Corners Of My Mind de Tanya Stephens et Sanjay

TanyaStephensVEVO

Cette chanson m’a fait simplement perturbée à la première écoute… Tanya Stephens a signé son grand retour sur le devant de la scène en fin d’année 2013 avec son neuvième album intitulé Guilty.

Cet album, dont je n’avais jamais entendu parlé avant la commercialisation de ce single Corners of My Mind, possède 16 chansons reggae toutes plus attractives que les autres. Je vous écrirai peut-être une chronique dessus un de ces jours… En attendant, cette chanson, qui réunit Tanya Stephens et Sanjay, et qui est d’ailleurs le seul featuring de Guilty, est juste un diamant à l’état brut !

Tout d’abord, ce sont les sonorités de ce morceau qui m’ont tout de suite plu. Il s’agit d’un mélange de reggae et de dancehall dans lequel la guitare électrique fait son apparition par moments pour accentuer toute la notion tragique des paroles de cette chanson d’amour. On comprend, si on écoute cette fois les paroles de Corners of My Mind, que ce titre défend le point de vue bien différent de deux personnes ayant été en couple. C’est bel-et-bien la femme qui a pris la décision de mettre fin à cette relation qu’elle ne jugeait pas saine. L’homme apparaît ici comme quelqu’un de nostalgique, qui voudrait que son ex lui donne une autre chance. Il n’arrive pas à comprendre pourquoi tout est fini entre eux et voudrait juste qu’ils soient ensemble, même si cette relation ne doit être qu’amicale. Il ne se voit pas vivre sans cette femme.

Et c’est ensuite ce clip, qui m’a juste bouleversé… Dans cette vidéo, Tanya Stephens joue le rôle de la femme qui souhaite sa liberté. Elle arrive accompagnée chez son ex, interprété par Sanjay, afin de récupérer les affaires qu’elle a laissé chez lui. Alors qu’elle répertorie l’ensemble de ses affaires, elle tombe sur un bracelet qui lui a été offert par son ancien amant. Les différents champs de caméra proposés nous laissent entendre que ce bracelet a une énorme valeur sentimentale. En effet, il s’agit d’un cadeau de Sanjay, et presque de manière nostalgique, Tanya se retrouve dans les bras de son ex. Alors qu’on croit au renouveau de leur flamme, petit à petit, on comprend que c’est en réalité un amour égoïste que ressent l’homme. Il sort en effet un pistolet et Sanjay accentue la portée de son geste, en chuchotant au creux de l’oreille de son amante morte les mots "Can i remind you of words like 'Forever'".

On comprend alors que la vidéo, et finalement cette chanson, est un hommage aux femmes qui subissent la violence de leurs partenaires. Par ailleurs, ces deux statistiques impressionnantes nous sont proposées en fin de clip :

According to a 2013 global review if available data, 35 per cent of women worldwide have experienced either physical and/or sexual intimate partner violence or non-partner sexual violence.

Un Women

Some national violence studies show that up to 70 per cent of women have experienced physical and/or sexual violence in their lifetime from an intimate partner.

Un Women

Je ne sais pas ce que vous penserez de cette fin tragique, ni de cette chanson, mais pour le coup, c’est assurément l’un des titres qui m’aura le plus marqué en ce début d’année 2014. Corners of My Mind est définitivement un de mes coups de cœur du moment !

Rockers Rockers Rockers Festival

Waldemar Stoffel

Comme certains d’entre vous le savent déjà, j’ai eu la chance d’assister à la grande première du Rockers Rockers Rockers Festival ! L’évènement était organisé par MC*5 Productions, une agence de booking professionnel dont le principal objectif est de promouvoir les artistes à travers des concerts et des festivals à l’échelle de l’Europe.

Pour en revenir à la soirée, bien avant que le show ne démarre, plusieurs évènements ont mis à mal la patience du public. C’est ainsi que l’on apprend l’absence de Vybz Kartel, qui était pourtant affiché en tête d’affiche des artistes du festival. Je crois que ce qui a cruellement blessé le public en réalité (ou en tout cas les personnes qui étaient proches de moi), c’est le manque d’informations officielles face à cette nouvelle. Aussi, contre toute attente, c’est dans un Zénith à peine éclairé que l’on patiente. De tous les concerts auquels j’ai assisté, c’est la pire attente que j’ai connu. Mais cela ne m’a bien évidemment pas empêché d’apprécier l’excellente performance des artistes présents par la suite !

C’est avec Gappy Ranks, un jeune artiste en provenance de Grande-Bretagne, que démarre le festival ! Il nous interprète pour commencer un puissant « Tightest Punanny », titre qui figure sur l’excellentissime Tsunami Riddim produit courant 2010. Puis, afin de fidéliser le public parisien présent dans la salle, il décide de poursuivre son show avec des chansons tout droit sorties de son dernier album Put The Stereo On. Il commence donc avec « Mountain Top », un reggae aux sonorités classiques rappelant les riddims des années 90. C’est ensuite la chanson éponyme de son album « Put The Stereo On » qu’il nous offre suivie de « Pumpkin Belly ». Ces chansons ont la particularité de posséder une version instrumentale posée permettant au chanteur un certain nombre de libertés quant à son interprétation. Pour ravir tous les romantiques — comme moi ;) — c’est avec « Heaven In Your Eyes » qu’il enchaîne avant de nous chanter également « Longtime ». Gappy Ranks termine sa représentation avec « Stinkin Rich », un titre plutôt dancehall qui lui aura permis d’acquérir la notoriété internationale qu’il possède désormais.

Alors que jusqu’à maintenant, nous avions le droit à des versions instrumentales jouées sur des platines, c’est désormais le Ruff Cutt Band qui s’installe sur la scène du Zénith. Cet orchestre composé de nombreux musiciens, tous aussi bons que les autres, s’est formé en 1980 (il a donc fêté son trentième anniversaire l’année dernière) dans des quartiers londoniens. Les membres de ce groupe ont l’habitude de jouer ensemble tant la liste des artistes qu’ils ont accompagné est grande : on retrouve parmi eux Freddy McGregor, Alton Ellis, Al Campbell, Dennis Brown, Prince Far I, Dillinger ou encore U-Roy par exemple. Et c’est donc avec une joie sans pareille qu’ils se sont joints aux artistes présents ce soir-là. La première chanson qu’ils vont chaperonner donne lieu à la première surprise de la soirée : Sherieta, une jeune femme à la voix en or ! Cette artiste, que je ne connaissais pas jusqu’alors, m’a simplement touché par son grain de voix, sa tessiture et sa joie de vivre. Elle ne restera malheureusement que le temps d’une chanson « Reggae is Life » durant laquelle elle nous dévoile son amour pour la musique « I shall sing as long as I live » et tout particulièrement sa passion pour le reggae : « Reggae music is the bread and water ». Cette compositrice, qui mériterait d’être mieux connue à mon sens, avait, d’ores-et-déjà, posé sur Strictly the Best vol.40 avec la chanson All in the Name of Love, qui lui a voulu un franc succès.

Vient ensuite Duane Stephenson, qui poursuit le show du Rockers Rockers Rockers Festival avec sa chanson « Nah Play », un reggae dans lequel il déclare son espoir en un monde meilleur en recommandant aux jeunes de son pays de ne plus utiliser les armes et répondre par la violence. Et ce n’est autre que Dean Fraser, saxophoniste hors pair, qui accompagne Duane Stephenson tout au long des chansons de son répertoire. D’ailleurs, j’ai personnellement été bouleversée par la prestation de Dean Fraser : je sais que les chances pour qu’il me lise sont infimes mais son implication faisait tout simplement plaisir à voir ! Il m’a tout simplement envoûtée ! C’est ensuite un puissant « Ghetto Pain » qui retentit dans la salle du Zénith, suivi d’un de mes coups de cœur de cette soirée, l’interprétation de « Soon As We Rise » sur le Classic Riddim. Pour ce titre, Duane Stephenson est accompagné de Sherieta, qui remonte sur les planches de la scène pour l’occasion. Ce morceau est originellement un duo de l’artiste et de et Ras Shiloh datant de l’année dernière. J’ai simplement adoré le spectacle plein d’amour que les deux artistes nous ont offert lors de la représentation de cette chanson ! Duane Stephenson interprètera ensuite « Cottage in Negril » et comme une évidence, « August Town » pour finir.

Il laisse la place au groupe mythique formé par Chaka Demus et Pliers, réunis ce soir-là à Paris pour le plus grand plaisir de tous les parisiens ! Et avec eux, pas le temps de respirer ! C’est avec un rythme effrené qu’ils nous proposent une avalanche de tubes, ceux qui les ont conduit à la renommée internationale qu’ils ont depuis quelques années. Ils arrivent avec leur méga tube « Gal Wine » avant d’enchaîner sur « Winning Machine ». Puis, ce sont avec les morceaux « Ruff This Year », « She Don’t Let Nobody » et « Tease Me » que les artistes se dévoilent un peu plus au public. J’ai alors été particulièrement frappée par le dynamisme de Chaka Demus et la magnifique voix de Pliers. En les observant attentivement, on comprend aisément l’origine de leur popularité. Dès les premiers accords de la version instrumentale du Bam Bam Riddim, l’auditoire est à son comble ! Chacune des paroles de « Bam Bam » et de « Murder She Wrote » sont chantées, dansées, fredonnées et agitées. C’était un moment assez exceptionnel : voir et mesurer l’importance de ses chansons dans le temps, tout en observant le duo les chanter comme si le temps s’était arrêté et que l’on était encore en 1992. Chaka Demus et Pliers finissent avec plus de douceur en interprétant « Twist and Shout », dont la version originale qui date de 1963 appartient aux Beatles.

C’est au tour de la chanteuse que j’attendais probablement le plus : Tanya Stephens. Tanya Stephens est une chanteuse qui m’a toujours touché de par sa voix, les paroles de ses chansons et sa capacité à communiquer son émotion au moyen de ses écrits. C’était donc un réel privilège pour moi de pouvoir l’entendre chanter « en vrai » ces morceaux qui ont traversé mon adolescence. Tanya Stephens décide d’enflammer la salle en nous proposant tout d’abord un petit medley reprenant « Handle The Ride » du Lecturer Riddim, « Can’t Touch Me No More » sur le Diwali Riddim et « Yuh Nuh Ready Fi Dis Yet » du Joy Ride. Puis, c’est avec les plus grands de ses classiques que l’artiste décide de continuer son show. Elle décide donc de nous interpréter « Boom Wuk », une chanson tirée de son album Gangsta Blues dans laquelle elle déclare à son amant les raisons pour lesquelles elle succombe à son charme. Elle poursuit avec « Good Ride » du Juicy puis « What’s The Story » du Rollin Riddim avant de chanter un magnifique « Can’t Breathe » remarquablement joué pour l’orchestre qui l’accompagnait. Les premières notes du Security Riddim m’ont complètement bouleversé. Cette chanson parle de la souffrance d’une femme suite au mal que lui a causé l’homme qu’elle aimait. Tanya y demande finalement un juste retour des choses, et les anglophones présents à mes côtés ont entonné le refrain d’une voix forte. Elle continue avec After You du Drop Leaf Riddim, un dub datant de 2005 sur lesquels se sont illustrés Morgan Heritage, Sizzla, Gentleman, et j’en passe… Tanya Stephens invite ensuite la belle Diana Rutherford à nous rejoindre le temps d’une chanson : c’était une adorable surprise à mon sens ! Cette dernière nous interprète alors la toute première chanson que j’ai connu d’elle, à savoir « Missing You » — pour la petite histoire, il s’agit d’une chanson que je chantais alors que j’étais en terminale. Puis, Tanya Stephens reprend son micro pour nous offrir « What a Day », « Little White Lie », « These Streets » et pour conclure un triomphant « It’s a Pity! » du Doctor’s Darling. Sa prestation était à son image : une grande simplicité assortie d’un rire communicatif. :)

Richie Spice est le prochain homme à entrer en piste. Il arrive sur le I Swear Riddim avec sa chanson « Marijuana ». Et Paris accueille son naturel avec une bienveillance sans pareille. Richie Spice va se montrer joueur, fêtard, ambianceur et charmeur tout au long de sa prestation. Cet homme, véritable légende en Jamaïque, est fier de ce qu’il vaut et de ce qu’il est, et est bien décidé à nous le prouver. L’artiste déclame alors un somptueux Blood Again sous les cris du public, juste avant de l’attiser avec « Earth A Run Red » du Sweet River Rock, un véritable appel à la paix. Puis, mi-amusé, mi-interpellé, Richie Spice nous déclare à quel point sa couleur de peau, qui est la sienne, il l’aime et la chérit. Il lance une pique envers ceux qui se blanchissent la peau, dans un contexte polémique que la Jamaïque connaît en ce moment, en guise d’introduction à « Black Like A Tar », « Black Woman » et enfin « Brown Skin » du Heavenly Riddim, une des chansons de son répertoire que j’affectionne tout particulièrement, car il y fait preuve de passion pour la femme de couleur. C’est ensuite « Soothing Sound » emprunté à son album Book of Job et « Gideon Boot ». Joueur, l’artiste nous lance des « When I say ‘Richie’, you say ‘Spice’. ‘Richie’?! » avant de nous lancer un magnifique « Youths Dem Cold » et de finir judicieusement son show avec « The Plane Land ».

C’est ensuite au tour de Gyptian de nous rejoindre sur les planches d’un Zénith complètement comble. Il démarre sa performance avec « Is There A Place », un titre qui revendique un peu d’amour pour le monde, une chanson directement adressée à la société actuelle dans laquelle nous vivons qui laisse place à beaucoup de violence. Il poursuit, en grand reggae lover qu’il est avec « You’ll never know ». Puis, ce sont les couplets de « Mama don’t cry » et de « My Fadah Seh » qui résonnent au Zénith de Paris. C’est d’ailleurs un show plutôt reggae que dancehall que nous offre l’artiste ce soir-là. Le public, peut-être moins connaisseur à ce niveau, le laisse chanter seul (ou presque) sur les chansons « Nobody No Cry » et « Jah Jah See Dem A Come ». En revanche, toutes les femmes du Zénith s’accordent à chanter le puissant « Butterfly », un morceau dans lequel il déclare sa flamme à l’être aimée. Gyptian s’élance ensuite dans un medley comprenant les chansons « Girl I Love You », « School Girl » et « What A Woman » avant d’être noyé par les hurlements quand « I Can Feel Your Pain » est joué par le Ruff Cutt Band. Il enchaîne avec « Sensi », puis, dès lors où Gyptian commence son « Serious Times », son show prend une nouvelle tournée, cette fois un peu plus dancehall. Il garde son entrain et continue avec trois de ses plus grands hits à l’heure actuelle à savoir « Nah Let Go », un « Beautiful Lady » d’une durée de plus de cinq minutes (un réel privilège pour nous) et bien évident « Hold Yuh », le morceau sur lequel il décide de nous quitter.

Jah Cure est le dernier chanteur à nous inviter dans son univers. Et c’est avec « Longing For » du Drop Leaf Riddim qu’il fait son entrée sur scène ! Il jouera de son romantisme pour charmer les femmes de son auditoire — il arrive d’ailleurs vêtu d’une chemise, et n’hésite pas à nous témoigner son amour en nous énonçant des I love you all sous une tonnerre de cris ! La gente féminine semble combler par cet élan de sensibilité et l’artiste ne cesse de la ravir en lui envoyant à tour de rôle des marques d’affection. Lorsqu’il reprend le premier couple de cette chanson, il prononce un « To prove to you my love » fort et c’est en chœur que lui répond le public « Is so deep within… ». Jah Cure continue avec « Jah Bless Me » du Sweet River Rock Riddim en dansant préalablement au magnifique « Sticky » du Jamdown Riddim. C’est alors qu’il fera un court à Bob Marley en reprenant quelques vers de « Is This Love, qu’il associe à une chanson figurant dans le répertoire du Seasons Riddim : « Love Is ». Il encouragera même le public à participer à cette chanson en nous adressant fièrement un « Sing ! » lors d’un des refrains de cet hymne à l’amour. Après nous avoir remercié d’être présent avec lui ce soir-là, et après nous avoir garanti qu’il nous donnera encore de la bonne musique, il entame un somptueux « To Your Arms of Love », chanson présente sur le Guardian Angel Riddim — j’étais assez émue de l’entendre interpréter ce titre en particulier — et il descend auprès de son public pour serrer la main des personnes les plus proches de la scène. Un réel ambianceur, il se déshabille et se présente en tee-shirt face à son auditoire. Viennent ensuite « Sunny Day », « Kings In The Jungle » et « Nah Build Great Man » du Sweet Sop qui nous sont offerts, avant un triomphant Journey. Jah Cure invite ensuite Phyllisia sur la scène pour qu’ils snous chantent ensemble tout d’abors « Unconditional Love », puis naturellement « Call On Me ».

Pour ma part, le Rockers Rockers Rockers Festival était un joyeux évènement mettant à l’honneur aussi bien des artistes dont la carrière n’est plus à prouver que des artistes un peu moins connus qui mériteraient à émerger. La salle était comble, et hormis le manque d’informations quant à l’absence de Vybz Kartel, le public a pu repartir après plus de trois heures de show entièrement reggae/dancehall. United Reggae vous propose de découvrir le Rockers Rockers Rockers Festival en photos.