Stone Cold (3:16) de XV

Copyright : XV

Parce qu’aujourd’hui c’est la chanson que j’ai en tête ! (KLR, si tu me lis…) Je ne vous ai encore jamais parlé de ce rappeur américain, XV. Et pourtant, j’adore ce qu’il fait, et notamment cette chanson ! La base instrumentale de ce titre Stone Cold (3:16) devrait sûrement vous rappeler quelque chose, puisqu’il s’agit d’un freestyle de l’artiste originaire du Kansas empruntant la rythmique de The Recipe de Kendrick Lamar.

Et donc, le pseudo titre de cette chanson, 3:16, prononcez-le « three sixteen », fait référence à au moins trois choses dans cette chanson. three sixteen, c’est d’abord ce verset de la Bible ultra plébiscité par les chrétiens résidant aux Etats-Unis, et dans le reste du monde d’ailleurs. Il est très souvent évoqué dans la culture américaine, et même parfois repris en chanson, en gospel… ou simplement évoqué comme c’est le cas pour la chanson 3:16 am de Jhené Aiko sur son dernier EP Sail Out sorti au mois de décembre dernier.

For God so loved the world that he gave his one and only Son, that whoever believes in him shall not perish but have eternal life.

John 3:16

Pour XV, three sixteen c’est aussi une manière de rendre hommage à Steve Austin, aussi connu sous le pseudonyme Stone Cold. Ce catcheur professionnel américain qui utilisait de manière récurrente en introduction ce bruit de verre cassé, qu’XV décide de réutiliser aussi en guise d’introduction à sa chanson ! Steve Austin avait pour habitude de battre ses adversaires et de leur lancer cette phrase, devenue célèbre en catch : "You sit there and you thump your Bible, and you say your prayers, and it didn’t get you anywhere ! Talk about your psalms, talk about John 3:16… Austin 3:16 says I just whipped your ass !".

Enfin, three sixteen, c’est avant tout Wichita, la ville que « représente » XV ! Wichita est la plus grande ville de l’état du Kansas aux Etats-Unis. Et son area code est 316. XV montre dans la vidéo de son clip son affection pour son quartier, les lieux qui l’ont vu grandir, ces personnes qui ont fait partie intégrante de son quotidien… L’une des plus jolies phrases de son refrain : That’s where I starts so I put my heart into my three sixteens. C’est sur ces mots que je vous laisse découvrir ce titre que j’écoute depuis un peu plus de deux ans. Vous découvrirez d’autres œuvres de XV sur son compte Soundcloud.

Sweatpants Remix de Childish Gambino

Copyright : Eli Watson

Article rapide, car fatigue chronique. Childish Gambino nous propose aujourd’hui, via son compte Tumblr cet incroyable GIF représentant son dernier album, Because The Internet, de manière animée ! Et surtout, il nous invite à découvrir le remix de Battle Tapes de sa chanson SweatPants. Enjoy !

Childish Gambino, Because The Internet GIF cover

Blame de K’La et Nas

Copyright : That's Enuff!

Vous souvenez-vous de K’La ? Je vous avais parlé d’elle, il y a déjà presque trois ans, alors qu’elle émergeait tranquillement, sur la scène nationale américaine, avec sa compilation The Coldest Mixtape Ever : A Mixtape. Sur des airs bien connus empruntés à l’illustre Bob Marley et à Lauryn Hill, K’La interprétait alors All Your Love, une reprise originale de Turn Your Lights Down Low, une chanson originellement chantée par Bob Marley & The Wailers sur l’album Exodus.

Il y a quelques jours, alors que j’écoutais la playlist de la chaîne musicale BeBlack TV, je retrouve (assez amusée) K’La, accompagnée d’un rappeur américain, et pas des moindres, puisqu’il s’agit tout simplement de Nas. Je suis simplement restée scotchée le temps de leur chanson devant ma télé ! J’étais plutôt assez agréablement surprise de voir que K’La poursuit doucement mais sûrement sa route artistiquement parlant. Cette chanson qui laisse découvrir la voix plutôt groovy de l’artiste féminine reprend dans son refrain les mots suivants "You’re the one to blame".

Pour Blame, ce single sorti visiblement courant 2012, K’La utilise une base instrumentale composée par Jerry Wonda, un producteur et musicien d’origine haïtienne notamment connu pour sa participation en tant que producteur de l’album The Score des Fugees en 1996. Jerry Wonda apporte ici un style classique avec la guitare basse, rappelant la musique R&B des années 90.

Dans ce titre, que je découvre complètement en ce début d’année 2014, la chanteuse du label Def Jam / Islands Records nous fait entendre que ses agissements imprévisibles, que son comportement capricieux, et que son mauvais tempérament ne sont pas entièrement de sa faute. C’est le résultat de sa relation avec un récent amant, qui la rend complètement irrationnelle. Il est celui à blâmer, celui qui lui a fait des promesses qu’il ne pourrait jamais tenir. Quant à Nas, bien sûr, il nous lance, à son habitude, un couplet plutôt rythmé, où il parle des sentiments controversés qu’il possède envers son actuelle compagne.

K’La sortait l’année dernière sa mixtape Everyday People, avec un titre en particulier qui a super bien marché : Real Shit. Et il paraît qu’elle serait en train de préparer un nouvel album… J’ai hâte de voir ce que ça pourrait donner !

Sail Out de Jhené Aiko

Copyright : Space Out Magazine

Jhené Aiko a sorti son premier EP, Sail Out, le 12 novembre dernier. Celui-ci se compose uniquement de sept morceaux, mais j’ai bien apprécié l’univers assez noir de cette jeune artiste originaire de Los Angeles. Il s’agit d’une composition dont les paroles reflètent souvent un état triste de l’artiste. Ses sentiments apparaissent comme compliqués, à l’image de ses relations sentimentales. Quoi qu’il en soit, Vince Staples, Childish Gambino, Kendrick Lamar et Ab-Soul accompagnent la chanteuse à travers ses pensées.

Sail Out en quelques mots

La première chanson de cet album est un duo de Vince Staples et Jhené Aiko intitulé The Vapors. Vince Staples, que je ne connaissais pas jusqu’alors, est un jeune chanteur originaire de Californie, comme Jhené. Il est seulement âgé de 20 ans (puisqu’il est né au mois de juillet 1993), mais cela ne l’empêche pas d’avoir d’ores-et-déjà conquis le cœur de plus d’un aux Etats-Unis. Vince Staples est notamment connu pour ses collaborations avec Mac Miller et Odd Future par exemple sur des projets plutôt ancrés dans le genre hip-hop. Dans cette chanson, Jhené Aiko parle de l’homme qu’elle aime. Elle déclare essayer de l’oublier, en vain, dès les premières secondes de ce morceau le ton est donné : "You’ve been on my mind, I’ve been trying to let it go". Tous ces sentiments que la personne dont elle parle lui font ressentir lui semblent si bons, qu’elle voudrait donner une nouvelle chance à leur relation. Elle ne connaît aucun moyen de se sentir mieux… Vince Staples pose sa voix dans le troisième couplet, en intensifiant l’impression que leur relation est malsaine. Beaucoup de jeux de mots dans cette chanson sont écrits dans le but de comparer toute cette histoire avec le sentiment de liberté que le personnage joué par Jhené Aiko ressent en fumant de l’herbe.

C’est ensuite avec le remix Bed Peace chanté en compagnie de Childish Gambino que Jhené Aiko poursuit la tracklist de son album. Je vous avais déjà un peu parlé de Bed Peace de Jhené Aiko et Childish Gambino dans un précédent article. Ce morceau sorti au mois de septembre dernier et le résultat d’une première collaboration des deux artistes. Ils ont à nouveau collaboré sur Pink Toes, la 17ème chanson du nouvel album de Childish Gambino Because The Internet. Cette chanson me met instantanément de bonne humeur, et je dirais que c’est aussi la chanson la plus positive de cet album. C’est surtout ce refrain "What I am trying to say is, That love is ours to make so we should make it, Everything else can wait, The time is ours to take so we should take it" que j’adore par dessus tout. Les deux protagonistes ici ne sont pas nécessairement en couple, plutôt dans une relation sans label dans laquelle chacun profite autant que
possible de l’autre.

Stay Ready arrive en troisième position sur Sail Out. Cette chanson, interprétée par Jhené Aiko et Kendrick Lamar possède un tempo plus lent, bien moins propice à la rigolade. On retrouve un peu dans cette chanson l’idée que la vie est courte, et qu’il faut vivre le moment présent. Pour elle et l’homme avec lequel elle partage actuellement ses nuits, il n’existe pas de meilleur timing que le moment présent pour laisser éclore cette relation. Demain est un autre jour, hier n’existe pas, seul aujourd’hui compte. Cette pensée, ce prétexte presque, j’en sais quelque chose, est une façon peut-être de se déculpabiliser des conséquences à venir de leurs actes présents. Kendrick Lamar, que j’ai appris à connaître grâce à une de mes anciennes collègues l’an dernier avec son album Good Kid, M.A.A.D City (faudrait vraiment que je prenne le temps d’écrire sur cet album), promet à sa partenaire qu’il lui restera fidèle tant que leur amour ne changera pas et qu’elle restera aussi douce avec lui. La deuxième partie de cette chanson, What A Life contraste un peu avec ses premiers messages délivrés. On al’impression que la relation dont parle la chanteuse n’est pas aussi idyllique qu’elle apparaît au préalable, ils ont des emplois du temps serrés, leur relation est peut-être en effet destinée à vivre que dans le présent. Elle évoque aussi l’idée que l’on récolte uniquement ce que l’on a semé.

Dans la chanson suivante, WTH, on a le sentiment que la chanteuse se trouve constamment dans les mêmes situations qui ne lui procurent pas de bonheur, malheureusement. Elle a l’impression de ne servir à rien, de ne pas avancer dans sa vie : "Good for nothing, Feels like something ain’t right". La personne qu’elle décrit semble vraiment perdue et dans une mauvaise passe. Ab-Soul, connu par exemple pour ses chansons A Day In The Life ou Illuminate, chante le dernier couplet de WTH.Les deux chanteurs apparaissent dans leur état le plus naturel, presque sauvage je dirais, ils sont en train de planer sous les effets de drogues douces telles que l’herbe ou d’alcools en tout genres. Ils sont pourtant conscients de leur état, n’ont peut-être même pas envie d’en sortir, comme pour oublier ce que la vie leur apporte de négatif.

The Worst est probablement ma chanson préférée sur cet album. Dans ce morceau, Jhené Aiko est une femme blessée par les agissements de son partenaire, son petit-ami/amant/ex-copain ?, elle lui demande d’agir en homme. Si celui-ci n’est pas capable de l’aimer, il n’a à pas prétendre de le faire en dépit des apparences. Il agit comme quelqu’un qui n’arrive pas à rompre les engagements qu’il a pris envers elle. Jhené aurait préféré qu’il ne fasse jamais parti de sa vie, au vu de son peu de considération envers elle. Elle s’en veut de lui avoir autant laissé d’emprise sur elle : elle n’aurait pas dû lui accorder sa confiance. Elle lui déclare : "And don’t take it personal, But you’re the worst, You know what you’ve done to me, And although it hurts I know, I just can’t keep running away". Elle essaie de se convaincre qu’elle n’a pas besoin de lui, malgré l’envie qu’elle a d’être avec lui. Et elle voudrait ne plus rien ressentir, mais elle l’aime malgré tout.

Je vous en avais parlé dans un article précédent, 3:16 AM est un titre de la chanteuse américaine sorti il y a déjà plus d’un an. J’aime assez les explications données par Jhené Aiko en personne concernant les paroles suivantes : "I do not feel the fear of falling, Thought I could fly, It didn’t go well but oh well, What do you know". Elle nous propose trois interprétations différentes. La première est la suivante : Jhené n’est ni effrayée par le fait de planer complètement, ni par le fait de tomber amoureuse. Elle paraît ici comme totalement prête à sauter, à se lancer. L’interprétation suivante serait plus noire. La chanteuse pensait qu’elle se sentirait aussi bien pendant un long moment vis-à-vis de la drogue ou de l’amour qu’elle ressent, malheureusement, elle a sauté d’un immeuble en pensant qu’elle pourrait voler… La troisième et dernière manière de voir les choses nous amènerait à penser que Jhené Aiko expérimente les retombées suite à sa consommation de drogue ou son amour pour l’homme qu’elle aime. Elle est tombée bien bas, elle ne pouvait pas voler, ce qui laisse supposer que les conséquences quelles qu’elles soient sont mauvaises.

Enfin, la dernière chanson de Sail Out est Comfort Inn Ending. Celle-ci est sortie il y a environ quatre mois sur le profil SoundCloud de la chanteuse. Jhené Aiko y parle de ses relations passées, notamment d’une en particulier. L’homme, qu’elle a aimé dès le premier regard, lui a brisé le cœur, en étant complètement faux avec elle. Elle nous recommande de faire attention à toutes ces personnes mal-attentionnées, de ne pas leur accorder notre confiance, d’apprendre de nos erreurs. Cette chanson possède un rythme marqué par une voix puissante de l’artiste et d’un instrument dominante à mon sens, le clavier qui accompagne Jhené Aiko. J’aime beaucoup cette chanson, dans laquelle la chanteuse nous informe que ce genre d’histoires malsaines peuvent arriver à n’importe qui.

Sail Out est définitivement un album dans lequel Jhené Aiko nous parle avant tout d’amour et de relations compliquées. Ces dernières apparaissent parfois comme logiques, mais sont malheureusement souvent causes de tristesse et de désespoir. Cet EP de l’artiste est précurseur au futur album de la chanteuse, qui devrait sortir courant 2014 et s’intituler Souled Out. J’ai plutôt hâte de voir ce que ça donnera !



TRACKLIST :
01 – The Vapors featuring Vince Staples
02 – Bed Peace featuring Childish Gambino
03 – Stay Ready (What A Life) featuring Kendrick Lamar
04 – WTH featuring Ab-Soul
05 – The Worst
06 – 3:16 AM
07 – Comfort Inn Ending

Because The Internet de Childish Gambino

Copyright : Childish Gambino

Le 6 décembre dernier sortait le deuxième album studio de Childish Gambino chez Glassnote Records. Quatre jours plus tard, le monde entier pouvait enfin accéder à Because The Internet, un nouvel opus réunissant également Chance the Rapper, Jhené Aiko et Azealia Banks. Childish Gambino décide d’intituler ce nouvel album Because The Internet car pour lui, c’est grâce à Internet qu’il a la carrière qu’il a. Internet l’a construit, et sans Internet, il n’en serait pas où il en est aujourd’hui. Dans notre société actuelle, Internet représente tout, et tout le monde peut exister grâce à Internet.

Mais Because The Internet est avant toute chose une histoire que nous raconte Donald Glover. Et pour réellement comprendre le contexte des chansons écrites par l’artiste, celui-ci nous propose de lire le script écrit pour cet album, via son compte Twitter, à l’adresse suivante : becausetheinter.net. Cet album est une sorte d’expérience littéraire, qui donne une portée d’autant plus importante aux chansons présentes dessus. Ça a été assez difficile pour moi d’écrire sur BTI d’ailleurs, mais j’espère que vous aurez un rapide aperçu du contexte de chacun des titres grâce à cet article.

Chapitre I

Because The Internet se déroule en plusieurs actes. Dans un premier temps, Childish Gambino nous décrit le personnage principal de cette histoire en nous ramenant dans un épisode de son enfance. Le jeune garçon, le "héros" de Because The Internet, apparaît comme un être assez solitaire, presque replié sur lui-même, puisqu’il n’a apparemment aucun ami de son âge. Il ne semble pas aussi joyeux et turbulent que les autres enfants. Sa mère est sans doute morte, d’elle, on n’a que l’image de cette photo assez vieille berçant un bébé dans ses bras. Son père – qui n’est autre que Rick Ross – gagne très bien sa vie (Rick Ross, quoi!), mais est complètement incapable d’avoir un véritable lien avec son fils. Ils habitent dans une résidence qui possède une piscine et de grandes pièces apparemment confortables. Du mobilier, on connaît l’existence d’une statue Buddha. Le garçon a pour habitude de se réfugier sur Internet, il y passe son temps à regarder des vidéos sans intérêt et a commenté les dernières actualités musicales : ce qui semble être son seul plaisir. Tous ces petits détails nous dressent un premier portrait du jeune homme, qui dans les chapitres suivants, est adulte.

I. Crawl

C’est donc dans ce contexte que commence la première chanson de cet album. Crawl, se déroule quinze ans après The Library. On découvre à nouveau la chambre du garçon, dans un désordre ordonné : celui de quelqu’un qui passe la plupart de son temps sur son ordinateur. Accompagné de son ami Fam, le garçon passe chercher leurs potes Swank, Steve, Marcus et AJ. Ensemble, ils se dirigent vers Dockweiler Beach, une grande plage située dans l’état de Californie aux Etats-Unis, pour y surfer. Ils y rencontrent une fille du nom de Sasha, et l’invitent à une fête qu’ils organisent le soir même chez le garçon.

Ce premier titre, Crawl, nous propose un refrain chanté par Kai, une artiste originaire de Toronto au Canada : "Where we were, Kinda thing, Betcha crawl, All alone". En termes de sonorités, cette chanson possède une bonne basse, avec un refrain qui semble tourner en boucle sur un rythme qui varie quelque peu, mais dans lequel on distingue plusieurs voix et instruments, de la guitare et parfois même du violon – j’adore. Childish Gambino commence son premier couplet avec cette question très simple à première vue, Who am I ?, mais qui finalement se révèle plus ou moins existentielle si on prend réellement la peine d’écouter entièrement l’album. Sur Internet, on peut être n’importe qui, se cacher derrière des pseudonymes en tout genre, s’inventer une popularité… Mais le chanteur tient à nous préciser ici qu’il reste vrai en toute situation, qu’il tente sans cesse de nous décrire ce qu’il ressent : "And I said what I felt, no re-write".

II. WORLDSTAR

L’histoire se poursuit à l’intérieur de la voiture du garçon. Fam doit passer au club de la ville. Lui et le garçon passent saluer une de leurs connaissances à la boîte, et juste avant de partir, alors que garçon croise pour la première fois l’expression roscoe’s wetsuit, il assiste en direct et aux premières loges à une dispute qui finit mal. Un premier homme est tué par balles, avant que les policiers ne se chargent à leur tour d’abattre le meurtrier. Le garçon a enregistré la scène sur son portable sans vraiment le vouloir et se repasse continuellement cette vidéo. Fam et lui passent ensuite dans un club de jazz avant de rentrer à la résidence avec des gobelets bleus, de l’alcool, des gummy bears et quelques autres accompagnements.

Dans la deuxième chanson de l’album, WORLDSTAR, on entend ces bruits de tirs, rappelant la fusillade dans laquelle se trouve le garçon. Childish Gambino déclare ici : "Let me flash on’ em, We all Big Brother". L’avancée des technologies a complètement modifié nos habitudes et nos comportements. Désormais, le gouvernement n’a presque plus besoin de nous surveiller : nous le faisons nous-mêmes. Nous prenons des vidéos et des photos de notre vie quotidienne que nous mettons en ligne instantanément via des réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et YouTube pour ne citer qu’eux. Nous avons tous envie d’être quelque part des stars, et nous rions parfois même des peines et malheurs des autres, comme nous le prouve cette phrase récitée par Steve en riant, qui décrit pourtant le mal qu’a subit un jeune garçon : "This shit’s hilarious, man. It’s like this kid, man, he got like, he got like hit on the side of the head…". WORLDSTAR fait aussi référence au site worldstarhiphop.com. La chanson se termine sur un presque solo de saxophone.

Chapitre II

En guise d’introduction, Dial Up est un court interlude, rappelant un peu le bruit que faisaient les modems pour se connecter à un Internet, une version améliorée, bien plus agréable à entendre cela dit. Le garçon apparaît couché sur son lit, et des araignées glissent sur de l’étoffe située non loin de lui.

I. The Worst Guys

Plus tard dans la soirée, la fête a bien lieu dans la résidence du garçon. Les gens boivent, fument, rient, discutent. La maison semble envahie, tout le monde se détend. Certains s’embrassent, d’autres jouent au billard, la musique bat son plein. Le garçon tombe sur Sasha, la fille de la plage, et son amie. Elles ont l’air d’avoir pris de la drogue, ou d’être complètement soûles : elles passent leur temps à rire, euphoriques. Elles entraînent le garçon dans une chambre, lui posent des questions, avant que Sasha et le garçon commence à flirter ensemble. Alors qu’ils étaient sur le point de concrétiser les choses, le garçon se sent pris par des sentiments mixtes. Ils ne continuent pas leurs ébats. Le garçon entre dans la salle de bain et ferme la porte à clé.

C’est avec la collaboration de Chance the Rapper que Childish Gambino a travaillé sur la chanson The Worst Guys. Ce jeune chanteur originaire de la ville de Chicago sera surtout présent pendant le refrain de cette chanson : "All she needed was some…". La femme dont il parle a clairement besoin de quelque chose, mais impossible pour le chanteur de savoir exactement de quoi il s’agit. Le simple fait que cette demi phrase soit répétée sans jamais trouver une réelle conclusion prouvent que nos deux chanteurs n’auront jamais réussi à trouver de quoi avaient besoin leurs partenaires. C’est en ça, qu’ils sont probablement the worst guys. Aussi, dans le dernier couplet de ce titre, Childish Gambino fait référence à l’histoire du garçon avec Sasha et son amie : "Cause I’m nervous as fuck and could not get it up, I-I-I-I-I need a minute, cold water to the face, I-I-I couldn’t finish".

II. Shadows

Dans la scène suivante, on retrouve le garçon assis sur le sol, la tête entre ses mains, dans sa salle de bain. Une de ses ex, Vanessa, arrive à ce moment là. Elle essaie d’encourager le garçon à sortir de cette pièce. Après de nombreuses contestations, elle réussit à le traîner dehors. Des personnes partagent leurs avis sur différentes choses, il semble y avoir une atmosphère agréable au-dehors. Vanessa et le garçon marchent ensemble, main dans la main. Elle tente de lui parler de leur relation, qui semble connaître son lot de hauts et de bas. Le garçon ne semble pas réceptif à son approche, et lui dit honnêtement (trop durement?) qu’il pense que toute cette histoire est une perte de temps. Il pense qu’elle ne l’aime pas pour ce qu’il est, ce qu’elle trouve injuste et qui est faux à son sens. Vanessa laisse le garçon seul, l’histoire nous dit qu’ils ne se reverront jamais. Des loups, parlant de musique urbaine, arrivent. Ils mettent en lambeaux le garçon, le sang coule à flot… Puis on retrouve le garçon dans la salle de bain. Etait-ce un épisode entièrement rêvé ? Qu’est-ce-qui s’est réellement passé ? Quand il ouvre la porte de la salle de bain, Sasha et son amie sont parties. La maison est dans un sale état, les gens sont tous partis, mais pas ses amis. Le garçon leur propose alors une sortie en voiture.

Dans un genre soul presque jazzy, Shadows est joué tout au long de cet épisode. De cette chanson, j’aime le moment où le tempo se fait plus lent, durant lequel Childish Gambino déclare : "I hope you understand, We were never friends, And I hope you understand now, But I miss them". Lui et la fille dont il parle n’ont jamais été réellement amis. Ils ont été ensemble, ont été plus que des amis, sans avoir réellement partagé une solide amitié. La relation qu’ils avaient quand ils étaient ensemble manque au chanteur, mais il n’a aucunement besoin que son amante d’un temps ne fasse partie de sa vie en tant qu’amie, puisqu’ils n’ont jamais véritablement eu ce genre de relation avant qu’ils ne commencent à se voir.

III. Telegraph Ave. ("Oackland" by Lloyd)

Swank, Steve et Fam sont endormis dans la voiture. Le garçon envoie un message à une certaine Nyla, lui disant qu’il arrive. Malgré le fait que cette dernière lui demande de ne pas venir, il se dirige chez elle. Dans la voiture, la chanson Oackland de Lloyd passe à la radio. Le garçon roule à grande vitesse. Ils traversent une autoroute vide, des champs, des collines, des prés remplis de vaches… Sur un panneau d’affichage blanc, le garçon aperçoit à nouveau l’expression roscoe’s wetsuit, écrite en grands caractères. La petite troupe s’arrête manger dans un fast-food avant que le garçon ne se rende chez Nyla. Mais celle-ci ne l’accueille pas bras ouverts. De leur discussion, on comprend qu’elle est arrivée à un stade de non-retour avec le garçon. Ils ont probablement eu une relation tumultueuse, bien qu’ils aient été heureux un moment puisqu’ils avaient prévu d’avoir un enfant ensemble. Ce soir-là, le garçon avait envie d’être avec quelqu’un qui le connaît vraiment. Malheureusement pour lui, ce quelqu’un ne sera pas Nyla.

Telegraph Ave. fait clairement référence à la rue Telegraph Avenue à Oackland en Californie. Cette chanson est probablement une de mes préférées sur BTI. Dans ce titre Childish Gambino essaie de dire à sa manière les choses qu’il ressent pour la fille qu’il aime. Si on fait un parallèle avec le script écrit pour l’album, le garçon arrive chez Nyla, complètement désemparé et voudrait qu’elle l’accepte encore dans sa vie. Childish Gambino considère cette personne dont il parle comme la seule faisant encore battre son cœur. Il ne sait pas ce qu’il doit faire, surtout si elle ne partage plus ses sentiments, et donc agit souvent de manière stupide. Elle seule a la réponse à ses questions. La chanson se termine sans que l’on sache ce que décide cette femme pour laquelle il a des sentiments. La chanson, hors-contexte, nous laisse espérer que l’artiste aura su reconquérir celle qu’il aime. Le script, en revanche, nous donne clairement un not so happy ending.

IV. Sweatpants

Plus tard dans la nuit, les gars s’arrêtent à nouveau pour manger. Le garçon réalise que cette nuit est semblable à toutes les nuits qu’ils passent ensemble. Il a l’impression de ne pas avancer dans sa vie, un sentiment pas partagé par ses amis. Le garçon aperçoit un enfant écrire sur le mur qui leur fait face roscoe’s wetsuit. Il tente de savoir ce que cela signifie, en vain. Les quatre amis reprennent la route et se dirigent devant un hôtel. En face d’eux se déroule un mariage, où plusieurs personnes d’origine indienne semblent gaies et fêtardes. Ils décident de s’y incruster. Les mariés partagent une danse langoureuse, alors que les jeunes hommes se questionnent à propos du mariage. Fam considère le concept du mariage comme ridicule. Personne ne peut aimer « pour toujours » à ses yeux. Il pense qu’il s’agit juste d’un objectif à atteindre, et que tout le monde est content d’atteindre ses objectifs. Le garçon s’entretient alors avec un homme indien âgé. Il lui explique qu’il ne croit pas aux mariages, l’homme lui donne alors sa version d’un mariage satisfaisant : malgré ses instants de doute, il ne regrette pas de s’être marié, d’être devenu responsable et d’avoir une relation mature et stable avec sa femme. Un homme habillé en costard prononce un discours à l’intention des mariés.

Dans une interview, Childish Gambino déclare que le titre de cette chanson, Sweatpants, signifie que les personnes riches peuvent porter absolument tout ce qu’elles veulent, sans crainte d’être jugées. L’apparence vestimentaire des gens fortunés a peu d’importance aux yeux du monde entier, si on en croit le chanteur. Tout au long des paroles de Sweatpants, il est question d’argent et de réussite. Childish Gambino apparaît comme conscient de sa popularité et de son influence.

V. 3005

Des petites créatures mesurant à peine un mètre parcourent ensuite la salle de mariage avec des banderoles "HAPPY MARRIAGE". Elles dansent, certaines tiennent un cierge allumé. Tout cela semble magique pendant un court instant, puis quelque chose gêne le garçon très rapidement. Les créatures ont un sourire forcé sur leurs visages. Tout le monde sourit et applaudit, presque sous la contrainte, de peur de contrarier les créatures. La musique s’arrête et les créatures retournent dans la cuisine.

3005 est sorti en tant que premier single officiel de Because The Internet le 22 octobre 2013. Cette chanson possède des sonorités propre au hip-hop sous diverses mesures. J’ai tout simplement adoré ce premier morceau de cet album. L’artiste nous chante "No matter what you say or what you do, When I’m alone, I’d rather be with you, Fuck these other niggas, I’ll be right by your side ’til 3005, Hol’up !" dans son refrain. Quoi que fasse la fille dont il parle, il se préfère à ses côtés que sans elle. Il sera à ses côtés jusqu’en 3005, jusqu’à sa mort donc. Dans une interview de Childish Gambino, le chanteur américain nous explique que la portée de ce refrain est finalement assez existentielle : dans notre vie, nous avons tous envie de quelque chose. Pour l’artiste, 3005 reflète son désir de ne pas être seul, son envie d’avoir toujours quelqu’un pour partager avec lui des instants de sa vie. A la fin de cette chanson, comme à la fin de cette scène du script, on entend la voix d’une des créatures disant "We did it!".

Chapitre III

Playing Around Before The Party Starts annonce le début d’un nouveau chapitre de Because The Internet. Le garçon, de retour chez lui, s’assoit près de son piano, et joue un morceau pendant un instant. Steve et Swank parlent à leurs prétendantes dans la cuisine, on les entend au loin. Cet interlude possède naturellement le son d’un piano.

I. The Party

Les minutes passent, le garçon continue de jouer alors que les gens s’entassent autour de lui, par curiosité. Les gens ont l’air de passer un bon moment. Quand soudainement, le garçon, se sentant oppressé, demande à tout le monde de le laisser seul. Comme fou, il arrête la musique, pour qu’enfin on l’entende, balance des choses à terre, entre dans une colère noire… Une fille du nom de Naomi le regarde, presque interloquée, récupère son téléphone, et part. Il lance à nouveau un "Sortez de chez moi !" sonore et tout le monde s’exécute. Il prend une bouteille de Sriracha – ndlr, sauce tomate épicée américaine – et inscrit sur le billard roscoe’s wetsuit.

La chanson accompagnant cette scène, The Party, commence lentement, avec une voix assez aigüe et douce de l’artiste, avant que celui-ci se mette réellement à rapper. Cette chanson, qui dure près d’une minute et trente secondes, nous décrit des pensées profondes de l’artiste telles que son sentiment de ne pas connaître les personnes qui finissent chez lui lors d’une fête. The Party se termine sur ces mots "Get the fuck out of my house !", à l’image de ce que souhaite le garçon présent dans le script.

II. No Exit

Le garçon se pose un court instant sur son lit, contemple les araignées. En silence. Puis, il se lève, prend sa voiture, et conduit sans trop savoir où il va. Il se gare au beau milieu d’une zone industrielle de Los Angeles. Assis sur le capot de sa voiture, ils regardent les voitures défiler. Il retrouve la fameuse expression roscoe’s wetsuit sur le toit d’un immeuble. Le garçon n’a toujours aucune idée de ce que cela signifie, mais il a la conviction qu’il s’agit de plus qu’un phénomène. Qu’il est en présence de quelque chose de sérieux, dont la dimension est incommensurable. Après avoir mangé un hamburger, le garçon rentre chez lui. Il ferme les portes une à une, et éteint les lumières. Il s’assoit en face de la statue Buddha, puis se verse un verre de Pellegrino dans lequel il ajoute de l’herbe pré-moulinée. Couché, il commence à se poser des questions existentielles, quand soudain le rythme de ses pensées ralentit…

No Exit possède un rythme assez original. La portée de ce titre, produit par Ludwig Göransson et Childish Gambino, s’amplifie à travers la guitare métallique, et ces sonorités spécifiques données par le clavier synthétiseur. La chanson apporte une vue déformée de la réalité, tout comme celle que le garçon a de sa propre vie à ce moment de l’histoire.

Chapitre IV

Death By Numbers apparaît comme le seul interlude sans réelle explication ici. On y entend les seules paroles suivantes chantées par Childish Gambino : "Slide baby, I’m gonna let it go, No one has to know so let it…".

I. Flight Of The Navigator

Le garçon se réveille, les yeux endoloris, habillé d’une robe de chambre. A la télé, la sitcom « Golden Girls » – la série Les Craquantes en français – joue. Le garçon se rend compte d’à quel point les rires "fantômes" présents dans les sitcoms lui ont toujours donné un sentiment de malaise. Une infirmière entre dans sa chambre. Elle tente de lui expliquer ce qu’il s’est passé avant son arrivée à l’hôpital : "Vos amis vous ont emmené…". Le garçon l’interrompt immédiatement. Ce ne sont pas ses amis, juste des gars qui préfèrent qu’il reste en vie car leurs vies sont plus simples s’il en fait partie. L’infirmière lui suggère alors de consulter un spécialiste à qui il pourrait se confier. Un peu plus tard dans la journée, alors que le garçon traverse la salle d’attente, il tombe sur Steve, Swank et Fam. Swank annonce au garçon la mort de son père.

Parmi mon top 3 personnel de cet album, il y a cette chanson, Flight Of The Navigator. On comprend avec les paroles de celle-ci que Childish Gambino, Donald Glover lui-même, rêve qu’une des relations sentimentales qu’il a vécu dans le passé ne se soit pas terminée. Il fait le rêve qu’il est toujours avec la personne qu’il aime, aussi heureux que possible, sans que jamais rien ne vienne perturber ce moment. Que cette vie-là puisse continuer toujours. On retrouve souvent le champ lexical de la mort dans cette chanson, comme si l’artiste fait le deuil de cette relation sentimentale et amoureuse. Encore une fois, il nous indique ici qu’il aimerait ne pas être seul, qu’il voudrait se sentir aimé : "Just hold me close my darling…".

II. Zealots Of Stockholm [Free Information]

La scène suivante a lieu dans un avion. Le garçon à la tête posée sur un hublot, laissant avec ses cheveux de la graisse sur la vitre. Son père est mort à Stockholm. Un membre de la famille devait être présent, une chose qui semble assez ironique au garçon, puisqu’il n’avait pas l’impression de faire partie de la famille de son père. Ils n’avaient pas beaucoup de contact. Dans le but de ne pas être complètement seul à Stockholm, le garçon cherche quelqu’un originaire de Suède parmi ses followers sur Twitter. Il trouve une fille, pas trop moche, et l’aborde prétextant l’avoir rencontré à une soirée à laquelle elle a participé (il apprendra plus tard que son prénom est Alyssa). Arrivé à Stockholm, il a rendez-vous dans un bureau. Un homme lui remet alors "son père" dans une urne, celui-ci s’est fait incinéré. Plus tard dans la journée, il retrouvera Alyssa dans les rues de la capitale suédoise. Ils parlent du décès du père du garçon entre autres, évoquent les relations qu’ils ont eu, et se rendent à l’hôtel du garçon.

Dans un genre assez différent, Zealots Of Stockholm traite de la vie et de la mort. Cette phrase présente dans l’introduction de cette chanson, "We used to be unspoken, Now everything is broken", nous rappelle à quel point la mort peut surgir n’importe quand. Souvent, ce n’est qu’après la mort d’une personne qu’on se rend compte que les gens avec lesquels on entretient des relations conflictuelles peuvent partir d’un instant à l’autre. De nos jours, la vie elle-même n’a presque plus de valeur tant elle peut être ôtée rapidement, à cause de la violence gratuite dans notre société. La mort peut parfois surgir même en raison de choses banales : un vol qui a mal tourné, un regard de travers, un écart de conduite sur la route… Un excès de violence apparaît dans notre vie quotidienne. Il y a réellement deux décors musicaux bien distincts dans cette chanson, Kilo Kish y apporte un peu de fraîcheur nous questionnant sur la véracité de ce que l’on peut trouver sur Internet.

III. Urn

Le garçon, qui avait laissé Alyssa seule dans la pièce principale, se rend compte qu’elle s’est levée avec l’urne de son père à la main. Elle lui conseille de se débarrasser des cendres. Là, le garçon s’énerve : il ne comprend pas à quel point elle peut être aussi permissive sur quelque chose qui ne lui appartient pas. Alyssa lui raconte alors la mort de sa sœur jumelle, comme pour le convaincre qu’il s’agit de la meilleure chose à faire. Et ça marche. Le garçon s’adresse un instant à l’urne, puis verse les cendres de son père, le laissant partir pour toujours. De retour à Los Angeles, Fam, le garçon ainsi qu’une femme se retrouvent dans un restaurant végétalien. Celle-ci indique au garçon que son amie ne devrait plus tarder, c’est un double-date. Son amie n’est autre que Naomi, la fille de la fête. Après un début plutôt chancelant, Naomi et le garçon commencent à s’apprécier mutuellement.

Urn est une courte chanson où Childish Gambino est un chanteur à la voix douce presque berçante. L’artiste déclare lui même qu’il s’agit de sa chanson préférée de l’album. Il tient à faire passer un message à tout ceux qui écoute sa musique : il n’est pas effrayé par les sentiments qu’il ressent, il n’a pas peur d’extérioriser ce à quoi il pense, d’où sûrement les messages qu’il a posté sur Instagram. Et malgré tout, c’est dur de devoir laisser partir une partie de soi. Je pense que Donald Glover fait ici un parallèle avec sa vie d’acteur qu’il décide de mettre en standby pour les besoins de ses projets musicaux. Pour le garçon, c’est bien évidemment difficile de jeter les cendres de son père.

Chapitre V

Ici, Naomi et le garçon tombent un peu amoureux. Ce n’est pas un amour parfait, ni même un amour romantique. Ils sont juste deux personnes qui se comprennent, ils sont quelque chose d’indescriptible tant les mots ne rendent pas justice à la nature de leur relation. C’est une réelle connexion, ce que tout le monde recherche dans une vie. Naomi et le garçon sortent souvent ensemble. Ils passent leurs nuits ensemble, font même le petit-déjeûner ensemble certains matins. Ils partagent leurs vies, ce qu’ils aiment, se montrent intéressés par l’autre. C’est le meilleur des sentiments que l’on puisse connaître nous explique l’écrivain. Le temps poursuit son cours…
Depuis la mort de son père, le garçon, ne sachant pas combien d’argent il lui reste, commence à vendre de l’herbe. Il construit une pépinière à l’intérieur de sa résidence principale. Il commence même à louer un autre appartement pour y dormir et y vivre, afin de garder le business et sa vie personnelle séparés. Le garçon n’était pas ce que l’on peut appeler un bon dealer, comme Naomi le lui avait prédit. Ses interactions sociales étaient hésitantes, mais il arrivait plus ou moins à s’en sortir. Seulement voilà… Un jour, alors que le garçon est avec Naomi dans la maison qu’il loue, il reçoit un message. Il doit s’occuper d’une affaire importante, une dont il préfère s’occuper seul, malgré les recommandations de Naomi. Arrivé à la résidence, il se rend rapidement compte que quelque chose est anormal : quatre gars armés sont debout à l’attendre devant la maison.

Jhené Aiko rejoint Childish Gambino pour interpréter Pink Toes, une chanson possédant un ton plus gai que la précédente. Ici, on entend parfois des oiseaux qui viennent s’ajouter aux arcs-en-ciel et au soleil présents dans les paroles de ce titre. Cette chanson, dont le contenu est le plus coloré et positif de tout Because The Internet, est le reflet de l’amour qu’il y a entre Naomi et le garçon dont le script. Il accompagne l’illusion d’un sentiment sans faille, que rien ne viendra jamais perturbé, un peu comme le rêve de Childish Gambino décrit dans Flight Of The Navigator. Pour ma part, j’aime assez ce deuxième duo des deux chanteurs, même si je préfère toujours leur chanson sortie au cours du mois de septembre dernier le remix de Bed Peace.

Chapitre VI

Le garçon entre dans sa propre résidence accompagné des hommes armés. Celui-ci s’assoit dans le salon, presque sous la menace. On lui prend son téléphone. Le garçon ressent alors une sensation étrange : aujourd’hui ne ressemblait pas au jour de sa mort. Bien sûr, il ne se fait aucune illusion sur ce qui va lui arriver avant la fin de la journée, il est plutôt sûr qu’il va y passer, mais, aujourd’hui ne ressemblait pas à sa vision de son dernier jour sur Terre. Mais il est vrai que si nous connaissions le jour de notre mort, alors nous ne vivrions pas de la même manière… Quitte à devoir mourir, le garçon a une dernière requête qu’il formule à l’un de ses interlocuteurs : peut-il se noyer ? S’il avait le choix de sa mort, le garçon préférerait finir sa vie dans sa piscine. L’homme semble abasourdi par sa question. Il lui explique que cela fait longtemps qu’il observe le garçon : c’est là que le garçon comprend que cet homme en question est un policier. Ce dernier pense que son équipe est bien informée de ce qu’il se passe dans la résidence, et que le garçon fera donc de la prison. Le garçon jette un œil à la piscine. Il y voit son corps sans vie, des feuilles flottant autour de lui, et Naomi et Steve situés non loin de la piscine. Telle est la mort qu’il s’était imaginé. Un bruit strident le sort de sa rêverie. Les choses s’emballent, le policier est assassiné. Puis, un homme se tourne vers le garçon et tire sur lui. Silence.

La chanson qui accompagne la dernière partie de la vie du garçon, Earth : the Oldest Computer, est chantée en duo par Azealia Banks et Childish Gambino. Donald Glover exprime ici son envie de vivre aussi longtemps que possible, aussi intensément que possible, car après tout, notre dernière nuit, ne ressemble en rien en notre dernière nuit. C’est un peu comme un Carpe Diem musical.

Fin de l’histoire

La morale que l’on pourrait tirer de Because The Internet est la suivante : "Your last day never feels like your last day." (Votre dernier jour ne ressemble pas à votre dernier jour). Une dimension qui intensifie le message d’Earth : the Oldest Computer dans laquelle le chanteur nous déclare déjà que la vie, bien que l’on voudrait qu’elle dure pour toujours, est éphémère. Life : the Biggest Troll accentue l’idée que la vie est un cycle infini. Internet a changé la façon dont nous interagissons avec les autres. On aura jamais autant fait partie de la vie d’autrui, en étant pourtant seul devant son écran.



TRACKLIST :
01 – The Library
02 – I. Crawl
03 – II. WORLDSTAR
04 – Dial Up
05 – I. The Worst Guys featuring Chance the Rapper
06 – II. Shadows
07 – III. Telegraph Ave. ("Oakland" by Lloyd)
08 – IV. Sweatpants
09 – V. 3005
10 – Playing Around Before the Party Starts
11 – I. The Party
12 – II. No Exit
13 – Death By Numbers
14 – I. Flight Of The Navigator
15 – II. Zealots Of Stockholm [Free Information]
16 – III. Urn
17 – Pink Toes featuring Jhené Aiko
18 – Earth : the Oldest Computer (The Last Night) featuring Azealia Banks
19 – Life : the Biggest Troll

Paperboy de NDX

Copyright : NDX Music

Paperboy est un album du chanteur NDX, un artiste originaire de la Guadeloupe qui s’illustre dans le monde du hip-hop underground. Ce chanteur, que j’ai appris à connaître lors de sa représentation en première partie du concert d’E.sy Kennenga à la Cigale, se crée petit à petit une place sûre dans le milieu des artistes de la scène créole.

Paperboy, premier album studio de NDX, est l’aboutissement d’un travail consciencieux de l’artiste. Il s’agit d’un condensé de hip-hop mêlé à la culture caribéenne. NDX y parle crûment de la vie, et donc, sans tabou, il s’exprime sur des sujets tels que l’alcool, le sexe, les fêtes sans lendemain, et toutes ces petites choses qui font de la vie ce qu’elle est. Il nous raconte son parcours entre les lignes et nous parle surtout de son univers, dans lequel il est question de fermer les yeux sur les tracas quotidiens pour mieux apprécier les instants de joie, de rire et de bonne humeur. Paperboy est un Carpe Diem musical, un hymne à ce que représente la vie sous toutes ses formes. Cet album que je tente de vous faire découvrir en quelques lignes aujourd’hui est sorti le 1er juin 2013 et est disponible sur Amazon par exemple.

Chronique de Paperboy

Les premières notes de l’album Paperboy se font sur Wake Up, une chanson pour laquelle Natoo accompagne NDX. Ce morceau possède un rythme posé sur lequel le chanteur se réveille doucement, comme pour prendre le temps de vivre et de profiter de chaque bonne chose que nous apporte Dieu jour après jour. La vie est belle, et le simple message de Wake Up est d’apprécier à l’apprécier telle qu’elle est.

YOLO, deuxième titre de l’album, possède un tempo beaucoup plus marqué que Wake Up. YOLO est une expression américaine utilisée en tant que sigle signifiant "You Only Live Once". NDX l’utilise ici comme abréviation de l’expression créole "Yenki Ouvè Lè Ou vwè mwen", si on en croit la cover de ce single. Dans cette chanson, le jeune chanteur exprime en effet son besoin de profiter du quotidien comme il l’entend : il compte "prendre son pied", boire de l’alcool si le moment si prête et prendre des décisions impromptues sans réfléchir nécessairement aux conséquences de ces actions. YOLO est plus qu’une chanson, mais réellement un état d’esprit de l’artiste.

C’est ensuite la chanson éponyme de l’album, Paperboy, qui démarre. Un titre pleinement hip-hop. ‘PAPERboy’ est en réalité une abréviation selon les dires de l’artiste – que je remercie au passage pour avoir pris le temps de répondre à ma question – signifiant Power Art Pleasure Energy Respect. Un ‘PAPERboy’ serait donc un artiste aux multiples facettes capable d’allier pouvoir et plaisir, énergie et respect. NDX s’assimile lui-même comme étant un PAPERboy. La fin de ce morceau est remixée façon électro, une idée assez originale que j’ai personnellement beaucoup apprécié.

Pongo est un morceau hip-hop sur lequel sont réunis NDX, Shaolin et Garfil. Un des passages que je préfère dans cette chanson est le couplet chanté par Garfil, un chanteur évoluant également sur la scène créole : "É nou ni trop lyrics, Mé pa pè ké ni ba tout moun, Pa konparé mwen, An pa kon tout moun, Nivo la o é i ka pasé tou cout…".

Un des titres que j’affectionne probablement le plus sur cet album, Ray Charles, est volontairement provocateur à mon sens. Cette chanson sortie en 2012 a créé une certaine polémique sur la toile divisant les avis et les propos autour de l’artiste Ray Charles. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce chanteur auteur compositeur américain (ceux qui doivent donc absolument prendre le temps de se renseigner sur cette légende de la soul), Ray Charles est connu pour avoir révolutionné le monde de la musique dans les années 50 aux Etats-Unis. Il perd son plus jeune frère à 5 ans, puis perd complètement la capacité de voir à l’âge de 7 ans des suites d’une maladie appelée le glaucome. Ces difficultés ne l’empêchent pas d’avancer et il arrive à se faire un nom dans une Amérique encore liée aux mouvements de ségrégation raciale.
A mon sens, NDX salue le courage de Ray Charles dans cette chanson et, contrairement à ce que certaines personnes comprennent en écoutant cette chanson, ne souhaite en aucun prendre la cécité de l’artiste américain. Il refuse ainsi d’attacher de l’importance à ce que peuvent dire ses détracteurs. Il rend simplement hommage à Ray Charles en refusant de s’arrêter sur les choses qui pourraient l’handicaper quant à sa progression et sa prospérité. Le clip de cette chanson, réalisé par Cédric Richer, est une très belle production qui mériterait d’être plus reconnue qu’elle ne l’est encore.

Clip de la chanson Ray Charles écrite par NDX, montage réalisé en 2012 par Cédric Richer

Sur un thème beaucoup moins sérieux, NDX enchaîne avec Bitches & Alcohol. Encore une fois, j’ai apprécié le travail musical réalisé sur la toute fin de cette chanson. C’est assez impressionnant de voir à quel point NDX tient systématiquement à portée une nouvelle dimension finale à ses morceaux. L’artiste est méticuleux, presque perfectionniste, et c’est tout à son honneur.

Debrouya rejoint NDX sur la chanson Spaceship, un titre qui, de par ses paroles, rappelle en effet un voyage spatial. Dès les premières secondes, les deux chanteurs nous expliquent leur intention de vouloir profiter de la vie et de voler de leurs propres ailes.

La chanson suivante, Dènié Fwa est un morceau dont le message est simple : "Profitez de la vie telle qu’elle vient, comme si chaque jour devait être votre dernier jour sur cette Terre". Ce titre est en réalité un duo avec Kemi, aussi connue sous le pseudonyme d’Empress Kemi, une chanteuse, auteure et compositrice originaire de la Martinique, d’Espagne et de France. Le rythme de cette chanson est posé, et finalement plutôt agréable aux oreilles. L’expression de NDX "Et mwen pa pé lanmo, en just pè ke mwen pa viv !" (Et je n’ai pas peur de la mort, j’ai juste peur de ne pas avoir vécu) résume à elle seule l’ensemble des paroles de Dènié Fwa : une volonté sans pareille de jouir de la vie.

Pour continuer dans cette atmosphère musicale, c’est cette fois au tour de Lorenz d’accompagner NDX sur le titre Suiv Mwen. Lorenz, qui généralement évolue dans le monde du zouk, arrive sur cet album pour apporter une fraîcheur certaine à Paperboy. Suiv Mwen parle d’amour pour la première fois sur cet album, et décrit les sentiments d’un homme amoureux. Dans ses couplets, NDX prend conscience de son attachement à celle qu’il appelle son ange. Dans le refrain, Lorenz exprime son envie de vivre avec l’être qu’il aime et lui déclare sa flamme en lui demandant de la "suivre". Les deux chanteurs déclarent ici leur flamme à travers ce morceau.

A nouveau, NDX propose une chanson déjà présente dans son répertoire, Colors, un duo avec Marvel Zoh. En effet, Colors figure également sur la mixtape de l’artiste du nom de Hiphop Addiction, sortie en septembre 2011. Cette chanson, comme son nom l’indique, nous propose une "palette de couleurs" tout au long de ses paroles. La vie reste rose même si le ciel est gris… et Marvel Zoh propose de donner à son interlocutrice un arc-en-ciel, pour lui faire retrouver le sourire. Une avalanche de jeux de mots vient s’ajouter au charme de ce titre plutôt jazzy. Du clip de Colors, je tiens à souligner l’excellent travail de Marion Montel aka May qui a réalisé le tableau présenté ci-dessous.

Colors de Marion Montel aka May

Avec des sonorités plus acoustiques, Natoo rejoint à nouveau NDX sur la chanson Black Is Beautiful. Dans cette chanson, NDX chante son amour pour les femmes de couleur. Le noir est beau, les négresses sont donc belles. Il nous rappelle les origines africaines des insulaires car la couleur de notre peau reflète également une partie de l’Histoire que l’on ne pourra jamais effacé : l’esclavage. NDX décrit son affection pour la femme noire sans artifices : le défrisage dérive de la définition de la beauté occidentale, le maquillage est multinational. L’artiste préfère une femme au naturel, avec ses formes, sans complexes.

C’est ensuite avec Bird Lady, qu’NDX accompagné de Sizay se met dans la peau une nouvelle fois d’un homme épris. Dans ce texte, la femme ou plutôt l’amour porté à cette personne, apparaît comme une raison pour se donner les moyens d’y arriver. J’aime tout particulièrement ce couplet dans lequel NDX chante : "Fanm an mwen cool, Fanm an mwen nice, Fanm an mwen douce, Fanm an mwen fly, Lè an ni le blues, Fanm an mwen jazz…".

Les deux dernières chansons de l’album sont Phuck et Paperboy Remix. Finies les sonorités acoustiques, on revient ici aux rythmes proposés en début d’album. Pour Phuck, NDX est accompagné de Demboy, un artiste qui m’était inconnu avant la rédaction de cet article, je dois l’avouer. Demboy est un chanteur originaire de la Guadeloupe, qui s’est lancé dans le milieu underground grâce à sa chanson La vi la vin rèd sur la base instrumentale de Locked Up d’Akon. Quant à la dernière chanson de Paperboy, elle est proposée par Malus Beat et 6mik Studio.



TRACKLIST :
01 – Wake Up featuring Natoo
02 – YOLO
03 – Paperboy
04 – Pongo featuring Shaolin et Garfil
05 – Ray Charles
06 – Bitches & Alcohol
07 – Spaceship featuring Débrouya
08 – Dènié Fwa featuring Kemi
09 – Suiv Mwen featuring Lorenz
10 – Colors featuring Marvel Zoh
11 – Black Is Beautiful featuring Natoo
12 – Bird Lady featuring Sizay
13 – Phuck featuring Demboy
14 – Paperboy Dubstep Remix featuring Malus Beat & 6mik Studio

Ticket To The World d’Ayo

Copyright : Ayo Music.

Le nouvel album d’Ayo, Ticket To The World est sorti lundi dernier, le 7 octobre 2013. Ce nouvel album d’Ayo nous permet de découvrir une toute nouvelle facette de cette artiste généralement associée à l’univers de la soul music. Ayo est concernée par le monde actuel, et les problèmes que rencontrent les personnes qui vivent malheureusement dans un état possédant un régime politique strict. Les frontières qui existent dans notre société se font à l’heure actuelle bien trop présente, et souvent, nous sommes complètement inconscients de notre chance de pouvoir s’exprimer librement. Alors, Ayo revient avec un album, qui pour la première fois, porte le nom d’un de ses titres : Ticket to The World. Pour elle, il était nécessaire que cette chanson en particulier puisse toucher le cœur des gens. Dans une interview donnée en direct à 20minutes, elle déclare que cet album "est une façon pour elle de parler des gens qui n’ont pas leur « ticket to the world » donc pas de passeport et qui ne sont pas libres de voyager et de découvrir le monde comme nous. Elle leur fait un cadeau avec cet album en leur donnant la possibilité de voyager librement, d’être libre de leurs mouvements grâce à la musique".

Chronique de "Ticket To The World"

Fire est la première chanson de Ticket To The World. Ce titre, sorti en tant que premier single de l’album au mois de juin dernier, a laissé apparaître une nouvelle facette de la chanteuse. Ayo a décidé de montrer au monde entier un autre de ses talents, à savoir sa capacité à pouvoir rapper. Dans l’interview d’Ayo pour Crumb Magazine, on apprend que cet alter-ego a toujours fait partie intégrante de sa vie, et qu’elle a même commencé la musique en rappant. Elle s’était alors auto-attribuée le pseudonyme de Black Mamba, le nom du plus long serpent venimeux que l’on peut trouver en Afrique.

I’m Walking est une ballade qui démarre uniquement sur les accords d’une guitare acoustique. Ayo déclare être partie pour se sortir de ses problèmes, pour trouver à nouveau la paix. Dans cette chanson, elle marche sous la pluie, peu importe ce que disent les gens. L’artiste crée un personnage en quête de liberté et de réponses face à la vie qu’il mène. Tout en douceur, le protagoniste s’affranchit de ses peines et semble retrouver une quiétude certaine.

Un de mes premiers coups de cœur de l’album est Teach Love, une chanson influencée par des sonorités reggae/soul. Son titre Teach Love donne d’avance le contenu évident de cette œuvre musicale. Si nous apprenions à donner l’amour, la vie serait plus simple et les cœurs s’ouvriraient, "’cause love is the key".

Et voici, sans aucun doute, la chanson que je préfère sur Ticket To The World, Justice. Ce quatrième morceau est en réalité un duo entre Ayo et Citizen Cope. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Citizen Cope, et que la découverte de ce titre m’aura permis de découvrir la jolie voix masculine de ce chanteur, auteur et compositeur d’origine américaine. Citizen Cope évolue sur le devant de la scène musicale en tant qu’interprète de blues, de soul et de folk. Et c’est avec cet immense plaisir, qu’il chante auprès d’Ayo les paroles suivantes : "When it ain’t about justice, When it’s not about what was, what is, When it’s not about what’s left, When it’s not about the next step".

Puis, sur un tempo bien plus calme, c’est Fallin’, une chanson qui me touche beaucoup, qui résonne. Dans cette chanson, Ayo exprime son besoin de paix, de respirer librement. Il y a un nombre trop important de voix dans sa tête qui l’empêchent d’avoir un raisonnement cohérent. Elle appelle à l’aide, a besoin de quitter cette ville folle : seule l’évasion semblerait pouvoir lui faciliter la vie. Ce sont cette fois les paroles suivantes qui donnent la cadence, la raison même de ce titre : "I am, I’m callin’, I need a hand, I’m fallin’, Pray for me, Caress my soul, I need a friend, Please don’t go".

Complain tranche avec ces deux chansons. A nouveau, Ayo reprend sa voix en tant que Black Mamba et c’est ici le rythme de la batterie qui joue le rôle le plus important parmi ceux des instruments. A de nombreuses reprises, la batterie apparaît comme l’organe de la chanson, car c’est à sa merci que semblent se dresser les autres instruments, comme si son simple son devenait chef d’orchestre à la mesure chronométrée, tel un combat militaire.

Who possède des allures de reggae. Cette chanson me touche personnellement au moment où retentissent les premiers battements de tambour. Ayo nous chante un "My love for you won’t change" agréable et doux. Cette chanson pose la problématique suivante : à qui pouvons-nous réellement faire confiance dans la vie ? Ayo se base sur des faits simples de l’existence au quotidien pour appeler à l’amour et à la confiance, deux sentiments qui tendent à disparaître de nos jours. Who est donc en définitive un morceau plutôt entraînant.

Ayo poursuit avec un titre plutôt soul, presque jazzy. I Wonder est une reprise de la chanson originale de Sixto Rodriguez du même nom, sortie en 1970. Dans ce morceau, le chanteur de folk mexicain et américain, se préoccupe des malheurs de la société actuelle, comme s’il souhaite apaiser les mauvais esprits et guérir les conséquences nuisibles des comportements humaines. Dans cette version qu’Ayo nous propose, des violons viennent s’agrémenter à la mélodie.

Vient ensuite la chanson éponyme de l’album, Ticket To The World. Je pense que c’est la chanson sur laquelle Ayo rappe que je préfère. Cette fois, le tempo est plutôt paisible, et encore une fois, des violons semblent accompagner les guitares électriques et basses. Ce titre renvoie à la condition de nombreuses personnes dans le monde. En effet, très peu de pays ont une politique permettant à ses ressortissants de pouvoir réellement connaître le monde, que ce soit pour partager des cultures, voyager, ou simplement rêver d’ailleurs.

Hullabaloo change tranquillement l’univers recréé par la chanson précédente. Elle rappelle les rythmes africains, nation à laquelle Ayo se sent forcément rattachée, de par ses origines nigérianes. Cette chanson me plaît car elle nous permet de traverser les frontières. Hullabaloo désigne l’excitation, le bruit, la fête ou le tapage qu’il peut y avoir autour d’une histoire. C’est une jolie expression provenant du mot indien Hullabol utilisé pour décrire une manifestation publique impliquant un grand bruit.

Dans un mélange mi pop, mi soul – j’ai parfois du mal à déterminer un unique genre musical à certains titres de cet album – c’est ensuite la composition musicale Sister qui nous est offerte. Ce morceau parle des sacrifices et des combats menés par la sœur de la chanteuse. Les larmes que cette dernière a conservé en elle doivent aujourd’hui s’effacer pour laisser place à un avenir brillant. Comme Ayo s’adresse directement à "sa sœur", on est rapidement tenter de croire, qu’elle s’adresse en réalité aux femmes du monde entier qui mènent un combat quel qu’il soit, qui ressentent ce besoin d’être soutenues.

Dans Wouldn’t It Be Better, le piano revient en force en tant qu’instrument de prestige, bien que celui-ci soit accompagné d’une solide batterie (pour ne citer qu’elle). Musicalement, Wouldn’t It Be Better est une très belle chanson. Ayo y propose pourtant une image assez noire, empreinte de souffrances. La chanteuse de Down On My Knees y joue le rôle d’une femme qui se sent trahie dans une relation qu’elle entretenait avec un ami ou amant. Elle se demande si elle ne serait pas mieux si elle pouvait simplement rayer cette personne de sa vie : "Wouldn’t be better if I forget you, and you forget me ?".

Une nouvelle fois, j’apprécie l’introduction sonore choisie par les compositeurs du morceau suivant I Need You. Ce titre, que je trouve plutôt sympathique, nous permet de retrouver Ayo dans un registre qui lui est classique. Sa voix est pleine de puissante quand elle déclare à l’être qu’elle aime qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. I Need You me rappelle un peu Life Is Real. Il a cet aura semblable… J’imagine d’ores-et-déjà les arrangements musicaux aux rythmes endiablés qui seront choisis lors du concert de la chanteuse à la Cigale les 4 et 5 novembre prochain.

Milky Way, dont le titre m’a fait sourire, est une jolie ballade mêlant lune, étoiles et autres astres de l’univers cosmique à la poésie. Elle traite en réalité les tristes vérités du monde actuel.

C’est ensuite Sunny, la fameuse chanson de Bobby Hebb qu’Ayo a décidé d’ajouter à la tracklist de Ticket To The World. Cette chanson a été réalisée dans le cadre du Summer of Soul d’Arte. J’ai récemment écrit un article sur la version de Sunny d’Ayo, je vous invite à le lire à travers le lien précédent.

Enfin, le titre qui termine ce quatrième album de la chanteuse est le duo proposé par Youssoupha et Ayo, Fire. Cette chanson remixée est née d’une idée du label Motown qui rêvait qu’Ayo ait l’opportunité de collaborer avec un chanteur français. Ainsi, Youssoupha, que la jeune femme aime beaucoup nous chante les paroles suivantes : "Graine de colère, mon ghetto est sous pression, Jour de tonnerre peu d’réponses trop de questions, Nos terres parlent au pression qu’on tombe de sommeil, Comment nous faire de l’ombre, on est les enfants du soleil".


TRACKLIST :
01 – Fire
02 – I’m Walking
03 – Teach Love
04 – Justice featuring Citizen Cope
05 – Fallin’
06 – Complain
07 – Who
08 – I Wonder
09 – Ticket To The World
10 – Hullabaloo
11 – Sister
12 – Wouldn’t It Be Better
13 – I Need You
14 – Milky Way
15 – Sunny
16 – Fire featuring Youssoupha

Centipede de Childish Gambino

Copyright : Eli Watson

De retour sur le devant de la scène musicale, Childish Gambino qui s’amuse depuis hier soir avec ses fans (et donc avec moi), nous offre un premier morceau signant ses actuels travaux intitulé Centipede. Ce titre possède des sonorités plutôt entraînantes et débute par une introduction chantée en a capella. Par ailleurs, celle-ci laisse — à mon sens — entrevoir la majestueuse voix de l’artiste. Nul doute que dans les jours à venir, nous risquons d’avoir de nouvelles surprises annoncées à la fois sur son compte Twitter ou sur son blog.

Donald Glover a récemment déclaré vouloir consacrer plus de temps à sa carrière musicale. Et, pour mener à bien ses projets, bien qu’il fera partie du casting de la saison 5 de Community, Donald Glover ne sera plus présent à temps plein dans son personnage de Troy Barnes, comme auparavant. Dur d’allier vie d’acteur et la vie d’artiste. Dans tous les cas, pour ma part, ce retour me semble bien plus que prometteur ! Welcome back Childish Gambino !

Black Faces de Childish Gambino

Copyright : Eli Watson

Les fans – comme moi – de Childish Gambino peuvent se réjouir ! Hier soir, toujours via son compte Twitter, l’artiste nous annonce la sortie d’une nouvelle chanson provenant de sa mixtape en cours de production sur son site personnel. Ce titre, intitulé Black Faces, est un duo avec Nipsey Hussle, un rappeur originaire de Los Angeles notamment connu pour les chansons Bullets Aint Got No Name et Hussle In The House. Il a été produit par Boi-1da, un producteur canadien à l’origine des albums Recovery d’Eminem et Thank Me Later de Drake. On assiste donc à un beau rassemblement de talents pour ce nouveau morceau. Et ce mélange est plutôt réussi ! Sur le site de Childish Gambino, c’est une nouvelle fois Big Ghost qui introduit cet « untitled song » (ce sont les internautes qui lui ont donné son nom actuel).

Il est illustré d’un homme d’un certain âge assis dans un métro accompagné d’un petit garçon possédant une figurine des Tortues Ninja. Un encadré possède une image inscrivant en lettres capitales « Hologram LIVE – Biggie’s back » : un clin d’œil à l’hologramme de Tupac, réapparu lors du festival Coachella au début du mois de mai.

Ce nouveau titre coïncide avec le week-end du Memorial Day, une célébration américaine durant laquelle on célèbre les personnes qui sont mortes au service de la nation. C’est une chanson où il est question de la condition de l’américain noir dans le quotidien. Elle fait référence aux traces laissées par la ségrégation raciale et ces lois instaurées à l’époque par Jim Crow.

We Ain’t Them de Childish Gambino

Copyright : Eli Watson

Au cours de la semaine dernière, Childish Gambino a sorti le premier morceau de sa mixtape à venir : We Ain’t Them. Cette chanson a été co-produite avec Ludwig, un compositeur et ami de l’artiste.

Ludwig a d’ailleurs récemment sorti un EP du nom de How To Find A Party, disponible gratuitement sur le site dédié à l’album. We Ain’t Them nous est délivré après un flow de tweets de l’artiste dans lesquels il se délivre à ses fans de manière directe et spontanée. Sur l’actuelle page d’accueil de son site, le rappeur américain laisse Big Ghost introduire son titre sur le magnifique dessin repris ici en guise d’illustration. L’intégralité de ce message est retranscrit ci-dessous. Childish Gambino sera au festival Rock-En-Seine de Paris le 25 août prochain en compagnie de Noel Gallagher, Maximo Park ou encore The Black Keys.

Dear twitter people,
I don’t like talking…stand up’s different. More like I don’t like explaining. I never feel like I’m saying what I wanna say or how I feel. I’m sure even parts of this will be quoted and taken out of context. And people will be mad or talk shit but won’t read the whole thing cause, honestly, we’re all busy. I get it tho. I think a lot people think I’m just doing shit to do shit. In a way, that’s true. But I like making things. I wanna do things well. I’m learning music theory, and taking lessons. Learning languages so I can write in other languages. I love making stuff. I really do. My boy Kendrick gives me props which is a really cool thing to do. Doesn’t need to do that at all, but he does cause he’s a good person. He shouted me out at Coachella for making the beat for « Look out for Detox » and I when I rapped over the beat at Coachella to bring him out, I saw people write « Childish, rips off Kendrick song ». Not in comment sections where people say shit all the time, like in actual articles. Like journalists. Writers. It was weird. I was in the studio with “B” and he was like « all the stuff on the internet about music, comedy, art, etc. is like parents watching children play on a playground and being like ‘look at Susie sliding on that slide…what an idiot' ». I can’t sit down and talk to everyone about my beliefs, views, and intentions. I honestly would if I could. Also see a lot of white peeps coming to the “defense” of black peeps because they think I don’t like black people or myself, I guess? I really don’t get that. I don’t like that. I’ve also seen people act like they know me. Talk about how I grew up and my shit is perfect. And it’s true. I’m lucky. My parents were always there and were supportive for the shit I wanted to do. It’s dope. but I’m from Decatur GA. Like, “The DEC”. In the projects. Moved to Stone Mountain later. My first recital was in South Dekalb Mall. I lived on my grandma’s couch in the Bronx trying to pay her back for college. Me, my father, my mother, my two sisters, and (at the time) 3 brothers split one bedroom for a while. It feels like some sorta weird white overcompensation. Like when hipsters are like « Guess what…I hate Obama! That’s how unique I am ». Like that Trayvon Martin line in EYV. I saw some white peeps get upset. Which was a little funny to me cause it felt like no one cared about Oscar Grant or Kenneth Chamberlain or any of the other black kids shot in ATL or anywhere else when that shit happened. I’m the one getting texts from my mom every time that shit happens. And that shit happens a lot. Also, it wasn’t a joke. It was worldplay to highlight something that I thought was unfair. But, if it was a joke, I get to do that. Cause that could’ve been me. I’m a black dude. I’ve had bullets whiz by me cause I look like me. I get to deal with it the way I wanna deal. Cause it’s my deal. People will hate me/ my shit, but post my shit cause they want the web hits, cuz fans follow it. And I’m really lucky to have fans like that. Mattafact, I wanna say thank you to fans. You guys are really the reason I’m even here or able to do this stuff. I’m not bullshitting around. I don’t think I’m the best. I don’t think being the best comes from having a lot of money or saying « I’m the best » all the time. But I’m also not looking to be « some dude ». I don’t do anything hoping to end it with being « some dude ». I don’t think anyone person on earth should strive to be « just some dude ». I don’t wanna be that. Or a coward. Those are the worst things you could be. Childish Gambino started as an inside joke that grew way faster than I ever thought it could. When people come up to me and are like « this got me through chemo » or « I came out to my parents » off of Childish, I almost feel guilty. Shit started as a joke, fun between writing with family and friends. But I kinda don’t have that scapegoat anymore…and I’m good with that. Word. Here’s a start: http://www.iamdonald.com.