Paris Reggae Festival

christelle.

Petit retour sur l’évènement reggae de ce début de vacances : le Paris Reggae Festival. Cet évènement organisé par Mediacom, Jp Music et Make It Clap Agency s’est déroulé dans la – très grande – salle du Dock Pullman de Saint-Denis, et a réuni de nombreux artistes de la scène internationale du reggae : E.sy Kennenga, Chronixx, la famille royale du reggae les Morgan Heritage et Tarrus Riley. C’est d’ailleurs près de cinq heures de show qui nous ont tenus en haleine lors de cette manifestation !

E.sy Kennenga, premier artiste à monter sur les planches

C’est d’abord avec une immense joie que nous avons retrouvé sur la scène l’artiste martiniquais E.sy Kennenga. Toujours accompagné de ses camarades de scène Rémy Rascar à la basse, Cédric Cléry à la batterie, Joël Jaccoulet au clavier, Mustaf Kennenga pour les choeurs et de sa guitare, il nous a offert un show exceptionnel comme à son habitude ! Tenant le dur rôle de chef d’orchestre, c’est avec brio cependant qu’il relève la tâche. Dès les premières notes, c’est un public plus que conquis qui entonne les quelques paroles de Décidé, titre phare de son premier album EK Trip. Puis, les fans inconditionnels de l’artiste soutiennent en harmonie les nouvelles mélodies qui figureront sur le deuxième album de l’artiste avec notamment Fout et Keep It Real. Cette dernière retient particulièrement l’attention des personnes présentes à mes côtés, qui n’ont cessé de me répéter qu’elles garderaient à l’esprit cette chanson au rythme énergique et au message positif.

Le meilleur de son show survient à mon sens au moment où E.sy Kennenga nous parle de son amour pour la musique avec Music Is Love. Après tout, nous étions tous rassemblés dans cette salle pour partager un moment de communion par amour du reggae certes, mais surtout par amour de la musique. Car que serions-nous sans musique ? Car “elle fait vibrer [notre] coeur et [notre] corps…”. Cette chanson, comme il aime la chanter en live en medley avec Love Adan Tchè Mwen, sera sans aucun doute l’une des plus grosses attentes de son prochain album. C’est assez exceptionnel de voir cet artiste de la scène antillaise évoluer au fil des années, lui que j’avais suivi pour la première fois au New Morning en janvier 2011, alors que je découvrais son premier album EK Trip. Il faut également savoir que cet artiste a un cœur énorme, puisqu’il a participé le dimanche 16 juin dernier au Drépaction, un concert caritatif pour aider l’APIPD à lutter contre cette maladie qu’est la drépanocytose. En bref, vous continuerez d’entendre parler de lui : sachez par ailleurs qu’il sera en concert à l’Olympia le 7 mai 2014.

Chronixx sur scène pour la première fois en France

C’est ensuite au tour du premier artiste jamaïcain d’entrer sur le podium du Dock Pullman : Chronixx ! Un bol d’air frais est arrivé dans le monde du reggae jamaïcain avec l’arrivée de cet esprit "bohème" sur le devant de la scène internationale ! Ce jeune chanteur, âgé seulement de 20 ans, a fourni une telle énergie et tant d’intensité dans son show, que – j’en suis certaine – les personnes qui l’entendaient pour la première fois ont tout de suite été convaincues de son âme de grand lyriciste. D’un naturel généreux, et pas du tout impressionné par la foule de plus en plus importante dans la salle, il découle son art tout en jouant, souriant, sautant et dansant. Sa spontanéité était simplement magique à observer !

Il nous interprète l’un des titres phares de son répertoire : They Don’t Know, la chanson qui lui a permis d’accéder au statut qu’il a à présent. Puis vint l’excellent Ain’t No Giving In du Tropical Escape Riddim, par lequel le chanteur appelle le public a chanté avec lui cet hymne à l’espoir et au courage, ou encore Access Granted (Don’t Take My Love For Granted), sur le Digital Love Riddim, dans lequel Chronixx arrive à imposer un rythme plus calme et pourtant tout aussi entraînant. Il nous offre également un puissant Smile Jamaica (Honey Pot Riddim) couplé d’une petite séquence entièrement dancehall histoire de ravir les amateurs de sounds systems. Soulignons d’ailleurs la présence d’excellents musiciens dans son staff pour l’accompagner. Viennent enfin Here Comes Trouble du Rootsman Riddim et une improvisation sur une variante du Ghetto Christmas Riddim avec lesquels il ne cesse de nous montrer son dynamisme en tant que toaster. C’est vraiment un show digne des plus grands que nous a volontiers donné ce soir-là Chronixx. Nul doute que cette expérience ne représente que les prémices d’une grande carrière pour cet artiste.

Le retour très attendu des Morgan Heritage

C’est ensuite aux très attendus Morgan Heritage de se présenter face au public parisien. Ils sont accueillis sous un tonnerre d’applaudissements par un public ultra réceptif ! Ils sont au grand complet : Peetah (leader vocal), Mr. Mojo (percussion/chœurs), Gramps (clavier/chœurs), Lukes (guitare basse) et Una (clavier/chœurs). Cela faisait bien longtemps que la France et même que le monde entier attendaient leur retour. Et c’est donc naturellement que s’est imposé le nom de leur nouvel album Here Come The Kings avec des morceaux qui commencent à faire doucement mais sûrement leur apparition sur le web : je parle notamment de la chanson éponyme de l’album Here Come The Kings et de Perfect Love Song par exemple.

Les Morgan Heritage entrent naturellement sur la scène avec une chanson dont le titre rappelle cette pause qu’ils viennent de prendre dans leur carrière The Return. Mais pour satisfaire chacune des personnes ayant été bercée par leur douce musique il y a quelques années, ces mélodies dont la renommée est désormais incommensurable, les Morgan Heritage ont repris de nombreuses chansons ayant contribuées à leur reconnaissance dans l’univers cosmopolite du reggae tout au long de la soirée. Ainsi, You don’t haffi dread to be Rasta [This is not a dreadlocks thing, divine conception of the heart] a largement été repris par l’ensemble du public, à l’image de Inna Dem Ting Deh sur l’excellent Superior Riddim de Gentleman. Ils ont rapidement enchaîné avec Hail Rastafari sur le Lion Paw, pour le plus grand de mes plaisirs (j’espérais secrètement qu’ils me chantent cette chanson alors que je n’avais que 15 ou 16 ans). Ils nous ont également interprété Liberation du Liberation Riddim souvent surnommé le Jah Jah City Riddim, grâce au grand Capleton, et le fameux Love Is The Only Solution sur la même instrumentale, qu’ils chantent normalement en duo avec Jah Cure. Gramps nous fit l’honneur de nous offrir un petit solo avant que Mr Mojo s’octroie sur Jah Jah City et une petite session dancehall.

C’est ensuite avec Down By The River sur le What Kind Of World Riddim que poursuit leur show pour "nous emmener avec [eux] en Jamaïque", comme nous la gentiment proposer Peetah. On aurait pu croire qu’elle en serait restée là, mais la famille royale du reggae poursuit sur des vibes de plus en plus dancehall en enchaînant avec notamment What a Bam Bam emprunté à Chaka Demus & Pliers et une chanson rappelant l’excellent Bring it Come d’Elephant Man sur le Drop Draws Riddim. Les Morgan Heritage termineront leur show avec les trois morceaux suivants : Best Friends du Drop Leaf Riddim, She’s Still Loving Me sur l’Under Attack Riddim et Tell Me How Come sur le Seasons Riddim.

Tarrus Riley accompagné de Dean Fraser pour assurer le final

Après cet élan de nostalgie, le Paris Reggae Festival laisse place à Tarrus Riley ! Et ce dernier était accompagné au saxophone par l’un des plus grands musiciens du monde du reggae : Dean Fraser. C’était d’ailleurs assez exceptionnel de voir cet illustre musicien, à l’origine de Go Away Girl ou de Moonlight pour ne citer que ces morceaux, évoluer devant nos yeux, en France, en banlieue parisienne. Dean Fraser arrive donc sur scène alors que l’instrumentale du Real Rock Return Riddim est joué par les musiciens du BLAK SOIL Band. Ce groupe de prodigieux musiciens dont le pseudonyme provient du message “Brethren Living According to King Selassie Overstanding and Iritical Livity” est actuellement en tournée avec Tarrus. Et donc, tous ensemble, ils nous ont offert un show d’une valeur inestimable ce soir-là. Tarrus Riley entre sur la scène introduit par Dean Fraser avec une version roots de Armageddon Time. Il poursuit son show avec une chanson bien connue du public puisque celle-ci figure sur l’album Contagious de l’artiste, Love’s Contagious. Le rythme est maintenu avec tout d’abord Getty Getty No Wantee du Changes Riddim, puis une version juste énorme de Start a New (Cut It Off) et de Human Nature.

Puis Dean Fraser, prit son saxophone pour nous offrir un Untold Stories tout à fait exceptionnel en hommage au grand Buju Banton, encore incarcéré à l’heure d’aujourd’hui. Tarrus et Dean s’amusent à la fin de cette chanson et nous proposent un duel saxophone vs cordes vocales. On ne saurait désigner un véritable vainqueur de cette bataille, tant les artistes sont appliqués. Ils enchaînent ensuite avec Rebel. C’est d’ailleurs à la fin de ce morceau que Glen Browne, grand bassiste depuis plus de trente ans nous a également offert son solo de guitare. J’ai d’ailleurs adoré – et je ne pense pas être la seule – l’effort fourni par Tarrus Riley afin de nous adresser quelques mots en français tels que « Chantez ! », pour encourager chacun d’entre nous à participer à l’échange musical.

Il nous interprète ensuite La La Warriors du Gorilla Riddim couplé à Original Dancehall du Freedom Shines Riddim avec son célèbre couplet “Mi tired, mi frustrated, Every day mi wake another one dead, Jah know mi tired, Mi naw take it, Too much war time wasted”. C’est ensuite une combinaison entre Back Biters, Far Away durant lequel les “I love you” se transforment en “Je t’aime”. Seulement après quelques notes sur le Love Potion Riddim, Tarrus Riley décide de nous interpréter un magnifique Superman, un véritable hymne durant lequel, charmeur, il dira aux femmes de l’auditoire “Vous êtes jolies !”. C’est ensuite Never Leave I sur l’Island Vibes Riddim. Pour ma part, le show de Tarrus s’achèvera sur Wildfire, car bien que l’envie de rester ait été immense, il était déjà plus d’1h du matin passée quand j’ai pris la direction du métro, en espérant pouvoir trouver ma correspondance. Je n’ai aucun doute concernant la fin de son show, celle-ci a dû être magnifique, et je suis persuadée qu’il a également joué She’s a Royal ou Good Girl Gone Bad, deux de ses autres titres au succès planétaire.

Le Paris Reggae Festival a, comme vous le voyez, tenu toutes ses promesses ! Il m’aura personnellement permis de quitter la France le temps de quelques heures et d’oublier toutes ces chansons commerciales pour redécouvrir la véritable nature de la musique.

Soul Vybz Party #5

Pressure Buss Pipe

La Soul Vybz Party #5 était un évènement insolite ayant eu lieu au Cabaret Sauvage de Paris. De nombreux artistes ont répondu présents à l’appel de CO2 Activity et de Soul Vybz Music. Et c’est d’ailleurs Soul Stereo, un groupe parisien aux platines d’enfer, qui se charge d’animer la première partie du concert.

Découvrez la Soul Vybz Party #5 en vidéos ! UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube.

La première artiste à entrer sur la scène de Cabaret Sauvage est une femme – et quelle femme ! – du nom de Diana Rutherford. Elle ouvre le bal aux environs de 20h avec Xaymaca. C’est tout simplement l’une des plus belles voix que j’ai eu l’occasion d’entendre en live, tant elle est juste et pleine de puissance, notamment sur ce titre. Sa voix m’a simplement coupé le souffle. Cette jeune artiste est venue de Jamaïque nous présenter quelques-uns des titres qui figureront sur son premier album studio Ghetto Princess qui sortira courant 2011 chez Tiger Records. Elle y travaille actuellement avec le producteur français installé en Jamaïque : Romain ‘Sherkan’ Chiffre. Et donc, la première chanson qu’elle nous interprète ce soir-là dénonce la violence présente sur son île. Elle appelle alors à l’unité : « Can’t fight fire with fire / It is not a solution ». Ma partie préférée de son show restera « Caged » du Sufferah Riddim, le deuxième morceau qu’elle décide nous interpréter. Celui-ci nous fait réfléchir sur notre vie et le sens qu’on y trouve. C’est une chanson sur l’espérance.

Protoje assure la suite de la représentation sur les planches du Cabaret Sauvage. Il nous présente ce soir-là son dernier album Seven Year Itch. Protoje débute donc sur les notes de reggae de « Arguments ». Puis, Protoje nous chante « Rasta Love », une chanson originellement en featuring avec Ky-Mani Marley – mon véritable coup de cœur. Don Corleon, qui était jusqu’alors derrière les platines, le rejoint sur la scène pour le plus grand plaisir du public. Ensemble, ils animent pendant quelques minutes la scène. Et c’est tout naturellement que Protoje continue son show avec « Seven Year Itch », le titre éponyme de son album. Il chantera aussi « Wrong Side of the Law », une chanson dans laquelle il narre, non sans humour, ses démêlés avec la police. Son personnage dans cette chanson est « du mauvais côté de la loi » comme le souligne le titre de la chanson. Protoje va clôturer sa performance avec « Dread », un titre dans lequel il nous livre une partie de son histoire personnelle.

C’est ensuite au tour de Pressure de nous offrir un moment de son temps. Comme il nous le soulignera lui-même au cours de son show, ce qu’il faut retenir des chansons de Pressure, c’est le message que l’on y trouve. Ainsi, il commence en se servant dans son répertoire de mélodies d’amour telles que « Mama » dans lequel il voue un culte à sa maman et « Special Someone » du Love Potion Riddim sur lequel il déclare sa flamme à l’être aimé. Pour poursuivre dans la même rythmique, il nous octroie un « Makeup To Break Up » du Breaking Up Riddim juste somptueux et « Coming Right Back » sur le Feelings. L’amour a décidément sa place dans ses textes, notamment avec « Jah Love » sur le The Message et bien évidemment, Love and Affection, un titre sorti en 2007 sur un album du même nom produit par Don Corleon. Entremêlées de sentiments de fierté et de liberté, l’artiste finit sa prestation avec ses trois chansons : « Blackman Rise », « Bless The Children » ou « Be Free ».

Arrivent alors les frères Morgan du célèbre groupe de reggae Morgan Heritage : Mojo Morgan et Peetah Morgan. Ils se succèdent pour nous faire revivre leurs plus grands tubes solo ainsi que ceux appartenant à The Royal Family. Ainsi on redécouvre un classique du groupe mythique « Don’t Haffi Dread », une chanson durant laquelle Peetah rappelle à tous qu’être rasta n’a rien avoir avec le fait que l’on possède ou non des dreadlocks car bien que celles-ci soient réputées chez les rastafaris, elles ne doivent pas être considérées comme essentielles au mouvement. Mr Mojo s’empare ensuite du micro le temps de nous interpréter « Guilty in Advance » sur le Luv A Dub, un riddim sorti en 2008 sur lequel posait également Rupee et Alaine pour ne citer qu’eux. Peetah Morgan reprend place sur la scène aux côtés de son frère pour faire un nouveau clin d’œil à Don Corleon avec « How Come » du Seasons Riddim. Il nous chante ensuite « In Love with Ya » en solo du Nylon. Mr Mojo et lui reprennent également « Down By The River » et « Best Friends » du Drop Leaf Riddim. Peetah Morgan va d’ailleurs nous faire la promesse que l’ensemble des membres de Morgan Heritage se retrouvera à Paris d’ici un an ou deux pour un show exclusif. Affaire à suivre donc ! :)

Enfin, pour la première fois en Europe et donc pour la première en France, Mad Cobra fait son entrée sur la scène du Cabaret Sauvage. Et là, une avalanche de riddims datant d’il y a quelques années déjà se font entendre. Parmi eux, on retrouve par exemple le Playground Riddim, sur lequel il nous délivre « Big gun », le Taxi Riddim avec « Red Eye », le Buzz Riddim avec « Press Triger » ou encore en mode supra dancehall le Military Riddim avec « Put Gun Shot ». Il nous délivre pour le plus grand plaisir de l’auditoire un magnifique « Flex » sur le Boom Bye Bye Riddim, une chanson ayant contribué à sa notoriété dans les années 90. Il choisira d’autres riddims comme l’Applause ou le Fiesta par exemple pour parfaire son show qui, ma foi, est bien plus dancehall que tout ce que nous avons entendu jusqu’à présent ce soir-là. Sa prestation était animée de superbes improvisations en tout genre et de remixes. Il s’adresse de temps en temps au public, comme pour le faire devenir un réel acteur de ce show. Un réel échange s’est vu entre le chanteur et le public par moment, c’était assez plaisant à voir. Et c’est donc sur cette note que se termine la Soul Vybz Party #5 aura tenu toutes ses promesses !