La Cage dorée de Camilla Läckberg, la vengeance d’une femme est douce et impitoyable

La Cage dorée de Camilla Läckberg
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La Cage dorée est un roman de Camilla Läckberg paru en avril 2019 dans la collection « Actes noirs » des éditions Actes Sud. Il est traduit vers la langue française par Rémi Cassaigne, romancier et luthiste français né en 1971.

Camilla Läckberg est une écrivaine suédoise née en 1974 composant essentiellement des ouvrages de littérature policière (romans d’enquête, polars et thrillers). Son premier roman Isprinsessan paraît en 2003. Il est publié en France en 2008 dans la collection « Actes noirs » d’Actes Sud sous le titre La Princesse des glaces grâce à une traduction de Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.
À ce jour, Camilla Läckberg est traduite en au moins quarante langues différentes et ses ouvrages sont disponibles dans près de soixante pays.

La Cage dorée, publié en Suède sous le titre En bur av guld en mars 2019, retrace le parcours d’une femme bafouée avec une narration intrigante. L’auteure installe son héroïne au sein d’une « cage dorée » : elle lui compose une vie de richesses et de luxure mais sans véritable liberté, bonheur et contentement.

Une sombre trahison à venir

L’intrigue de La Cage dorée démarre par une discussion troublante. Camilla Läckberg utilise la prolepse[1] avant d’amorcer son énonciation principale, créant un enjeu certain de lecture.

L’incipit de La Cage dorée expose en effet un dialogue déclenchant une série d’interrogations. Une femme prénommée Faye est en présence d’agents de la force publique. Elle s’entretient avec une policière qui tente de lui faire un état de la situation avec tact : « Il y a énormément de sang. Pour un si petit corps. Mais je ne veux pas spéculer avant qu’un médecin légiste ait pu se prononcer. » Selon toute vraisemblance, l’ex-mari de Faye, Jack, a tué leur fille.

L’auteure emploie ici la prolepse afin de dynamiser sa narration et engendrer des sentiments d’anticipation chez son lecteur. Rétablissant le temps normal du récit après cette introduction succincte, l’auteure propose une entrée dans le quotidien de Faye et Jack, un couple encore marié, au pouvoir d’achat élevé, sollicité de toutes parts par les médias. Elle choisit pour ce faire Faye comme personnage central de la narration, une héroïne singulière à la personnalité protéiforme.

Une femme aux multiples facettes

Camilla Läckberg offre alors une double narration intrigante. On y découvre deux facettes complètement différentes de Faye, laissant supposer un bouleversement important à venir au sein de l’intrigue.

Faye vit dans l’un des plus chics quartiers de Stockholm en compagnie de son mari Jack Adelheim, homme d’affaires respecté, et leur fille Julienne. De l’extérieur, cette femme mène une vie que beaucoup pourraient envier : elle n’a pas à se préoccuper de l’aspect financier des choses, réside dans un domaine aux finitions exquises, revêt des vêtements de grandes marques et profite de services d’entretien onéreux. Si elle possède tous les avantages d’une richesse matérielle, Faye est aussi piégée dans un quotidien étouffant. Elle a littéralement cessé d’exister pour permettre à Jack de briller, elle qui accumule pourtant les humiliations de la part de son époux, un homme qui lui doit tout, jusqu’à son succès social et professionnel. Faye est dominée, aussi bien sur le plan moral que sexuel.

En parallèle à cette femme en souffrance, le lecteur découvre une jeune adulte solitaire marquée par les souvenirs d’une famille dysfonctionnelle. Cette dernière, qui n’est autre que la version plus jeune de Faye, se révèle être une femme au caractère nettement plus vif, une battante capable de tout pour survivre. Une redoutable ambitieuse ne reculant devant rien.

Faye fixa son propre visage dans le miroir. Elle ne savait plus qui était la femme qui la regardait.

L’énonciation de ces deux récits enchâssés diffère d’un point de vue stylistique. D’une part, Camilla Läckberg conte les aléas de Faye à la troisième personne du singulier pour créer un effet de distanciation avec cette femme soumise prisonnière de sa cage dorée. De l’autre, la « jeune Faye » s’exprime en 2001 à la première personne du singulier permettant au lecteur de supposer le caractère non-définitif de la situation de la trentenaire.

Une vengeance aux lourdes conséquences

Un ultime opprobre conduit Faye à reconsidérer son quotidien. La brutalité de la trahison de Jack la laisse profondément blessée, puis finalement révoltée. Camilla Läckberg utilise alors les champs lexicaux du souvenir – faisant référence à l’adolescence difficile de Faye – et du bien-⁠être pour indiquer le caractère révolu de la soumission terrible de son héroïne.

Elle sentit la noirceur familière sourdre par tous les pores de son corps, la noirceur qu’elle n’avait jamais réussi à oublier. Elle avait fait comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait jamais été une part d’elle. Mais à présent, elle commençait lentement à se rappeler qui elle était, qui elle avait été.
La haine était familière et rassurante. Elle l’emmitouflait dans un cocon chaud, lui donnait un but, une raison d’être, lui faisait reprendre pied.

L’auteure offre par la suite une reconstruction insolite à Faye, désormais pleine de détermination. Ce personnage échafaude un plan d’action minutieux dont l’objectif est d’amadouer son (désormais) ex-mari pour mieux le blesser : une vengeance impitoyable.

Cette vendetta conduit subséquemment à la scène première du roman. Camilla Läckberg pose de manière continue un regard sur cet épisode. Le lecteur comprend l’impact des agissements de Faye à chaque retour de l’écrivaine à ce moment de l’intrigue. Le mystère reste cependant entier quant aux véritables raisons du crime énoncé dans l’incipit de La Cage dorée.

Une narration pouvant heurter la sensibilité d’autrui

La Cage dorée est un thriller psychologique à la structure littéraire éclatée. Camilla Läckberg plonge son lecteur dans une intrigue dramatique dès les premières pages de son roman au moyen d’une énonciation non-linéaire.

L’auteure opte ici pour un ton trash mêlant violence et harcèlements en tous genres. Elle narre sans tabou les contraintes morales exercées par Jack sur Faye rendant le récit d’une crudité manifeste quant aux rapports qu’ils entretiennent, notamment quant à leurs relations sexuelles (où la femme n’a pas son mot à dire) et quant aux propos explicites que l’homme à l’ego démesuré qu’est Jack tient à Faye.

En définitive, Camilla Läckberg évoque au sein de La Cage dorée des thématiques telles que la dévotion amoureuse, l’excès de confiance, la solidarité féminine face à l’abus de pouvoir des hommes et la vengeance. De nombreux retournements de situation enrichissent en outre l’intrigue de ce roman.

Notes    [ + ]

  1. La prolepse, en littérature, est une figure de style qui consiste à faire le récit d’une situation de manière anticipée. Ainsi des faits qui se produiront plus tard dans l’intrigue sont mentionnés en premier lieu – à l’inverse d’un retour dans le passé, d’un flash-back.

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