Nouvel Air de Kenyon

Depuis le 30 juin dernier, Kenyon, le jeune prodige du reggae et du hip-hop français, nous propose Nouvel Air. Ce nouvel opus de l’artiste est un EP de sept titres, disponible en téléchargement gratuit sur son site.

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Depuis le 30 juin dernier, Kenyon, le jeune prodige du reggae et du hip-hop français, nous propose Nouvel Air. Ce nouvel opus de l’artiste est un EP de sept titres, disponible en téléchargement gratuit sur son site.

Nouvel Air se veut exclusivement reggae. Chacune des chansons interprétées par Kenyon sont liées à ce que le chanteur a pu observer de notre société actuelle. Il se fait porte-parole de la nation quand il dénonce les inégalités qui perdurent sous notre Vème République. Et c’est pour moi une réelle satisfaction d’observer l’évolution de Kenyon dans le monde la musique. Cet artiste, dont j’ai pour la première fois entendu parler grâce à son duo avec Taïro Garde Espoir, a parcouru bien du chemin depuis 2005, alors qu’il commençait à chanter dans le groupe ECK, Etat Critik Krew. Sa voix ne cesse de mûrir et ses textes sont de plus en plus poignants. Son amour pour la musique, comme il le dit lui-même avec Music, la première chanson de "Nouvel Air", soigne ses maux, « il l’a dans la peau ».

Kenyon invite également Taïro, Tiwony, Dragon Davy et Sir Samuel le temps d’une chanson sur cette compilation, le remix de Qui Est Coupable ?. Mais, Nouvel Air reste bien une œuvre entièrement consacrée aux seules pensées de cet artiste dont la popularité ne devrait cesser de grandir.

Nouvel Air en pleine décomposition

La première chanson de Nouvel Air, Music, est un texte reflétant l’amour de Kenyon envers la musique. La musique c’est son meilleur moyen d’expression, celui qui lui permet d’évacuer, de libérer son stress et ses perturbations quotidiennes. La musique le « frappe au cœur » et « apaise ses propos », si on en croit ses propres paroles. Kenyon a toujours eu cette capacité de grande élocution vocale, ce qui lui donne la possibilité de débiter un maximum de mots en un minimum de temps. Un talent par lequel j’ai toujours été impressionnée. Et tout au long de cet album, Kenyon va user de cette aptitude pour réciter des textes qui se veulent conscients sur des sonorités profondément reggae. Music est donc la première chanson qui nous donne l’occasion d’assister à ce genre de récital.

Qui Est Le Coupable ? est la deuxième chanson de Nouvel Air. Et wow, cette chanson m’obsède totalement ! Qui Est Le Coupable ? possède un texte assez engagé dans lequel Kenyon ne mâche pas ses mots pour dénoncer le manque de justice et d’harmonie au sein de notre gouvernement. Il se questionne au sujet des actions menées par l’État et la police qui sont censées viser à remettre l’ordre, car bien malheureusement, le résultat n’est pas aussi flagrant qu’il devrait l’être. Sur le plan musical, cette chanson est l’une des plus abouties de cet EP. Kenyon utilise ici une base instrumentale forte en guitare basse.

Toujours sur des sonorités très reggae, Kenyon interprète ensuite Avant Que Le Soleil Se Couche. Cette chanson est chantée sur deux rythmes : un premier presque classique je dirais, et l’autre possède un tempo saccadé que l’on retrouve dans certains couplets de ce morceau. Avant Que Le Soleil Se Couche est une chanson qui nous incite à jouir de la vie. C’est finalement une sorte de carpe diem que nous proclame Kenyon avec ce titre. Avant Que Le Soleil Se Couche fait référence à la fin de la vie, et c’est ainsi que le chanteur nous ordonne presque de profiter de chaque instant, avant qu’il ne soit trop tard. "Profitons comme si demain n’allait jamais venir, Passons ces dernières heures à vivre, Avant que le soleil se couche."

Quatrième chanson de Nouvel Air, Preneur de Mic est probablement la chanson que je préfère de cet album. Ce morceau commence avec la fameuse introduction reggae "When the lion is sleeping, never you try to wake him" que Johnny Clarke a été le premier à prononcer pour sa chanson Don’t Trouble Trouble. Cette introduction, on peut par exemple la retrouver sur la chanson de Damian Marley et Sean Paul Riot. Et c’est d’ailleurs l’instru de cette dernière que Kenyon décidé de reprendre ici pour énoncer son texte. Cette chanson est à l’image de ce que réalise Kenyon en concert : il prend le micro et fait son taf. C’est donc lui le « preneur de mic » : "Quand la foule demande, Je fais ce qu’il faut quand ça bouillonne en face, Ils lèvent les flammes et la main bien haut, Je prends la salle en otage, Juste besoin d’une latte et d’un micro pour faire le taf, Je relève leur salle et laisse des marques".

Où Ça Mène est une chanson écrite pour toutes les personnes tentées d’emprunter des chemins malhonnêtes pour arriver à leurs fins. Kenyon met en garde ces personnes, car bien qu’elles arrivent à tirer profit de leurs actes pendant un temps, elles finissent généralement par tomber plus bas que terre. Il évoque aussi ce sentiment d’égoïsme qui nous envahit, si l’on rentre dans le moule de cette société. On vit « chacun pour soi », et l’on se préoccupe bien moins de son prochain, alors que personne ne sait vers quoi tend notre avenir.

Où Ça Mène rappelle aisément Vers Quoi On Court, une chanson qui date en réalité de l’année dernière. Kenyon avait emprunté cette version instrumentale aux jamaïcains. En effet, en décembre 2012 sortait le Tropical Escape Riddim, un riddim purement reggae qui avait fait longuement parler de lui, comme la chanson de Tarrus Riley Gimme Likkle One Drop. Pour Nouvel Air, c’est cette fois une version acoustique de cette chanson que Kenyon nous offre. A l’image de la chanson précédente, Vers Quoi On Court tend à nous sensibiliser sur les directions que l’on prend pour avancer dans notre vie.

Je n’ai volontairement pas associé cette dernière chanson de l’EP, Qui Est Le Coupable ? Remix à la première version que je vous ai décrite un peu plus tôt. Cette fois, Kenyon est bien entouré pour délivrer toujours ce même message d’opposition à nos conditions dans la société actuelle. Et c’est donc aux côtés de Taïro, Dragon Davy, Sir Samuel et Tiwony que Kenyon décide de mener à bonne fin Nouvel Air. Ce dernier titre se retrouve d’ailleurs également sur la Street Tape vol. 4 de Taïro.



TRACKLIST :
01 – Music
02 – Qui Est Le Coupable ?
03 – Avant Que Le Soleil Se Couche
04 – Preneur De Mic
05 – Où Ça Mène ?
06 – Vers Quoi On Court (Acoustique)
07 – Qui Est Le Coupable ? featuring Dragon Davy, Taïro, Sir Samuel & Tiwony

Reggae Xplosion

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Le Reggae Xplosion se déroulait au Glaz’art de Paris, une salle que j’ai trouvée grande et assez conviviale, car finalement on était très proches des artistes présents sur la scène. Ce show a réunit les quatre personnalités suivantes : Ronegga, Kananga, Tiwony et Turbulence.

Découvrez le Reggae Xplosion en vidéos ! UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube.

Ronegga est le premier à monter sur les planches du Glaz’art. C’est un jeune chanteur de hip-hop/reggae que j’ai, pour ma part, découvert ce soir-là. Ses chansons reposent généralement sur des thèmes d’actualité. Il nous propose ainsi ce dimanche des morceaux tels que « Ils posent des bombes » ou « Quand je me réveille à côté de toi » par exemple.

L’artiste qui assure la suite du show est Kananga, un chanteur jamaïcain qui mériterait selon moi d’être mieux connu. Il débute avec « Suffers through the years », un titre présent sur le He Speaks Riddim. Je tiens d’ailleurs à souligner que l’orchestre accompagnant l’artiste sur ce morceau nous offre une version juste excellente de cette chanson ! On assiste alors à une performance du chanteur juste impressionnante ! Il nous interprète un excellent « See your face again ». Puis, il enchaîne avec des titres sur des riddims bien plus connus comme « Like Your Style » sur le Handle Riddim ou « Better Must Come » du Father Jungle Rock. Ça aura été un plaisir sans pareille de découvrir en live Kananga car il a une aura particulière, que l’on ne perçoit pas uniquement à sa voix.

C’est en troisième lieu à Tiwony de nous rejoindre sur la scène du Glaz’art. Il débute sa performance avec « Priyé Jah » sur le Purple Ting Riddim, un morceau qui a connu un fort succès dans les Antilles françaises lors de sa sortie. Et c’est avec une joie manifeste que Tiwony nous livre ensuite « Oupatebizwentousa » du Black Marianne Riddim puis « Viv la vi ». L’artiste nous offre également « Une vie de chien », « Never Give Up » et « Ka nou ka atan ankô », mon petit coup de cœur personnel de la soirée. Il nous présente également des exclusivités dancehall dont « Ça court après la maille » ou « Cité Soleil », chanson éponyme de son nouvel album à venir, prévu pour le mois d’avril 2011. Après plus d’une heure de show, Tiwony termine avec « Ils veulent du fyah ».

Puis, le silence fait son apparition et la magnifique voix de Turbulence parcourt la salle.« Bongo Congo » se fait alors entendre sous une nuée de cris. L’artiste entre finalement sur la scène avec « Life Is Not a Game », un titre présent sur le Doctor’s Darling, et c’est le public qui se charge de jouer les chœurs du chanteur. Il nous interprète ses chansons les plus connues comme « Got No Love » du Playlist Riddim, un « Repatriate » du Rose Apple Riddim que j’ai trouvé excellent et « Poor Man Place ». La meilleure partie vient sans doute à la fin du show quand tous les artistes présents, à l’exception de Ronegga, remontent sur la scène et nous propose un show exclusivement dancehall d’un rythme complètement effrené.

En bref : bien que peu de personnes se soient déplacées pour l’évènement, à mon sens, le Reggae Xplosion a su tenir son public en haleine tout au long de la soirée. Je déplore, en revanche, le manque de lumière que possédait le podium du Glaz’art ce soir-là.