L’interview de Lucas Vallerie, auteur de Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

Lucas Vallerie

Il y a déjà quelques semaines, j’ai découvert la superbe bande dessinée Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre.

Grâce à ce blog, j’ai eu l’immense opportunité de rentrer en contact avec Lucas Vallerie, l’auteur de ce roman graphique. Il a gentiment accepté de répondre à toutes mes questions, et c’est donc avec beaucoup de plaisir que je vous invite à découvrir les coulisses de cet ouvrage qui relate l’histoire de Saint-Pierre et de son prisonnier Louis-Auguste Cyparis. Je tiens d’ailleurs à remercier Lucas chaleureusement pour le temps qu’il m’a accordé !

Bonjour Lucas ! Comment est née l’idée de créer cette bande dessinée sur Cyparis ?

En Martinique, tout le monde connaît cette histoire, je me rappelle au collège d’être allé visiter les ruines de Saint-Pierre et notamment le cachot de Cyparis. Je ne vivais plus en Martinique depuis 12 ans, nous habitions à Bruxelles avec ma femme quand nous sommes retournés là-bas en vacances voir ses parents.

À l’époque je tenais un blog BD, L’île à Lulu. En rentrant, j’ai voulu raconter le séjour en Martinique et particulièrement l’ascension de la Pelée. Je ne pouvais pas ne pas raconter l’histoire de l’éruption du 8 mai 1902 et donc celle de Cyparis. Je ne voulais faire au début qu’une page ou deux et puis à force de me documenter, ça s’est rallongé progressivement jusqu’à occuper toute la place disponible dans ma petite caboche. Je décidai donc de raconter cette histoire en 2 ou 300 pages. Je tenais un sujet de roman graphique, il fallait donc que je fasse un dossier à envoyer aux éditeurs !

J’ai fait une BD qui raconte ça :

Le Point... de Lucas Vallerie
Lire la suite ici et ici

Comment se sont déroulées tes recherches sur Saint-Pierre et sur Cyparis ? As-tu rencontré certaines difficultés à obtenir les informations dont tu avais besoin pour ta bande dessinée ?

D’abord sur Internet, on peut même trouver des livres d’époque scannés, énormément de photos ! Et puis j’ai commandé tous les livres, BDs, recueils photos que j’ai trouvés sur le sujet !

Pas trop de difficultés, mais il fallait recouper, sélectionner, organiser les informations, témoignages, reconstruire la ville de Saint-Pierre, la topographie de la montagne, c’était un long travail qui m’a pris près de deux ans !

J’ai eu l’impression en lisant cette bande dessinée de redécouvrir le contexte politique de la Martinique d’antan. Était-il important pour toi de souligner les élections législatives qui devaient avoir lieu le dimanche 11 mai 1902 ?

Affiche des élections législatives 1902
Second tour des élections législatives 1902

Bien sûr ! D’une part parce que ça fait partie intégrante de l’histoire telle qu’on l’a toujours racontée ! Et cette histoire peut également être lue comme une allégorie, elle représente toute sorte de catastrophe qui s’annonce toujours avec fracas (catastrophe naturelle, humaine, médicale, économique, écologique…), et on voit que les hommes ont du mal, de manière générale à appréhender le pire, on refuse d’y croire, on se voile la face, c’est dur ! Certains y arrivent et prennent leur disposition, mais dans la majorité des cas, on va chercher à se rassurer par tous les moyens, du coup si les autorités en place ne prennent pas les bonnes décisions, ça n’aidera personne !

Il faut dans ces cas-là que tout le monde aille dans le même sens. C’est ce qui se passe en ce moment à Bali avec l’éruption du monde Agung, tout le monde a été évacué par principe de précaution ! 140 000 personnes, c’est énorme mais ils ont raison ! Par contre ce n’est pas du tout ce qui se passe au niveau mondial avec le dérèglement climatique et le chaos écologique que le système humain a installé, là c’est de pire en pire et pourtant toutes les alarmes ont été tirées depuis longtemps ! Il est grand temps de prendre tous nos responsabilités, ensemble ! C’est un peu aussi l’histoire de Babylone…

George Kennan, le reporter américain auteur du livre The Tragedy of Pelée, a-t-il réellement participé à la guérison des blessures de Cyparis ? Ou simplement contribué au fait que son histoire soit racontée aux États-Unis ?

Oui pour les deux questions, son livre est très bien écrit et passionnant ! Je le recommande ! On vit avec lui son arrivée en Martinique au jour le jour au lendemain de l’éruption, la lenteur des transports, sa rencontre avec Cyparis, etc…

Pourquoi avoir choisi de créer également des personnages fictifs tels que l’oncle et la nièce ? Y a-t-il d’autres personnages ou événements qui ne sont pas réels dans cette bande dessinée ?

Au début, je voulais faire un genre de feuilleton sur mon blog, ces personnages sont arrivés instinctivement, il me permettait de faire découvrir Saint-Pierre et la Martinique à ceux qui ne connaissent pas ! Et puis cette nièce, qui tombe amoureuse de la Martinique, c’est un peu de moi et un peu de certaines de mes amies également… bon par contre l’oncle… bref ! (haha)

L'oncle et la nièce à la découverte de la Martinique
L’oncle et la nièce à la découverte de la Martinique

Excepté l’oncle et la nièce, la plupart des personnages principaux sont réels, j’ai été jusqu’à chercher leurs photos, pour ceux que je n’ai pas trouvé, j’ai inventé. J’ai voulu respecter au maximum la réalité de ce que j’ai lu avec les témoignages ou vu sur les volcans. Bien sûr, comme je l’ai dit au début du livre, nul ne peut prétendre détenir la vérité. À partir du moment où l’on raconte, c’est une interprétation ! Néanmoins il y avait tant de détails dans ce que j’ai lu que je ne voyais pas l’intérêt d’inventer.

J’ai juste comblé quand j’avais des trous, notamment sur l’histoire de Cyparis à proprement parler. Par exemple : je savais que Cyparis était à Morne Rouge chez le Père Mary pendant la deuxième éruption, je savais aussi (attention spoiler) que le Père Mary mourut ce jour-là mais pas Cyparis, or, je ne savais pas comment ! Alors en fonction de la relation que j’ai imaginé qu’ils pouvaient avoir j’en ai déduit que : voyant que du danger s’approchait dangereusement, le Père Mary éloigna volontairement Cyparis afin que celui-ci survive ! Cela ajoute à l’intensité romanesque sans offenser l’histoire et finalement c’est peut être ça qui s’est réellement passé, qui sait ? C’est mon interprétation !

En tout, combien de temps as-tu passé à réaliser cette bande dessinée ? A-t-il toujours été question de dessiner plus de 250 planches ?

4 ans, 250 pages a toujours été plus ou moins l’objectif. Bien sûr, j’ai supprimé des séquences, j’en ai rajouté etc…

J’ai toujours rêvé de savoir comment se passe la réalisation d’une bande dessinée. Quelles sont les différentes étapes qui t’ont permis d’arriver à ce résultat final ?

Alors, j’ai créé un blog à cette occasion qui répond à la majorité des questions, c’est un blog de bonus BD spécialement sur Cyparis où je raconte tout ça, le pourquoi du comment, la doc, les techniques, le découpage, les scènes coupées etc…

Je vous invite à y faire un tour !
http://cyparisbd.blogspot.com/

Lucie Firoud est la coloriste de cette bande dessinée. Comment s’est déroulée ta collaboration avec elle ? À partir de quel stade du projet est-elle intervenue ?

Elle est arrivée au début de la production des planches c’est à dire environ deux ans après le début de l’aventure. C’est mon éditeur qui m’a donné son contact. Je lui ai donné un max d’infos, de doc, des tests graphiques que j’avais fait, je suis revenu sur les premières planches pour fixer le style définitif et la gamme chromatique, les codes graphiques. Et puis c’était parti, je lui envoyai régulièrement des planches par le net et elle me les renvoyait. Je corrigeais ce qu’il y avait à corriger (elle ne vit pas en Martinique alors il y avait certaines erreurs sur des fruits, des plantes, des détails qu’elle ne pouvait connaître), rajoutais quelques détails et surtout les FX : les effets de cendres et de brouillard…

Elle a abattu un travail considérable ! Je n’ai pas un dessin très simple et je sais que je peux être pénible par moment alors je lui suis très reconnaissant pour son travail et sa patience !

D’où provient ton inspiration pour la réalisation de tes planches ?

Eh bien nous sommes revenus vivre en Martinique ma femme et moi pour la réalisation de cette BD, l’inspiration elle est toute autour de moi, tous les jours ! Je voulais vraiment m’imprégner de la Martinique, des Martiniquais et des Martiniquaises pour être le plus juste possible ! Aussi bien dans les gens, les décors que le langage (que j’ai volontairement laissé actuel pour l’identification, ce n’est pas du vieux créole ou du vieux français).

Comment est née la couverture de cette bande dessinée, ce magnifique Cyparis de fumée jaillissant du volcan ?

Merci ! Eh bien elle est née à Bruxelles pendant la conception du dossier éditeur, elle me suit depuis 4 ans. Je me suis donc inspiré de la photo la plus connue de Cyparis exhibant ses brûlures qui me faisaient penser aux circonvolutions du panache volcanique. Il a un côté monumental, comme un génie qui sort du volcan avec son air triste et digne à la fois… Et puis en dessous, il y a Saint-Pierre, la ville condamnée, déjà en noir et blanc…

Ici, on peut voir l’évolution de la couverture.

J’ai lu sur divers sites que tu as travaillé en tant qu’animateur scénariste. Quel a été ton parcours professionnel ?

Animateur oui, scénariste non.
J’ai étudié le cinéma d’animation 3D à SUPINFOCOM Valenciennes de 1999 à 2003 où j’ai réalisé OTSU, un court métrage d’anim.

Ensuite j’ai bossé à Paris dans ce domaine plusieurs années sur des pubs, des séries des courts métrages indépendants, ainsi que des longs métrages comme Moi, Moche et Méchant

J’ai aussi réalisé des pilotes de séries

Entre temps, je suis parti avec ma femme un an et demi voyage en Asie et pause professionnelle où j’ai pris le temps d’écrire (si finalement tu as raison) tourné, réalisé et monter un film documentaire musical d’1h30 sur le Cambodge et la recherche de l’identité khmère, Une ballade pour les khmers.

Ensuite on a bougé à Bruxelles où j’ai continué l’anim mais où j’ai commencé à faire de la BD avec le blog L’île à Lulu jusqu’à revenir en Martinique en vacances…

Ici, j’ai continué à faire un peu d’anim à distance, surtout 2D.

J’ai eu des journées assez occupées avec la BD, mais j’ai aussi monté ma mini boîte d’éditions de cartes postales illustrées sur la Martinique que je vends un peu partout sur l’île, je me suis principalement tourné vers l’illustration et la BD.

J’ai aussi donné des cours à la prison et dans une école de 3D locale…

C’est donc vrai que tu as eu l’occasion de travailler sur des projets tels que Bref et Moi, Moche et Méchant ?! Si oui, qu’as-tu retenu de ces expériences ?

Oui, c’était bien ! L’anim me manque parfois, j’essaie de continuer de temps en temps ! C’est un beau métier ! Ce qui m’a plu aussi et qui manque également, c’est le travail en équipe sur plusieurs mois, ça c’était vraiment chouette ! Et puis aujourd’hui, il suffit que je dise ça dans les écoles où j’interviens pour avoir l’attention des élèves alors c’est cool ! Haha !

Pourquoi avoir fait le choix de te recentrer sur l’art de la bande dessinée ? Et d’ailleurs, pourquoi la Martinique ?

Au début j’avais plein de projet de séries en dessin animé, mais ça devenait hyper compliqué à mettre en œuvre, à réaliser, il fallait passer par des producteurs, des équipes techniques super nombreuses, de la censure due à la télé, Internet n’était pas encore au top, la BD s’est présentée comme un super moyen de raconter rapidement (plus ou moins) toutes les histoires que j’avais en tête, et seul !

J’ai fait mes armes, appris la narration, la mise en cases, découpage et techniques graphiques avec mon blog et c’était parti pour expérimenter tout ça sur un long format ! C’est un média extraordinaire, on peut raconter tout et n’importe quoi de la manière qu’on veut, il y a une infinité de voies encore à explorer ! Une formidable boîte à outils !!

Quels sont tes futurs projets ? Prévois-tu de réaliser une nouvelle bande dessinée ?

Oui, j’ai beaucoup de projets, une série qui trotte dans ma tête depuis des années, du fantastico-burlesque qui se passe à Paris, un projet plus sérieux d’anticipation, et quelque chose de plus intime sur une autre île qui me tient à cœur !

Enfin, comment présenterais-tu cette bande dessinée à une personne qui ne connaît pas l’histoire de Cyparis pour la convaincre de te lire ?

Vous aimez le rhum, l’accent créole, l’ambiance chaude et moite des Antilles du début du XXe siècle, le bois bandé, les giraumons, les corossols et autres christophines ?

Vous voulez goûter aux dernières heures d’une ville magique avant sa destruction ? Découvrir comment un pauvre ivrogne au destin exceptionnel devint le premier noir célèbre des États-Unis, et ça sans doute grâce à l’alcool ? Vivre une terrible éruption de l’intérieur sans même avoir chaud aux fesses ni sortir de chez vous ?

C’est possible grâce à la bande dessinée Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre, 256 pages couleur, Édition La Boîte à Bulles, 2017.

Vous vous poserez alors peut être alors la question : « Et vous ? Qu’auriez-vous fait ? ». Garantie sans pathos !

Si vous souhaitez suivre les aventures de Lucas Vallerie, vous pouvez le retrouver sur sa page Facebook Lulu sur son île.

Aussi, Lucas sera en tournée dédicaces en France métropolitaine au mois de janvier 2018. Vous le retrouverez suivant le planning ci-dessous :

18 janvier, de 16h à 19h Librairie BD Net Nation à Paris
19 janvier, de 16h à 20h Comptoir de la BD à Boulogne
20 janvier, de 14h30 à 19h Librairie Critic à Rennes
25 janvier Krazy Cat à Bordeaux
26, 27 et 28 janvier Festival d’Angoulême

En attendant Bojangles, une jolie adaptation signée Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Steinkis

Quelle a été ma surprise en voyant cette bande dessinée arriver dans la librairie dans laquelle je passe le plus clair de mon temps ! Je ne savais pas que le roman d’Olivier Bourdeaut En attendant Bojangles avait été adapté en bande dessinée, et j’ai pu découvrir en avant-première ce joli ouvrage plein de couleurs.

Tout d’abord, je dois vous redire que ce roman m’avait touchée en plein cœur cet été, que j’en suis restée abasourdie pendant de nombreux jours, et qu’aujourd’hui encore, son simple écho à ma mémoire m’émeut. C’est donc avec plaisir que j’ai pu découvrir l’excellent travail d’Ingrid Chabbert et de Carole Maurel sur cet ouvrage.

En attendant Bojangles c’est l’histoire d’un amour fou, d’une folie douce. C’est la beauté d’un couple épris l’un de l’autre qui danse jour après jour sur la même chanson, Mr Bojangles de Nina Simone. C’est le bonheur d’un enfant qui ressent cet amour dans tous les couloirs de sa vie. C’est l’insouciance d’une famille qui jouit pleinement de la magie de son quotidien sans trop se soucier des éventuelles perturbations de celui-ci.

Dans cette adaptation en roman graphique, l’histoire qui nous est contée est fidèle au texte original et, comme le dit si bien Olivier Bourdeaut lui-même dans la préface de ce livre, ce qui « est occulté ne manque pas », ce qui « est ajouté ne jure pas ». J’ai apprécié revivre la tendresse et l’amour qu’ont chacun de ces personnages. L’émotion est toujours bien présente à mon sens, même si j’ai préféré l’intensité de la lecture du roman à celle de cette bande dessinée. Avec les images, on devine de manière plus franche la réalité de ce petit monde. Ce qu’ils vivent, endurent, subissent, se dévoile clairement sous nos yeux.

Les illustrations de Carole Maurel sont d’une qualité irréprochable, j’ai adoré les nuances de couleur utilisées, et les paroles de la chanson de Nina Simone écrites en filigrane sur certaines vignettes. C’était simplement beau.

En attendant Bojangles, la bande dessinée d'Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Je recommande à tous les amoureux du premier roman d’Olivier Bourdeaut la lecture de cette bande dessinée. J’ai vraiment passé un excellent moment à la découvrir, à la feuilleter encore et encore, à m’en imprégner.

Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre, dessiné par Lucas Vallerie

La Boîte à Bulles

Je suis tombée complètement par hasard sur cette bande dessinée alors que je me promenais dans ma librairie. J’ai vu son titre CYPARIS, le prisonnier de Saint-Pierre ; je me suis dit « hey… mais ça, je connais ! », et c’est ainsi que son auteur, Lucas Vallerie, a aiguisé ma curiosité avec son ouvrage paru aux éditions La Boîte à Bulles.

Un scénario bien ficelé qui retrace l’histoire de Cyparis et de Saint-Pierre

Toute personne ayant vécu ne serait-ce que quelques temps en Martinique connaît l’histoire de Louis-Auguste Cyparis. Le destin de cet homme est étroitement lié avec celui de la ville de Saint-Pierre, une commune située au Nord Caraïbe de la Martinique.

Le 8 mai 1902, Saint-Pierre connaît une éruption volcanique d’une violence sans précédent. Ce jour-là, la Montagne Pelée vit d’ailleurs la plus meurtrière éruption au monde du XXème siècle avec près de 30 000 morts en seulement deux minutes. Cyparis est l’un des miraculés de cette regrettable catastrophe. Emprisonné dans un cachot aux murs épais au moment de l’émission de la nuée ardente et de l’explosion du volcan, on le retrouve trois jours après l’éruption souffrant de nombreuses brûlures.

C’est cet incroyable récit que nous conte Lucas Vallerie. Avec des dessins magnifiques d’une technique irréprochable, une narration douce et distrayante, et des couleurs flamboyantes nées sous l’initiative de Lucie Firoud, cette bande dessinée m’aura fait réfléchir sur ce fait d’antan qui fait partie de l’histoire de la Martinique.

Une catastrophe, en général et quelle que soit sa nature, s’annonce avec fracas, a son lot de signes avant-coureurs, de lanceurs d’alerte, d’incroyables hasards et, parfois, certains miraculés. Mais malgré tout cela, l’homme ne parvient jamais à regarder la vérité en face, il ne peut pas croire que le pire puisse arriver et, continuellement, détourne le regard…

Lucas Vallerie

Grâce à cette bande dessinée, on peut suivre chronologiquement les signes avant-coureurs donnés par la Montagne Pelée. Ainsi on découvre l’apparition de fumerolles au sommet du cratère, les nuages de cendre recouvrant la ville, la croissance de la température des eaux avoisinantes, la montée de fortes odeurs de soufre, l’ensevelissement de l’usine Guérin (qui fait déjà quelques victimes), les pluies torrentielles, les coulées de boue… J’ai adoré la qualité des vignettes de cet album qui permettent de se rendre compte des différentes manifestations du volcan avant son entrée en phase explosive.

La Montagne Pelée avant son éruption, par Lucas Vallerie
La Montagne Pelée avant son éruption dessinée par Lucas Vallerie

Avec tous ces signes précurseurs donnés par la Montagne Pelée, si le contexte politique de la Martinique avait été différent, peut-être qu’une partie de la population pierrotine aurait pu être sauvée. Le scénario imaginé par Lucas Vallerie insiste également sur ce point. Les risques de catastrophe ont été soulevés par certains scientifiques de l’époque mais les dégâts éventuels ont été jugés modéremment par le gouvernement qui craignait de voir un taux d’abstention trop important le dimanche 11 mai 1902 si la population venait à quitter la ville. Il devait s’y tenir le second tour des élections législatives.

Si Saint-Pierre n’avait pas connu cette violente éruption, peut-être aurait-elle encore ses lettres de noblesse et serait-elle encore considérée comme le chef-lieu de ce département d’outremer.

Aujourd’hui…

La ville de Saint-Pierre a repris bien des couleurs depuis cette catastrophe. Mais, si vous avez un jour l’occasion de vous aventurer dans cette commune paisible, vous y verrez sans aucun doute les vestiges de ce passé incroyable. La ville possède encore des ruines bien présentes en son centre. Il est possible de visiter les vestiges des maisons du Figuier, les ruines du Théâtre… Et, le cachot de Cyparis, quoique recouvert de quelques végétations luxuriantes, se tient toujours debout, surplombant un espace qui autrefois accueillait les plus beaux spectacles d’antan.

L’activité de la Montagne Pelée est aujourd’hui surveillée par l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique. Ce laboratoire scientifique a été créé en 1902 par Alfred Lacroix suite à la première éruption dévastatrice de la Montagne Pelée. Chaque trimestre l’OVSM propose un bilan de l’activité volcanique de la Montagne Pelée et de l’activité sismologique de l’île consultable en ligne.