Petite maman de Halim, ou la maltraitance des enfants

Petite maman de Halim Mahmoudi
Copyright : Dargaud

Petite maman est un roman graphique de Halim paru au mois de septembre 2017 aux éditions Dargaud. Il conte l’histoire peu banale de Brenda, une fillette qui fait tout pour subvenir aux besoins de sa mère Stéphanie.

Halim Mahmoudi, simplement surnommé Halim, est un auteur, illustrateur et journaliste français né en 1977, diplômé de l’École supérieure d’Art et de Design d’Amiens. Son premier roman graphique, Arabico, est publié en 2009 chez Soleil-Productions. Il offre une réflexion sur différentes thématiques dont le regard de l’autre et l’identité raciale : un adolescent d’origine algérienne perd sa carte d’identité. Apeuré du sort que peut lui réserver la société, il décide de prendre son destin en main.

En 2014, Halim figure dans le film de Vincent Marie et Antoine Chosson intitulé Bulles d’exil. Il est aux côtés de José Muñoz, Clément Baloup et Enki Bilal, entre autres, pour parler de l’immigration au sein des bandes dessinées. L’illustrateur propose cette même année Un monde libre publié chez Des Ronds dans l’O.

Tel un poisson hors de l’eau…

Stéphanie tombe enceinte à l’âge de quinze ans. Comble du « malheur », elle se fait larguer par le père de son enfant avant même d’avoir accouché. Ce dernier ne lui laisse aucune chance : il ne peut pas assumer un rôle de père aussi jeune. Il n’a aucune envie de participer à l’éducation d’un bébé.

Stéphanie semble pouvoir compter sur sa mère, mais est tout de même complètement dépassée par les événements. L’adolescente se retrouve trop seule face à l’ampleur de l’épreuve : difficile pour elle qui n’a pas fini de grandir de savoir quoi faire de ce petit être dont elle doit s’occuper. Elle n’a aucune idée de comment veiller sur un enfant, c’est à peine si elle sait comment veiller sur elle-même. Encore étudiante à la naissance de Brenda, Stéphanie veut vivre sa vie comme elle l’entend et fait tout pour recevoir juste ce dont elle a besoin : des journées distrayantes, du calme la nuit pour dormir et des attentions lui prouvant qu’elle peut encore plaire.

Un soir, Brenda se met à pleurer une énième fois. La petite fait ses dents, rien ne la calme, tout n’est que bruit. Seulement voilà, Stéphanie en a marre de ces larmoiements. Elle est fatiguée, à bout de nerfs, elle veut la paix. L’adolescente craque moralement : ces pleurs sont beaucoup trop énervants. L’irréparable commence ici. Stéphanie donne sa première gifle à Brenda, histoire de faire taire ce bébé aux cris trop stridents. C’est malheureusement la première d’une longue série, et le temps n’y changera rien. Cette violence envers sa fille n’est bientôt plus un événement anodin, mais devient un épisode récurrent. Brenda grandit sous les coups et la menace. La petite fille a l’impression continue de faire quelque chose de mal.

À mesure que le corps et la personnalité de Brenda se développent, la fillette prend la position de mère de sa mère, de « petite maman ». Brenda nettoie la maison pendant les absences répétées de Stéphanie, lui prépare le repas et met tout en œuvre pour que sa mère soit de la meilleure humeur possible à son retour. Brenda apprend à s’occuper d’elle-même et perd son innocence trop rapidement. Elle veut faire de son mieux pour adoucir les journées difficiles de sa mère : elle se sent redevable car elle le sent, elle est « l’erreur » de sa courte vie. Quand Stéphanie se trouve un nouveau petit copain, rien ne va plus…

Petite maman de Halim Mahmoudi

Halim plonge son lecteur dans une histoire pleine d’émotions où la maltraitance atteint des limites insoutenables. Il choisit de raconter cette relation toxique mère-fille par le biais des entretiens de Brenda avec son psychologue. Cette dernière semble conter sans pathos une réalité terrible alors qu’elle consulte le spécialiste qui l’aide à y voir plus clair sur ces divers événements. À chaque page tournée, le lecteur découvre une nouvelle facette épouvantable de cette violence inhumaine.

Petite maman est ainsi un roman graphique difficile par le sujet qu’il dévoile. Il permet de se confronter à la question taboue de la violence infligée aux enfants, et l’on espère qu’une chose en fermant ce livre : qu’aucun enfant n’est en train de subir de pareils sévices. Par un dessin subtil et poétique, Halim compose un univers graphique qui complète les sentiments susmentionnés. Il crée un monde plein de tristesse et de désespoir aux tons entièrement monochromes montrant la noirceur du quotidien de Brenda. De manière onirique, de nombreux poissons remplissent les cases de cette bande dessinée, donnant au récit une bouffée d’air inattendue.

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