And Then There Were None d’Agatha Christie, un roman à suspense au scénario insolite

And Then There Were None d'Agatha Christie
Copyright : HarperCollins UK

And Then There Were None est un roman d’Agatha Christie paru originellement au mois de novembre 1939 chez Collins en Grande-Bretagne.

Agatha Christie est une romancière anglaise née en 1890, décédée en 1976. Elle est internationalement connue pour ses romans policiers et ses personnages singuliers dont les détectives Hercule Poirot et Miss Marple.
Cette écrivaine britannique détient le record Guinness de la romancière la plus vendue dans le monde avec plus de deux milliards d’exemplaires de ses ouvrages vendus. Ses œuvres arrivent en troisième position du classement des livres les plus largement publiés au monde, seulement après les œuvres de William Shakespeare et la Bible. Agatha Christie a été traduite en au moins cent-trois langues – ce qui représente également un record pour un écrivain.

And Then There Were None est aujourd’hui considéré comme le chef d’œuvre le plus remarquable d’Agatha Christie[1]. Il s’agit par ailleurs d’un livre jugé « difficile à écrire » par l’auteure elle-même.

I had written this book because it was so difficult to do that the idea had fascinated me. Ten people had to die without it becoming ridiculous or the murderer being obvious. I wrote the book after a tremendous amount of planning, and I was pleased with what I had made of it. It was clear, straightforward, baffling, and yet had a perfectly reasonable explanation; in fact it had to have an epilogue in order to explain it. It was well received, but the person who was really pleased with it was myself, for I knew better than any critic how difficult it had been.[2]
[J’avais écrit ce livre] comme une gageure, et ce pour l’excellente raison que l’effarante difficulté de sa conception me fascinait. Dix personnages devaient mourir l’un après l’autre sans que cela paraisse le moins du monde ridicule ni que l’identité du meurtrier soit trop évidente. Je passai à la rédaction après un énorme travail préparatoire et je fus satisfaite du résultat. Déconcertante, l’histoire l’était, mais sans cesser pour autant d’être limpide et sans détours. Quant au dénouement, il était parfaitement raisonnable. Cependant, il y fallait l’adjonction d’un épilogue afin d’expliquer ce qui s’était passé. Le roman connut la faveur du public et de la critique, mais ce fut moi qu’il combla le plus, car je savais mieux que personne les difficultés qu’il avait représentées.

Un scénario hors du commun

À la fin d’un été particulièrement chaud sur la côte anglaise de Devon, dix personnes sont invitées par un millionnaire à passer le week-end sur une petite île isolée. Ces dix inconnus plein d’espoir et d’attentes se pensent chanceux d’avoir été sélectionnés pour vivre un moment incroyable. Parmi eux, certains sont là pour le travail, d’autres simplement pour le plaisir de partager la compagnie de cet hôte mystérieux.

Lors de la première soirée partagée sur cette île, après moult rebondissements, un des invités meurt. On croit d’abord à un hasard malencontreux, une coïncidence invraisemblable… Mais dès le lendemain, il semblerait que tous les habitants de l’île soient condamnés selon la prose d’une comptine déconcertante suspendue dans la chambre de chaque invité.

Ten little soldier boys went out to dine;
One choked his little self and then there were Nine.
Dix petits garçons soldats s’en furent dîner,
L’un d’eux but à s’en étrangler
— n’en resta plus que neuf.

Nine little soldier boys sat up very late;
One overslept himself and then there were Eight.
Neuf petits garçons soldats se couchèrent à minuit,
L’un d’eux à jamais s’endormit
— n’en resta plus que huit.

Eight little soldier boys travelling in Devon;
One said he’d stay there and then there were Seven.
Huit petits garçons soldats dans le Devon étaient allés,
L’un d’eux voulut y demeurer
— n’en resta plus que sept.

Seven little soldier boys chopping up sticks;
One chopped himself in halves and then there were Six.
Sept petits garçons soldats fendirent du petit bois,
En deux l’un se coupa ma foi
— n’en resta plus que six.

Six little soldier boys playing with a hive;
A bumble bee stung one and then there were Five.
Six petits garçons soldats rêvassaient au rucher,
Une abeille l’un d’eux a piqué
— n’en resta plus que cinq.

Five little soldier boys going in for law;
One got in Chancery and then there were Four.
Cinq petits garçons soldats étaient avocats à la cour,
L’un d’eux finit en haute cour
— n’en resta plus que quatre.

Four little soldier boys going out to sea;
A red herring swallowed one and then there were Three.
Quatre petits garçons soldats se baignèrent au matin,
Poisson d’avril goba l’un
— n’en resta plus que trois.

Three little soldier boys walking in the Zoo;
A big bear hugged one and then there were Two.
Trois petits garçons soldats s’en allèrent au zoo,
Un ours de l’un fit la peau
— n’en resta plus que deux.

Two little soldier boys sitting in the sun;
One got frizzled up and then there was One.
Deux petits garçons soldats se dorèrent au soleil,
L’un d’eux devint vermeil
— n’en resta plus qu’un.

One little soldier boy left all alone;
He went and hanged himself and then there were None.
Un petit garçon soldat se retrouva tout esseulé,
Se pendre il s’en est allé
— n’en resta plus… du tout.[3]

Aucune issue n’est possible. Il n’existe aucun moyen de rejoindre la côte depuis l’île, le ferry servant à cet effet étant indisponible avant la fin du week-end. Chacun des invités a sa propre théorie. La suspicion s’est définitivement installée au sein de la demeure. Plus le nombre de morts augmente, moins les personnes encore en vie se font confiance. Le tueur, si tueur il y a, est forcément parmi eux.

En parallèle à ces décès inopportuns, le lecteur apprend qu’en réalité, chaque invité possède un terrible secret : chacun d’entre eux est coupable de meurtre. Il s’agit de petits crimes restés impunis car la loi ne sait que faire des situations improbables dans lesquelles se sont retrouvés ces personnages. Il s’agit d’homicides pour lesquels la culpabilité de son auteur ne peut être prouvée de manière irréfutable.

Les différentes morts de l’île s’enchaînent avec un rythme effréné, de manière parfaite. Une question reste néanmoins en suspens : comment ces décès successifs s’enchaînent-ils ?

And Then There Were None est un roman absorbant qui ne laisse aucun répit. Chacun des personnages décryptés est singulier de par son caractère et son passé. À chaque fois que le lecteur pense trouver une quelconque théorie expliquant les circonstances de ces événements, il est sans arrêt démenti par la prochaine mort qui survient. Rien ne semble pouvoir empêcher l’inévitable…
Dans l’épilogue de son roman, Agatha Christie a su mettre tous les ingrédients nécessaires pour que ses lecteurs demeurent en haleine jusqu’à la dernière page. Elle y explique l’inexplicable : son scénario est finement élaboré.

En définitive, And Then There Were None est un classique en matière de thrillers. Agatha Christie offre avec cet ouvrage une lecture relativement courte et accessible à tous. D’un point de vue stylistique, elle n’utilise pas de descriptions superflues et va droit à l’essentiel : ce roman est ainsi construit sans fioritures, qu’avec de l’action.

L’histoire du titre adopté dans l’édition anglophone And Then There Were None

La version anglophone du roman d’Agatha Christie ne s’est pas toujours intitulée And Then There Were None. Ce livre a originellement été publié en 1939 sous l’appellation Ten Little Niggers, un titre emprunté à une chanson datant du XIXe siècle qui figurait dans des spectacles proposant des représentations de blackface.

En 1940, Dodd, Mead & Co., une maison d’édition états-unienne, s’apprête à publier Ten Little Niggers. Elle juge alors le titre de ce livre offensif pour la communauté afro-américaine, et pas assez « vendeur » pour les natifs états-uniens. C’est ainsi que sort la première édition américaine de ce livre sous le titre And Then There Were None. Dans celle-ci, toutes les références au terme Nigger sont supprimées, et l’intrigue ne se déroule plus à « Nigger Island » mais à « Soldier Island ».

Mais l’Histoire ne s’arrête pas là ; la bataille des noms fait rage. Au fil des éditions, le livre est toujours connu sous le titre Ten Little Niggers au Royaume-Uni et sous le titre And Then There Were None aux États-Unis… jusqu’à ce qu’en 1964, Pocket Books, appartenant au groupe d’édition new-yorkais Simon & Schuster, a l’idée de publier le livre sous le titre Ten Little Indians – Ten Little Indians étant le nom originel de la comptine qui a inspiré Agatha Christie pour l’écriture de ce roman.

Ce n’est seulement que quelques années plus tard que les maisons d’édition anglophones s’entendent sur le fait qu’il ne faut ni utiliser le terme « Niggers » ni « Indians » pour le titre et la comptine de ce roman. En 1977 sort la dernière édition du livre sous le titre Ten Little Niggers au Royaume-Uni. En 1986 sort la dernière édition du livre sous le titre Ten Little Indians aux États-Unis. Dès lors, le titre du roman est définitivement devenu la dernière ligne de la comptine And Then There Were None, et les « ten little individuals » sont devenus des soldats, soldier boys.

Mais ceci n’est vrai que pour les éditions anglophones de ce livre. Aujourd’hui, la plupart des versions étrangères de ce texte possèdent encore le titre original de ce roman. Le titre de la version française de ce livre est toujours Dix petits Nègres ; la version allemande s’appelle encore Zehn Kleine Negerlein. En vietnamien, c’est Mười người da đen nhỏ, que l’on pourrait traduire par « Dix petits Noirs ».

Notes    [ + ]

  1. Alison Flood. And Then There Were None declared world’s favourite Agatha Christie novel. The Guardian. 1 septembre 2015. URL : https://www.theguardian.com/books/2015/sep/01/and-then-there-were-none-declared-worlds-favourite-agatha-christie-novel
  2. Agatha Christie s’exprime ici sur l’écriture de And Then There Were None dans son autobiographie, An Autobiography. La traduction française de cette citation est celle de Jean-⁠Michel Alamagny pour Une autobiographie d’Agatha Christie (Le Masque, 2019).
  3. Le texte de la comptine en langue anglaise est celui proposé par la version révisée de And Then There Were None d’Agatha Christie (HarperCollins, 2013).
    Le texte de la comptine en langue française est une adaptation de la traduction proposée par Gérard de Chergé pour Dix petits Nègres d’Agatha Christie (Le Masque, 2006).

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