Interview de Professor

christelle.

La semaine dernière, Harrison « Professor » Stafford présentait son dernier album Throw Down Your Arms en concert au Divan du Monde. Cette salle est un lieu mythique du 18ème arrondissement de Paris, une salle pouvant accueillir près de 500 personnes : un contrat quasi rempli pour Professor ce soir-là, qui malgré le froid et la pluie a su rassembler un bon nombre de fidèles. L’artiste est accompagné d’un orchestre exceptionnel composé de musiciens connus dans le monde du reggae : le célèbre batteur Leroy « Horsemouth » Wallace, Lloyd « Obeah » Denton au clavier, Dalton Browne à la guitare électrique et Errol « Flabba Holt » Carter à la guitare basse.

Si Harrison Stafford s’est avant tout illustré comme leader vocal du groupe Groundation, un groupe de reggae aux influences multiples, aujourd’hui, il revient sur le devant de la scène avec des ambitions beaucoup plus personnelles. Throw Down Your Arms est son deuxième album solo, un album live que l’artiste a souhaité faire partager à l’ensemble de ses fans. Il est actuellement en tournée en France afin de faire connaître ses titres et revient dans cette interview exclusive sur les raisons pour lesquelles il a décidé de faire de sa représentation lors du festival Reggae Sun Ska 2011 un album.

Quels sont les genres musicaux ou les musiciens qui vont ont inspiré, qui ont été déterminants dans votre carrière musicale ?

Enormément de musiques et de musiciens sont intervenus à ce stade depuis que le monde parle de la musique et des musiciens jamaïcains. Evidemment, la première personne que j’ai entendue est Bob Marley. J’écoutais Bob Marley quand j’étais très jeune. J’avais à peu près 6 ou 7 ans quand j’ai commencé à être touché par ses chansons. J’adore Bob Marley ! Et l’écoute de sa musique m’a transporté vers d’autres illustres chanteurs comme Burning Spear, Culture, Israel Vibration et toute la musique roots/reggae.

Pourquoi avez-vous choisi de chanter du reggae à un âge précoce ?

J’ai choisi de chanter du reggae car ce genre s’est imposé à moi. Le reggae a un but, il y a toujours une intention derrière les paroles d’une chanson de reggae. Il ne s’agit pas de chanter dans l’objectif de faire la fête ou de détester quelque chose. Le reggae a un message social, et moi qui adore la musique, j’ai tout de suite était vraiment concerné par l’aspect social de la vie : la pauvreté, les personnes qui essaient de vivre malgré leur pauvreté, les personnes qui essaient d’améliorer leur qualité de vie. Vos influences font de vous qui vous êtes. Quand j’étais jeune, j’écoutais la musique de Bob Marley et à mon sens, ses chansons sont les témoins de son amour pour l’humanité. C’est vraiment une partie de la vie. Alors, j’essaie d’être une voix forte pour les personnes pauvres, car ces personnes sont les plus nombreuses dans le monde. J’essaie de chanter pour les défavorisés.

D’où vous provient votre inspiration pour écrire les paroles de vos chansons ?

De la même chose. J’ai passé beaucoup de temps à la Jamaïque, c’est comme ma seconde maison. Ma famille vit en Jamaïque. Mais je viens de la Californie, « the first world », un lieu où l’on peut tout avoir : de grands supermarchés, une facilité de vie inconditionnelle… Aller en Jamaïque, être avec les gens du peuple ou les pauvres dans les rues du centre-ville et, voir finalement ce qu’est vraiment la vie – à savoir se battre jour à jour pour se nourrir et nourrir ses enfants, essayer d’avoir une maison digne de ce nom – m’amène sur le chemin de la réflexion. Vous pouvez apercevoir la réalité du monde en Jamaïque. Et pour moi, c’est ça l’inspiration. Mon inspiration se résume à une simple maxime : « plus tu es dépourvu de biens matériels, plus tu es en mesure de réellement discuter de la vie ».

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre album Throw Down Your Arms ?

Je pense que Throw Down Your Arms est un moment dans le temps. L’album est la reproduction d’un concert joué en live : nous y présentons le reggae sous sa forme la plus simple. Et notre musique est une sorte de roots/reggae révolutionnaire. Ma musique concerne Israël, la Palestine. Cette musique essaie d’apporter une nouvelle demeure à la Palestine.

Throw Down Your Arms est à propos d’égalité : où que nous soyons sur cette Terre, nous devrions être égaux. Il faut que l’on arrête de vivre avec des armes, il faut que l’on commence à se comprendre, par le biais d’une discussion pacifique. Throw Down Your Arms doit résonner comme un message de paix.

Et donc, quel serait le message que votre musique doit apporter au monde entier ?

Un message d’espoir ! Un message pour que le monde garde à l’esprit qu’il y a toujours quelque chose de bon à venir quand la vie est difficile. C’est comme si vous marchiez dans le noir et que la lumière était dissimulée, à attendre que vous la trouviez. Et comme je l’ai dit précédemment, tout le monde devrait profiter d’un minimum de ressources. Tout le monde peut avoir une vie correcte, une éducation, et élever ses enfants : c’est ça le véritable message. Le message serait « Vivez avec votre cœur, faites de bonnes actions autour de vous ».

Comment a véritablement démarré votre carrière avec Groundation ?

Ma carrière avec Groundation a commencé avec la musique, à l’université. Vous savez, quand vous grandissez et que vous allez au lycée, vous devez absolument faire des choix pour votre vie future. Vous devez choisir votre orientation professionnelle à venir. J’ai toujours souhaité étudier la musique. La musique fait partie intégrante de ma vie. J’ai donc décidé d’obtenir un diplôme de jazz, avec ma guitare. C’est ainsi que j’ai rencontré Ryan Newman à la basse, Marcus Urani au clavier et Kelsey Howard au trombone. Et c’est ainsi que l’histoire de Groundation a commencé.

Et pourquoi avez-vous choisi de mener une carrière solo en parallèle ?

J’ai choisi de chanter en solo car mon expérience personnelle est différente de l’empreinte musicale de Groundation. Ma famille, mes origines sont ce que je suis. La musique de Groundation concerne le monde entier. Groundation vient à la rencontre du monde. Je ne voulais pas que mon point de vue personnel sur Israël, la Palestine devienne celui du groupe. Je voulais néanmoins faire partager mes opinions. Et pour moi, le seul moyen de le faire était de faire participer de vrais rastas à ce projet, d’exceptionnels musiciens tels que Horsemouth, Obeah et Dalton. Ce sont des personnes qui ont joué la musique de Burning Spear, Bob Marley, James Brown, Peter Tosh, des personnes qui comprennent le vrai sens du reggae.

Comment les avez-vous rencontrés ?

Je les ai chacun rencontré différemment. J’ai rencontré Horsemouth quand je travaillais avec Ijahman, quand je l’aidais à faire un album, il y a sûrement une vingtaine d’années. Horsemouth a participé à ce qu’est devenu Groundation. Je le connais depuis de longues
années. Et vous savez, le monde du reggae c’est comme le monde du jazz : un monde dans lequel on est tous connectés. Si vous connaissez un musicien, celui-ci en connaît d’autres, qui en connaissent aussi : tout le monde se connaît ! Et donc, Obeah… Je ne suis même plus sûr de la façon dont je l’ai rencontré ! Cela fait sans aucun doute quelques années. J’étais en Jamaïque, la musique avait une place essentielle à mes yeux et je participais à de nombreux évènements relatifs au reggae… Et ces musiciens, ils se sont toujours connus.

Pour moi, le projet « Professor » a démarré quand j’ai rencontré un poète palestinien. Il me disait qu’il connaissait le reggae, mais qu’il n’aimait pas du tout les paroles de ces chansons. Il me disait « Je n’aime pas Bob Marley car Bob Marley est un zioniste. La musique de Bob Marley est négative et tout ce que j’ai toujours entendu dans le reggae, ce sont des paroles négatives ». J’ai donc voulu lui prouver qu’il avait tort, que Bob Marley et le mouvement rasta étaient au contraire de bonnes choses. La musique de Bob Marley n’est pas commerciale, c’est plus une pensée positive, pleine d’espoir, créée pour aider les gens. Et donc, quand j’ai commencé à jouer en solo, c’était dans le but d’apporter de l’amour aux gens, de les inciter à toujours se battre pour améliorer leurs conditions.

Votre premier album solo, Madness, est un mélange d’amour justement, de paix et d’unité. Qu’il y a-t-il de différent avec ce nouvel album ?

Eh bien cet album est avant tout un album live. Nous avons joué ces chansons en une seule soirée, au festival Reggae Sun Ska. Et vous savez, quand vous avez des musiciens comme Horsemouth, Obeah et Dalton, qui ont chacun travaillé sur de divers grands albums mais qui n’ont jamais fait de live ensemble, vous vous dites que vous devez enregistrer la représentation. Vous devez le préserver comme un précieux souvenir. Et donc, je leur ai dit « On devrait s’enregistrer », et ce que nous avons fait. C’est de là que vient Throw Down Your Arms. C’est la magie d’un instant, de musiciens en parfaite symbiose.

Pourquoi ne pas avoir réalisé à faire un album studio avec ces mêmes chansons ? Pourquoi avoir choisi de rester au live ?

A cause du « moment ». C’est comme si vous aviez la possibilité d’avoir Sly & Robbie sur la même scène, accompagnés d’Ernest Ranglin et de Ken Boothe, et que vous vous dites « Et si je les enregistrais ?! ». Vous avez enregistré une pareille représentation et vous rendez compte d’à quel point ces musiciens sont excellents ensemble. C’est un moment dans le temps que vous ne serez jamais capable de revivre. Quand nous avons écouté le live du Reggae Sun Ska, nous avons tout de suite pensé « Nous devons quelque chose de cet enregistrement ! ». Throw Down Your Arms représente ainsi la vie : je ne me suis jamais dit un jour « Tiens ! Je vais faire un album live ! ». C’est juste arrivé par la force des choses.

Qu’avez-vous prévu pour les mois à venir ?

Je vais énormément voyagé. Pendant les deux semaines à venir, je serai ici en France, à faire quelques scènes, à présenter Throw Down Your Arms. Puis, je vais rentrer chez moi et commencer une tournée aux Etats-Unis avec Groundation. Nous jouerons tout un mois en traversant les Etats-Unis à travers New York, Los Angeles, le Colorado… Nous jouerons à Mexico City, Mexico, Porto Rico, aux Antilles. Ensuite, j’irai en Amérique du Sud, au Brésil. J’ai un programme chargé ! Marcus et moi voyageons souvent ensemble. Et j’ai prévu avec Horsemouth de réaliser de nombreuses choses, toujours liées à la musique. Donc, il y a beaucoup de projets à venir récemment.

Que voudriez-vous donner comme conseil aux lecteurs de cette interview ?

Rappelez-vous toujours des choses positives de votre vie. Soyez reconnaissants pour ces bonnes choses qui vous arrivent, car la vie n’est pas facile. Beaucoup de personnes ont des problèmes de dépression et le seul moyen de pallier à ce problème est de rester positif. Soyez reconnaissants pour la vie, pour les simples choses que nous avons tous. Mon dernier message serait « Souvenez-vous que même quand la vie est difficile, elle possède malgré ses propres bénédictions et c’est ce qui rend la vie parfaite ».