Ticket to the World d’Ayo, un quatrième album studio

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Paru ce lundi 7 octobre 2013, le quatrième album studio d’Ayo, intitulé Ticket to the World, illustre une toute nouvelle facette de la chanteuse germano-nigériane, généralement associée à l’univers de la soul music. Ayo se montre ici concernée par le monde actuel, notamment les difficultés que rencontrent les personnes qui vivent dans un État au régime politique totalitaire. Selon l’artiste, les frontières existant à ce jour dans nos sociétés sont trop présentes : elles nous empêcheraient de pouvoir nous exprimer librement.

C’est la première fois qu’Ayo donne à un de ses opus le titre d’une chanson – ici, donc, Ticket to The World. Pour elle, il était nécessaire que ce morceau en particulier soit mis en lumière afin qu’il puisse toucher le cœur des gens. Dans une interview pour 20 Minutes[1], la chanteuse déclare que cet album « est une façon pour elle de parler des gens qui n’ont pas leur ticket to the world donc pas de passeport et qui ne sont pas libres de voyager et de découvrir le monde comme nous. Elle leur fait un cadeau avec cet album en leur donnant la possibilité de voyager librement, d’être libre de leurs mouvements grâce à la musique. »

Une chronique de Ticket to the World

Fire est la première chanson de Ticket To The World. Ce titre, sorti en tant que premier single de l’album au mois de juin dernier, a laissé apparaître une nouvelle facette de la chanteuse. Ayo a décidé de montrer au monde entier un autre de ses talents, à savoir sa capacité à pouvoir rapper. Dans l’interview d’Ayo pour Crumb Magazine, on apprend que cet alter-ego a toujours fait partie intégrante de sa vie, et qu’Ayo a même commencé la musique en rappant[2]. Elle s’était alors auto-attribuée le pseudonyme de « Black Mamba », le nom du plus long serpent venimeux que l’on peut trouver en Afrique.

I’m Walking est une ballade qui démarre uniquement sur les accords d’une guitare acoustique. Ayo déclare être partie pour se sortir de ses problèmes, pour trouver à nouveau la paix. Dans cette chanson, elle marche sous la pluie, peu importe ce que disent les gens. L’artiste crée un personnage en quête de liberté et de réponses face à la vie qu’il mène. Tout en douceur, cette protagoniste s’affranchit de ses peines et semble retrouver une quiétude certaine.

La chanson Teach Love offre ensuite des sonorités reggae et soul. Son titre révèle à tout un chacun, avant son écoute, la teneur du propos tenu ici : si nous apprenions à donner de l’amour, la vie serait plus simple et les cœurs s’ouvriraient, ’cause love is the key.

Justice, quatrième morceau de Ticket to the World, est un duo entre Ayo et Citizen Cope, chanteur et auteur-compositeur d’origine états-unienne. Citizen Cope évolue sur le devant de la scène musicale en tant qu’interprète de blues, de soul et de folk. Il chante céans, aux côtés d’Ayo, les paroles suivantes : “When it ain’t about justice, When it’s not about what was, what is, When it’s not about what’s left, When it’s not about the next step”.

Puis sur un tempo plus calme, Ayo déclame Fallin’. La chanteuse exprime ici son besoin de paix, de respirer librement. Trop de voix l’empêchent d’avoir un raisonnement cohérent ; elle a donc besoin d’aide, besoin de quitter cette ville folle : seule l’évasion pourrait lui faciliter la vie. Elle chante cette fois : “I am, I’m callin’, I need a hand, I’m fallin’, Pray for me, Caress my soul, I need a friend, Please don’t go”.

Complain tranche avec ces deux chansons. À nouveau, Ayo reprend sa voix en tant que « Black Mamba » et c’est ici le rythme de la batterie qui joue le rôle le plus important parmi ceux des instruments. À moult reprises, la batterie apparaît comme l’organe de la chanson car c’est à sa merci que semblent se manifester les autres instruments, comme si son simple son devenait un chef d’orchestre à la mesure chronométrée, tel un combat militaire.

Who, où retentissent les premiers battements de tambour, possède des allures de reggae. Ayo y chante un “My love for you won’t change” agréable et doux. « À qui pouvons-nous réellement faire confiance dans la vie ? », semble demander Ayo. L’amour et la confiance seraient deux émotions qui tendent à disparaître de nos jours.

Ayo poursuit avec un titre plutôt soul, presque jazzy intitulé I Wonder. Ce dernier est une reprise de la chanson éponyme de Sixto&nsbp;Rodriguez, sortie en 1970, une chanson dans laquelle le chanteur de folk mexicano-américain se préoccupe des malheurs de la société actuelle et souhaite apaiser les mauvais esprits, guérir les conséquences nuisibles des comportements humaines. Dans cette version qu’Ayo nous propose, des violons viennent s’agrémenter à la mélodie.

Vient ensuite la titre-phare de l’album, Ticket To The World. Sur un tempo plutôt paisible, s’ajoutent des violons accompagnés de guitares électriques et basses. Ticket to the World, comme susmentionné, renvoie à la condition des apatrides, réfugiés, exilés, oubliés… aussi, ceux qui ne peuvent voyager sans de lourdes conséquences pour leur vie. En effet, très peu de pays ont une politique permettant à ses ressortissants de pouvoir visiter le monde, que ce soit pour partager des cultures, voyager, ou simplement rêver d’ailleurs.

Hullabaloo rappelle les rythmes africains, sonorités auxquelles Ayo se sent proche, de par ses origines nigérianes. Cette chanson permet de sorte de traverser les frontières, ce qui est une bonne transition après Ticket to the World. « Hullabaloo » désigne d’ailleurs l’excitation, le bruit, la fête ou le tapage qu’il peut y avoir autour d’une histoire. Il s’agit d’une expression provenant du mot indien hullabol utilisé pour décrire une manifestation publique impliquant un grand bruit.

Dans un mélange mi-pop, mi-soul, c’est ensuite la composition Sister qui nous est proposée. Ce morceau traite des sacrifices et des combats menés par la sœur d’Ayo. Les larmes que cette dernière a conservées en elle doivent aujourd’hui s’effacer pour laisser place à un avenir brillant. Ayo s’adresse ainsi directement à sa « sœur », mais on est rapidement tenter de croire que la chanteuse s’adresse en réalité aux femmes du monde entier qui mènent un combat quel qu’il soit, qui ressentent ce besoin d’être soutenues.

Dans Wouldn’t It Be Better, le piano revient en force en tant qu’instrument de prestige, bien que celui-ci soit accompagné d’une solide batterie (pour ne citer qu’elle). Musicalement, Wouldn’t It Be Better est une très belle chanson. Ayo y propose pourtant une image assez noire, empreinte de souffrances. La chanteuse de Down On My Knees y joue le rôle d’une femme qui se sent trahie dans une relation qu’elle entretenait avec un ami ou amant. Elle se demande si elle ne serait pas mieux si elle pouvait simplement rayer cette personne de sa vie : “Wouldn’t be better if I forget you, and you forget me?”.

L’introduction sonore choisie par les compositeurs du morceau suivant I Need You est appréciable. I Need You, à l’image du célèbre Life Is Real d’Ayo, nous permet de retrouver la chanteuse dans un registre qui lui est plus classique. Sa voix est pleine de puissante quand elle déclare à l’être qu’elle aime qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui.

Milky Way est une jolie ballade mêlant lune, étoiles et autres astres de l’univers cosmique à la poésie. Elle traite en réalité des tristes vérités du monde actuel.

C’est ensuite Sunny, la fameuse chanson de Bobby Hebb qu’Ayo a décidé d’ajouter à la tracklist de Ticket To The World. Cette chanson a été composée et imaginée dans le cadre des soirées Summer of Soul d’Arte.

Enfin, Youssoupha accompagne Ayo sur le titre qui termine ce quatrième album de la chanteuse, Fire. Ce remix est né d’une idée du label Motown qui rêvait qu’Ayo ait l’opportunité de collaborer avec un chanteur français. Ainsi, Youssoupha, que la jeune femme aime beaucoup[3], chante ici les paroles suivantes.

Graine de colère, mon ghetto est sous pression
Jour de tonnerre peu d’réponses trop de questions
Nous taire par l’oppression qu’on tombe de sommeil
Comment nous faire de l’ombre, on est les enfants du soleil

Notes    [ + ]

  1. LAEMMEL (Christiane). Vous avez interviewé la chanteuse Ayo in 20 Minutes. 2 octobre 2013. URL : http://www.20minutes.fr/vousinterviewez/1231181-20131002-interviewez-chanteuse-ayo
  2. CARRIÉ (Thomas). Interview fleuve, Ayo in Crumb Magazine. 6 octobre 2013. URL : http://www.crumbmagazine.com/8581/interview-ayo-2
  3. LAEMMEL (Christiane). Vous avez interviewé la chanteuse Ayo in 20 Minutes. 2 octobre 2013. URL : http://www.20minutes.fr/vousinterviewez/1231181-20131002-interviewez-chanteuse-ayo

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