L’interview de Lucas Vallerie, auteur de Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

Lucas Vallerie

Il y a déjà quelques semaines, j’ai découvert la superbe bande dessinée Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre.

Grâce à ce blog, j’ai eu l’immense opportunité de rentrer en contact avec Lucas Vallerie, l’auteur de ce roman graphique. Il a gentiment accepté de répondre à toutes mes questions, et c’est donc avec beaucoup de plaisir que je vous invite à découvrir les coulisses de cet ouvrage qui relate l’histoire de Saint-Pierre et de son prisonnier Louis-Auguste Cyparis. Je tiens d’ailleurs à remercier Lucas chaleureusement pour le temps qu’il m’a accordé !

Bonjour Lucas ! Comment est née l’idée de créer cette bande dessinée sur Cyparis ?

En Martinique, tout le monde connaît cette histoire, je me rappelle au collège d’être allé visiter les ruines de Saint-Pierre et notamment le cachot de Cyparis. Je ne vivais plus en Martinique depuis 12 ans, nous habitions à Bruxelles avec ma femme quand nous sommes retournés là-bas en vacances voir ses parents.

À l’époque je tenais un blog BD, L’île à Lulu. En rentrant, j’ai voulu raconter le séjour en Martinique et particulièrement l’ascension de la Pelée. Je ne pouvais pas ne pas raconter l’histoire de l’éruption du 8 mai 1902 et donc celle de Cyparis. Je ne voulais faire au début qu’une page ou deux et puis à force de me documenter, ça s’est rallongé progressivement jusqu’à occuper toute la place disponible dans ma petite caboche. Je décidai donc de raconter cette histoire en 2 ou 300 pages. Je tenais un sujet de roman graphique, il fallait donc que je fasse un dossier à envoyer aux éditeurs !

J’ai fait une BD qui raconte ça :

Le Point... de Lucas Vallerie
Lire la suite ici et ici

Comment se sont déroulées tes recherches sur Saint-Pierre et sur Cyparis ? As-tu rencontré certaines difficultés à obtenir les informations dont tu avais besoin pour ta bande dessinée ?

D’abord sur Internet, on peut même trouver des livres d’époque scannés, énormément de photos ! Et puis j’ai commandé tous les livres, BDs, recueils photos que j’ai trouvés sur le sujet !

Pas trop de difficultés, mais il fallait recouper, sélectionner, organiser les informations, témoignages, reconstruire la ville de Saint-Pierre, la topographie de la montagne, c’était un long travail qui m’a pris près de deux ans !

J’ai eu l’impression en lisant cette bande dessinée de redécouvrir le contexte politique de la Martinique d’antan. Était-il important pour toi de souligner les élections législatives qui devaient avoir lieu le dimanche 11 mai 1902 ?

Affiche des élections législatives 1902
Second tour des élections législatives 1902

Bien sûr ! D’une part parce que ça fait partie intégrante de l’histoire telle qu’on l’a toujours racontée ! Et cette histoire peut également être lue comme une allégorie, elle représente toute sorte de catastrophe qui s’annonce toujours avec fracas (catastrophe naturelle, humaine, médicale, économique, écologique…), et on voit que les hommes ont du mal, de manière générale à appréhender le pire, on refuse d’y croire, on se voile la face, c’est dur ! Certains y arrivent et prennent leur disposition, mais dans la majorité des cas, on va chercher à se rassurer par tous les moyens, du coup si les autorités en place ne prennent pas les bonnes décisions, ça n’aidera personne !

Il faut dans ces cas-là que tout le monde aille dans le même sens. C’est ce qui se passe en ce moment à Bali avec l’éruption du monde Agung, tout le monde a été évacué par principe de précaution ! 140 000 personnes, c’est énorme mais ils ont raison ! Par contre ce n’est pas du tout ce qui se passe au niveau mondial avec le dérèglement climatique et le chaos écologique que le système humain a installé, là c’est de pire en pire et pourtant toutes les alarmes ont été tirées depuis longtemps ! Il est grand temps de prendre tous nos responsabilités, ensemble ! C’est un peu aussi l’histoire de Babylone…

George Kennan, le reporter américain auteur du livre The Tragedy of Pelée, a-t-il réellement participé à la guérison des blessures de Cyparis ? Ou simplement contribué au fait que son histoire soit racontée aux États-Unis ?

Oui pour les deux questions, son livre est très bien écrit et passionnant ! Je le recommande ! On vit avec lui son arrivée en Martinique au jour le jour au lendemain de l’éruption, la lenteur des transports, sa rencontre avec Cyparis, etc…

Pourquoi avoir choisi de créer également des personnages fictifs tels que l’oncle et la nièce ? Y a-t-il d’autres personnages ou événements qui ne sont pas réels dans cette bande dessinée ?

Au début, je voulais faire un genre de feuilleton sur mon blog, ces personnages sont arrivés instinctivement, il me permettait de faire découvrir Saint-Pierre et la Martinique à ceux qui ne connaissent pas ! Et puis cette nièce, qui tombe amoureuse de la Martinique, c’est un peu de moi et un peu de certaines de mes amies également… bon par contre l’oncle… bref ! (haha)

L'oncle et la nièce à la découverte de la Martinique
L’oncle et la nièce à la découverte de la Martinique

Excepté l’oncle et la nièce, la plupart des personnages principaux sont réels, j’ai été jusqu’à chercher leurs photos, pour ceux que je n’ai pas trouvé, j’ai inventé. J’ai voulu respecter au maximum la réalité de ce que j’ai lu avec les témoignages ou vu sur les volcans. Bien sûr, comme je l’ai dit au début du livre, nul ne peut prétendre détenir la vérité. À partir du moment où l’on raconte, c’est une interprétation ! Néanmoins il y avait tant de détails dans ce que j’ai lu que je ne voyais pas l’intérêt d’inventer.

J’ai juste comblé quand j’avais des trous, notamment sur l’histoire de Cyparis à proprement parler. Par exemple : je savais que Cyparis était à Morne Rouge chez le Père Mary pendant la deuxième éruption, je savais aussi (attention spoiler) que le Père Mary mourut ce jour-là mais pas Cyparis, or, je ne savais pas comment ! Alors en fonction de la relation que j’ai imaginé qu’ils pouvaient avoir j’en ai déduit que : voyant que du danger s’approchait dangereusement, le Père Mary éloigna volontairement Cyparis afin que celui-ci survive ! Cela ajoute à l’intensité romanesque sans offenser l’histoire et finalement c’est peut être ça qui s’est réellement passé, qui sait ? C’est mon interprétation !

En tout, combien de temps as-tu passé à réaliser cette bande dessinée ? A-t-il toujours été question de dessiner plus de 250 planches ?

4 ans, 250 pages a toujours été plus ou moins l’objectif. Bien sûr, j’ai supprimé des séquences, j’en ai rajouté etc…

J’ai toujours rêvé de savoir comment se passe la réalisation d’une bande dessinée. Quelles sont les différentes étapes qui t’ont permis d’arriver à ce résultat final ?

Alors, j’ai créé un blog à cette occasion qui répond à la majorité des questions, c’est un blog de bonus BD spécialement sur Cyparis où je raconte tout ça, le pourquoi du comment, la doc, les techniques, le découpage, les scènes coupées etc…

Je vous invite à y faire un tour !
http://cyparisbd.blogspot.com/

Lucie Firoud est la coloriste de cette bande dessinée. Comment s’est déroulée ta collaboration avec elle ? À partir de quel stade du projet est-elle intervenue ?

Elle est arrivée au début de la production des planches c’est à dire environ deux ans après le début de l’aventure. C’est mon éditeur qui m’a donné son contact. Je lui ai donné un max d’infos, de doc, des tests graphiques que j’avais fait, je suis revenu sur les premières planches pour fixer le style définitif et la gamme chromatique, les codes graphiques. Et puis c’était parti, je lui envoyai régulièrement des planches par le net et elle me les renvoyait. Je corrigeais ce qu’il y avait à corriger (elle ne vit pas en Martinique alors il y avait certaines erreurs sur des fruits, des plantes, des détails qu’elle ne pouvait connaître), rajoutais quelques détails et surtout les FX : les effets de cendres et de brouillard…

Elle a abattu un travail considérable ! Je n’ai pas un dessin très simple et je sais que je peux être pénible par moment alors je lui suis très reconnaissant pour son travail et sa patience !

D’où provient ton inspiration pour la réalisation de tes planches ?

Eh bien nous sommes revenus vivre en Martinique ma femme et moi pour la réalisation de cette BD, l’inspiration elle est toute autour de moi, tous les jours ! Je voulais vraiment m’imprégner de la Martinique, des Martiniquais et des Martiniquaises pour être le plus juste possible ! Aussi bien dans les gens, les décors que le langage (que j’ai volontairement laissé actuel pour l’identification, ce n’est pas du vieux créole ou du vieux français).

Comment est née la couverture de cette bande dessinée, ce magnifique Cyparis de fumée jaillissant du volcan ?

Merci ! Eh bien elle est née à Bruxelles pendant la conception du dossier éditeur, elle me suit depuis 4 ans. Je me suis donc inspiré de la photo la plus connue de Cyparis exhibant ses brûlures qui me faisaient penser aux circonvolutions du panache volcanique. Il a un côté monumental, comme un génie qui sort du volcan avec son air triste et digne à la fois… Et puis en dessous, il y a Saint-Pierre, la ville condamnée, déjà en noir et blanc…

Ici, on peut voir l’évolution de la couverture.

J’ai lu sur divers sites que tu as travaillé en tant qu’animateur scénariste. Quel a été ton parcours professionnel ?

Animateur oui, scénariste non.
J’ai étudié le cinéma d’animation 3D à SUPINFOCOM Valenciennes de 1999 à 2003 où j’ai réalisé OTSU, un court métrage d’anim.

Ensuite j’ai bossé à Paris dans ce domaine plusieurs années sur des pubs, des séries des courts métrages indépendants, ainsi que des longs métrages comme Moi, Moche et Méchant

J’ai aussi réalisé des pilotes de séries

Entre temps, je suis parti avec ma femme un an et demi voyage en Asie et pause professionnelle où j’ai pris le temps d’écrire (si finalement tu as raison) tourné, réalisé et monter un film documentaire musical d’1h30 sur le Cambodge et la recherche de l’identité khmère, Une ballade pour les khmers.

Ensuite on a bougé à Bruxelles où j’ai continué l’anim mais où j’ai commencé à faire de la BD avec le blog L’île à Lulu jusqu’à revenir en Martinique en vacances…

Ici, j’ai continué à faire un peu d’anim à distance, surtout 2D.

J’ai eu des journées assez occupées avec la BD, mais j’ai aussi monté ma mini boîte d’éditions de cartes postales illustrées sur la Martinique que je vends un peu partout sur l’île, je me suis principalement tourné vers l’illustration et la BD.

J’ai aussi donné des cours à la prison et dans une école de 3D locale…

C’est donc vrai que tu as eu l’occasion de travailler sur des projets tels que Bref et Moi, Moche et Méchant ?! Si oui, qu’as-tu retenu de ces expériences ?

Oui, c’était bien ! L’anim me manque parfois, j’essaie de continuer de temps en temps ! C’est un beau métier ! Ce qui m’a plu aussi et qui manque également, c’est le travail en équipe sur plusieurs mois, ça c’était vraiment chouette ! Et puis aujourd’hui, il suffit que je dise ça dans les écoles où j’interviens pour avoir l’attention des élèves alors c’est cool ! Haha !

Pourquoi avoir fait le choix de te recentrer sur l’art de la bande dessinée ? Et d’ailleurs, pourquoi la Martinique ?

Au début j’avais plein de projet de séries en dessin animé, mais ça devenait hyper compliqué à mettre en œuvre, à réaliser, il fallait passer par des producteurs, des équipes techniques super nombreuses, de la censure due à la télé, Internet n’était pas encore au top, la BD s’est présentée comme un super moyen de raconter rapidement (plus ou moins) toutes les histoires que j’avais en tête, et seul !

J’ai fait mes armes, appris la narration, la mise en cases, découpage et techniques graphiques avec mon blog et c’était parti pour expérimenter tout ça sur un long format ! C’est un média extraordinaire, on peut raconter tout et n’importe quoi de la manière qu’on veut, il y a une infinité de voies encore à explorer ! Une formidable boîte à outils !!

Quels sont tes futurs projets ? Prévois-tu de réaliser une nouvelle bande dessinée ?

Oui, j’ai beaucoup de projets, une série qui trotte dans ma tête depuis des années, du fantastico-burlesque qui se passe à Paris, un projet plus sérieux d’anticipation, et quelque chose de plus intime sur une autre île qui me tient à cœur !

Enfin, comment présenterais-tu cette bande dessinée à une personne qui ne connaît pas l’histoire de Cyparis pour la convaincre de te lire ?

Vous aimez le rhum, l’accent créole, l’ambiance chaude et moite des Antilles du début du XXe siècle, le bois bandé, les giraumons, les corossols et autres christophines ?

Vous voulez goûter aux dernières heures d’une ville magique avant sa destruction ? Découvrir comment un pauvre ivrogne au destin exceptionnel devint le premier noir célèbre des États-Unis, et ça sans doute grâce à l’alcool ? Vivre une terrible éruption de l’intérieur sans même avoir chaud aux fesses ni sortir de chez vous ?

C’est possible grâce à la bande dessinée Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre, 256 pages couleur, Édition La Boîte à Bulles, 2017.

Vous vous poserez alors peut être alors la question : « Et vous ? Qu’auriez-vous fait ? ». Garantie sans pathos !

Si vous souhaitez suivre les aventures de Lucas Vallerie, vous pouvez le retrouver sur sa page Facebook Lulu sur son île.

Aussi, Lucas sera en tournée dédicaces en France métropolitaine au mois de janvier 2018. Vous le retrouverez suivant le planning ci-dessous :

18 janvier, de 16h à 19h Librairie BD Net Nation à Paris
19 janvier, de 16h à 20h Comptoir de la BD à Boulogne
20 janvier, de 14h30 à 19h Librairie Critic à Rennes
25 janvier Krazy Cat à Bordeaux
26, 27 et 28 janvier Festival d’Angoulême

Joyeux anniversaire Madame Béroard !

Zouk sarl

Parce qu’on oublie souvent de célébrer nos artistes tant qu’on en a encore la chance, aujourd’hui je vous propose de découvrir (ou redécouvrir) la carrière de notre chanteuse de zouk la plus connue : Jocelyne Béroard.

Jocelyne Béroard est une auteure, compositrice et chanteuse née en Martinique. Elle est connue internationalement pour sa contribution dans le groupe Kassav’, un groupe fondé en 1979 en Guadeloupe.

Les débuts de Jocelyne Béroard

Jocelyne Béroard arrive en France métropolitaine alors qu’elle n’a pas encore vingt ans. Elle choisit d’abord d’y faire des études pharmaceutiques dans la ville de Caen, avant de se réorienter et intégrer l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. C’est finalement dans le domaine de la musique, le quatrième art par excellence, qu’elle fera ses preuves. Fraîchement arrivée dans la région parisienne, Jocelyne Béroard entre dans l’industrie de la musique antillaise grâce à son frère musicien, qui lui est déjà bien installé dans le milieu. Elle commence alors une carrière de choriste professionnelle.

Ainsi, en 1980, on retrouve Jocelyne Béroard dans les chœurs de Lee Perry, un producteur, musicien et chanteur jamaïcain. De cette rencontre à Kingston naîtra la chanson Bed Jammin, une douce invitation reggae aux connotations évocatrices.

Au cours de cette même année, Jocelyne Béroard enregistre en compagnie du groupe jamaïcain Third World la version reggae de Many Rains Ago de Letta Mbulu, une chanteuse de jazz sud-africaine. Cette chanson, Many Rains Ago, est à l’origine créée pour les besoins de la série de Quincy Jones, Roots (Racines en français), une série qui retrace la chronologie de l’histoire afro-américaine, depuis l’Afrique jusqu’à la Guerre civile qui dénoncera entre autres les violences faites aux esclaves. On retrouve dans cette mini-série le personnage emblématique de Kunta Kinte.

Toujours au cours de l’année 1980, Jocelyne rencontre Jacob Desvarieux. Kassav’ vit alors ses premiers jours grâce à Pierre-Edouard Décimus et Freddy Marshall, rejoints par le frère de Pierre-Edouard, Georges Décimus, et Jacob Desvarieux. Ensemble, ils entonnent Soleil, une chanson que l’on retrouve sur le deuxième album de Kassav’, Lagué Mwen. Cette première collaboration de Kassav’ avec Jocelyne Béroard donnera naissance à beaucoup d’autres par la suite.

En 1981, Jocelyne Béroard travaille avec des artistes comme Bernard Lavilliers, Dave, Manu Dibango et Zachary Richard. Elle chante dans des pianos-bars parisiens, reprenant des standards de jazz ou classiques de la musique antillaise.

L’année suivante, elle participe au Concours de la Chanson d’Outre Mer. Elle y interprète Concerto pour l’Oiseau et la Fleur de Marius Cultier, un brillant artiste pianiste originaire de la Martinique qui décédera trois ans plus tard. Cette chanson permet à Jocelyne Béroard de devenir la lauréate de ce concours.

Jocelyne Béroard, sa carrière solo et Kassav’

En 1983, Jocelyne Béroard intègre officiellement Kassav’. Jean-Claude Naimro, Jean-Philippe Marthély et Patrick Saint-Éloi font également partie de l’aventure, alors que Freddy Marshall décide de laisser sa place. Consécutivement, Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni propulse le groupe sur la scène internationale, et le zouk commence en 1984 à entrevoir ses heures de gloire.

En 1985, l’album An ba chen’n la, avec notamment la chanson Mwen Malad Aw, connaît un franc succès. Il recevra d’ailleurs la jolie distinction de double disque d’or.

En parallèle, Jocelyne Béroard mènera sa carrière solo d’une main de maître. En 1986, l’album Siwo sort, et c’est alors une floraison de hits que nous propose la chanteuse martiniquaise à la voix d’or. On y retrouve par exemple Kaye Manman, Kolé Séré, Mi Tchè Mwen, et évidemment Siwo. (Ces chansons ont donc plus de 20 ans aujourd’hui ! Et non, ça ne nous rajeunit pas !)

Cet album recevra également un double disque d’or, une distinction qui permet à Jocelyne Béroard d’être la première chanteuse caribéenne à obtenir un disque d’or en France. En 1987, Kassav’ est bien lancé ! Le groupe sort son neuvième album Vini Pou, avec notamment la chanson Syé Bwa.

La chanson Kolé Séré, d’abord interprétée avec Jean-Claude Naimro sur l’album Siwo, se transforme ensuite en duo avec Philippe Lavil en 1988. Elle sera vendue plus de 500 000 exemplaires, et atteindra la top 5 du classement des hits en France. La même année, Kassav est sacré Meilleur groupe de l’année aux Victoires de la Musique.

En 1989, Kassav’ fête ses dix ans et chante pour l’occasion au Zénith de Paris, une consécration pour le groupe antillais pour lequel tout semble réussir. Ils obtiennent le Prix de la Francophonie au Québec.

En 1991, Jocelyne Béroard sort Milans, son deuxième album solo. Elle remporte pour celui-ci le Prix de l’Interprète féminine de la SACEM en Martinique. On la retrouve en 1992 dans Siméon, le troisième film d’Euzhan Palcy, une cinéaste martiniquaise principalement connue pour son film Rue Cases-Nègres (dans lequel a joué Eugène Mona).

Jocelyne Béroard reçoit la distinction de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1999.

Les années 2000

En 2000, Jocelyne Béroard enregistre Nou La avec Kassav’. Elle organise également la première cérémonie Lanmèkannfènèg avec le Comité Marche du 23 mai 98 dont elle est la vice-présidente. Cette cérémonie a pour but de rendre hommage à la mémoire des fils et filles d’esclaves. En fin d’année, Kassav’ est de nouveau au Zénith de Paris pour deux concerts à salle comble suivis d’une tournée.

En 2003, Jocelyne Béroard sort son troisième album solo Madousinay avec notamment les chansons Pawol Granmoun et Vini Séré. Elle chante également sur Héritage de Noël, une compilation de chansons traditionnelles de Noël aux Antilles : on la retrouve sur le titre Minuit Chrétiens.

En 2004, Kassav’ sort son quatorzième album Ktoz, et Jocelyne Béroard chante avec Michèle Henderon Fanm. L’année suivante, Jocelyne Béroard interprète un duo avec Véronique Sanson lors du concert Ni putes, ni soumises organisé par l’association du même nom qui lutte contre les violences faites aux femmes. Jocelyne Béroard donne également des concerts à l’Atrium de Fort-de-France.

En 2006, c’est aux côtés d’Admiral T que Jocelyne Béroard et Jacob Desvarieux chantent Fos A Péyi La. Trois ans plus tard, Kassav’ fête ses 30 ans au Stade de France : un anniversaire célébré en communion avec un peu plus de 65 000 spectateurs.

Aujourd’hui, Jocelyne Béroard vit en Martinique. Elle représente à mes yeux la femme créole dans toute sa splendeur. C’est une artiste respectée et admirée de tous. Je tenais donc à lui rendre hommage en ce jour : joyeux anniversaire Madame Béroard ! Je n’ai, bien évidemment, pas été exhaustive sur la liste de ses grandes chansons, libre à vous de continuer à l’écouter avec amour. ;-)

Symmetry Breakfast par Michael Zee

Michael Zee

L’histoire de Michael Zee

Il y a quelques temps, j’ai découvert cet homme ordinaire au parcours incroyable. Michael Zee est un fervent amoureux de la gastronomie. C’est un blogueur passionné qui partage son amour pour les cultures du monde grâce à la nourriture. En août 2013, il crée Symmetry Breakfast, une série de photos culinaires que l’on peut retrouver sur son compte Instagram. La particularité de cette collection réside autour de l’agencement des photographies prises par son auteur. Celles-ci sont symétriquement organisées et donnent l’illusion qu’un miroir est utilisé pour refléter un plat.

Comment démarre cette histoire longue de presque quatre ans maintenant ? Simplement ! Michael Zee adore cuisiner, et tous les matins, il prépare le petit déjeuner pour son bien aimé. Parce qu’il a une passion pour la cuisine et parce qu’il souhaite partager cet amour avec celui qu’il aime, il décide un matin de prendre en photo les plats qu’il cuisine en les disposant avec équilibre et beauté.

Ses photos ont eu un tel engouement dans le monde entier sur les réseaux sociaux, notablement sur Twitter et Instagram, que le hashtag #symmetrybreakfast rend désormais un bel hommage à cette histoire hors du commun. SymmetryBreakfast c’est également un livre, que vous retrouverez ici sur Amazon, qui recense 90 recettes de petit déjeuners originaux qui vous feront voyager en Espagne, aux États-Unis, au Maroc ou encore en Russie.

Une semaine avec #symmetrybreakfast

Je vous propose de découvrir les petits déjeuners de ce blogueur passionné durant cette première semaine du mois de mars 2017. Depuis quelques temps maintenant, Michael et Mark, son mari, sont installés à Shanghai. Les derniers petits déjeuners postés par le photographe sont donc à la fois orignaux et exotiques.

Mercredi 1er mars

Pain en forme de tournesol provenant de Sunflour, Anfu Lu, accompagné de morceaux de mangues et de mûres. Yaourt à l’orge mélangé avec des fruits du dragon pourpre. le tout accompagné de thé noir de Chine.

Jeudi 2 mars

Igname violet et canard laqué avec du youtiao, sorte de beignet chinois frit, des oeufs, de l’oignon et des graines de citrouille, le tout accompagné d’une boule de pain ornementée de sésame et d’une tasse de thé.

Vendredi 3 mars

Guotie(s?) 锅贴 (littéralement boulettes de pâte frites) épicés garni avec du porc juteux et frais accompagné de vinaigre. Thé et assortiment de fruits locaux.

Samedi 4 mars

Petits buns au crabe préparés à la vapeur, accompagnés de lait de soja fait maison, de thé et d’une tasse de fruits exotiques, notamment de myrtilles et d’ananas frais.

Dimanche 5 mars

Délicieux et croustillant congyoubing 葱油饼, sorte de pancake chinois, accompagné d’un œuf au plat, d’une vinaigrette hollandaise faite maison et d’une tasse de kiwis et de fruits de la passion.

Lundi 6 mars

Pancakes préparés avec de la pomme de terre violette, poires caramélisées, sirop d’érable et fruits du dragon plongés dans un yaourt. Le tout accompagné de thé matcha.

Mardi 7 mars

Bol de sashimi avec des oeufs de poisson, du saumon, du thon, du soja, des feuilles d’algues Nori, des carottes et du sésame. Mandarines et thé.

En bref

Comme vous pouvez le voir, Michael Zee ne manque pas d’idées pour égayer le repas le plus important de la journée. Tantôt sucrés, tantôt salés, ses petits déjeuners sont vraiment faits pour tous les goûts. Pour ma part, c’est vraiment son savoir-faire et son côté créatif que j’admire.

N’hésitez pas à suivre les aventures de Michael Zee sur Twitter, sur Instagram, ou sur son récent blog, dont le premier article, très émouvant, est sorti il y a seulement deux jours.

Emile-Joseph Bizet

Seth Doyle

Cela faisait un moment que je n’avais pas écrit, ou plutôt que je n’avais rien partagé ici, sur ce blog. J’ai quelques articles en cours de préparation, plus ou moins, voire complètement rédigés, qui se meurent à l’idée d’être lus ! Mais je voulais prendre le temps de préparer mon retour, et surtout, je voulais prendre le temps de m’arrêter un instant sur ce qu’a été la vie de cet homme, Emile-Joseph Bizet, plus connu sous le pseudonyme de Badian, dans le bourg du Marigot en Martinique.

Le Marigot n’est pas une très grande commune, et c’est presque un euphémisme de dire, que ce grand monsieur, natif de la ville, était connu de tous. Emile-Joseph Bizet, Badian pour les intimes, a commencé à travailler dès son plus jeune âge, en tant qu’ouvrier agricole. A l’époque, dans la Martinique d’antan, les hommes, ou plutôt les jeunes garçons, abandonnaient vite l’école pour pouvoir soutenir leur famille sur le plan financier. Badian a ensuite exercé dans le BTP. Puis, son parcours professionnel s’est terminé au sein de la SIMAR, la Société Immobilière de la Martinique.

Fervent admirateur de la gastronomie locale

Badian était avant tout un passionné des valeurs traditionnelles créoles. Aux côtés de sa fille Guylène, il observait de près la préparation des punchs coco maison. Guylène confectionnait ainsi, sous son regard, son propre lait de coco à partir de noix de coco fraîchement cueillies et coupées. Elle préparait ensuite le punch en deux temps, en ajoutant en même temps que le rhum du lait concentré, du sucre de canne, de la vanille, de la cannelle et parfois même de la muscade.

Badian a de son côté, au fil des années, perfectionné sa cuisine autour du boudin créole. (Il faut savoir qu’en Martinique, le boudin est considéré comme un mets très important de la gastronomie locale.) Badian avait sa propre technique de préparation et de cuisson, le petit plus qui ravissait les palais, et a remporté de nombreux concours de cuisine antillaise grâce à ses recettes de boudin blanc et de boudin noir.

Pêcheur chevronné en matière de crabes

Badian était aussi un féru de la pêche à la ligne et de la pêche aux crabes. Son attachement à ces petits passe-temps l’a conduit à imaginer et confectionner tout un attirail spécifique pour attraper des crabes. Ainsi, ses pièges à crabes, ratiè en bon créole, possèdent une forme caractéristique, bien connue et reconnaissable sur les plages sur lesquelles il déposait ses équipements.

Cette pratique, qui finalement est devenue son art, lui a permis d’être reconnu, et d’être interviewé par la voix off de l’émission Moun Péyi courant 2006. Moun Péyi est une émission assez concise présentant chaque jour sur les antennes de la télévision aux Antilles, en Martinique, en Guadeloupe ou en Réunion, des personnalités inconnues du grand public qui présentent leurs savoir-faire, dans la tradition de leur île. Ainsi, Badian sera questionné autour de ses ratières multicolores sur sa manière de pêcher le crabe, tout en créole.

Chanteur à ses heures perdues

Badian a rencontré Eugène Mona à ses débuts, un illustre chanteur et flûtiste martiniquais connu pour sa musique traditionnelle. Durant les années 70, Badian, accompagné de son beau-frère Étienne, participe même à certaines représentations de ce grand chanteur. Eugène Mona est souvent parti pêcher aux côtés de Badian, et ensemble, ils ont passé plus d’une soirée à manger l’objet de leurs prises : du poisson !

Badian était ce que l’on pourrait appeler un sacré numéro. Il adorait la fête ! Il n’avait pas la langue dans sa poche, et il s’amusait souvent à chanter des boutades à ses amis de dominos lorsqu’il était vainqueur d’une partie ! Dans un cadre plus restreint, au sein de sa famille, il prenait parfois la voix, comme lors de cette soirée de Noël, où il a servi de chef d’orchestre à tous ses proches venus réveillonner chez lui. Comme la tradition le veut, le temps des cantiques (cf. Chantè Nwèl) est arrivé, et alors que ses enfants/beaux-enfants reprenaient la ritournelle "Renvoyez la lumière!" et que la pluie battait son plein dehors, Badian a animé pour la dernière fois son assemblée.

"Après la mort, vive la tombe !"

Il s’en est allé, sourire aux lèvres, le mardi 11 février dernier à l’âge de 80 ans, en laissant derrière lui ses sept enfants, ses seize petits-enfants et son premier arrière petit-enfant, inconsolables.

 

Parution de Badian sur le France Antilles

Pierre Aliker est mort

Marie-Claire Delbé

"Quand la mort se présentera, je l’embrasserai sur les deux joues et je lui dirai : 'Tu es en retard'.", tels sont les mots qu’avait déclaré cet illustre homme en 2004 sur RCI… Et c’est à l’âge de 106 que s’est éteint le 5 décembre 2013 à Fort-de-France le docteur Pierre Aliker. Frère du politicien André Aliker et proche d’Aimé Césaire, Pierre Aliker était un personnage emblématique de la Martinique. Il avait été admis à l’hôpital Pierre Zobda Quitman très exactement la semaine dernière après une chute chez lui. Celle-ci lui a valu une fracture du col du fémur selon le webmagazine DomActu.

Pierre Aliker était avant tout un médecin, le premier homme martiniquais interne aux hôpitaux de Paris. Après une spécialisation en chirurgie, il quitte la France pour son pays natal afin d’exercer son métier sur son île. Le 12 janvier 1934, le corps sans vie de son frère, André Aliker, est retrouvé ligoté à Case-Pilote. André Aliker était journaliste pour le journal Justice. Il y dénonçait les injustices et publia notamment une édition spéciale (celle du 11 juillet 1933) avec des pièces du dossier prouvant la culpabilité du béké Aubéry dans une affaire de fraude fiscale. Dès lors, Pierre Aliker décide de rendre hommage à son frère, en s’habillant quotidiennement en blanc, ce qui lui valu un certain nombre de qualitatif, notamment celui de L’homme en blanc.

En 1945, c’est aux côtés d’Aimé Césaire que s’engage politiquement le médecin martiniquais. Il devient le premier adjoint au maire en 1957 et assume pendant de nombreuses années la gestion de la ville de Fort-de-France. C’est d’ailleurs avec Aimé Césaire, qu’il fonde le Parti Progressiste Martiniquais. Il restera d’ailleurs son vice-président jusqu’en 2005. Il crée également le Syndicat Intercommunal du Centre de la Martinique, aujourd’hui rebaptisé CACEM. Il préside cette communauté de 1997 à 2001.

Le jour de ses 100 ans, le 9 février 2007, le Stade de Dillon devient le Stade Municipal Pierre Aliker. Durant cette inauguration, Serge Letchimy prononce les phrases suivantes en parlant d’Aimé Césaire : "Il lui fallait un homme d’envergure : cet homme a été l’indéfectible Docteur Pierre Aliker. Sans Césaire, il n’y a probablement pas d’Aliker. Mais sans Aliker, il n’y a probablement pas de Césaire. […] L’assassinat de son frère André, en janvier 1934, cimentera entre les deux hommes une amitié intellectuelle qui se changera au fil des ans en fraternité de combat pour la justice et le droit, pour l’identité, la dignité, la responsabilité.". *

En dehors de toutes les considérations politiques que l’on peut avoir aujourd’hui, force est de constater que le parcours de Pierre Aliker n’a pas été anodin dans l’histoire de la Martinique. Sa personnalité aura su toucher l’ensemble de la population martiniquaise.

Nelson Mandela est mort

maureen lunn

Nelson Mandela est devenu le symbole de la lutte contre la ségrégation raciale. Son histoire est forcément liée à celle de l’Afrique du Sud et au mouvement politique qu’est l’apartheid. Comprendre ce qu’a réellement été cette structure politique, c’est comprendre les raisons pour lesquelles le peuple africain entier voue un culte sans pareil à Nelson Mandela.

L’apartheid

L’apartheid est un régime politique sous lequel les droits des personnes de couleur résidant en Afrique du Sud sont complètement différents des blancs. C’est donc ainsi que naît la ségragation raciale. Ce régime est inséré au début du vingtième siècle en Afrique du Sud. Mais ce n’est pourtant qu’en 1948 que l’apartheid se renforce avec l’arrivée des nationalistes au pouvoir. L’ensemble de la législation est conçue sous trois grands préceptes : la loi sur la terre qui existe depuis 1913, les lois éditées en 1950 qui classent l’ensemble de la population sud-africaine selon des critères raciaux, et la loi de 1953 concernant la séparation entre les blancs et les noirs dans les lieux publics.

Il faut savoir qu’à cette époque, le gouvernement sud-africain n’admet pas la notion de chef d’état. C’est donc réellement le Parti Nationaliste qui érige les lois. Le gouvernement développe une politique de regroupement des populations africaine des Etats, les bantoustans. Malheureusement, leur indépendance économique et/ou politique est complètement factice. Les noirs sont alors privés de tous droits politiques et sont victimes de bien des préjudices. Cette ségragation apparaît sous diverses formes : l’administration; l’enseignement, le travail, le mariage et les relations sexuelles.

Il existe un parti politique en Afrique du Sud du nom d’ANC, l’African National Congress. L’ANC est créé en 1912 pour intervenir dans l’intérêt de la majorité noire contre la minorité blanche. La lutte anti-apartheid s’intensifie dans les années 40, et Nelson Mandela, accompagnés notamment de Walter Sisulu et Oliver Tambo appelle aux manifestations réclamant l’égalité des chances pour toutes les races. En 1960, l’ANC est déclaré hors-la-loi par le Parti National, suite au massacre de Sharpeville durant lequel 69 personnes sont tuées quand la police ouvre le feu sur les protestataires. Mandela est arrêté en 1962, puis condamné en 1964 à la détention à perpétuité.

Le régime de l’apartheid va doucement s’assouplir au cours des années 1980, avant d’être officiellement abolie par le président De Klerk en 1990. Ce n’est qu’à cet instant que Nelson Mandela est libéré après plus de 26 années passées en prison. Il est dès lors considéré comme héros dans tout le pays pour sa lutte contre l’injustice de cette ségragation qu’a connu le pays. Nelson Mandela est nommé président de l’ANC en 1991 avant d’obtenir le Prix Nobel en 1993, et d’être président de la République en 1994.

Mort de Nelson Mandela

On le savait, depuis quelques mois déjà, Nelson Mandela n’était pas au meilleur de sa forme. Selon Le Parisien, Nelson Mandela est mort, ce soir à 17h45 (heure de Martinique), entouré des membres de sa famille, alors qu’il était en soins intensifs dans un état jugé critique. Il était âgé de 95 ans, et nul doute que le monde entier lui rendra un fervent hommage dès demain..

Your love is my love

whitneyhoustonVEVO

Comme j’en parlais dans l’article précédent, la célèbre chanteuse à la voix d’or, Whitney Houston est décédée ce samedi 11 février, et avec elle, c’est tout un chapitre de mon enfance qui s’efface. Ses chansons, que j’ai découvertes petite grâce à ma mère, m’ont bercé pendant de longues années. I will always love you, I’m every woman ou encore It’s not right but it’s okay ou When you believe, font partie à mon sens des classiques qu’il faut avoir écoutés au moins une fois dans sa vie. Mais la chanson du répertoire de Whitney Houston qui m’aura finalement le plus marqué est My love is your love.

My Love Is Your Love est une chanson au tempo doux, un mélange R&B/soul aux sonorités reggae. Elle a, d’ailleurs, été reprise par Terry Linen, sur le Strictly the Best 24 sorti en 1999. J’aime particulièrement les paroles de cette ballade : elles font la puissance de ce véritable hymne à l’amour. Whitney Houston y révèle ses intentions vis-à-vis de celui qu’elle aime. Elle se visualise dans des situations plus compliquées les unes que les autres — à l’aube d’une troisième guerre mondiale, complètement ruinée et sans toit où vivre — pour finalement conclure sur le fait que la compagnie de cet être cher lui permettrait d’affronter n’importe laquelle des mésaventures que la vie lui réserve. L’amour qu’elle ressent apparaît alors comme le sentiment lui donnant la force de vaincre tous les tracas quotidiens. "If I lose my fame and fortune / And I’m homeless on the street / And I’m sleeping in Grand Central Station / It’s okay if you’re sleeping with me." La fin de cette chanson a une portée plus intemporelle : la chanteuse se projette vers le moment de sa mort de manière complètement rationnelle, car après tout personne n’est fait pour vivre éternellement nous rappelle-t-elle. Elle conclut alors sa déclaration d’amour sur un "I’ll be waiting for you after the judgment day" énergique : elle serait en mesure d’attendre celui qui semble être son âme-sœur au-delà de sa mort, au-delà même du Jugement dernier. La triste nouvelle de sa mort me semble aujourd’hui irréelle.

Alexa Meade et ses tableaux vivants

Alexa Meade

Alexa Meade est une artiste américaine aux idées originales née en 1986 à Washington. Elle présente régulièrement ses œuvres dans des salles d’exposition aux États-Unis et en Angleterre. On la retrouve par exemple pour Picture Planes de la galerie Irvine Contemporary ou encore The Art of Giving pour la Saatchi Gallery. Alexa Meade est notamment connue pour ses photographies colorées et insolites.

Quand on regarde ses œuvres, on pense au premier abord avoir affaire à de magnifiques tableaux aux couleurs éclatantes. Mais il s’agit en réalité de sujets physiques existants recouverts d’une bonne couche de peinture à huile ! Alexa Meade joue avec la représentation 3D d’un espace pour créer des toiles en décalage avec l’univers qui nous entoure. Ainsi, elle utilise des fruits, des objets faisant partie de la vie quotidienne tels que des tables, des chaises, des assiettes, des bouteilles, des chapeaux etc… et surtout de véritables personnes comme base pour son art. Vous pouvez découvrir l’ensemble de son travail sur Flickr.

Alexa Meade's Flickr ©

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Amy Winehouse

Redfishingboat (Mick O)

Le samedi 23 juillet dernier, on apprenait le décès d’Amy Winehouse. Alors aujourd’hui, je me décide enfin à écrire à son sujet, sans pour autant revenir sur son parcours que tous les médias, wikis et autres blogs reprennent largement depuis cette tragique nouvelle. Je préfère de loin insister sur les chansons qui, selon moi, font d’elle une véritable légende de la soul.

Je démarre naturellement cette liste en vous parlant de la chanson qui m’aura permis de découvrir cette célèbre artiste, You know I’m no good. Car non, je n’ai pas connu Amy Winehouse à l’époque de son premier album Frank, alors qu’elle faisait déjà sensation en Grande-Bretagne et partout ailleurs dans le monde. C’est venu bien plus tard, courant 2007 je dirais. En même temps, je n’avais que 14 ans en 2003 et je passais mon temps à écouter du pur reggae tout en rêvant d’indépendance… mais il s’agit là d’une tout autre histoire. Back to Black s’était déjà vendu à près d’1,85 millions d’exemplaires* quand j’ai entendu pour la première fois Amy Winehouse. Son personnage m’a tout de suite plu : sa voix d’abord, puis ses tatouages et son train de vie particulier. Elle avait selon moi un univers en parfait décalage avec l’air du temps. Son style n’avait rien de conventionnel, elle avait tout d’une rebelle. Et les paroles de You know I’m no good ont renforcé cette impression. Dans ce titre, elle apparaît comme une personne parfaitement consciente de ses défauts. Elle assume ses actes mais semble les subir à la fois, comme si elle n’en était pas complètement responsable. Et donc, elle se défend des éventuels reproches que pourrait lui faire son amant en lui adressant le message suivant : « Je t’avais prévenu de mes carences et de mes travers. Tu savais à quoi tu t’exposais. »

Love is a losing game est un de mes véritables coups de cœur dans ce répertoire. Une chanson d’amour plutôt triste, probablement celle qui me convient le mieux d’ailleurs. Love is losing game identifie clairement le sentiment amoureux comme étant avant tout un jeu dans lequel se confrontent deux personnes dans la perspective d’avoir un avenir ensemble. Mais cette chanson aux rimes poignantes décrit également de manière subtile les sentiments éprouvés par la personne qui se retrouve perdante à la fin de cette histoire. Car chaque histoire d’amour poursuit son cours de manière hasardeuse… Mais si l’on en croit le texte de ce morceau, on ne peut pas sortir "vainqueur" d’une romance. Il s’agirait là d’une règle ne possédant pas d’exceptions. Une règle à laquelle la chanson semble s’être confrontée : Amy Winehouse est clairement ici une personne qui regrette d’avoir tenter sa chance en pariant sur les émotions et son ressenti. "Why do I wish I never played / Oh, what a mess we made / And now the final frame / Love is a losing game". Cette chanson met en relief un rythme et un texte bien travaillés, un peu à l’instar d’une poésie lyrique. Et c’est d’ailleurs le champ lexical récurrent du jeu qui confère à l’amour un caractère aléatoire quant à son évolution.

Je continue ma sélection avec Back to Black, qui porte le même nom que le deuxième et (malheureusement) dernier album d’Amy Winehouse. Encore une fois, il est question d’amour. Encore une fois, Amy Winehouse y relate une histoire dans laquelle le principal acteur souffre. Le refrain de cette chanson suffit à saisir toute l’immensité de la peine éprouvée : "We only said goodbye with words / I died a hundred times / You go back to her / And I go back to black". Mais cette fois, il n’est plus question d’associer l’amour au jeu. On est directement plongé dans l’univers obscur de la mort. Et le clip proposé par l’artiste, qui se décline sur des tons monochromes, ne fait qu’amplifier cette portée dramatique déjà présente dans le texte. Dans celui-ci, on y aperçoit Amy Winehouse se préparer à un enterrement. Dans un premier temps, elle est tranquillement assise sur un fauteuil à attendre, semble-t-il, l’heure à laquelle doit démarrer la marche funèbre. Mais quand vient le moment, c’est d’un pas incertain qu’elle descend les marches de son appartement pour rejoindre les personnes présentes pour accompagner le défunt (dont l’identité reste jusque là inconnue). Alors qu’Amy entonne le premier refrain, elle se dirige vers le corbillard afin de s’y installer et l’ensemble du cortège se met en route vers le cimetière. Arrivé au lieu-dit, une petite boîte est déposée dans le trou creusé. Amy y dépose une fleur blanche, puis comme le rituel dans certaines religions le veut, chaque personne vient y jeter de la terre pour rendre hommage une dernière fois au mort. Ce n’est qu’à la fin du clip que l’on comprend qu’il s’agissait de l’enterrement du cœur d’Amy Winehouse.

Pour revenir à une des chansons figurant sur son premier album Frank, je vais poursuivre avec Stronger Than Me, un morceau qui s’inscrit aussi bien dans le genre du jazz que celui de la soul. Son intro nous offre d’ailleurs quelques vocalises sur une guitare : un classique en matière de jazz. Note pour les incultes : la vocalise est un exercice de style courant consistant à reprendre une succession de voyelles, souvent utilisée dans le jazz et la soul. Dans cette chanson, la trame narrative du texte nous emmène sur un sujet bien plus léger que les trois précédentes chansons que je vous ai énoncé. Amy Winehouse se retrouve dans une relation où elle serait plus "forte" que son compagnon d’un point de vue moral. Elle lui demande pourquoi il refuse de jouer le rôle de "l’homme" dans leur couple. Il serait trop compatissant et souhaiterait parler avec beaucoup trop souvent. Elle en a marre de sans cesse devoir le réconforter et préfèrerait de loin qu’ils partagent de longues étreintes. Toute la folie de l’amour qu’ils possédaient au début de leur histoire s’est envolée, et la jeune femme ne perçoit plus que l’émotivité de son homme. Les paroles ne nous disent pas s’ils arrivent enfin à un compromis, mais le problème est énoncé donc rien n’est impossible. Je souligne ici un magnifique solo de saxophone présent à la fin des quatre minutes de cette morceau.

Je vais maintenant vous présenter Cupid, un reggae présent uniquement sur la version Deluxe de l’album Back to Black d’Amy Winehouse. Cette chanson est en fait une reprise du single du même titre de Sam Cooke sorti en 1961. Elle a inspiré de nombreux talents comme Johnny Rivers, Otis Redding ou plus récemment Melanie Fiona. Mais la version d’Amy est de loin celle que je préfère. Elle a le mérite de nous emporter dans une atmosphère complètement différente grâce à une instru "roots". Il faut d’ailleurs que je souligne ici le très bon travail des musiciens qui accompagne l’artiste sur ce morceau. Pour ce qui est de la trame de cette chanson, elle consiste en une requête finalement très simple : « Cupid, draw back your bow and let your arrow flow straight to my lover’s heart. » (Cupidon, redresse ton arc et laisse ta flèche se diriger droit dans le coeur de celui que j’aime). Car les choses seraient probablement plus simples si l’on pouvait avoir ce genre de coup de pouce dans la vie.

To know him is to love him est une ballade douce décrivant l’impossibilité de s’abstenir d’éprouver des sentiments pour une personne qui semble correspondre trait pour trait à ce que l’on recherche. Cette très belle chanson a été écrite en 1958 par Phil Spector, qui s’était inspiré des mots présents sur la pierre tombale de son père "To have known him is to have loved him" (L’avoir connu, c’est l’avoir aimé). Car parfois, prendre le temps de mesurer pourquoi on apprécie une personne c’est se rendre compte de l’amour qu’on lui porte. Et apprendre à réellement connaître quelqu’un c’est finalement trouver un véritable repère. Car « voir son sourire rend [notre] vie digne d’intérêt ». Amy Winehouse interprète ce titre sur le seul son d’une guitare — ce qui confère à cette chanson une dimension plutôt intime, un peu comme s’il s’agissait d’une confession à son auditoire. C’est un de mes coups de cœurs de son répertoire.

Enfin, bien que d’autres chansons telles que Me & Mr Jones, You wondering now, Valerie ou encore Monkey Man me plaisent tout autant, je vais achever cet article avec Rehab. Parler d’Amy Winehouse sans évoquer Rehab serait sans aucun doute un sacrilège… Cette chanson autobiographique est LA chanson que tout le monde a déjà entendu au moins une fois, car elle est devenue la signature, la chanson emblématique d’Amy Winehouse. Dans celle-ci, la chanteuse relate son refus catégorique quant à la demande de son père, et de son entourage familial de manière générale, de se rendre en cure de désintoxication. Et donc, bien que ce morceau ait souvent été repris de manière critique par les journalistes relayant la vie et les mésaventures de la jeune femme, celui-ci a su toucher une large population et a gagné de nombreux prix au niveau international. Plusieurs artistes ont même proposé leur propre version de ce tube dans des concerts en live, pour des albums et compilations, ou simplement pour le plaisir. Amy Winehouse avait un style bien à elle et une voix juste magnifique qui continuera de me bercer ces soirs de grande mélancolie.

* : source

Pencil vs Camera (2)

Ben Heine

Il y a environ 6 mois, je vous parlais d’une excellente trouvaille que j’avais faite à la fois sur le thème de la photographie et celui du dessin : Pencil vs Camera !. Ce projet est en réalité le résultat d’un travail personnel de son illustre auteur, Ben Heine, un artiste aux multi-talents. L’originalité du concept réside dans la nouvelle perception du monde mise en relief : Ben Heine ajoute dans ses propres photographies un dessin, comme pour définir le contexte de l’image et donner un véritable sens à ce qui n’est pas perceptible au premier abord.

Ainsi, on se trouve à mi-chemin entre le monde physique et le rêve : parfois ces œuvres nous font sourire, parfois elles nous montrent les vrais problèmes de notre société actuelle. Le message que l’on porte à ces dessins est néanmoins totalement subjectif : il convient à chacun de dégager la "morale" de la photo et de laisser libre court à son imaginaire. En bref, ce projet m’avait particulièrement touché… Si je vous parle de tout ça aujourd’hui, c’est simplement pour vous montrer l’avancée de cette galerie. :)

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera

One Chapter a Day © - Pencil vs Camera