Dans cette chanson, il « remercie le ciel pour chaque matin ». Il joue, tour à tour, le rôle d’un père de famille, devenu papa trop jeune, qui tente de joindre les deux bouts ; et le rôle d’un homme divorcé en mal d’amour. Son message ici est de continuer à se battre jour après jour pour accomplir ses objectifs : demain, ça ira mieux.

Avec Dancehall Is Back, c’est bel-et-bien un retour tout en dancehall que nous offre Krys. Mais c’est surtout une façon pour le chanteur guadeloupéen de s’affirmer en tant qu’homme devenu « grand ». De nombreuses expressions dans Dancehall Is Back font référence à ce qu’a été le chanteur dans le passé. Krys se positionne ici en tant qu’artiste révolu qui a su apprendre de ses erreurs, qui a su vaincre la force du temps, venu pour affirmer son talent. Je pense que cet album mérite le détour. Vous pouvez télécharger Dancehall Is Back de Krys sur Amazon.



TRACKLIST :
01 – #DIB
02 – Dancehall Addict
03 – Mercy
04 – C Vou
05 – Toulao featuring Konshens
06 – Pa Ni Pwoblem
07 – Muderer
08 – Allumez Les Briquets
09 – Put Your Hands Up featuring J. Martins
10 – My Friend
11 – Malad’aw featuring Misié Sadik
12 – Méné Mwen Dansé featuring T-Shaa
13 – Bootyshake Remix featuring Big Ali
14 – Limbé featuring Lylah
15 – Le Lendemain

Rvssian Riddim

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Cela fait vraiment longtemps que je ne vous avais pas parlé de riddims, mais l’instrumental du Rvssian Riddim sorti au cours du mois dernier a attisé ma curiosité ! En réalité, cette version, dont le nom n’a réellement aucun rapport avec la communauté russe comme je l’ai presque cru au premier abord, a été imaginée par le producteur et président du label Head Concussion Records Tarik 'Rvssian' Johnston (et là, on comprend aisément le nom de ce riddim, n’est-ce-pas?!).

Rvssian est avant tout un passionné de musique. Son père, qui n’est autre que Michael 'Micron' Johnston, était également un producteur de musique, notamment connu pour sa participation en tant qu’headmaster sur l’album jazz/reggae Negril du célèbre guitariste Eric Gale. Rvssian commence donc très jeune à apprendre à jouer au clavier et à la batterie, grâce aux équipements de son père. En 2008, il prend la décision de réellement faire carrière dans la musique, et son premier projet, le Liberty Riddim lui permet de se faire une place parmi les grands grâce aux morceaux Nah Hold We Down de Vybz Kartel, Ago Kill Me de Konshens ou encore My Name de Shane O.

One day I decided to try out this producing thing and thus far it has been good. The deejays and disc jocks have been working with me, I’ve found my own artiste Chan Dizzy and have even launched my own career, so I can’t complain.

Rvssian

Son label, Head Concussion Records, a continué son ascension grâce à la production de nombreux hits internationaux comme Good Girl Gone Bad de Tarrus Riley et Konshens, This Means Money de Konshens, Evil Head d’Aidonia, ou encore Nuh Strange Face et Hello Badmind de Chan Dizzy. La première voix féminine du label est donc J Capri, qui vient complètement cette liste d’artistes reconnus. Aujourd’hui âgé de 24 ans (si mes comptes sont bons…), Rvssian vit à Miami et possède son propre studio de production à Kingston, en Jamaïque.

Pour les besoins de cette nouvelle production, Rvssian fait à nouveau appel à ses artistes de prédilection avec Konshens, J Capri et Vybz Kartel pour faire vivre ses arrangements musicaux. Sean Paul vient compléter la liste des chanteurs et nous propose un pétillant Front & Back. Pour ma part, c’est bel-et-bien la voix de J Capri que je redécouvre. Je la connaissais alors uniquement pour son tube Whine & Kotch sorti en 2012, chanson qui a connu un énorme succès aux Antilles… Le Rvssian Riddim possède des sonorités rappelant les rythmes d’Amérique latine et possède un tempo posé particulièrement appréciable. J’ai l’impression d’être au soleil et d’écouter des instruments à percussion joués au gré du vent quand j’entends les premières notes de cette instrumentale. Vous me direz ce que vous en pensez…

Danger Luv Riddim

Voilà une semaine que ce riddim est sorti, et je crois bien que plus j’entends les chansons proposés par les jamaïcains présents sur cette version, plus je l’apprécie ! Le Danger Luv Riddim a été réalisé par Troyton Music sous le label Amplex Records. Plusieurs artistes ont d’ores-et-déjà posé leurs voix dessus à savoir Aidonia, Bencil en featuring avec Mr G, Bugle, Khago, I Octane, Konshens, Lutan Fyah, T’Nez et Tarrus Riley – sa chanson, Dangerous Luv, est un de mes coups de cœur musical du mois !

C’est Aidonia et son puissant Stay In My Arms qui déclament les premières notes du Danger Luv Riddim. Aidonia, dont la renommée a réellement pris son ampleur grâce à ses chansons Innocent Blood sur le Gangsta Rock Riddim ou Chicken Head sur le Galore Riddim en 2006, exprime à sa façon l’attention qu’il porte à sa compagne : "Mi seh baby girl I love yuh she seh yes I feel suh / A nuh gal cyan mek mi leff I woulda neva leave yuh". Il apporte un peu d’amour sur cette instrumentale avant que le ton ne devienne plus sérieux avec les thèmes abordés par les autres artistes de cette compilation.

En effet, Bencil, alors accompagné de Mr G sur le titre Life Of A Ghetto Soldier, choisit de décrire la place de la violence dans la vie d’un homme vivant dans les ghettos. Les guerres et autres démêlés que s’octroient les jeunes des quartiers apportent systématiquement des larmes. Bencil déclare d’ailleurs que sa mère prie pour qu’il ne se retrouve jamais dans de pareilles histoires, tandis que Mr G compte sur Jah pour protéger les siens des méfaits de la violence. Cette première collaboration entre ces deux artistes est assez sympathique et très élaborée finalement tant leurs capacités vocales sont différentes et créent un juste milieu entre la ferveur de leurs propos et la réalité de la vie en Jamaïque.

Bugle s’essaie ensuite à l’exercice avec, cette fois encore, un nouveau sujet à traiter. Dans Call Him, il fait clairement référence au bien-être que lui procure sa religion. Jah lui apporte un soulagement face aux problèmes qu’il rencontre, il se déclare sans peur, sans crainte vis-à-vis des tragédies que la vie peut nous apporter quotidiennement. Il demande d’ailleurs aux jeunes de ne jamais sous-estimer la force de Jah, qui sans cesse vient à son secours : "Jah Jah always join on [his] rescue quickly". Il l’adore et ne peut en aucun cas faire passer quelqu’un avant lui. La foi de Bugle existe de façon claire, et ce morceau ne peut qu’en témoigner.

Khago, un jeune artiste de la scène jamaïcaine notamment connu pour son tube Only If You Know, nous offre Nothing Like Life sur le Danger Luv Riddim. Dans cette chanson, il nous déclare que rien n’est comparable à la vie elle-même. Il déclare n’avoir besoin d’aucun diamant, ni de grosse voiture. Il prie simplement Jah pour qu’il lui accorde la vie et qu’il soit en bonne santé.

L’excellent Trust No One de Konshens commence par un dialogue entre un homme et son fils. Konshens joue le rôle de ce père de famille et promulgue un unique conseil à son enfant : "In life, don’t trust nobody, ok ?" (Dans la vie, n’aie confiance en personne). Tout au long de cette chanson, Konshens déclare avoir connu plusieurs situations durant lesquelles il a dû se résoudre à comprendre que personne ne mérite sa confiance. Son refrain "Mi trust nuh one" est plutôt clair. Ce morceau met en garde tout à chacun contre les déceptions qu’apportent une confiance trop vite donnée. Konshens demande à tout à chacun de rester sur ses gardes, et ce, même avec nos soi-disant amis, car le mal peut venir de n’importe où.

La voix semi enrouée d’I Octane, celle qui fait sa particularité, nous délivre un puissant : "Troyton, tell me who wanna see me fall". Dans sa chanson, l’interprète de My Life cherche à savoir quelles sont les personnes qui veulent l’emmener à sa perte. I Octane, ici, est pleinement conscient de sa qualité de pécheur sur cette terre, il ne se voit pas comme un homme parfait, et ne comprend pas pourquoi ces personnes qui veulent lui nuire sont incapables de le percevoir comme tel. Je pense que sa chanson rejoint un peu celle de Konshens dans le sens où il aimerait connaître ses ennemis pour pouvoir être pleinement averti et agir en conséquence en toute situation.

Lutan Fyah traite un sujet bien moins solennel avec No Wah Settle Down. En effet, il nous parle d’une femme incapable de faire de réels choix dans sa vie personnelle. Elle apparaît comme une personne incapable de s’engager, que ce soit dans le domaine sentimental, et financier surtout. Cette femme préfère frimer avec de beaux vêtements qu’économiser, papillonner que vivre en couple. Lutan Fyah ne comprend pas comment, de nos jours, peut vivre ainsi et ne pas vouloir améliorer son style de vie.

Un de mes coups de cœur sur ce riddim est la chanson proposée par T’Nez, que je ne connaissais pas jusqu’alors. T’Nez est un chanteur jamaïcain né en 1987 dont la reconnaissance grandit peu à peu. Sa voix lui permet de pouvoir chanter relativement aigu pour un homme et de posséder à la fois une aisance assez perceptible sur les tubes qu’il interprète. Dans Press Play Pause, T’Nez parle d’une femme qui a connu une relation sentimentale tumultueuse. Cette femme souhaite pouvoir effacer cette partie de sa vie pour obtenir enfin l’amour qu’elle mérite. Elle aimerait revenir dans le passé comme on peut avancer, reculer dans le temps dans une chanson grâce aux touches « play », « pause », « avance rapide », etc.

La chanson de Tarrus Riley, pleine de bon sens finalement, s’intitule "Dangerous Luv". L’artiste y décrit les relations compliquées qu’il peut y avoir dans un couple. Car parfois, malgré l’amour qu’il peut exister entre deux personnes, il se peut qu’un trop plein de ressentiment détruise l’entente cordiale entre les deux êtres : « First she love mi / Then she hate mi / Everyday mi feel like it warfare / We fighting on the daily / Me and you together girl it unfair ». L’artiste nous dit ici qu’il ne veut pas vivre cet amour « dangereux », qu’il ne le supporte plus.

Edit du 16 octobre : Preuve que ce riddim a complètement envahit la toile, c’est aujourd’hui le grand Mavado qui s’ajoute à la liste des interprètes de cette sublime instrumentale. « Scream my name a million times… I’m gonna make you love me » sont les mots que l’artiste décide de reprendre continuellement dans ce titre. Sa chanson s’annonce alors pleine d’amour et de compassion envers l’être aimé. De quoi largement amplifier la portée féérique de ce riddim !