CAMP de Childish Gambino, un premier album studio pour l’artiste états-unien

Copyright : Glassnote Records

CAMP est le premier album studio de Childish Gambino, artiste états-unien, de son vrai nom Donald Glover. Ce rappeur originaire de Californie est notamment connu pour son rôle de Troy Barnes dans la série Community.

L’album démarre sur la chanson Outside, un titre à travers lequel Childish Gambino annonce la trame singulière de CAMP. Il y dénonce les stéréotypes raciaux auxquels on ne peut échapper dans la société d’aujourd’hui. À l’instar de la morale de L’Allégorie de la caverne de Platon, les gens considèrent comme vérité uniquement ce qu’ils voient et sont incapables de concevoir que la réalité est bien différente selon le chanteur. Le seul moyen d’éviter d’avoir à faire face à ces préjugés serait de visiter un nouveau monde « outside ». Ainsi dans cet album, Childish Gambino revient constamment sur les discriminations dues au physique. Il en fait un thème récurrent pour démontrer l’importance qu’a l’apparence au sein de nos mœurs, comme dans Hold You Down. Aussi, dans Backpackers, une chanson qu’il adresse tout particulièrement à ses haters, il essaie de décrypter pourquoi ces personnes qui le détestent le décrivent comme étant « blanc » bien qu’il soit un rappeur et acteur afro-américain.

Mais c’est dans Bonfire que l’artiste nous décrit son art. Ce titre, sorti en tant que single en juillet 2011 aux États-Unis, est un condensé de faits actuels qu’il compare à sa vie. Childish Gambino est un expert dans les jeux de mots et les phrases à double-sens. Ainsi il fait référence implicitement à ACME quand il chante « ’Cause all I did was act me like a Looney Tune », ou encore aux mixed tapes : « Black and white music? Now, nigga, that’s a mixtape ». Il écrit pour relater ses expériences sans fioritures : « I don’t talk soft, that’s that other guy ». Cela ne l’intéresse pas de vendre du rêve à ses fans, il délivre plutôt ce qu’il ressent, que cela déplaise ou non. Dans le morceau précédant Bonfire intitulé Fire Fly, il reprend également l’idée d’une transition avec son ancien quotidien : avant sa notoriété, il n’était personne, on le prenait pour une blague. Aujourd’hui, on l’arrête pour prendre des photos avec lui. Childish Gambino travaille ses rimes de manière intelligente et nombreuses sont les figures de style dont il joue pour toucher son auditoire.

Le violon fait ici une sublime apparition. Il est important de noter d’ailleurs que bien que CAMP soit son premier album studio, Childish Gambino a travaillé sur d’autres opus dont il tire (en partie) sa notoriété : parmi eux, CULDESAC, I DO NOT TALK, les deux mixtapes disponibles gratuitement I AM JUST A RAPPER et son dernier EP (simplement appelé EP). CAMP est sans doute à ce jour la composition la plus aboutie en termes de sonorités musicales. All the Shine et Letter Home en sont les illustrations parfaites. Ces deux chansons sont probablement les plus touchantes de cet album. Dans cette dernière, il adresse quelques mots à la femme qui occupe ses pensées : « You’re the only girl that I have ever wanted / Every other girl is trying to be you / My mama says that I should write you letters / But I think you’re with other dudes »Heartbeat traite également des relations femmes-hommes, mais de manière beaucoup plus crue. Childish Gambino y évoque des situations sentimentales compliquées, notamment quand deux personnes n’ont pas défini ce qu’elles sont l’une pour l’autre. CAMP décrit largement cette question avec les titres Kids et L.E.S., ce dernier faisant référence à Lower East Side, un quartier de Manhattan à New York.

Sur des tempos plus ambiancés, on retrouve You See Me ou encore Sunrise, un morceau que l’artiste propose en tant qu’alternative au rap d’aujourd’hui. Il tente par cette chanson de briser les normes classiques du rap. Si l’on en croit ses insinuations, un rappeur devait auparavant nécessairement être un gangster pour être célèbre, mais lui ne l’est pas. C’est un nerd qui aime porter des jeans, comme il le déclare sans honte. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui fait de lui un rappeur différent : il manipule à sa guise les mots pour montrer une facette différente de ce genre musical. That Power clôture enfin cet album en force. Cette chanson qui dure près de huit minutes prend des allures de confession. Childish Gambino y relate sa première mauvaise expérience sentimentale dans le but de faire entendre à tout un chacun pourquoi ses actes sont ceux qu’ils sont, et pourquoi il lui arrive de dresser une barrière entre lui et les femmes avec lesquelles il entretient une relation. CAMP est, à l’image de cette chanson : un album assez personnel par lequel Childish Gambino extériorise toutes les pensées qui l’occupent. Il s’agit d’un album universel qui mérite largement sa première place en tant qu’album indépendant et sa deuxième place dans les catégories rap US et R&B du fameux classement du Billboard.

Deux réflexions sur « CAMP de Childish Gambino, un premier album studio pour l’artiste états-unien »

  1. Childish Gambino est, sans aucun doute, ma grande découverte musicale de 2011. Je lui souhaite un bel avenir.
    Merci Diidee pour ce commentaire. Bises !

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