Le Chagrin des vivants d’Anna Hope, les stigmates de la Première Guerre mondiale

Le chagrin des vivants de la romancière Anna Hope
Copyright : Gallimard

Le Chagrin des vivants est un roman d’Anna Hope paru en France au mois de janvier 2016 dans la collection « Du monde entier » des éditions Gallimard. Il est traduit en langue française par Élodie Leplat.

Anna Hope est une écrivaine et actrice anglaise connue notablement pour son rôle de Novice Hame dans la série Doctor Who. Son premier roman, intitulé Wake dans sa version originale, paraît en 2014 au sein de la maison d’édition britannique Transworld Publishers Inc. Il est traduit en une dizaine de langues et disponible dans de nombreux pays européens dont la France, sous le titre Le Chagrin des vivants.
Anna Hope est également l’auteure d’un second roman The Ballroom paru en 2016, connu sous le titre La Salle de bal en France. En 2020 paraît Expectation, intitulé en France Nos espérances.

Le Chagrin des vivants est une fiction historique post-Première Guerre mondiale dans laquelle les personnages sont blessés, meurtris. À l’heure où cette guerre se termine, les soldats du front qui ont survécu à des longs mois de souffrance et d’endurance rentrent chez eux. Ils apparaissent fragilisés, déconnectés, parfois même complètement fracturés. D’autres ont eu bien moins de chance et leurs familles ne savent comment survivre à la perte de ces hommes. Anna Hope montre alors la détresse de ces personnes, l’injustice de la situation. L’auteure expose ici l’impact que la guerre 1914-1918 a eu sur les populations qui l’ont vécue de plein fouet.

Un hommage au Soldat Inconnu, un hommage à tous ces hommes perdus

Novembre 1920, quelques jours avant la commémoration de l’armistice de la première guerre mondiale. À l’heure où l’Angleterre attend patiemment l’arrivée du Soldat Inconnu en son sol, de nombreuses familles tentent encore de se relever. Cette guerre a été destructive et le peuple londonien est loin de ressentir la victoire annoncée par les politiques anglais. Non, cette guerre n’a été « gagnante » pour ce pays en mal de reconstruction.

Et quoi qu’on puisse en penser ou en dire, l’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus. […]
C’est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours.

On découvre alors trois femmes singulières que l’on va suivre durant cinq jours, la durée de cette narration. Hettie, Evelyn et Ada tentent de se revivre malgré la perte d’un frère, d’un amant, d’un fils. Mais les blessures psychologiques de la guerre sont loin d’être cicatrisées.

Hettie est une danseuse professionnelle, un métier qu’elle exerce contre l’avis de sa mère. Tous les jours, elle est entraînée sur la piste de danse du Hammersmith Palace moyennant contribution financière. Mais la moitié de son salaire entre dans les dépenses du foyer familial constitué d’elle-même, de sa mère et son frère Fred. Ce dernier n’est autre qu’un ancien soldat revenu de France incapable de reprendre le cours normal de sa vie. Il n’est plus l’ombre que lui-même, répond à peine quand on lui adresse la parole, et pleure le nom d’hommes dans son sommeil.

Evelyn est une jeune femme d’une trentaine d’années. Elle voit jour après jour les conséquences terribles de la guerre de par son boulot : elle travaille au service des pensions pour les anciens combattants, et peu d’entre eux obtiennent de quoi subsister réellement. Evelyn a perdu son fiancé à la guerre, une perte pour laquelle elle n’a pas pris le temps de faire convenablement son deuil. Elle préfère sa solitude à la compagnie parfois maladroite des gens.

Ada et Jack sont mariés depuis vingt-cinq ans. Ensemble, ils ont eu leur lot de bonheur, mais la guerre leur a arraché leur fils Michael, alors qu’il était à peine adulte. Ada voit son fils partout, en oublie l’existence de son époux. C’est probablement le personnage pour lequel j’avais le plus de compassion. Il n’existe aucun mot pour décrire la peine ressentie par un parent lors de la mort de son enfant. Ada et son mari n’ont en plus aucune idée de ce qui a bien pu arriver à leur fils, n’ont aucun moyen de savoir où se trouve son corps. C’est une situation peu enviable que vit cette famille au bord de la rupture.

Avec cette triple narration féminine, l’écrivaine décrit la désunion d’un peuple usé par la guerre. On lit ces voix de femmes, on perçoit avec elles également celles des hommes blessés, la culpabilité des vivants.

Je vois tellement de femmes, ici, qui s’accrochent, toutes. Qui s’accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu’elles s’accrochent aux photos qu’elles conservent ou aux fragments d’enfance qu’elles apportent avec elles et déposent sur cette table.

Le jeune homme ferme les yeux. Il sent la peau de son visage se tendre sous le soleil inattendu. Pourquoi lui ? Pourquoi a-t-il été épargné ? Il n’était pas le meilleur d’entre eux. Loin s’en faut. Il pourrait énumérer toute une liste d’hommes meilleurs.

Ce roman dans lequel il est question de deuil et de reconstruction offre un regard sur la réalité de la Première Guerre mondiale, les traces indélébiles laissées par ce conflit armé. Anna Hope positionne son lecteur pendant les années suivant la guerre pour lui faire comprendre les ressentiments des personnes ayant vécu cette période de l’Histoire assez sombre. Elle dévoile la misère affective des populations qui ont participé à cette manifestation militaire. Nombreux sont les hommes qui ont perdu leur vie, nombreuses sont les familles qui ont dû vivre la perte d’un proche. Et quelle récompense pour ces dernières ? L’idée d’avoir triomphé de l’ennemi ? Vraiment ?

Le Chagrin des vivants se destine ainsi à toute personne désireuse d’en apprendre plus sur ce pan historique de l’Europe, désireuse de ressentir des émotions terribles face à la désunion d’un pays. Ce livre existe au format poche dans la collection Folio de Gallimard depuis le mois d’août 2017.

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