Écumes d’Ingrid Chabbert et Carole Maurel, une bande dessinée poignante

Écumes d'Ingrid Chabbert et Carole Maurel
Copyright : Steinkis

Écumes est un roman graphique d’Ingrid Chabbert et Carole Maurel. Il paraît au mois de février 2017 au sein de la collection « Romans graphiques » des éditions Steinkis.

Ingrid Chabbert est une écrivaine et scénariste française. Son premier album jeunesse s’intitulant La Fête des deux mamans paraît en septembre 2010. Plus d’une soixantaine d’albums jeunesse sont nés sous sa plume à ce jour.
Carole Maurel est une illustratrice et scénariste française. Diplômée des Gobelins, elle travaille dans le cinéma d’animation et en tant qu’auteure-illustratrice de bandes dessinées pour Delcourt, Steinkis, La Boîte à Bulles et Rue de Sèvres.
Ces deux auteures collaborent également en 2017 à la réalisation de la bande dessinée En attendant Bojangles d’après le roman éponyme d’Olivier Bourdeaut.

Écumes conte l’histoire de deux femmes qui vivent pleinement leur amour et essaient depuis longtemps d’avoir un enfant, un combat qu’elles affrontent quotidiennement main dans la main. Ingrid Chabbert s’inspire de son histoire personnelle pour créer ce scénario où les émotions perceptibles sont mises en dessin par Carole Maurel. Cette bande dessinée apporte ainsi une réflexion sur la perte humaine et la reconstruction.
Écumes permet à ses auteures d’être les récipiendaires du Harvey Award du Meilleur Livre européen 2019 (Best European Book Award).

Les profondeurs du deuil

Dès les premières pages d’Écumes, le lecteur est plongé dans un univers aux couleurs vives. Ainsi il découvre le cauchemar récurrent d’une des deux femmes : des gouttes de sang qui tombent à flots, un bateau de papier qui avance sur les vagues d’une mer rouge, une étendue dans laquelle la femme semble se noyer. À ses côtés, sa partenaire la rassure : elles sont proches de savoir si la fécondation artificielle a enfin fonctionné.

Alors quand ce couple, qui n’en est pas à son premier essai, se voit annoncer l’arrivée d’un bébé, c’est une émotion profonde qui les envahit. Mais la grossesse s’annonce difficile et la femme enceinte est très vite hospitalisée. Elle doit se reposer, rester couchée toute la journée, manger pour reprendre des forces et se montrer patiente. Elle trouve alors du réconfort dans les actes d’amour de sa compagne et l’écriture de contes pour enfants. Seulement, malgré toutes ces précautions, sa grossesse ne se passe pas du tout comme prévue… et le pire arrive.

Comment se reconstruire quand on doit faire face à la mort ?

La douleur est intense pour les deux êtres, comme une déchirure en plein cœur. Ce sont des années d’espoir et d’attente qui s’envolent à l’instant même où ce bébé n’est plus. Les deux femmes entreprennent alors le difficile travail qu’est le deuil. Elles sont à la dérive, en train de couler dans une mer de désolation et rien ne semble pouvoir les aider à surmonter cette épreuve. C’est « comme si elles étaient mortes elles aussi » : une transition marquée par les tons monochromes qui envahissent les dessins de Carole Maurel.

Une brume d’espoir

Malgré ce triste contexte, Écumes délivre avant tout un message d’espoir. Ingrid Chabbert et Carole Maurel offrent une planche particulièrement marquante à ce sujet : celle d’un ballon rouge en forme de cœur tenu au moyen d’une simple ficelle par l’une des deux femmes. Cette dernière se tient alors dans une barque à la surface d’un océan de livres et de feuillets. Elle doit apprendre à lâcher prise malgré la peine, à laisser s’envoler ce ballon dans le ciel. Le lecteur peut alors lire la phrase suivante sur la dernière vignette de cet épisode inconscient de la jeune femme.

« Je pourrais rester ici une éternité et demie… »

Le couple réapprend doucement à prendre goût à la vie, loin de ces écumes. Écrire apparaît comme un remède à leur tristesse : bien que cet exercice soit douloureux, il leur permet de soulager leurs maux avec des mots. Peu à peu, l’amour que ces deux femmes ressentent l’une pour l’autre leur redonne la force de vivre.

Écumes offre ainsi une lecture poignante par son message et ses dessins poétiques. L’alternance entre les couleurs très vives et les aplats de noir du deuil est habile, intelligente. Si la quatrième couverture de cette bande dessinée laisse entrevoir la tristesse immense des deux femmes, son contenu illustre surtout avec subtilité une note de positivité quant à l’avenir de deux femmes en reconstruction. Bien sûr il y aura des jours où la peine se fera encore ressentir, mais certains jours la vie poursuivra son cours, en proie à délivrer des nouvelles bien plus joyeuses.

Une immersion en quelques planches

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