Pierre Aliker est mort

Pierre Aliker
Marie-Claire Delbé

"Quand la mort se présentera, je l’embrasserai sur les deux joues et je lui dirai : 'Tu es en retard'.", tels sont les mots qu’avait déclaré cet illustre homme en 2004 sur RCI… Et c’est à l’âge de 106 que s’est éteint le 5 décembre 2013 à Fort-de-France le docteur Pierre Aliker. Frère du politicien André Aliker et proche d’Aimé Césaire, Pierre Aliker était un personnage emblématique de la Martinique. Il avait été admis à l’hôpital Pierre Zobda Quitman très exactement la semaine dernière après une chute chez lui. Celle-ci lui a valu une fracture du col du fémur selon le webmagazine DomActu.

Pierre Aliker était avant tout un médecin, le premier homme martiniquais interne aux hôpitaux de Paris. Après une spécialisation en chirurgie, il quitte la France pour son pays natal afin d’exercer son métier sur son île. Le 12 janvier 1934, le corps sans vie de son frère, André Aliker, est retrouvé ligoté à Case-Pilote. André Aliker était journaliste pour le journal Justice. Il y dénonçait les injustices et publia notamment une édition spéciale (celle du 11 juillet 1933) avec des pièces du dossier prouvant la culpabilité du béké Aubéry dans une affaire de fraude fiscale. Dès lors, Pierre Aliker décide de rendre hommage à son frère, en s’habillant quotidiennement en blanc, ce qui lui valu un certain nombre de qualitatif, notamment celui de L’homme en blanc.

En 1945, c’est aux côtés d’Aimé Césaire que s’engage politiquement le médecin martiniquais. Il devient le premier adjoint au maire en 1957 et assume pendant de nombreuses années la gestion de la ville de Fort-de-France. C’est d’ailleurs avec Aimé Césaire, qu’il fonde le Parti Progressiste Martiniquais. Il restera d’ailleurs son vice-président jusqu’en 2005. Il crée également le Syndicat Intercommunal du Centre de la Martinique, aujourd’hui rebaptisé CACEM. Il préside cette communauté de 1997 à 2001.

Le jour de ses 100 ans, le 9 février 2007, le Stade de Dillon devient le Stade Municipal Pierre Aliker. Durant cette inauguration, Serge Letchimy prononce les phrases suivantes en parlant d’Aimé Césaire : "Il lui fallait un homme d’envergure : cet homme a été l’indéfectible Docteur Pierre Aliker. Sans Césaire, il n’y a probablement pas d’Aliker. Mais sans Aliker, il n’y a probablement pas de Césaire. […] L’assassinat de son frère André, en janvier 1934, cimentera entre les deux hommes une amitié intellectuelle qui se changera au fil des ans en fraternité de combat pour la justice et le droit, pour l’identité, la dignité, la responsabilité.". *

En dehors de toutes les considérations politiques que l’on peut avoir aujourd’hui, force est de constater que le parcours de Pierre Aliker n’a pas été anodin dans l’histoire de la Martinique. Sa personnalité aura su toucher l’ensemble de la population martiniquaise.

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