Libèté de G’ny

Copyright : G'ny

Hier, lundi 14 octobre 2013, le premier album de l’artiste originaire de la Guadeloupe G’ny est sorti de manière numérique. Ce premier opus de la chanteuse est un mélange de saveurs créoles à mon sens. On y retrouve, de l’amour, beaucoup d’amour, des messages d’espoir et de liberté, comme l’indique le titre de cet album Libèté. G’ny apporte aujourd’hui une nouvelle dimension à sa musique, tant elle partage tout ce qui font d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Ce nouvel album se veut parfois détonnant, comme lorsque G’ny nous chante Fanm Isi, un titre dans lequel elle exprime les duretés de la vie d’une femme dans notre société. Mais parfois, la chanteuse se contente de nous rappeler ses origines caribéennes grâce à des percussions propres aux îles antillaises, ou tout simplement par ses textes dans lesquels elle avoue sa tendre affection pour la Guadeloupe, comme dans Péyi Mwen, et pour la musique de son pays, comme dans Mizik An Nou. Cet album, entièrement féminin vocalement parlant puisque G’ny choisit Valérie Louri et Jocelyne Béroard pour l’y accompagner, est en somme un très bon moyen de voyager et de découvrir l’univers de cette artiste, qui je l’espère, n’a pas fini de nous étonner. Libèté sortira le 28 octobre en magasin, mais est, en attendant disponible sur Amazon, iTunes et autres sites marchands.

Chronique de Libèté

La première chanson de Libèté est Prèmyé Jou. Cette chanson, semi-acoustique, est un doux mélange d’instruments. G’ny démontre complètement ses origines à travers ce morceau aux sonorités créoles : tambours et guitares se mêlent au groove de cette artiste que je redécouvre aujourd’hui en toute simplicité. Dans Prèmyé Jou, il est question d’amour, plus précisément du sentiment de coup de foudre. La mélodie démarre sur les paroles suivantes : "Mwen sav sa pa fasil a crwè, Prèmyé fwa mwen vwè vou, Mwen té sav sé té vou" (Je sais que ce n’est pas facile à croire, La première fois que je t’ai vu, J’ai su que c’était toi).

L’album se poursuit avec Zozyo É Lapli, un titre plus dynamique dont le rythme est assez original. J’ai apprécié l’univers créé par cette chanson qui nous délivre un message de paix. G’ny nous ordonne de profiter de la vie telle qu’elle est, d’écoutez les oiseaux chanter, d’appréciez la pluie qui tombe, ces petites choses qui font que la vie est belle. Ce deuxième morceau se veut plus audacieux.

Pour poursuivre dans cette ambiance, G’ny nous offre Zyé Ki Lach. Sur cette chanson, elle est accompagnée de Valérie Louri, une artiste originaire de la Martinique connue notablement pour sa chanson Bay Lanmen. Ensemble, elles souhaitent réaliser leurs rêves, et se donnent les moyens pour y arriver. Elles essaient d’avancer à la force de leur courage, en y mettant tout leurs cœurs.

Le premier single tiré de cet album est Fanm Isi, un mélange entre gwo ka, percussions et d’électronique. Je vous en parlais en détail dans un article décrivant le portrait de G’ny l’année dernière. G’ny rend au hommage au courage de la femme à travers cette chanson, car la femme est un poto mitan, un pilier dans notre société.

Un autre des singles apparaît d’ores-et-déjà sur les ondes antillaises. Il s’agit de An Mitan Kè, que j’ai découvert lors de mon retour en Martinique il y a quelques semaines. Cette chanson simplement appelle à l’amour. Ce que j’ai adoré sur ce titre, c’est la nature acoustique de celui-ci, on y entend par moment une flûte qui vient parfaire la portée de la guitare acoustique. Je vous propose d’ailleurs de découvrir cette chanson en fin d’article.

Toujours au son de la guitare, Péyi Mwen Akoustik s’ajoute à mes coups de cœur musicaux. G’ny chante la beauté de son île natale, la Guadeloupe. Je pense que c’est l’une des chansons que musicalement je préfère sur cet album. Dans Péyi Mwen Akoustik, comme dans Péyi Mwen, G’ny revisite la chaleur de la Guadeloupe, cette dernière s’exprimant à la fois par le soleil présent toute l’année sur l’île, et par la gentillesse des insulaires, qui d’un regard ou d’une attention savent comment toucher le cœur d’autrui.

Afrikafé s’impose comme un rappel vers nos origines africaines. G’ny s’imagine vivre en Afrique une enfance heureuse, malgré les conditions dures de la vie en société sur ce continent. Elle y exprime l’insouciance des plus petits face aux difficultés du quotidien.

Dans un autre genre, Mizik An Nou, le titre suivant, contraste avec Afrikafè. Dans celui-ci, la jeune femme souhaite rappeler quelles sont ces sonorités qui sont proches de la Caraïbe avec des percussions franches. Et c’est Jocelyne Béroard qui apporte sa pierre à l’édifice en accompagnant G’ny sur cette chanson ! Celle-ci s’ancre parfaitement dans le monde du zouk, tel que l’ont popularisé le groupe Kassav dans les années 80.

G’ny fait le choix d’inclure Péyi Mwen à cet album. Cette chanson, sortie au courant de l’année 2009, lui avait permis de se positionner sur les devants de la scène musicale antillaise. Ce titre est un véritable hymne à la Guadeloupe, une version où le tambour semble avoir le rôle prédominant tant il apporte en termes de culture et d’authencité.

C’est enfin le titre éponyme de l’album, Libèté qui nous est révélé. La mélodie démarre sur des accords piano et tambour qui apportent un univers une nouvelle fois différent de ce que dégageait la chanson précédente. G’ny joue avec nos émotions habilement dans cet album, et nous permet de voyager à travers des atmosphères inhabituelles et orginales. Dans Libèté, cette artiste guadeloupéenne nous chante : "Entre sa ou vlé é sa ou pé, Ou ka chèché ki moun ou yé, Chak mo ou pa di ka kaché Sa ki an fon kè aw, Sa ou anvi…".

Le Temps d’Aimer est un morceau reggae nous rappelant que l’amour existe, même si souvent il est empreint de souffrances. J’ai adoré cette chanson qui nous dit de garder espoir en l’amour quels que soient nos problèmes. L’amour n’est pas uniquement source de douleur, et peu importe le temps qu’il met à arriver, il vient sans cesse nous combler et nous apporte le bonheur que l’on mérite.

Dans Rouvini, l’artiste exprime son envie de revoir un être qui lui est proche. "Anvi ou santi sa mwen pa ka diw" (Envie que tu sentes ce que je ne te dis pas) sont les mots qui se répètent dans cette chanson, un sentiment l’on éprouve parfois face à quelqu’un que l’on aime. On se retrouve dans cette position où l’on aimerait que l’autre comprenne ce que l’on ressent, sans que les mots viennent tout gâcher. Un joli titre en définitive, qui termine cet album qui mérite largement qu’on lui porte attention.


TRACKLIST :
01 – Prèmyé Jou
02 – Zozyo É Lapli
03 – Zyé Ki Lach featuring Valérie Louri
04 – Fanm Isi
05 – An Mitan Kè
06 – Péyi Mwen Akoustik
07 – Afrikafé
08 – Mizik An Nou featuring Jocelyne Béroard
09 – Péyi Mwen
10 – Libèté
11 – Le Temps D’Aimer
12 – Rouvini

Interview de G’ny

Copyright : Officiel G'ny

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir G’ny, une artiste d’origine guadeloupéenne que j’ai eu l’immense chance d’interviewer il y a quelques jours. Elle sera en show acoustique ce mercredi 16 mai, au Deterw Bar à 20h30. Elle travaille actuellement sur la réalisation de son premier album solo prévu pour l’automne 2012. Et c’est avec une gentillesse sans pareille qu’elle a répondu à toutes mes questions.

La carrière de G’ny

G’ny commence très tôt à chanter. Mais ce n’est pas le premier métier artistique auquel elle se prédestinait étant petite : elle voulait devenir danseuse. En fait, à la base, je voulais être danseuse, chorégraphe. Mais j’ai eu un problème physique, un problème au genou qui s’est déclaré vers l’âge de 14 ou 15 ans, au moment où je devais partir en sports-études. Ce problème m’a empêché de suivre mes cours de danse du moment et donc de progresser. J’ai donc dû remettre en question mon cursus en sports-études. Du coup, étant finalement une artiste forte dans l’âme, j’ai eu le besoin d’exprimer les choses différemment et dans quelque chose d’autre. C’est là que je me suis penchée vers la musique. Ne pouvant pas danser, je me suis retranchée vers cet art et c’est comme ça que la musique est entrée dans ma vie. En 1995, G’ny participe au concours de chant La Pwent aux étoiles organisé par Freddy Marshall. Freddy Marshall est un grand professionnel de la musique caribéenne. Il est connu pour l’amour qu’il porte à la musique antillaise : il sera l’un des précurseurs, l’un des pionners du zouk et participera activement à l’histoire et la reconnaissance internationale de Kassav’. De ce concours, elle gardera à l’esprit que le talent ne suffit pas toujours : il faut se battre et se motiver pour parvenir à ses fins. Son parcours s’arrête ici en demi-finale mais elle sera ensuite recontactée par Freddy Marshall pour la sortir d’un single, qui malheureusement ne verra jamais le jour pour raison de logistique.

En 1998, alors âgée de seulement 16 ans, G’ny fera sa première scène lors du concert de Passi en Guadeloupe, en compagnie du groupe de hip-hop guadeloupéen La Horde Noire, qui se compose des chanteurs Daly, Darkman et Edinyo. Ma première scène, c’était vraiment une très belle expérience. J’étais un peu impressionnée mais bien entourée par les copains donc ça a été. C’est un très bon souvenir pour moi donc un baptême réussi ! Dès lors, elle est de plus en plus sollicitée pour des collaborations musicales en tout genre avec des artistes qui revendiquent les îles et la culture créole dans leurs textes. Ainsi, on la retrouve sur les titres Taspé en compagnie de N’O Clan et Une Pensée en combinaison avec Tiwony et Typical Féfé. Puis, elle travaille avec Darkman et Riko Rekords pour produire la chanson Mr DJ en 2001, un titre qui se révèlera être un tremplin majeur dans sa carrière. Il faut savoir que ce label indépendant a largement contribué à la renommée de la musique créole avec des personnalités comme Fuckly, Riddla, Def B.Y et j’en passe… C’était de la découverte pour moi en fait. Je suis arrivée de façon insouciante, juste pour l’amour de la musique sans vraiment considérer ce qui arriverait derrière. J’avais pas particulièrement l’idée de carrière à cette période là. J’en rêvais comme toutes les petites filles mais j’avais tout simplement envie de chanter. Donc j’ai été bien récompensé je pense, parce que derrière les gens m’ont soutenu. C’était ma découverte du milieu, ma découverte de l’interview, ma découverte de mon talent aussi. Une découverte à tous les niveaux.

G'ny

Deux ans plus tard, elle travaille en collaboration avec Admiral T : G’ny figure sur le premier album de l’artiste Mozaik Kreyol où ensemble, ils interprètent Doum doum. Ce duo est un condensé de paroles conscientes, une chanson qui dénonce les difficultés de la vie quotidienne d’un esclave : "Lévé nonm ! Pa pè pa vansé ! / Sé douvan libèté yé / Réfléchi pou ou sonjé / Vou tou sèl ké pé gangné". Ce titre est né du montage d’un spectacle, que j’ai monté moi-même avec deux autres collaborateurs. Ce spectacle, qui s’appelait Fèy fè pach, était pour la commémoration du rétablissement de l’esclavage. On a décidé de monter une pièce avec tout une trame et de créer des titres inédits. Plusieurs artistes ont participé à la production de ces titres inédits, y’avait le Gwada Nostra, tous les groupes de l’époque, KSS, Admiral T etc. Et on a tous fait des titres en croisé, des titres ensemble, avec toute l’histoire de l’esclave partant d’Afrique. Doum doum est né de là, au départ il n’y avait que nous, on était trois. Et puis, c’est un titre qu’Admiral T avait aimé, et du coup, il m’a proposé de le faire sur Mozaik Kreyol, son premier album. [ Ndlr, en mai 1802, Napoléon de Bonaparte légalise à nouveau l’esclavage après une courte trève de huit années. En 2002, on commémorait donc les deux centenaires de cette loi. ] Ce morceau leur permettront de faire de nombreuses scènes ensemble notamment en France, mais aussi de partir en Afrique, où ce titre a été très apprécié.

En 2004, la carrière de G’ny prend un nouveau tournant. Elle est à l’affiche d’une comédie musicale antillaise La rue Zabym en tant que rôle principal. Cette comédie, créée par Pascal Vallot, est l’histoire d’une jeune marchande qui croit en sa destinée et qui souhaite rencontrer un homme en mesure de respecter ses convictions. L’histoire se passe en 1902 et malheureusement, à cette période historique, les sentiments c’est avant une histoire de couleur de peau. Cette pièce porte réflexion à la condition des femmes, au racisme et au rôle joué par le contexte politique. Elle deviendra un succès considérable au fil des années, si bien que G’ny tiendra ce rôle jusqu’en 2008. Pour moi, l’expérience la plus marquante, même si « Mr DJ » ce sont mes débuts et que c’est le coeur qui parle, c’est vraiment la Rue Zabym. Parce qu’elle m’a permis d’utiliser de toutes les compétences que j’avais déjà, artistiquement parlant. J’ai pu revenir à la danse. Et j’ai envie de dire que c’est le plus grand succès que j’ai pu connaître parce qu’on a tourné pendant quatre années et que ça a été très fort. Ça m’a permis d’avoir confiance en moi et d’oser penser la musique comme un métier. J’ai commencé à avoir des bonnes connaissances de la législation du spectacle. J’ai pu me professionnaliser aussi donc c’est vraiment le début pour moi d’une vraie démarche professionnelle. Elle participera également aux comédies Autant en emporte le vent et Le Roi Lion.

Son véritable retour sur la scène musicale a lieu avec Péyi Mwen, une chanson sortie en 2009. G’ny a été plus que plébiscitée par un public heureux de la retrouver. Les sonorités qu’elle apporte à ce titre se veulent beaucoup proches de ce que l’on a l’habitude d’entendre aux Antilles : tambour, guitare acoustique… C’est d’ailleurs une sorte d’hymne à la tradition, un véritable culte à la Guadeloupe, qu’elle nous offre. La musique de G’ny possède plusieurs couleurs, elle chante au gré de ce qu’elle écoute et souhaite délivrer un message d’amour à tous. Je pense que le propre de ce que je fais justement, c’est un vrai mélange et c’est vraiment à l’image de toutes les influences que j’ai pu avoir. Au tout départ, en tant qu’adolescente, j’ai été fan de Mariah Carey, de Mary J. Blige, du hip-hop français. Puis, j’ai eu envie de retrouver notre essence ethnique : j’écoutais beaucoup de Kassav, du Mario Canonge, du Kali, des choses de ce genre. Avec le temps j’ai appris à diversifier ma culture musicale : je suis une grande fan de la chanteuse de jazz Anita Baker, je l’aime énormément. A la mesure du temps, je me suis ouverte et j’ai commencé à décider plus précisément ce que j’aurais aimé faire par rapport aux chanteuses antillaises que j’ai aimé comme Tanya Saint-Val ou Jocelyne Béroard. Et c’est finalement grâce à toutes ces influences que je suis celle que je suis aujourd’hui.

G'ny

Un album en préparation

Aujourd’hui, G’ny revient avec Fanm isi, une chanson aux rythmiques caribéennes. Ce mélange audacieux de sonorités entre gwo ka, percussions et beat électronique dégage une nouvelle fraîcheur. Elle décrit la femme dans toute sa splendeur à travers ce titre : sa douceur, son assurance, sa timidité et son énergie. Véritable hymne aux combats quotidiens de la femme, Fanm isi rappelle à tous que les femmes se cachent souvent derrière une apparence solide pour dissimuler sa fragilité, mais que c’est cette même sensibilité qui est sa force. Un remix de ce morceau existe, et c’est avec Admiral T que G’ny choisit d’être accompagnée sur ce titre. Un choix qui s’est révélé naturel pour la jeune artiste : Il fallait quelqu’un de disponible pour camper l’homme, l’homme le vrai (rires). Et, pour moi c’était évident que c’était lui, parce qu’on avait déjà collaboré, parce qu’on se connaît vraiment. En plus, il aimait beaucoup le titre. Ça été assez systématique, ça s’est passé assez rapidement. Il a répondu « oui » direct.

Comme je vous en parlais précédemment, G’ny travaille actuellement sur la réalisation de son premier album, prévu courant septembre. Elle tient à ce que celui-ci fasse l’effet d’une surprise. Globalement, il sera à l’image de ce qu’elle est. Cet album sera acoustique, mais aussi beaucoup plus authentique, écclectique et urbain : un mélange de saveurs. Les thématiques abordées y seront surtout la femme et l’amour. De belles combinaisons sont prévues, mais là encore, la surprise reste entière quant à l’identité des protagonistes. Elle souhaite surtout pouvoir toucher le monde créole dans un premier temps, et pense que sa musique a la capacité d’être suffisamment ouverte pour voyager : la musique est universelle. En attendant de pouvoir découvrir ses nouveaux titres, je vous propose d’écouter Fanm Isi grâce au clip tourné à Paris, situé ci-dessous.

Connaissez-vous Mischu Laikah ?

Copyright : Kevin Tuhumury

Mischu Laikah, de son vrai nom Mischu Laikah Richardson, est une chanteuse à la voix ambrée que j’ai entendu pour la première fois il y a quatre ans avec le titre I Wish. Cette artiste néerlandaise d’origine caribéenne (St. Maarten, Saint-Martin) mériterait d’être mieux connue, c’est la raison pour laquelle aujourd’hui je vais vous dresser son portrait en quelques mots.

Mischu Laikah a pour instrument de prédilection sa guitare, mais est aussi capable de jouer au piano. La musique fait entièrement partie de sa vie depuis son plus jeune âge. Sa mère aura été sa première source d’inspiration et c’est d’ailleurs grâce à elle que Mischu Laikah a pu développer son propre univers musical que je situerais entre la soul et le reggae. Elle est notamment reconnu dans le monde du reggae pour ses participations diverses avec des artistes comme Mojo Morgan des Morgan Heritage ou encore Mr. Perfect sur le titre Rasta Lovin. Je pense que ce qui fait d’elle une grande chanteuse c’est sa capacité à rester simple et posée dans tout ce qu’elle entreprend. L’an dernier, elle nous offrait le magnifique Calling Out For Love sur le Sweet Baby Riddim, qui réunit aussi Sizzla, Luciano ou Anthony B. Dans son répertoire, on trouve des chansons aux messages poignants comme dans Strong Woman, qui est un hommage aux femmes de ce monde, ou encore Things You Do, une déclaration à l’homme qu’elle aime.

Amateurs de musique authentique et acoustique, je vous recommande vivement d’écouter Mischu Laikah. Elle serait actuellement en train de travailler sur son premier album solo Life Love Music *.

Interview de Sebastian Sturm

Copyright : Thomas Schermer

J’ai rencontré Sebastian Sturm au mois d’octobre 2011 alors qu’il était en pleine promotion de son nouvel album dans la ville de Paris. Sebastian Sturm est un chanteur de reggae accompli depuis plus de six ans. Il a bouleversé la scène internationale du reggae en 2006 avec son premier album THIS CHANGE IS NICE écrit en collaboration avec le Jin Jin Band. Aujourd’hui, il revient avec GET UP & GET GOING, un troisième album travaillé en collaboration avec le groupe Exile Airline. Vous trouverez donc le compte-rendu intégral de cette rencontre ci-dessous.

Quand la musique est-elle devenue ton principal centre d’intérêt ?

La musique a toujours fait partie de ma vie. Je suis vraiment né dans cet univers et j’ai commencé à jouer de la guitare vers l’âge de sept ou huit ans. Je me suis découvert une passion pour cet instrument vers l’âge de dix ans. Mais c’est bien plus tard que j’ai commencé à jouer du reggae et du roots, vers l’âge de dix-neuf ans je dirais : j’ai réellement été touché par la musique de Bob Marley.

Avant que tu n’entres dans l’optique de jouer du reggae, comment as-tu compris que tu devais chanter ?

J’ai commencé le chant en même temps que la guitare. Très vite, je me suis senti attiré par le monde de la musique. J’avais pour habitude de jouer dans différents groupes avant que le reggae ne vienne bouleverser ma vie. Dès lors, je me suis complètement inspiré des chansons de Bob Marley. Je n’ai jamais fait d’école de chant, alors je me demandais constamment comment il arrivait à manier sa voix comme bon lui semblait. Aujourd’hui, chanter c’est ma passion.

Tu as d’ailleurs souvent été comparé à Bob Marley par la presse. Penses-tu que cela t’auras permis d’avancer dans ta carrière, ou qu’au contraire cela te positionne dans son ombre ?

Oh non! Je pense que toutes les personnes qui écoutent du reggae adoreraient marcher sur les traces de Bob Marley et être dans son ombre. A mon avis, ce n’est pas quelque chose de négatif : c’est plutôt un compliment ! Bob Marley, c’est vraiment le chanteur qui m’aura amené dans le monde du reggae. Et maintenant que j’en fais aussi et que j’essaie d’en vivre, je suis heureux que l’on puisse me comparer à l’illustre homme qu’il était.

Et quand tu étais jeune, il y a-t-il d’autres musiciens qui t’ont influencé ?

Quand j’étais jeune, j’étais un grand fan de Nirvana et de NOFX. J’adorais la musique provenant de San Francisco ou Seattle. C’est bien plus tard que la musique jamaïcaine est entrée dans ma vie.

Pour la réalisation de ton nouvel album GET UP & GET GOING, tu as travaillé avec le groupe Exline Airline. Quand et comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Eh bien, ça a commencé l’an dernier, alors que je quittais mon ancien groupe, le Jin Jin Band. Nous voulions enregistrer un troisième album ensemble dans un premier temps. Mais nous avions différents points de vue sur la manière de réaliser celui-ci. Après cinq ans ensemble, nous sommes restés en très bons termes. C’est juste qu’en studio, je me suis senti prêt à franchir cette troisième étape, en travaillant davantage sur moi-même et en rencontrant d’autres personnes. Et donc, j’ai commencé à travailler avec Philip Breidenbach. Il s’agit du producteur de l’album, il en est à ses débuts. En l’espace de quelques mois, nous sommes parvenus à enregistrer cet album. C’est vraiment une nouvelle et superbe expérience pour moi d’avoir la chance de travailler avec ces personnes, que l’on puisse arriver à produire quelque chose de bon ensemble.

Qu’est-ce-que cette collaboration a donc apporté de plus à l’album ?

Ils m’ont apporté diverses influences. Il faut savoir que dans le groupe, je suis le seul à vraiment écouter du reggae du matin au soir. Les autres gars ont d’autres univers musicaux. Cela m’aura permis de m’ouvrir et d’essayer de mieux appréhender les goûts et les attentes des gens face à ce nouvel album. L’idée était de faire ces personnes partager un intérêt commun vers ma musique, et ce, malgré leurs différentes orientations et influences. Bien évidemment, on a travaillé sur la base du reggae, mais cela m’aura permis d’expérimenter de nouveaux genres tels que l’Indie Rock Riff par exemple. Je suis vraiment content que cela ait pu être fait — je pense que c’est très important dans la vie d’un guitariste.

Peux-tu nous parler de l’album de manière globale ?

GET UP & GET GOING est un condensé de roots et de reggae. Je pense qu’il s’inspire avant tout de la musique reggae datant des années 70. C’est aussi un répertoire acoustique dont le ton n’est pas vraiment celui du bonheur et de la joie — comme l’on pourrait s’y attendre quand on écoute un album de reggae. GET UP & GET GOING est plutôt empreint de mélancolie mais aussi d’espoir. Certaines chansons sont tristes, possèdent des paroles tristes qui contrastent avec la rythmique positive que leur procure la guitare. Je pense qu’il s’agit d’un mélange qui fonctionne bien.

Où trouves-tu ton inspiration pour écrire ?

Ça peut vraiment être partout. Je commence toujours avec ma guitare acoustique à jouer quelques notes, puis j’essaie de m’exprimer, tout simplement ! J’utilise les rythmiques du reggae comme base. Je ne peux pas vraiment définir d’où vient mon inspiration, "inspiration is my life" (ndlr, "l’inspiration c’est ma vie").

Et comment s’est passé ta collaboration avec Kiddus I, la légende vivante du reggae ?

Dans un premier temps, je souhaiterais vraiment remercier Kiddus pour avoir participer à mon album ! C’était un réel plaisir ! Nous avions participé à un même projet au Reggae Sun Ska il y a deux ans. Nous travaillions avec Jahcoustix en Allemagne. Et nous avions une semaine pour nous préparer à ce projet. Durant cette période, nous avons vécu dans la même maison, et c’est là que nous sommes devenus amis. Je l’ai donc contacté afin de travailler avec lui. J’ai passé quelques jours à Cologne, il a choisi Tear Down The Walls et c’est ainsi qu’est né notre duo.

Quelle chanson préfères-tu sur ce nouvel album et pourquoi ?

C’est une bonne question ! Je les aime vraiment toutes. Je dirais que ma préférée, en ce moment, c’est Children, Don’t Go Blind, probablement parce qu’Exline Airline et moi avons particulièrement travaillé sur cette chanson.

Penses-tu avoir changé au cours des années ?

Peut-être un peu. J’ai voulu montrer à mon public ce que l’acoustique apporte de plus à mes chansons, leur montrer comment celles-ci étaient lors de leur création, comme lorsque j’ai composé Get up and get going ou encore Faith. Ma guitare acoustique uniquement accompagnée de quelques éléments se suffit à elle-même : l’intérêt est d’avoir un rendu minimaliste. J’ai toujours fonctionné comme ça d’ailleurs : il existe des versions acoustiques des chansons figurant sur THE CHANGE IS NICE ou sur ONE MOMENT IN PEACE. Je ne les avais jamais montrées aux gens. Je sens qu’aujourd’hui, il est temps de laisser apparaître cette facette de moi.

Dans la "vraie vie", quel genre de personne es-tu ?

Je suis sensible et je suis compliqué ! Mais je sais parfaitement ce que je veux. Et durant la période pendant laquelle je ne composais plus trop de chansons, j’ai appris à me connaître, et j’ai compris qu’il fallait que je retourne sur le devant de la scène. J’en suis finalement devenu accro et j’ai vraiment hâte de reprendre les lives. C’est mon principal objectif.

Le mot de la fin ?

Aux personnes qui ont aimé les deux premiers albums, j’espère que vous apprécierez GET UP & GET GOING, qui lui possède des sonorités vraiment acoustiques. Je ne veux absolument pas perdre de fans, je veux toucher un plus large public : je veux plus de fans ! Plus sérieusement, je pense que vous allez adorer !

E.sy Kennenga à La Cigale

Copyright : Christelle

Le 1er novembre dernier, j’ai assisté au concert d’E.sy Kennenga à La Cigale, une salle de spectacle située au plein cœur de Paris qui accueillait auparavant uniquement les représentations théâtrales. Et bien que je commence à être ce que l’on pourrait appeler une fan inconditionnelle de cet artiste à la voix d’or, j’ai été agréablement surprise de découvrir encore une nouvelle facette de la relève de la scène musicale antillaise. Et ce, grâce à des personnalités qui m’auront marquées tout au long de cette soirée.

Revivez l’ensemble du concert d’E.sy Kennenga à la Cigale ! UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube.

NDX et Barone en première partie

NDX est le premier à monter sur les planches et à nous servir un show tout en poésie rythmique. Je ne connaissais pas ce jeune chanteur d’origine guadeloupéenne qui, ma foi, pourrait appartenir (selon moi) à plusieurs univers : il nous a desservi un mélange de rap underground, de slam et de hip hop tout en jouant de son aisance scénique pour toucher le public. De sa prestation, je retiendrais particulièrement sa reprise de la base instrumentale de To Zion empruntée à la célèbre Lauryn Hill. Il était accompagné de Natoo pour nous délivrer ce message universel d’amour.

NDX partageait la première partie de ce concert en collaboration avec Barone – mon petit coup de cœur de la soirée. Barone est arrivée avec tellement de simplicité et de talent sur la scène que j’en ai été tout de suite bouleversée. Son instrument de prédilection, le piano a ajouté une dimension intime à sa performance. L’auditoire était silencieux, attentif aux moindres dires de l’artiste, comme si elle pourrait lui apporter LA solution ultime à tout problème. Je pense que Barone fait partie de ces chanteurs qui savent vraiment tenir leur public en haleine. Elle nous a interprété les titres La Nuit, Rèv An Mwen, An Péké Mô Ba’w, Mes Rêves, Goûte Moi et Jump Up avec le rythme caribbéen du carnaval. Sa voix juste sublime m’a finalement rendu curieuse : Barone est également originaire de la Guadeloupe. Elle travaille actuellement sur la réalisation de son premier album Boom Cœur avec un premier duo annoncé avec Mike Kenli, Zouk An Nou.

Le concert d’E.sy Kennenga

E.sy Kennenga démarre sa représentation avec Décidé sous un tonnerre d’applaudissements. Il est accompagné comme à l’accoutumée de Joël Jaccoulet au clavier, de Cédric Cléry à la batterie et de Rémi Rascar à la basse. Il est également épaulé de Goldee et de Mustaf Kennenga, son frère, en tant que back-up vocal, et de Yann Négrit à la guitare électrique, de Frantz Laurac au piano et au synthétiseur et de Boogly aux percussions.

La chanson éponyme du premier album d’E.sy Kennenga, EK Trip, résonne ensuite dans toute la salle de la Cigale. Le public est, à mon sens, à la fois attentif et survolté, comme pour remercier l’artiste martiniquais de nous avoir réuni pour ce moment musical. C’est ensuite avec La La La que le concert se poursuit. Le ton est donné, le show est lancé et le public savoure ! E.sy Kennenga ne se contente pas de présenter les chansons figurant sur son album de la manière la plus classique qu’il soit : il a revisité, pour notre plus grand plaisir, les chansons Beau Mois de Mai qui sera agrémentée d’une version merengue, Truc De Fou qui se transformera en un magnifique morceau de kompa et Question de Time qui fera l’objet d’un medley de chansons qu’E.sy Kennenga chantait il y a déjà quelques années. Aussi, notons la présence des violons, qui adouciront le tempo de certaines mélodies. Un véritable régal pour les oreilles.

E.sy Kennenga va ensuite faire appel à Goldee et Gee Mylo pour un petit retour dans le temps. Ensemble, ils avaient fait partie du groupe One Day alors qu’ils poursuivaient encore leurs scolarités sur l’île. Leurs chansons sont d’ailleurs bien connues dans les Antilles. Et donc, les trois chanteurs vont nous offrir sur scène un petit medley des chansons qu’ils chantaient ensemble à l’époque : ils reprennent d’abord les chansons Pou Toujou, Il Faut Le Dire et Mon Ange. Avant de finir sur Bato, une chanson dénuée de sérieux qui a largement contribué à la popularité du groupe.

E.sy Kennenga parcourt ce soir-là l’intégralité de son premier album. Ainsi, il nous interprète Dédicace à toutes les femmes devant un auditoire féminin plus que conquis, avant de reprendre Es Ou Paré, de la plus brillante manière qu’il soit. Tout semble orchestré à la minute près, et l’on peut que saluer le merveilleux travail des musiciens accompagnateurs de l’artiste. Le show continue alors avec Never Give Up The Fight, une chanson dont le message à une portée d’espoir et de courage face aux tracas du quotidien. Puis, rapidement, on retrouve les chansons, sans doute les plus connues de l’artiste à savoir Sous Ton Charme et surtout Pa Pè, que l’on pourrait presque considérer comme le titre qu’il lui aura permis de parfaire sa renommée désormais incontestable.

Ce n’est la première fois que j’assiste au concert d’E.sy, et pourtant, je suis toujours aussi surprise de la facilité avec laquelle il s’adresse à nous, son public. Il semble parfois surpris, voire ému, de nous entendre chanter par cœur les paroles de ses textes. Pour Yonn, il sera accompagné de Jimmy Felvia au piano. Jimmy Felvia, est par ailleurs, celui qui a composé ce morceau qui parle d’union et de solidarité entre les hommes.

Puis, E.sy Kennenga va nous présenter ses dernières compositions dont notamment Qu’est-ce-qu’on attend et We Fly, qui appartiendront, je l’espère, à un second album. Il poursuit avec Fout’, un titre dancehall qui a su donner de l’énergie aux milliers de personnes présentes ce soir-là. Et d’ailleurs, E.sy Kennenga nous propose une deuxième surprise sur l’interprétation de ce titre : la participation de Paille. Cet artiste martiniquais, qui évolue également dans le monde du dancehall et qui œuvre à la reconnaissance de l’underground local, nous propose un spectacle énergique ! Les deux semblent prendre un certain plaisir à nous offrir ce moment.

C’est ensuite au tour d’Admiral T d’arriver sur scène pour interpréter le remix de Pinting Party, titre sur lequel ont collaboré les deux chanteurs il y a peu. Admiral T ne va pas nous quitter tout de suite, puisque déjà, la mélodie de Respekté’w résonne dans la salle. Ils commencent à deux ce titre sur les planches de La Cigale, mais ne vont pas le rester très longtemps, puisque l’un après l’autre Misié Sadik, Riddla et Daly – le véritable auteur de cette chanson – vont arriver en chantant le couplet qui leur est propre.

Comme pour calmer quelque peu les esprits, qui sont échauffés après une telle accumulation de tant de "cadeaux musicaux", E.sy Kennenga choisit cet instant pour nous proposer Madinina #1, un hymne à son île la Martinique. Cette chanson est d’ailleurs chantée en parfaite communion avec le public, qui, comme pour accompagner Goldee et Mustaf Kennenga, s’implique à fond dans sa mission de chœurs.

C’est enfin avec Va K Band, qu’E.sy Kennenga clôture la longue liste des invités à son concert. Il nous propose un classique, mais toujours aussi plaisant Nou Anlè Sa, et Va K Band nous permet d’entendre le bon son du carnaval, de quoi nous faire totalement oublier le froid qu’il y a dehors. Ce concert s’achève alors sur Love adan tchè mwen, une chanson d’amour qui fera pleurer E.sy Kennenga alors qu’il remercie ses fans pour leur soutien.

J’ai, pour ma part, passé un excellent moment dans ce concert. Je trouve, par ailleurs, que la carrière d’E.sy Kennenga ne cesse de prendre de l’essor depuis la première fois que je l’ai vu sur scène. Il a évolué techniquement, et sa grande simplicité et sa capacité à rester humble devant toute situation lui procure une sympathie manifeste de ses auditeurs.

E.sy Kennenga au New Morning

Copyright : Johanna Bizet

Le concert d’E.sy Kennenga a eu lieu le 14 janvier au New Morning, une salle parisienne dans laquelle de nombreux concerts toute l’année ont lieu. La grande particularité de cette salle est sa convivialité : les artistes se présentant sur la scène sont réellement proches du public. De manière générale, cette pièce accueille des musiciens de jazz, de soul et de salsa.

Revivez le concert d’E.sy Kennenga en vidéos. UNE ASTUCE : Vous pouvez sélectionner la vidéo que vous souhaitez visionner en cliquant sur le bouton « Playlist » de YouTube.

Ma première découverte musicale de cette année 2011 concerne Freepon. C’est lui qui assurait la première partie du concert d’E.sy Kennenga ce soir-là. Accompagné de sa guitare et de deux autres musiciens, cet artiste entier a su, grâce à son style subtil et sa musique douce, nous faire parcourir des thèmes tels que l’indifférence, l’inégalité ou l’amour à travers ses chansons. Tantôt sérieux, tantôt ambianceur, Freepon a touché un large public grâce à ses textes d’espoir. Le public, connaisseur, a joué le rôle de chœurs notamment sur les chansons « Doucinéw » ou « My Superstar ». J’ai, pour ma part, eu un réel coup de cœur pour la voix de cet artiste qui semble être polyvalent tant il se joue de son auditoire pour déclamer ses chansons aux textes réalistes.

Puis, E.sy Kennenga nous rejoint sur la scène du New Morning. Il est accompagné de Joël Jaccoulet au clavier, de Rémi Rascar à la basse et de Cédric Cléry à la batterie. Le show commence avec « Ek Trip », la chanson du même nom que le premier album solo de l’artiste. Il poursuit son show avec « La La La » puis « Malpalan », une très belle chanson qui aborde – comme son titre l’indique – le thème de la médisance. Accompagné de Jimmy Felvia au piano, E.sy nous interprète « Yonn », un morceau sur la tolérance. Pour poursuivre dans la même lancée, Kenzy nous rejoint sur la scène du New Morning pour « Frè é sè », en témoignage de respect aux « îles-sœurs », la Martinique et la Guadeloupe.

On change de registre avec « Beau mois de mai » et « Question de time ». Une partie beaucoup plus dancehall s’offre alors à nos yeux avec par exemple « Rété Fo » du Ghetto Raid vol.3. Aussi, on accueille Goldee pour une interprétation de « Comme du wine » en duo avec le chanteur. Goldee est une artiste originaire de la Martinique aux talents multiples. Elle est notamment connue pour ses titres « Pointe des Nègres » ou « Chaque Jour ». Juste après ce magnifique titre aux sonorités rappelant les îles de la Caraïbe, E.sy reprend seul chanteur place sur la scène afin de nous offrir un magnifique « Pinting party ». Il nous accorde ensuite un moment acoustique avec pour seul instrument d’accompagnement sa guitare. Ainsi, les voix du public et du chanteur se mêlent sur les chansons « Décidé » et « Love adan tchè mwen ».

Une fois les musiciens en place, on reprend avec « Truc de fou ». Puis, Victor O fait son apparition pour nous interpréter « Mi Natty Dread ». C’est dans un genre plus romantique, que l’on poursuit avec « Es ou paré », mon véritable coup de cœur de la soirée. Généreux avec son auditoire, E.sy Kennenga nous gratifiera même d’un « bis » en nous permettant d’apprécier deux fois cette chanson remplie d’amour. E.sy Kennenga continue avec les chansons « Never give up the fight » et « Sous ton charme ». Cette dernière sera reprise avec Kim pour un condensé de « We fly » et « Je fonds ». Un accueil chaleureux est réservée à cette jeune artiste qui s’affirme de plus en plus dans le monde du zouk.

Le moment que le public attend avec impatience arrive. E.sy nous interprète « Pa pè », un véritable hymne au courage et à la détermination : « Tonbé sa vlé pa di ou échoué, fok ou rilévé la vi’a ka kontinué » (Mot à mot, « Tomber ne veut pas dire échouer, il faut se relever, la vie continue »). Le concert se finira bien évidemment avec deux de ses titres qui ont touché la scène créole. C’est dans un premier temps « Madinina #1 » qui s’est fait entendre. Cette chanson est un hymne à l’amour envers l’île de la Martinique. J’ai particulièrement apprécié l’implication des musiciens sur ce morceau aux allures de kompa rappelant les influences diverses du chanteur. Et pour finir, c’est une version à double mesure de « Nou anlè sa » qui nous est proposé. L’interprétation souhaitée par le chanteur est d’abord douce, presque romantique et ferait presque penser à du zouk. Mais c’est bien sûr, un final avec le rythme du carnaval qui transportera le public dans une joie infinie. Je dirais même que cette chanson aura fini par totalement nous réchauffer alors que l’hiver bat son plein en ce moment. L’auditoire ne cesse alors d’applaudir et de manifester son contentement à ce jeune artiste dont la notoriété prend de l’ampleur à chaque nouveau concert.

A tous les absents, je voudrais simplement vous dire que vous avez eu tort ! Les musiciens qui accompagnaient le chanteur étaient simplement EXCELLENTS. Quant à E.sy Kennenga, il nous aura offert un show très professionnel dans un genre éclectique puisque touchant à la fois à plusieurs genres musicaux : le reggae, la soul, le kompa, le zouk et le dancehall. J’espère rapidement avoir la chance de le revoir sur scène.

EK Trip d’E.sy Kennenga

Copyright : E.sy Kennenga

Pour une présentation rapide du chanteur, E.sy Kennenga a débuté sa carrière musicale au sein du groupe One Day, connu notamment pour les chansons Bato, Pou toujou, Il faut le dire… Ils connurent un succès remarquable en Martinique, Guadeloupe et en Guyane. Il revient cette année sur le devant de la scène en créant tout d’abord un buzz autour de son clip “Nou anlè sa”, le premier extrait de son premier album solo EK Trip. Il fera longtemps parler de lui grâce au clip de ce morceau pour lequel il aura fait appel aux internautes via Facebook. On retrouve d’ailleurs parmi les guests Lieutenant, Pleen Pyroman, Saël, Papa Tank, DJ Galak, Valley, Daly, Captain Nico, et plein d’autres encore… Et donc aujourd’hui, je souhaite vous présenter EK Trip, qui je l’espère, annonce le début d’une longue carrière musicale pour cet artiste martiniquais.

“EK Trip”, la chanson éponyme, est la première de cet album. Il s’agit d’un reggae finalement très acoustique malgré les instruments qui accompagnent la guitare. Les paroles de cet hymne à la positivité nous mettent en condition pour aborder la suite de l’album. Très vite, E.sy Kennenga nous annonce la couleur : il “chante ce qu’il est”, il “est ce qu’il vit” et ne “chante pas pour plaire” aux gens. C’est donc en tout simplicité qu’il nous amène ses lyrics conscientes, tout en délivrant en énorme message d’amour.

De l’amour, on en retrouve d’ailleurs à tous les degrés en parcourant les chansons de cet album, mais notamment à travers les morceaux suivants : “Sous Ton Charme”, “Love Adan Tchè Mwen” et “Es Ou Paré”. Cette dernière est probablement celle qui m’a le plus touché — en grande romantique que je suis… C’est une des plus belles déclarations d’amour que j’ai entendu en chanson cette année. Son refrain ça donne “Doudou es ou paré pou nou voyajé, é esske ou vlé, ké mwen ménéw révé”.

Beaucoup de messages de détermination sont à noter aussi dans cet album comme en témoignent “Décidé”, “Pa Pè” et “Never Give Up”. E.sy Kennenga chante pour donner à tous la force d’avancer malgré les embûches de la vie. Notre quotidien est un combat mais nous nous devons de trouver en nous le courage de continuer à croire en des jours meilleurs. La chanson “Pa Pè” est actuellement celle qui tourne dans les stations radio et à la télé. Je voudrais aussi souligner tout particulièrement l’hommage puissant d’E.sy à toutes les femmes avec “Dédicace à toutes les femmes”. Cette chanson dénonce la violence affligée aux femmes sur un tempo acoustique doux et lent. D’un point de vue technique, elle est juste magnifique.

E.sy Kennenga traite de notions telles que l’unité avec “Yonn” (les notes au piano : un régal) ou encore le respect et le racisme avec “Truc de Fou”. L’artiste voue un culte à notre belle île avec “Madinina #1”. Et des thèmes beaucoup moins sérieux font également leur apparition ici. Ainsi, “Beau Mois De Mai” relate l’histoire d’un jeune homme dont les poches sont vides, “Pinting Party” celle d’une soirée ambiancée et “Nou Anlè Sa” emprunte le rythme du traditionnel carnaval.

Vous l’aurez compris, EK Trip est un concentré de bonne humeur ! Cet album possède des intonations très douces, et la guitare procure aux chansons des sonorités soul/reggae. Ci-dessous, vous trouverez mon véritable coup de cœur musical du moment à savoir “Décidé”, le cinquième morceau de cet album, celui qui m’aura permis de découvrir la voix du chanteur… celui qui m’a rendue suffisamment curieuse pour chercher à en savoir plus sur E.sy Kennenga. Vous pourrez écouter les autres chansons de cet album sur Deezer ou directement acheter Ek Trip en suivant le lien.

TRACKLIST :
01 – EK Trip
02 – Beau Mois De Mai
03 – Sous Ton Charme
04 – Pinting Party
05 – Décidé
06 – Truc De Fou
07 – Pa Pè
08 – Madinina #1
09 – Love Adan Tchè Mwen
10 – Never Give Up
11 – Nou Anlè Sa
12 – Yonn
13 – Es Ou Paré
14 – Dédicace A Toutes Les Femmes