Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre, dessiné par Lucas Vallerie

Copyright : La Boîte à Bulles

Je suis tombée complètement par hasard sur cette bande dessinée alors que je me promenais dans ma librairie. J’ai vu son titre CYPARIS, le prisonnier de Saint-Pierre ; je me suis dit « hey… mais ça, je connais ! », et c’est ainsi que son auteur, Lucas Vallerie, a aiguisé ma curiosité avec son ouvrage paru aux éditions La Boîte à Bulles.

Un scénario bien ficelé qui retrace l’histoire de Cyparis et de Saint-Pierre

Toute personne ayant vécu ne serait-ce que quelques temps en Martinique connaît l’histoire de Louis-Auguste Cyparis. Le destin de cet homme est étroitement lié avec celui de la ville de Saint-Pierre, une commune située au Nord Caraïbe de la Martinique.

Le 8 mai 1902, Saint-Pierre connaît une éruption volcanique d’une violence sans précédent. Ce jour-là, la Montagne Pelée vit d’ailleurs la plus meurtrière éruption au monde du XXème siècle avec près de 40 000 morts en quelques heures seulement. Cyparis est l’un des miraculés de cette regrettable catastrophe. Emprisonné dans un cachot aux murs épais au moment de l’émission de la nuée ardente et de l’explosion du volcan, on le retrouve trois jours après l’éruption souffrant de nombreuses brûlures.

C’est cet incroyable récit que nous conte Lucas Vallerie. Avec des dessins magnifiques d’une technique irréprochable, une narration douce et distrayante, et des couleurs flamboyantes nées sous l’initiative de Lucie Firoud, cette bande dessinée m’aura fait réfléchir sur ce fait d’antan qui fait partie de l’histoire de la Martinique.

Une catastrophe, en général et quelle que soit sa nature, s’annonce avec fracas, a son lot de signes avant-coureurs, de lanceurs d’alerte, d’incroyables hasards et, parfois, certains miraculés. Mais malgré tout cela, l’homme ne parvient jamais à regarder la vérité en face, il ne peut pas croire que le pire puisse arriver et, continuellement, détourne le regard…

Lucas Vallerie

Grâce à cette bande dessinée, on peut suivre chronologiquement les signes avant-coureurs donnés par la Montagne Pelée. Ainsi on découvre l’apparition de fumerolles au sommet du cratère, les nuages de cendre recouvrant la ville, la croissance de la température des eaux avoisinantes, la montée de fortes odeurs de soufre, l’ensevelissement de l’usine Guérin (qui fait déjà quelques victimes), les pluies torrentielles, les coulées de boue… J’ai adoré la qualité des vignettes de cet album qui permettent de se rendre compte des différentes manifestations du volcan avant son entrée en phase explosive.

La Montagne Pelée avant son éruption, par Lucas Vallerie
La Montagne Pelée avant son éruption dessinée par Lucas Vallerie

Avec tous ces signes précurseurs donnés par la Montagne Pelée, si le contexte politique de la Martinique avait été différent, peut-être qu’une partie de la population pierrotine aurait pu être sauvée. Le scénario imaginé par Lucas Vallerie insiste également sur ce point. Les risques de catastrophe ont été soulevés par certains scientifiques de l’époque mais les dégâts éventuels ont été jugés modéremment par le gouvernement qui craignait de voir un taux d’abstention trop important le dimanche 11 mai 1902 si la population venait à quitter la ville. Il devait s’y tenir le second tour des élections législatives.

Si Saint-Pierre n’avait pas connu cette violente éruption, peut-être aurait-elle encore ses lettres de noblesse et serait-elle encore considérée comme le chef-lieu de ce département d’outremer.

Aujourd’hui…

La ville de Saint-Pierre a repris bien des couleurs depuis cette catastrophe. Mais, si vous avez un jour l’occasion de vous aventurer dans cette commune paisible, vous y verrez sans aucun doute les vestiges de ce passé incroyable. La ville possède encore des ruines bien présentes en son centre. Il est possible de visiter les vestiges des maisons du Figuier, les ruines du Théâtre… Et, le cachot de Cyparis, quoique recouvert de quelques végétations luxuriantes, se tient toujours debout, surplombant un espace qui autrefois accueillait les plus beaux spectacles d’antan.

L’activité de la Montagne Pelée est aujourd’hui surveillée par l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique. Ce laboratoire scientifique a été créé en 1902 par Alfred Lacroix suite à la première éruption dévastatrice de la Montagne Pelée. Chaque trimestre l’OVSM propose un bilan de l’activité volcanique de la Montagne Pelée et de l’activité sismologique de l’île consultable en ligne.

Saint-Pierre, ville d’art et d’histoire

Copyright : H2V

Vendredi dernier, j’ai été à Saint-Pierre avec ma petite maman. On a commencé par le Centre de Découverte des Sciences de la Terre. Celui-ci a été inauguré le samedi 7 février 2004 sous la présidence de Claude Lise. Le CDST a été créé dans le but de rendre hommage aux 28000 personnes décédées lors de l’éruption du 8 mai 1902 (représentées par les 28 blocs rouges disposés dans le jardin du Centre). Il s’agit également de témoigner de l’importance des évènements volcanologiques ayant eu lieu le siècle dernier, et d’inciter la population Martiniquaise à prendre conscience des réels dangers liés à la Montagne Pelée. Le CDST se compose de 3 principaux espaces : la station météorologique, le cyclone et le volcan.

Les données telles que la pluviométrie, la température et/ou le vent sont récoltées dans la station métérologique et transmises directement à Météo France. L’oeil du cyclone a été conçu avec des pierres rappelant les constructions des habitations du Saint-Pierre d’avant l’éruption. Il est symbolisé par un puits. Il existe un dinosaure au centre de ce cyclone (j’ai pas pensé à demander pourquoi). L’amphithéâtre de 300 places situé au milieu du Centre a été construit afin de rappeler le cratère de la Montagne Pelée.

On a assisté à la projection du film « Volcan des Antilles ». Ce film analyse en détail ces deux crises volcaniques, en les replaçant dans le contexte plus général du volcanisme dans la Caraïbe. Il montre comment, grâce aux travaux d »Alfred Lacroix sur les éruptions de la Montagne Pelée, un nouveau concept est né : celui de la nuée ardente et d »éruption péléenne, permettant aux scientifiques qui lui ont succédé de mettre en place un système de surveillance et des plans d »évacuation destinés à empêcher que se reproduisent aujourd »hui, dans chacune des îles des Petites Antilles où le volcanisme est toujours actif, des catastrophes aussi meurtrières que celle de Saint-Pierre en 1902. [source]

Après ce documentaire, on a pu parcourir les différentes salles du CDST et découvrir les expositions qui y figuraient. De nombreuses expériences étaient réalisables dans la première salle. Elles avaient la particularité de mettre en évidence l’énergie solaire.

Peinture de Dominique Serafini

Dans la salle suivante, il y avait l’exposition « Les bulles la Calypso » réalisée par Dominique Serafini. Je crois que c’est la partie que j’ai préféré dans ma visite du CDST… De magnifiques toiles de fonds marins étaient accrochées aux murs. Il y avait également les planches de bandes dessinées sur la vie du commandant Cousteau, dont on fête le centenaire de la naissance. Dominique Serafini est un illustrateur, artiste peintre français qui passe sa vie au rythme de ses deux passions – la mer et l’art. Né en 1946, Dominique Serafini étudie la peinture à l’école des Beaux-Arts de Paris de 1966 à 1968. De 1982 à 1997, il crée une série de 17 bandes dessinées en s’inspirant des expéditions de Jacques Cousteau à travers le monde entier. Cliquez ici pour voir quelques unes de ses œuvres. La dernière salle proposait des oblitérations postales de la Martinique depuis 1820 sous le thème « Plongée dans l’Histoire ».

Après la visite du CDST, direction le bourg de Saint-Pierre. On a parcouru la ville et observé ses ruines et ses sculptures. Je vous parlerai ici de quelques éléments du patrimoine pierrotain. D’autres photos sont visibles dans la galerie de Saint-Pierre ou celle du CDST.

La batterie d’Esnotz

La batterie de canons, d’abord appelée batterie Saint-Nicolas, est installée en haut de ce mur par le lieutenant général et gouverneur Nicolas de Gabaret. Elle prend place sur les hauts de Saint-Pierre en 1694. Le comte d’Esnotz, gouverneur qui lui donne son nom actuel, la renforce par l’ajout de onze canons.

C’est en 1793, que cette partie de Saint-Pierre, passe dans le domaine public. En effet, Jean de l’Horme, un riche négociant jusqu’alors propriétaire de ce patrimoine, offre tout le terrain avoisinant la batterie d’Esnotz au domaine public, à la seule condition que celui soit transformé en promenade.

La batterie d'Esnotz

La Place de l’Abolition

Inaugurée le 20 mai 2006 sous l’administration de Raphaël Martine, le Maire de Saint-Pierre, la Place de l’Abolition est le lieu où a été proclamée l’abolition de l’esclavage le 23 mai 1848 par le Gouveneur Rostolan. C’est une œuvre réalisée par Hector Charpentier, offerte à la ville.

Hector Charpentier est un peintre, sculpteur et plasticien originaire de la Martinique né en 1950. Il a fortement été influencé par ses parents pour son goût de l’art. Sa mère, Paule Charpentier, était une artiste peintre et professeure d’arts plastiques. Et son père, Hector Charpentier, était un peintre de passion. Dès son plus jeune âge, il est donc baigné dans cet univers qui ne le quittera plus. Il est l’un des seuls peintres antillais à être représenté au Musée du Louvre de Paris. Hector Charpentier a par ailleurs offert plusieurs de ses œuvres au patrimoine culturel de la Martinique, dont notamment les Bras de la Liberté, une statue présente au Prêcheur.

Place de l'Abolition

Vestiges de maisons du Figuier

Accolées au mur de la batterie d’Esnotz, ces petites maisons à un étage étaient, à l’origine, des logements militaires reliés aux fortifications par un escalier dissimulé derrière la muraille. Elles sont désormais témoins des coulées de lave ayant eu lieu lors de l’éruption de la Montagne Pelée.

Ces maisons dites « du Figuier » ont été construites au XVIIème siècle pour des raisons militaires, dans le but de servir de défense en cas de guerre. En temps de paix, elles étaient alors utilisées comme des bâtiments de commerce, car elles possèdent l’avantage de se situer en face de la mer – ce qui facilitait les échanges entre pêcheurs et particuliers.

Ruines des maisons du Figuier

Vestiges du Théâtre

Le théâtre, appelé aussi La Comédie, fut inauguré en 1786. Il pouvait accueillir jusqu’à 800 spectateurs sur 3 niveaux. La scène immense était prévue pour des représentations à grand spectacle. Des troupes théâtrales venaient de toute part pour y jouer.

Un cyclone détruit ce théâtre une première fois en 1813. Il est ensuite petit à petit réaménagé. En 1901, une année avant l’éruption de la Montagne Pelée donc, il connaît une grosse faillite suite aux efforts financiers réalisés pour la réhabilitation du lieu. Le théâtre fermera ses portes de manière définitive cette année-là, juste avant d’être entièrement détruit par les coulées en 1902.

Vestiges du théâtre de Saint-Pierre

Saint-Pierre renaissant de ses cendres

Cette sculpture, offerte à la ville par Madeleine de Jouvray, est inaugurée le 2 février 1928 près de l’embarcadère de la place Bertin. C’est le gouverneur Guy qui la présentera pour la première fois aux pierrotains. La statue faite de roches volcaniques, est finalement déplacée sur la terrasse supérieure des ruines du théâtre.

Saint-Pierre renaissant de ses cendres